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ment unanime, leva la séance et alla siéger dans la salle de l’Académie «provisoire»
Lesueur donne alors lecture d’un discours, que le secrétaire dit être très énergique et tendant à consacrer les principes d’égalité, de droit et de liberté qui conviennent aux Beaux- Arts. Ce n’est pas tout à fait l’ordre du jour indiqué par Garat, aussi, lorsque Sergent demande l’impression de ce discours, on passe outre. Enfin, il s’agit de savoir si tout le monde pourra prendre part au vote, ou s’il faudra prouver qu’on professe les Beaux-Arts, et comme il en est ainsi décidé, on procède à félection du président. Sur xo6 votants, 50 voix vont au citoyen Dardel, 42 a David, 3 8 à Vien, i 2 à Sergent, i 2 à Boizot père, 12 à Régnault, 10 à Vincent. Le deuxième tour de scrutin donne 80 voix à Dardel, qui est élu, et 23 à David. On peut supposer que David ne pardonnera pas cet échec à la Commune Générale. Il lui est d’autant plus sensible que, si la Commune a une existence propre, elle le doit à David : à la première occasion elle s’en apercevra bien.
La seconde séance est consacrée à compléter le bureau. Cependant, il se produit quelque émoi lorsqu’un membre annonce que le Conseil général de la Commune a chargé le Comité des travaux publics de la destruction des attributs de la royauté. Or le décret de la Convention accordait ce privilège aux artistes. Le mot n’est pas prononcé, mais qui ne se rend compte qu’il est sur toutes les lèvres l Hé quoi !
Les Procès- Verbaux de l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture, publiés par M. A. DE Mont AIGLON, portent trace des efforts de celle-ci pour résister aux prétentions des dissidents. Lorsque le Ministre de l’Intérieur demande la «salle ronde» de l’Académie pour les
séances d’« une Société des Beaux-Arts réunis de Peinture, Sculpture, Architecture et Gravure », on décide de résister. Le Ministre tient bon, et l’Académie, réunie le 13 juillet 1793, est obligée de s’incliner. (P. 216 et suiv.)
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on retirerait aux artistes ce que la Convention leur accordait le 4 juillet!
La Commune Générale des Arts entend ne pas borner là son rôle. Elle va se préoccuper des intérêts généraux de l’art et des intérêts particuliers des artistes. C’est à sa décharge. Lui demander de contribuer à détruire les vestiges d’un passé odieux, c’est bien, et la Commune générale des Arts y collaborera avec patriotisme. Disons mieux : grâce à elle les mutilations se limiteront à l’essentiel, du moins autant qu’il sera en son pouvoir. Si les artistes y avaient mis de l’acharnement c’en était fait, en France, de tout l’art du passé, et, du fatras des délibérations, il ressort que les conseils de sagesse, de prudence et de mesure furent donnés par la Commune Générale. Elle protesta, à diverses reprises, contre des actes de vandalisme qui n’étaient point le fait des artistes, mais d’agents subalternes incompétents et, par surcroît, inspirés par un zèle intempestif.
Parmi les artistes il en était qui eussent volontiers montré le même zèle, tel celui qui demandait quels changements on pourrait faire subir à la galerie de Rubens. On lui répondit que ce n’était pas là «des monumens et qu’il en seroit pour les tableaux représentai! des traits . . . d’histoire et de la vie des rois comme des pièces de theatre ou les acteurs prenent le costume des personages qu’il représente, qu’on ne pourait faire aucun reproche a un artiste moderne qui representeroit un roi dans les habillemens royeaux, mais qu’il n’en serait pas de meme de celui qui représenterait le fils de Capet avec les ornemens de la Royeauté et a conclu en disant qu’il serait bon et raisonable de soustraire pendant un laps de tems, nombre de ces tableaux aux yeux du public en les renfer-
mants ».
Le 2 2 juillet, la Commune Générale procède au premier scrutin pour la nomination des six commissaires, prévus par le décret du 4 juillet. Les voix se répartissent sur douze membres, Régnault arrive en tête avec jcj suffrages, et les deux derniers sont David et Monnot, avec 13 voix. C’est un nouvel échec pour David, lequel déclare, à la séance du 23 juillet, qu’il ne se présente pas au scrutin de ballottage. Les six commissaires nommés sont : pour la peinture, Régnault et Vincent; pour l’architecture. De Wailly et Percier; pour la sculpture, Gois et Roland. On désigne comme suppléants Fontaine, Monnot et Pajou fils.
Le décret du 4 juillet ainsi exécuté, la Commune Générale se préoccupe de son organisation intérieure. Elle ordonne que la Minerve sera ornée d’un drapeau tricolore, dont la lance sera surmontée du bonnet de la liberté. Mais quelle forme aura ce bonnet! «Ce sujet qui, dans toute autre assemblée, auroit été sans doute indifferent, n’a pas paru devoir l’être dans une assemblée d’artistes.» Un membre propose qu’on en discute. On s’arrête au bonnet de la liberté, qui est sur le revers de la médaille de Brutus, ce qui oblige la Commune à renoncer au drapeau tricolore, qu’on remplace par «une enseigne dans la forme romaine», confiée «au goût et aux talens de Percier». Sur cette enseigne on écrira : «Reunion de tous les artistes, le 18 juillet 175)3, fan 2^ de la République françoise. »
La lecture des procès-verbaux accuse une véritable fièvre de travail. La Commune Générale s’occupe du Salon en même temps que des monuments publics à détruire, — ou à conserver; — elle va du concours de pendules au concours pour un plan de division des terrains nationaux; elle adresse des pétitions à la Convention, à la Commune, au Comité d’instruction Publique; elle rend hommage à la veuve Hérissant, qui
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imprimait le catalogue des Salons de l’Académie Royale, et qui imprimera celui de la Commune Générale; elle entend les réclamations des uns et des autres, écoute les dénonciations, appelle à sa barre dénoncés et dénonciateurs, examine jusqu’aux moindres détails. On a pu, sur la foi de ceux qui avaient lu superficiellement le Journal de Détournelle, accuser la Société Populaire et Républicaine de bavardages inutiles, et, en effet, on y discourait plus que de raison, mais on y travaillait aussi réellement. En tout cas, la Commune Générale qui la précéda fit de très utile besogne, et les emballements fâcheux y sont trop rares pour qu’on ne le souligne pas.
Il ne faudrait pas croire que la Commune Générale perdit de vue l’objet pour quoi on l’avait réunie. Le 30 juillet, quelqu’un fait observer qu’on n’a pas enlevé les fleurs de lys qui ornent les colonnes des Tuileries. On s’est borné à les recouvrir avec du plâtre, ce qui indigne le «membre». Le 2 août «un membre fait par à lassemblée des craintes que lui donnoient le decret de la Conv. n*®du i"" aoust i 7^3 qui ordonne de détruire tous les tombeaux des Rois qui sont dans letendue de la republique et notament ceux qui sont à S^Denis pour le i o aoust prochain.
«Lassemblée arête sur la proposition d’un autre membre de nommer quatre commissaires qui seront chargés de se transporter sur le champ au Comité de salut public pour lui demander de proposer à la Convention de rendre un decret qui charge la commission des monumens de la destruction de ces tombeaux, vue quelle poura veiller à ce que tout ce qui peut être utile aux arts soit conservé et que les marques de royauté et féodalité soient seules détruites,
«Les quatre commissaires nommés sont :
«Les citoyens Espercieux, Gilbert, Veny et Romain aux-
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quels le secrétaire a remis sur le champ l’extrait du procès verbal de leur nomination, »
De tels actes sont tout à l’honneur de la Commune Générale. Le procès-verbal du 6 août décharge les artistes qui en font partie de la manière la plus précise. Il dit, en effet: «Un des commissaires nomé dans la dernière séance pour se transporter au Comité de salut public prends la parole pour faire son raport et dit qu’ayant inutillement cherché a être introduit au Comité de salut public les CC”"®® se sont transportés a celui d’instruction publique et que les membres de ce comité pansaient que les tombeaux des Rois ne valaient pas la peine d’etre conservés — que ce n’etait pas l’intention de la Convention nat^*" que d’ailleurs il serait dificile peut etre d’empecher le peuple de briser ces monumens. »
Ainsi, les artistes représentés par la Commune Générale et ses délégués firent leur devoir d’artistes, au milieu de quelles difficultés, inconnues jusqu’à ce jour, on vient de le voir! On va les juger encore à fœuvre le p août, où le citoyen Milbert appelle l’attention sur le tombeau du connétable de Montmorency, «vu que déjà à Montmorency deux tombeaux ont été réduits en poudre». Mais les pouvoirs des commissaires de la Commune Générale ne s’étendant pas au delà de Paris, l’assemblée décide que le citoyen Moreau jeune communiquera la lettre de Milbert «à la commission des monuments qui, d’après le décret du i 7, peut étendre la surveillance partout ou besoin est». Le 13 août, «le citoyen Moreau jeune qui avoit été chargé de repondre a la lettre du Cit. Milbert annonce qu’il doit aller a Montmorency le lendemain 1 4 du courant pour tacher de conserver aux arts le tombeau qui est encore intact dans l’eglise de cet endroit, il fait par aussi que la Commission des monumens doit aller à S* Denis pour aux termes du
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décret de la Convention national détruire les tombeaux des Rois en en brisant tout ce qui a rapport a la royauté et en enlevant et plaçant dans un depot tout ce qui peut être utile aux arts ».
Moreau rend compte de sa mission le i6 août. 11 dit «qu’il a trouvé au tombeau d’Anne de Montmorency deux figures d’albatre brisés et deux en bronze qui ont été fondues mais que les lignes principales de ce tombeau etoient encore intactes, il a détaillé ensuite la maniéré dont il a combattu les prétentions de la commune de Montmorency qui croyoit avoir le droit de vendre le tombeau par la seule raison qu’il est scellé dans l’eglise et il a facilement détruit ce prétendu droit par le texte du decret qui charge la Commission des monumens d’enlever des edihces nationaux tous les objets de curiosité relatifs aux arts. Le résultat de son rapport a été d’annoncer que ce monument seroit conservé aux arts ainsi que ceux de Denis dont on extraira tout ce qui peut etre utile a leur progrès ».
Moreau avait toute la confiance de la Commune Générale des Arts. C’est lui et Choffard qui exécutèrent la carte des sociétaires, et on trouvera dans nos Proces-Verbaux trace des remerciements pour cet acte de civisme^‘1
•La carte, dessinée par Moreau et gravée par Choffard, portait à son avers une Minerve, admirablement drapée, qu’un génie va coiffer du bonnet de la liberté. Au pied d’un fût de colonne où brûle le feu sacré, les attributs des arts. On lit cette inscription : «Constituée le i 8 juillet 1793, en vertu du décret du 4 juillet 1793, l’an 2 de la Rép. franç. » Le revers, orné de deux branches de chêne liées, porte : Commune des Arts de peinture, sculpture, architecture et gravure. La carte est signée : J.-M. Moreau le j. inv. — P. -P. Choffard, sculp.
Procès-verbal du 16 août 1793.