‹ Procès-Verbaux de la Commune générale des arts de peinture, sculpture, architecture et gravure (18 juillet 1793--tridi de la 1re décade du 2e mois de l'an II) et de la Société populaire et républicaine des arts (3 nivôse an II--28 floréal an III) :publiés intégralement pour la première fois avec une introd. et des notes /par Henry LapauzeChapitre 31 sur 125 · LXI · texte numérisé non relu

LXI

HISTORIQUE DE LA SOCIÉTÉ RÉPUBLICAINE DES ARTS

(3 prairial an n [22 mai 1794] “ 28 floréal an iii [17 mai 1795]-)

Au cours de la séance du 3 prairial an ii, la Société Populaire et Républicaine décidait de modifier son titre. Elle devenait simplement Société Républicaine. Elle ne change pas absolument son esprit, et on voit que le premier acte du président est pour interpeller les membres de la Société afin de savoir s’il n’y aurait aucun reproche à faire à quelqu’un d’entre eux. Cependant on va se montrer plus sévère quant aux conditions d’accès, et il ne suffira plus d’une carte de Société Populaire quelconque pour être admis à délibérer. Les concours sont toujours la préoccupation dominante, si bien que toute proposition de restriction à ce principe est écartée. Ainsi on a biffé dans le procès-verbal du 1 3 prairial une phrase typique où un membre avait osé demander que «le Comité de salut public examine dans sa sagesse si, pour la gloire des arts, il seroit utile de moins les multiplier».

La Société Républicaine est, elle aussi, pour la réforme du costume préconisée par David, et on y voit le citoyen Leclerc présenter un mémoire qu’accompagnent des dessins sur l’origine du costume français. A quoi bon discuter, déclare un des sociétaires, puisqu’en ce moment même on exécute celui que le génie de David a créé l

La dénonciation de Wicar contre les ouvrages licencieux revient devant la Société. On y est, d’ailleurs, à peu près unanime à souhaiter la disparition des œuvres purement libertines,

mais DétourneUe et Guyot craignent que les hommes de police à qui la tâche a été confiée de les détruire n’aient la main un peu lourde. On les charge donc d’y veiller, la Société s’en rapportant, au surplus, à l’amour des arts qui doit animer l’administration de la police!

S’il est un reproche qu’on puisse adresser à la Société Républicaine des Arts, ce n’est pas de rester inactive. Elle prend souci de tout : elle maudit les restaurateurs de tableaux et s’élève contre les intrigants, elle préconise l’embellissement de Paris et déclare que les projets «d’avenue à la place de l’Opéra» sont inconvenants. On en appellera à David, avant d’en appeler au Comité de Salut public, et si David approuve on rédigera une adresse. Il faut que Paris ait de la beauté dans tous ses quartiers, et il est indigne de Paris qu’on puisse y voir des quartiers pauvres : tous doivent également se parer de monuments artistiques, et la salubrité, comme l’aisance, doivent régner dans toute la ville. Voilà ce qu’il faut aller dire à David d’abord, et au Comité de Salut public ensuite.

Nous sommes à l’époque où David règne en souverain incontesté sur l’art. C’est, quoi qu’on en ait dit, une véritable dictature qu’il exerce, mais une dictature dont on aurait grand tort de se plaindre. Dans le débordement des passions, elle imposa une sorte de discipline salutaire. La Société Républicaine est tout entière avec David, dont elle suit les moindres indications. Le 29 messidor, elle prend connaissance du rapport de David sur la fête en l’honneur de Viala et de Barra, cette fête fameuse qui devait provoquer la tourmente thermidorienne. Retenez bien cette date du 29 messidor : à partir de ce jour, il ne sera plus jamais question de David dans les procès-verbaux de la Société Républicaine : dix jours plus tard, en effet, c’est le 9 thermidor, qui amène avec lui la chute de David, accusé

Page 1