‹ Procès-Verbaux de la Commune générale des arts de peinture, sculpture, architecture et gravure (18 juillet 1793--tridi de la 1re décade du 2e mois de l'an II) et de la Société populaire et républicaine des arts (3 nivôse an II--28 floréal an III) :publiés intégralement pour la première fois avec une introd. et des notes /par Henry LapauzeChapitre 33 sur 125 · LXIV )*€S · texte numérisé non relu

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artistique, propose qu’on s’y rende en corps, une ou plusieurs fois par décade, pour y discuter sur les ouvrages des anciens, analyser leurs beautés — comme leurs défauts — et il demande que le public soit convié à ces conférences. L’idée a été reprise depuis. Alors, elle fut repoussée. De nouveau, la question des actes de vandalisme est soulevée par Bienaimé et par Dufourny avec une singulière énergie. Par là, à coup sûr, les artistes révolutionnaires ont montré, de 175^3 ^ grand bon sens, et il est juste de constater que, à quelques exceptions près, ils eurent à cœur de s’élever contre les destructions criminelles des œuvres d’art de toute nature.

La Société Républicaine est persona prata auprès des pouvoirs publics. C’est elle qui dresse la liste des artistes auxquels une récompense nationale doit être attribuée. Au vrai, cette récompense est un encouragement, pour ne pas dire un secours, — encore que le mot fût prononcé, — dont le besoin devait se faire sentir d’autant plus que l’heure n’était pas aux commandes particulières, ni même beaucoup aux commandes officielles. Le Comité d’instruction publique est en rapports constants avec la Société Républicaine et il décide même qu’il consultera toujours celle-ci « sur tous les objets qui auront quelques rapports avec les arts».

Plusieurs séances sont consacrées à l’examen des titres des artistes à être secourus par la Convention. Le 1 2 pluviôse an III, on lit cette lettre de Chardin :

Citoyens,

11 est toujours temps d’inviter l’assemblée à rendre justice à ses concitoyens. Un artiste méritant, sous tous les rapports, d’avoir part aux encouragemens nationaux, a été oublié dans la liste que vous avez donnée au Comité d’instruction publique : ce citoyen est Millot, sculpteur, qui mérite justement l’estime de tous ceux d’entre nous, depuis le premier

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pas qu’il a fait dans la carrière des arts. Son courage constant a été un exemple poür tous ceux qui l’entouroient, et les premiers honneurs qui lui ont été décernés lui étoient si bien acquis, qu’il a fait taire l’envie qui s’attache toujours aux succès. Il a concouru cinq fois aux prix : il a mérité le second; enfin le premier qui procuroit l’avantage de la pension à Rome. Ces couronnes bien méritées ne portèrent point de fleurs sans être cueillies à travers des épines et des ronces dont l’infortune l’entouroit : car dans ce même temps il soutenoit son pere indigent et aveugle : ce dont j’ai été témoin.

De retour d’Italie, il fit des démarches qui étoit alors nécessaires pour entrer dans le Corps académique et pour avoir quelques travaux. Il fit d’abord trois figures : la première fut rejetée; la seconde fut reçue pour son aggrégation; elle représentoit Socrates mourant de la ciguë. Il fut obligé d’en faire une troisième pour sa réception. L’hydre renoissoit sous plusieurs formes : car dans ces derniers temps on exigeoit des statuaires de faire deux figures, dont une pour l’aggrégation, et l’autre pour la réception, et le marbre en sus. Le monstre est enfin abattu; gloire k la Société Républicaine des Arts.

Le c™ Millot, toujours persévérant, réfléchissant sur son malheureux destin , choisit pour sujet Minos tenant dans son urne notre sort. Il fut reçu sur cette figure.

D’après toutes ces considérations, je pense, citoyens , que le c"" Millot, presque sexagénaire et sans aucun revenu, est un de ceux qui ont mérité les encouragemens de la nation. Plusieurs des sculpteurs que vous avez désignés pour y participer sont ses contemporains et ont été témoins de la carrière épineuse qu’il a courue.

Dans ce moment il est hors de Paris occupé à de minces travaux pour le faire subsister. Il sera très-honorable pour la Société de ne pas oublier les absents, et de surprendre agréablement l’homme sans prétentions.

Cet acte de bienfaisance étoit réservé k la Société Républicaine des Arts, qui n’a d’autre but que la justice dans la distribution des travaux et des récompenses.

Salut et fraternité.

Chardin.

Paris duodi 12 Pluviôse, l’an 3® de la République une et indivisible.

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