‹ Procès-Verbaux de la Commune générale des arts de peinture, sculpture, architecture et gravure (18 juillet 1793--tridi de la 1re décade du 2e mois de l'an II) et de la Société populaire et républicaine des arts (3 nivôse an II--28 floréal an III) :publiés intégralement pour la première fois avec une introd. et des notes /par Henry LapauzeChapitre 46 sur 125 · TENUES · texte numérisé non relu

TENUES

PAR LA SOCIÉTÉ POPULAIRE ET RÉPUBLICAINE

PENDANT LE MOIS DE NlVÔSE

DE L’AN DEUX DE LA RÉPUBLIQUE ^FRANÇAISE UNE ET INDIVISIBLE RÉDIGÉS PAR BONVOISIN SOUS LA PRÉSIDENCE D’ALLAIS

SÉANTE AU LOUVRE, DANS LA SALLE DITE DU LAOCOON

Séance de tridi^ j Nivôse an deux de la République Françoise , une et indivisible.

Le secrétaire par intérim fait lecture du proces-verbal de la précédente seance, lequel est adopté sans réclamation; ensuite, conformement à un article du règlement, qui porte qu’après un mois de fonction, le vice-president prendra la place du president, et le secrétaire adjoint remplira celle de secrétaire. Allais, vice president, qui avoit pris la place de Bienaimé, président, avant la lecture du procèsverbal, invite Gilbert, secrétaire par intérim, et Bonvoisin, secrétaire adjoint, à changer réciproquement de place, ce qu’ils font.

P' On a joint à ces procès-verbaux P' Les mots [Populaire et] ont été

ceux des deux premières séances du ajoutés en surcharge. (Voir le procès-

mois de pluviôse, attendu que le re- verbal du 9 nivôse.)

nouvellement du Bureau n’a eu lieu Mots biffés : [une des],

que le 6 dudit mois. {^Note du secré- Mots biffés : [de la ci-devant aca-

taire.) démie de peinture].

— y9*[ 182 )*cs —

Un membre du Comité'de présentation annonce que le c®" Houet s’étant présenté au Comité pour être admis dans la Société, et ayant répondu formellement aux interpellations, excepté à une seule et la plus importante, celle d’avoir signé ou accepté la Constitution Républicaine, attendu a-t-il dit qu’il s’étoit présenté trop tard a sa section, pour pouvoir remplir ce devoir, et le lendemain même de la fermeture du registre a ce destiné; le Comité n’a pas cru devoir le présenter a l’assemblée sans avoir soumis à sa décision ce cas particulier. Après quelques discutions l’assemblée passe a l’ordre du jour, motivé sur ce que le C^'* Houet venoit de partir, dans l’intention de se procurer le moyen de satisfaire à la loi.

Le même membre du Comité donne lecture des noms des citoyens qui s’y sont présentés pour être admis dans la Société, et qui etoient précédemment de la Commune des arts. Après les interpellations faites par le president, l’assemblée consultée admet au nombre de ses membres les citoyens Charles-Amédée-Philippe Vanloo, et Christian Vanpol, tous deux peintres.

Le président, conformément à un arrêté de l'assemblée, dont l’execution doit avoir lieu chaque mois, interpelle tousses membres de déclarer s’ils ont quelques reproches à faire sur le civisme de chacun d’eux, et le silence de l’assemblée annonçant la négative, on procède à la nomination de deux censeurs qui sont les citoyens Droling et Moite.

Un membre du Comité de présentation appelle les citoyens qui, après s’être présenté au Comité et y avoir justifié de leurs titres d’admission ne se sont pas encore présentés au sein de l’assemblée pour y être reçus définitivement, et les citoyens Charles Bervic, graveur, Barthélémy Vignon, architecte, et Jean-Baptiste Budelot, sculpteur, alors présents, sont admis.

Une citoyenne se disant petite fille d’artiste, et qui s’étoit placée dans l’assemblée dès le commencement de la séance, fait lire par le président un mémoire dans lequel elle expose, qu’ayant eu un bras cassé et se trouvant dans le besoin elle a recours à la Société.

Un membre dit qu’elle a déjà été chez la plupart des artistes avec importunité; un autre propose de nommer deux commissaires pour prendre des informations sur elle dans la section où elle demeure.

Une citoyenne, admise provisoirement dans le sein de l’assemblée comme artiste, dit qu’après avoir été chez les citoyens Mouchet et David elle avoit été reconnue suspecte.

On renouvelle la proposition de nommer deux commissaires, mais plusieurs membres s’y opposent et prétendent qu’elie doit être chassée de l’assemblée.

Un membre, appuyant cette derniere proposition, dit que cette femme va partout avec un faux certificat supposé de lui. Un autre demande qu’a l’instant elle sorte hors de l’enceinte, ce qui occasionne de l’agitation dans l’assemblée. Enfin un membre obtenant la parolle dit que si quelqu’un veut être le défenseur de cette femme, qu’il se présente et parle. Mais un grand nombre de voix demandant au contraire qu’elle soit chassée a l’instant, et, par un arrêté l’assemblée l’ayant ainsi décidé, elle est conduite et mise dehors de la salle.

On revient à l’ordre du jour. Un membre du Comité de présentation donne lecture à l’assemblée pour la troisième et dernière fois des noms des citoyens qui, au terme du règlement, se présentent pour être admis au nombre de ses membres et elle admet les citoyens Pierre-Antoine Guyot, architecte, et Alexandre Bousquet homme de lettre.

Un membre du Comité d’organisation fait ensuite un rapport sur l’admission des citoyennes comme membre de la Société, duquel il résulte que les femmes, differentes des hommes sous tous les rapports physiques et moraux, ne doivent pas être admises.

Plusieurs membres parient successivement pour et contre l’admission. Les uns prétendent que la Société ayant pour but la culture et la perfection des arts seulement, et non la politique, elles ne peuvent être admises. Les autres demandent qu’elles ayent une place particulière dans l’assemblée.

Le rapporteur reprend la parolle et soutient que les femmes

doivent être excluses de la Société attendu que la loi leurdeffend de s’assembler et de délibérer sur aucun objet.

Un membre cite la Société des Jacobins où il y a une citoyenne admise; mais un autre membre, sans avoir égard a cette exception, dit que chez des républicains les femmes doivent absolument renoncer aux traveaux destinés aux hommes. II convient cependant que pour sa propre satisfaction, il auroit beaucoup de plaisir a vivre avec une femme qui auroit des talens dans les arts, mais que ce seroit agir contre les loix de la nature. Chez les peuples sauvages, dit-il, qui par conséquent se rapprochent le plus de la nature, voit on des femmes faire l’ouvrage des hommes! II pense que c’est par ce qu’une femme célèbre, la citoyenne le Brun, a montré de grands talens dans la peinture, qu’une foule d’autres on voulu s’occuper de la peinture tandis qu’elles ne devroient s’occuper qu’à broder des ceinturons et des bonnets de polices.

On propose de n’admettre que les citoyennes qui seroient reconnues pour avoir des talens et des mœurs.

Plusieurs membres, ainsi qu’un député de la Société populaire de la section des Arcis, prétendent que cette admission ne pourroit que déplaire aux Sociétés populaires, et que cela feroit perdre leur affiliation à la société. Cette considération semble réunir la majeure partie des opinions en faveur de l’exclusion; malgré l’observation faite que le réglement ne la pronnonce pas. Au même instant un membre qui avoit demandé l’admission pour sa fille retire sa demande, et d’après l’observation faite par un autre membre, que la loi ayant déjà prononcé, le Comité n’auroit pas dû même faire un rapport sur cet objet, l’assemblée sans avoir égard au rapport de son Comité, arrête purement et simplement que les citoyennes ne pourront être admises dans la Société.

Un membre donne ensuite lecture d’un rapport sur la Commission du muséum, fait par David a la Convention au nom du Comité d’instruction publique, dans lequel il propose de la supprimer en y substituant un conservatoire.

Un autre membre fait lecture d’un projet d’adresse au Comité d’instruction publique. Elle tant principalement à supprimer les programes et à substituer à ce mot celui d’appel aux artistes en leur laissant la liberté de faire leurs projets, sans les entraver par des données des quelles ils ne peuvent sortir, ainsi qu’à n’admettre dans les jurys des arts que des artistes. L’assemblée applaudit vivement aux vues utiles que présente l’auteur dans cette pétition, mais, attendu sa longueur, on demande qu’elle soit déposée aux archives de la Société, et que l’on n’en présente à la Convention que l’extrait, en demandant le renvoi du travail entier au Comité d’instruction publique.

Un membre propose de faire cette demande dans la pétition que la Société doit présenter incessamment à la Convention.

La discussion sur cet objet est ajournée à la prochaine séance, et sur l’observation d’un membre que les séances commencent trop tard, l’assemblée arrête qu’elles commenceront dorénavant à six heures précises.

Séance levée à ^ heures.

Allais, Bonvoisin,

Pres'id. Secrétaire.

SÉANTE AU LOUVRE, DANS LA SALLE DITE DU LAOCOON^’*

Seance du sextïdï 6 N'ivose ^ an deux de la République Française

une et indivisible.

Allais, president, fait donner lecture à l’assemblée par le Secrétaire, du procès-verbal de la précédente seance, et après son adoption

Même observation que page 1 8 1 .

un membre demande, qu’attendu la nécessité de donner des cartes d’entrée aux membres de la Société, ceux qui ont été chargés de cet objet veuillent bien s’en acquitter d’une maniéré plus active.

Un des quatre commissaires qui avoient été nommés par la Société sur la demande du citoyen Chamulot membre de la Société populaire de la Section des Arcis, pour l’accompagnera la Convention, rend compte du succès peu favorable que sa pétition avoit obtenu.

On donne ensuite lecture de celle que la Société se propose d’y présenter aussi, avec les changements et les additions qu’elle avoit désiré. Cette nouvelle rédaction parroit remplir le vœu de l’assemblée et l’on propose de ne la présenter qu’après l’avoir communiquée à la Société des Jacobins. Un membre observe qu’il est très difficile d’y être admis et propose que la pétition soit imprimée et distribuée à cette société. Un autre observe que cela meneroit trop loin et il demande qu’elle soit présentée sans délai. Un troisième veut au moins que la lecture en soit faite avant aux société populaires affiliées à la Société, ce qui donne occasion de demander la continuation de l’envoi des commissaires auprès de celles qui ne le sont pas encore; envoi qui n’a été suspendu que pour obtenir avant l’affiliation des Jacobins.

L’assemblée ne prenant aucun parti définitif sur cet objet reprend la discution qu’elle avoit ajournée sur le travail qu’un de ses membres se propose de présenter au Comité d’instruction publique, lequel demande qu’il lui soit adjoint deux membres pour l’y accompagner ; mais loin d’appuyer cette demande un autre membre dit que ce tra\ ail n’est qu’une critique des décrets de la Convention relatifs aux progrès et pour le bien des arts, et que la Société seroit bientôt vue d’une maniéré défavorable si au lieu de s’y soumettre avec reconnaissance, elle cherchait à entraver ou retarder leur exécution. Cette observation est sentie par l’assemblée et l’auteur retire sa proposition.

Un membre fait l’éloge d’un calandrier républicain présenté à la Convention par le c'’*' Debucour et favorablement accueilli; il pro-

pose à la Société d’en faire l’acquisition. Un autre membre dit que cet artiste est connu de lui pour un patriote et qu’il est persuadé qu’il se fera un plaisir de l’offi'ir cà la Société.

On propose et l’assemblée arrête avec un enthousiasme patriotique que la Société ira décadi prochain en masse prendre part à la fête triomphale décrétée par la Convention qui sera célébrée par la commune de Paris à l’occasion de la reprise de Toulon.

Un membre dit qu’il a été fâché de ne pas voir une députation de la Société à la fête qui a eu lieu en l’honneur de Chalier, et il demande que l’arrêté que la Société vient de prendre soit communiqué demain à la commune de Paris par six commissaires avec l’adresse qu’elle a envoyée aux Sociétés populaires et son réglement. Toutes ses propositions sont adoptées, et les citoyens Cardon, Le Clerc, Guyot, Destournelles, Garneney, et Petitot sont nommés commissaires pour porter à la commune le vœu de la Société exprimé dans une adresse rédigée sur le champs par un membre et acceptée sauf rédaction.

Un membre présente une esquisse en cire pour l’enseigne de la Société. Elle est renvoyée au Comité d’organisation ainsi que les autres projets pour qu’il en présente le résultat à l’assemblée dans un croquis, ce qui donne occasion à un autre membre de demander à l’assemblée qu’elle autorise le trésorier à orner l’enseigne existante d’un bonnet rouge, d’une couronne de verdure, et de rubans tricolor. L’assemblée adopte cette proposition ainsi que celle d’inviter les artistes de la Manufacture des Gobelins à s’unir à elle «à la fête triomphale, et elle arrête ensuite que tous ceux de ses arrêtés qu’elle croira utile de faire connoître aux Sociétés populaires leurs seront communiqués, et ajourne la proposition qui lui est faite de les faire insérer dans les journeaux, à la prochaine séance, ainsi que celle de faire un repas civique décadi soir après la fête.

L’assemblée admet au nombre de ses membres le citoyen Désiré Chemin, poète et musicien.

On propose de renouveller tous les mois le Comité de présenta-

lion par moitié, et l’assemblée nomme quatre de ses membres qui sont les citoyens Le Brun, Gautier, Destournelles et Petitot pour remplacer un égal nombre de membres du Comité tirés au sort. Elle arrête ensuite que les membres de ce Comité s’assembleront les 3 et 9 de chaque décade une heure avant la séance, et que cet arreté sera affiché dans la salle.

Un membre propose et l’assemblée arrête que dans le préambule de la pétition qu’elle doit présenter à la Convention elle la félicitera sur les sages et grandes mesures qu’elle prend pour faire triompher la République. C’est ainsi qu’elle a terminé sa séance qui a été levée à huit heures et demie.

Allais, Bonvoisin,

Pres'id. Secrétaire.

SÉANTE AU LOUVRE, DANS LA SALLE DITTE DU LAOCOON

Séance de mnodi p Nivûse an 2 de la République Françoise une et indivisible.

• Allais, president fait donner lecture, par le secrétaire, du procèsverbal delà précédente séance, sur lequel, après quelques discutions, l’assemblée arrête qu’il sera toujours mis en tête du procès verbal de ses séances le titre de Société populaire et républicaine des arts, entendant désormais joindre au titre de Républicaine, qu’elle avoit jusqu’alors, celui de populaire.

Après l’adoption du procès verbal, un des 6 commissaires chargés de porter a la Commune de Paris le vœu de la Société pour participer a la fête triomphale qui doit être célébrée en mémoire de la reprise de Toulon, donne lecture de l’extrait des délibération du

conseil général à cet egard, et fait part des observations que le conseil a faites sur un article du reglement de la Société, ce qui donne lieu à un arreté par lequel i’assemblée charge son comité d’organisation de faire au réglement ie changement désiré par la Commune de Paris, arreté qu’elle rapporte ensuite pour adopter la radiation proposé par le meme commissaire de ce qui avoit déplu au Conseil dans l’article du réglement où il est dit que pour être admis de la Société il faudra justifier de son exercice dans la garde nationale depuis le commencement de la Révolution.

Après l’adoption de ce changement un membre fait lecture du rapport de David à la Convention sur la fête triomphale, et l’assemblée admet ensuite au nombre de ses membres les citoyens Louis Carpentier graveur, Pierre-Simon-Joseph Jault peintre, Jean-Baptiste Thierard sculpteur, Jean-Nicolas Vilmorin, architecte, et Louis- Marie Joseph Morel dit Arleux, peintre.

Sur la proposition d’un membre l’assemblée arrête qu’elle fera les démarchés nécessaires pour obtenir l’affiliation des sociétés populaires des environs de Paris, ce qui donne occasion a un autre membre de proposer la continuation de l’envoi des commissaires dans les autres sociétés de Paris qui n’ont pas encore été invité a l’affiliation avec la Société.

On fait part à l’assemblée des bonnes dispositions du Comité d’instruction publique pour une distribution de traveaux d’encouragement cette année, et elle ajourne la proposition d’y envoyer une députation.

Elle reprend ensuite la discution qu’elle avoit ajournée sur la proposition de faire un repas civique apres la fête. Plusieurs membres pensent que les sections devant en donner un, tous bon citoyen doit se rendre à celui de sa section. D’après cette observation l’assemblée passe à l’ordre du jour.

Un membre se plaint de la négligence du graveur chargé de faire des changemens à la planche des cartes d’entrée. On observe qu’ils seroient déjà faits sans l’oubli d’une lettre qu’il a fallu réparer, ce qui a fatigué même la planche.

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