DOUZIÈME SÉANCE
s 3 NOVEMBRE I79I.
Ce jourd'hui 9 3 novembre 1791, l'an troisième de la Liberté française, le Comité d'agriculture s'est assemblé. Présents : MM. Broussonet, Rougierde La Bergerie, Lequinio, Collas, Waelterlé, Gobillard, Robin, Reverchon, Crousse, Boisseau, Lobjoy, Moreau, Larroque-Labécède, Faure, Damourette, Rogniat, Rivery.
(') Li Marne est aujourd'hui reliée à la Saône par la jonction du canal de la Marne au Rhin — qui a son lieu de départ û Vitry-le-François — et de la branche Sud du canal de TEst — qui se termine à Gorre , sur la Saône. Cette jonction se fait à Laueuveville — devant — Nancy. C'est, en effet, de Laueuve-
ville que part Vetnbranchement de Nancy , petite section du canal de l'Est qui unit ledit canal de PEst en amont de Pont- Saint-Vincent au canal de la Marne au Rhin, en amont de Nancy. Voir Paul JoARNB, Dictionnaire géographique et administraiij de la France, 1890-1905, 7 vol. in-f*.
[a3 Nov. 1791J DU COMITÉ D'AGRICULTURE. 461
Un secrétaire a fait lecture du procès-verbal de la dernière séance.
M. le Président a fait la distribution des pétitions et mémoires ainsi qu'il suit :
Une pétition des communes de Beaurieux, Guisy[-en-Almont] et Chaudardes, district de Laon, et autres communes riveraines de la rivière d'Aisne, numérotée 87, en réclamation contre les invasions du ci-devant duc de Charost sur leurs héritages, sous prétexte de son droit de pèche, a été remise à M. La Bergerie, adjoint pour ce rapport à la section des canaux ^^K II a été arrêté que M. La Bergerie présenterait un rapport général sur la police des rivières.
Une autre, numérotée 38, du s' Servandony, par laquelle il propose à la Nation un défrichatoire d'mi genre nouveau en lui faisant les avances nécessaires à l'exécution ; remise à M. Waelterlé pour la section des défrichements ^^^
Une autre, numérotée 89, et extrait des délibérations de la commune de Miramont, district de Saint-Gaudens, département de la Haute-Garonne, en demande de partage des communaux; remise à M. Waelterlé pour la section des défrichements ^'^
Une lettre du s' Borel, notaire et arpenteur à Mont-de-Couvet au Val-de-Travers, comté de Neuchâtei en Suisse ^*\ par laquelle il dit avoir lu qu'il y avait une mine d'or proche de Toulon sur une montagne appelée Garqueyranne, proche le bord de la mer, contenant quatre cinquièmes d'or. Gette pétition, numérotée âo, après avoir été lue, a été rejelée par la question préalable.
H a été arrêté que, vu l'importance de présenter incessamment à l'Assemblée nationale un projet de décret sur le partage des biens communaux, M. le Président écrirait aux 83 départements pour leur demander des instructions sur cette matière ^^^.
^'^ Cf. pour le duc de Charost, les Ih'ocès-verbatup rUx Comtlén d'afp'iculture pl de commerce. . ., t. 1, p. 457, notes 1 et 9.
^*^ Au nombre des Iravaux sur les dofrirhements, on citera le Mémoire sur le» défrichemenl» ^ de M. de Turbillt, Paris, 1760. La première partie du mémoire, Pratique du défrichement, fut réimprimée dès 1760, Tannée même de sa publication. Le mémoire qui, de 1761 à 1769, eut deux éditions, fut traduit en anglais et en allemand. Voir Gdillort aine, Le marquis de 7Vir6t%, agronome angevin du xviii* siècle , Paris cl Angers, 1S69, iiî-16, p. 959. Sur rimporlance des travaux de M. de Tur-
biliy, voir Arthur Yourg, Vosges en France, t. I, p. 67s et suiv.
(^) Arch. nat, F" 333.
(*) Est-ce Trémalmont , écart de Gouvet, district du Val-de-Travers, canton de Neucbâtel?
^*) La circulaire du Comité ii*est pas cjonsersée dans la série F^®; en voici le texte, diaprés un exemplaire que M. PiuALBT, archiviste du Doubs, a communiqué à M. G. BooiGiN, chargé de la publication d^un recueil de docomentii relatif aux communaux : «r Paris le 97 novembre 1791, T Assemblée nationale. Messieurs, a chargé son Comité d'agriculture de lui présenter un projet de' décret sur le meiBeur emploi des
[a3 ifov. 1791]
Un membre a fait un rapport d'une pétition du s' Maupin , numérotée 33 , en ces termes :
«Messieurs 9 dans cette nouvelle pétition qui est semblable à celle dont j'ai eu l'honneur de vous faire le rapport le 16 présent, je n'y ai trouvé que les mêmes moyens qui sont plus étendus et qui ne sont pas plus développés. Il rappelle une expérience qu'il a faite, pendant les vendanges, à Belleville ^^^, dans la maison du maire du lieu, sur un quart de muid de vin où il a ajouté un tiers d'eau; il assure que toutes les personnes présentes ont trouvé bon le vin ainsi mêlé et surtout le particulier auquel il appartenait.
«Je ne doute pas que ce propriétaire ne trouve cette expérience fort bonne puisqu'il y a gagné un tiers et qu'il vendra ce tonneau de vin comme les autres dont le consommateur sera la dupe. Pai trouvé encore plus de moyens à persister dans les conclusiotis que j'ai prises sur le premier rapport et à rejeter tous ces projets qui sont plus dangereux qu'utiles ^ enfin qu'il n'y a lieu à délibérer.»
Le Comité a adopté l'avis de M. le Rapporteur.
Le même a fait un rapport en ces termes d'un mémoire numéroté i553 au regi^re du Comité d'agriculture et de commerce ^^^ :
«Messieurs, l'ouvrage de M. Gouffé le jeune est un mémoire en forme d'avis donné aux propriétaires cultivateurs pour les engager à se servir de bœufs au lieu de chevaux. Il a été remis à M. Necker pour être présenté aux Etats généraux, ensuite remis au Comité de commerce et d'agriculture de l'Assemblée nationale con^ituante qui n'a rien prononcé. Ce mémoire contient des observations assez intéressantes par le but qu'il se propose, puisque la viande que l'on vend à Paris serait à bien meilleur marché et le malheureux ne serait pas obligé de s'en passer, par le haut prix oii elle est.
biens communaux et sur la manière la plus avantageuse d*en opérer, en partie ou en totalité, le partage qui serait jugëjiécessaire. Le Comité, qui connaît toute rimportance de cette question, désirerait avoir des éclaircissements pour être à portée de proposer une loi giénérale; en conséquence, il a Thonneur de vous prier. Messieurs, de vouloir bien lui communiquer, le plus tôt possible, les renseignements que vous saurez les plus convenables au bien public et aux progrès de Tagriculture , en les considérant principalement sous les deux rapports ou de Tindivisibilité ou du partage
des communaux. Le président du Gomité d'agriculture : Aug. Broussonet.n
t*^ Au XII* siècle, Tévêché de Paris était propriétaire de vignes situées k Belleville ; voir L*ABBé Lebbdf , Histoire de la ville et du diocèse de Paris , réimpression de 1883-1893, t. I, p. 666. Dans son Dictionnaire des environs de Paris, publié en i8ai, Ocdibttb dit à propos de Belleville: a Une partie du terroir de cette commune est en vignes, n Du village de Belleville dépendait le hameau fameux de la Courtillc , dans le haut du faubourg du Temple.
(») Voir t I,p. 576-575.
[aS Nov. 1791] DU COMITÉ D'AGMGULTURE. 463
<^M. Gouffé cite les différentes provinces du Midi et de l'Ouest qui cultivent ainsi leurs terres, mais je pense que la culture des terres dépend du pays et des circonstances.
«J'observerai que les propriétaires, les fermiers et les cultivateurs ne manquent jamais toutes les occasions de faire fructifier et augmenter leur revenu; il faut donc laisser aux riches propriétaires instruits faire les expériences qui peuvent tourner au profit de l'agriculture. Il est très facile de faire des mémoires sur cette partie, mais il arrive souvent que l'expérience les démontre impraticables ; quand les propriétaires des environs de Paris et d'aÛieurs trouveront plus d'avantages à faire cultiver leurs terres avec des bœufs, croyez qu'ils le feront; les différentes cultures du royaume tiennent à leur localité suivant leurs débouchés ou la difficulté des exportations. Gomme il y a beaucoup de traités sur cette matière, je pense qu'on peut réunir ce mémoire avec bien d'autres pour y puiser quelques observations et qu'il n'y a lieu à délibérer quant à présent. »
Le Comité a adopté l'avis de M. le Rapporteur.
Le même a fait rapport en ces termes d'un autre mémoire dudit s' Gouffé sur les moutons et numéroté de même i553 :
c( Messieurs, ce second mémoire qu'a présenté M. Gouffé le jeune sur les moutons, serait de trouver les moyens d'augmenter cette espèce. Il propose aussi une méthode qui se pratique déjà dans les pays méridionaux de la France pour y avoir de la belle laine, en faisant passer les moutons pendant la nuit en plein champ; mais ce qui se pratique dans les pays méridionaux ne peut se faire dans le Nord, au moins aussi facilement. Il désirerait aussi qu'on fît voyager les moutons du Midi au Nord et du Nord au Midi comme cela se pratique en Espagne, mais je pense qu'il y aurait une petite difficulté, puisque la France est bien peuplée et que l'Espagne ne l'est pas , sans compter la différence du climat. Il voudrait aussi qu'il fût possible de se procurer des brebis flamandes parce qu'elles produisent beaucoup et qu'elles donnent jusqu'à quatre agneaux par année, ce que je ne crois pas. La majeure partie des observations de M. Gouffé ont été puisées dans VEncyclopédie et dans les ouvrages de M. de Buffon. Je n'ai vu dans ce mémoire et dans celui sur les bœufs que des articles tirés de différents auteurs qui ont traité cette partie d'agriculture; je pense qu'il n'y a lieu à délibérer quant à présent. »
Le Comité a adopté l'avis de M. le Rapporteur.
Un membre a proposé que l'on écrivît au département de la Meurthe pour demander des éclaircissements sur la découverte
464 PROCÈS-VERBAUX [a3 nov. 1791]
qu'un pétitionnaire prétend avoir faite d'une mine de charbon de terre dans le district de Pont-à-Mousson ^^\
Le Comité, en conséquence d'un décret de l'Assemblée nationale qui permet aux divers Comités de correspondre avec les corps administratifs pour demander des éclaircissements, a arrêté qu'il sera écrit ^*^.
La séance a été levée.
Fait au Comité, les jour, mois et an susdits.
Aug. Broussonbt, président ;yikELTEKLif secrétaire.