CHATEAUX ET SEIGNEURIES
La Morinière.
La Morinière, qui prend son nom de N. Morin, son constructeur au moyen âge, était le siège d'un fief important relevant de la baronnie de Grattecuisse et de la chAtellenie de Sablé. Un champ dépendant du domaine porte encore le nom de champ de la Potence. C'est là que se dressait le gibet seigneurial. Les seigneurs de la Mori« nière se distinguèrent par leur valeur pendant les guerres contre les Anglais aux xiv® et xv® siècles. Selon les titres de la seigneurie du Port-Joulain, dont nous avons écrit rhistoire dans une étude spéciale, la terre de la Morinière en Saint-Denis-d'Anjou appartenait en 1540 à n. h. François de Rosny,qui s'intitulait seigneur de Brunelles et de la Morinière. Ce personnage est également mentionné dans un document conservé aux Archives du château de Luigné, commune de Coudray, arrondissement de Château- Gontier (Mayenne). Il eut pour fils Lancelot de Rosny, sieur de la Couture. La famille de Rosny s'armait : D'argent à la fasce de giwules.
La Morinière ayait été rebâtie au xvi« siècle. Nous en reproduisons la vue principale ainsi que celle de la chapelle. Ce lieu était entouré de douves où le poisson abondait. Le château actuel de la Morinière, incendié pendant les guerres de la Révolution, se compose d'un bâtiment flanqué de deux pavillons dont la façade regarde le midi : la partie centrale est éclairée par une grande porte-fenêtre, et chaque pavillon par une vaste
fenêtre. Il n'y a qu'un rez-de-chaussée. Les soubassements servaient de cuisines, décharges et caves. On accède à la large pièce du milieu, qui devait être utilisée jadis comme salon, par un escalier à double volée avec trois paliers ; les marches, en schiste ardoisier, sont en mauvais état. Une fenêtre, décorée d'un écusson fruste à la partie supérieure, éclaire la mansarde du pavillon de l'est. Les dépendances ou servitudes, qui s'étendent sur deux rectangles de chacun 10 mètres de large sur 25 mètres de long, à 30 mètres du castel, forment cour au nord et à l'est; elles sont en assez bon état de conservation. Les anciennes écuries, qui étaient placées près de la porte d'entrée, tombent en ruines.
A vingt-cinq mètres environ au devant du château, on remarque la chapelle dont le clocheton, de forme conique, est couvert en ardoise. Elle a été construite en 1495, comme l'indique une inscription gravée sur le fronton de la porte d'entrée, qui est décoré d'un écusson seigneurial. Quatre fenêtres Téclairent ; toutefois, celle qui est située au nord-est a été murée. La voûte est en tuffeau ainsi que les ouvertures et la corniche. L'autel est en marbre noir et en pierre blanche. A droite règne une petite sacristie. Cette chapelle, placée sous le vocable, de Notre-Dame et qui avait été profanée sous la Terreur, a été restaurée, il y a environ quinze ans, par les soins de M. Henri de la Roche-Brochard, héritier, par sa femme, de M. le comte de Villebois. Elle présente actuellement un aspect propre et décent. Chaque année, à la Saint-Marc, on y vient en procession. Quand elle fut bénite, après sa restauration, Mgr Wicart permit d'y célébrer la messe deux fois par an. Elle ne contient ni inscriptions^ ni tombeaux. En avant du logis s'étendaient autrefois des jardins spacieux, encadrés par un saut de loup. De magnifiques charmilles subsistent encore aujourd'hui. A deux cents mètres environ du château, dans la direction de Saint-Denis-d'Anjou, se trouve l'étang de
la Morinière qui mesure six ou sept hectares de superficie.
Le Dict. hist. de M.-^t^L., t. ii, p. 745, au mot Morinière, contient le passage suivant : « Morinière (la), f., € c°* de Morannes. — Ane. maison noble avec cour en- € close, où se trouvait une chapelle. — En est sieur € François de la Morinière, chevalier; — sa veuve, € Catherine de la Croix, 1503 ; — Jean de la Mori- € nière, chanoine d'Angers, leur fils, 1505. — Lance- € lot de Rosny, chevalier, gentilhomme ordinaire de la € chambre, 1583 ; l'abbé Ménage, par acquêt, en 1686 ; € — J.-B. Ménage, chevalier, 1717 (G. 147); — formait « à la fin du siècle le temporel de la chapelle de la Con- « ception desservie dans l'église paroissiale et fut ven- « due nationalement le 10 février 1791. » Il importe de ne pas confondre ces deux lieux de la Morinière, voisins, mais parfaitement distincts l'un de l'autre.
Au xvii® siècle, les Ménage étaient seigneurs de la Morinière en Saint-Denis-d'Anjou. Cette famille s'armait ; D'argent au sautoir d'azur chargé en cœur d'un soleil rayonnant d'or. Devise : Sumtcs autem ipsi nobiles sednovi. — Avec tous, bon ménage K Guillaume l^y seigneur de la Morinière, en Saint-Denis-d'Anjou, et de la Coquemillière, eut pour fils Guillaume Ménage, IP du nom. Ce personnage, destiné d'abord à l'église, avait été admis tout enfant, le 31 mars 1632, chanoine au Chapitre de Saint-Pierre d'Angers, et, à 16 ans, reçut de son père sa charge de conseiller au présidial (27 août 1639). Il en devint lieutenant particulier le 20 février 1642 en succédant à son beau-père Charles Louet, époux d'Anne Joubert. Le réquisitoire, qu'il eut à prononcer
1. Voir V Armoriai général de l'Anjou, par J. Denais, tome n,
&375. — Audouys, mss. 994, p. 112. — Mss. 995, p. 121. — 'Hozier, mss., pp. 75, 102, 556. — Mss. 993. — Gencien, mss. 996, p. 7.
dans ces fonctions contre le Chapitre de Saint-Maurice, est imprimé par Jean Constant dans son commentaire sur la coutume du Poitou. Maitre des requêtes de la reine Anne depuis 1647, conseiller échevin perpétuel d*Ângers le 28 août 1648, il se distingua par sa fermeté pendant les troubles de la Fronde. Investi des fonctions de maire, le 13 mars 1652, par le Roi, 'en récompense de ses services, il s'en déchargea au bout de six mois, quand la paix fut rétablie, après avoir obtenu Tamnistie complète pour ses concitoyens. Il mourut le 6 août 1653. Sa veuve, Madeleine Louet, se remaria avec Guy- Louis de Longueur
Les registres paroissiaux de Saint-Denis-d'Anjou mentionnent à la date du 16 avril 1623 : « Guillaume Ménage, conseiller du roi et son ancien premier avocat^. » Il est parrain de Guyonne le Banier, fille de Martin le Banier et de Jeanne Hardrange. Le 29 octobre 1627, Gilles Ménage, sieur de la Morinière^, est parrain de Gilles Journeil, fils de Roland Journeil et de Jeanne le Varlet.
Guillaume Ménage, IP du nom, seigneur de la Morinière, en Saint-Denis-d* Anjou, époux de Madeleine Louet, eut pour enfants : Pierre-Guillaume Ménage, capitaine dans le régiment de Piémont ; Marie-Madeleine ; Lucrèce, mariée à messire Louis-François de la
i. Dict. hist. de M.-et-Lj t. ii, p. 649.
2. C*est Guillaume Ménage, l^^ du nom, sieur de rAnerie, en Morannes. né à Sablé en 1572, avocat du roi au présidial d'Angers ea 1604, époux de Guyonne Ayrault, sœur du lieutenant criminel Pierre, père de Gilles Ménacfe. Devenu veuf, il reçut le sous-diaconat et remplit en 1647 les fonctions de doyen de Saint-Pierre d'Angers. Son portrait fut peint par Claude Lagouz, à son lit de mort, et Rravé ensuite par Nicolas Poilly. Sa Vie a été insérée par Gilles Ménage à la suite de la Vie de Pierre Ayrault. Il décéda le 18 janvier 1648.
3. Le personnage ici mentionné est le célèbre Gilles Ménage, Térudit. l'historien, le linguiste par excellence du xvii® siicle. Voir, sur sa vie et sur ses œuvres, le Dict, hist. de M.-et-L., t ii, p. 645-649. Il était né le 24 août 1618, à Angers, et mourut le le â3 juillet 1692.
Grandière, chevalier, seigneur de la Grandière, près Grez-Neuville*.
Le 17 juillet 1738, on célèbre à Saint-Maurille d'Angers le mariage de R.-J.-B. Ménage, écuyer, sieur de la Morinière, fils de feu J.-B. Ménage, chevalier, sieur de la Morinière, chevalier de Tordre militaire de Saint- Louis, et de dame Gabrielle Boisard de MaroUes, avec demoiselle Françoise Le Marié, fille de M. M<^ Philippe Le Marié, écuyer, sieur de la Cressonnière, conseiller au siège présidial d'Angers, et de dame Françoise Bouchard^. J.-B. Ménage, sieur de la Morinière et de Coulon, était décédé en 1763. Le 28 avril 1765, on inhume R.-J.-B. Ménage, sieur de la Morinière, veuf de Fr. Le Marié, dans l'église, dans l'allée à droite devant le chœur, près le banc de la Morinière. Le 26 novembre 1778, on inhume, dans la chapelle de la Morinière de Saint-Denis-d'Anjou, un autre Ménage.
Le chevalier de la Crossonnière, qui avait hérité des Ménage, laissa la Morinière de Saint-Denis-d'Anjou à Pauline Le Roy de la Potherie, mariée à Maurille, comte de Villebois-Mareuil. Cette terre fut possédée ensuite par Félix, comte de Villebois-Mareuil, et, à sa mort, par la baronne de la Roche-Brochard, qui habite le château de Cirière par Cerizay et qui conserve les anciens titres de la Morinière^.