‹ Procès-verbaux et documents, Volume 4Chapitre 41 sur 123 · Archives de la Mayenne^ C · texte numérisé non relu

Archives de la Mayenne^ C

curé. Ce prêtre intrus fut mal accueilli des habitants. Les 14 messidor an vi, 2 prairial an vu et 3 brumaire an viii, il obtenait des passeports « pour aller à Frontevaux » (Fontevrault sans doute). Il était alors qualifié d' « an* cien curé de Saint-Martin-de-ViUenglose, artiste *. »

Le 8 mars 1792, les officiers municipaux de Morannes se plaignaient au directoire du département de la Mayenne de ce que plusieurs prêtres non assermentés s'étaient réunis à Saint-Martin-de-Villenglose, et de ce que les populations des paroisses voisines s'y rendaient avec empressement. Un des chefs les plus intrépides de la Chouannerie, Guittet, dit Saint-Martin, chef de bataillon dans la légion de Pierre Gaullier, dit Grand-Pierre, était originaire de la contrée dont nous écrivons l'histoire. Il était issu d'une famille d'agriculteurs. Il servit dans l'armée jusqu'à la nouvelle du supplice de Louis XVI. Mais, dès qu'il eut appris la nouvelle du régicide, il quitta les troupes et alla s'enrôler dans les rangs des Vendéens. Après la défaite du Mans, il s'occupa d'organiser la résistance contre les Bleus dans la région qui avoisine Saint-Denis-d'Anjou, Ses soldats, habilement dressés, disciplinés, bien armés, pourvus de vivres et de munitions, formèrent un des meilleurs bataillons, qui s'illustra aux affaires du Buret, de Marigné, de Saint-Charles, de l'Eraudière, de Miré, de Gennes, de Bouère et dans vingt autres rencontres contre les Bleus. Saint-Martin déposa les armes en 1796. Pendant trois ans, il se tint caché.

Le 15 mai 1799, il poignardait, en plein jour, à Morannes, dans sa maison, Millière, le commissaire

1. Note communiquée par M. Emile Queruau-Lamerie, d'après les Archives de la Mairie d'Angers. — Trudeau habitait; à cette époque, le faubourg Saint-Michel, à Angers. Il avait été nomme d'abord curé intrus à Maisoncelles, mais il avait refusé. [Mémoires ecclésiastiques concernant la ville de Laval f diocèse du Mans, pendant la Jiévolution, par un prêtre de Laval, Laval, 1842, p. 443).

de radministration cantonale. Selon un historien, il était déguisé en sergent de ligne et s'échappa avec quatre de ses compagnons ^ Nous avons recueilli, sur cet événement tragique, quelques détails précis et inédits. D'après le témoignage des anciens survivants de la terrible guerre, Saint-Martin jouissait d'une grande réputation de bravoure, qui n'avait d'égale que sa douceur envers les vaincus, après la bataille 2. Il avait donné de nombreuses preuves de son humanité. Aussi, quand il apprit qu'il avait été désigné par le sort pour exécuter la condamnation à mort prononcée par le conseil des chefs de la Chouannerie de son voisinage ou capitaines de paroisses contre l'agent Millière, qui, chaque jour, immolait, sans pitié, à sa fureur sanguinaire, une foule de victimes prises dans tous les rangs de la société, Guittet pâlit et fut un instant sur le point de faillir à son serment.

Cependant il ne tarda pas à raffermir son courage et partit promptement pour s'acquitter de la mission dont l'exécution lui avait été confiée. Il pénétra chez Millière et le frappa à la gorge d'un coup de poignard porté d'une main sûre. La femme du patriote s'étant jetée sur lui, il la piqua légèrement avec son arme pour lui faire lâcher prise. Il sortit ensuite au milieu des gardes nationaux, stupéfaits de tant d'audace, en braquant ses pistolets sur ses ennemis, qui s'écartèrent pour lui livrer passage, et en disant d'une voix forte : Place à Saint-Martin ! Il regagna son camp sans être inquiété 3. Quelques mois après, il combattait aux portes de Sablé, puis à Louverné, à l'attaque du Mans, à FouUetorte, etc. Après la conclusion de la paix de 1800, il rentra dans la vie

Page 1