‹ Procès-verbaux et documents, Volume 4Chapitre 45 sur 123 · Recherches historiques..., chap. xvii · texte numérisé non relu

Recherches historiques..., chap. xvii

avait eu lieu depuis 1689. Le chapitre n'entrait point dans le chœur de la Trinité, et le doyen ne prenait le Saint-Sacrement, de concert avec le curé, que sur un reposoir placé au haut de la nef. On continua d'aller sous les halles et d'y faire la prédication.

— Avant Tabolilion des anciennes corporations industrielles, décrétée par l'Assemblée Constituante en 1791, les corps d'arts et métiei*s de Laval étaient dans l'obligation d'assister à la procession de la Fête-Dieu par ordre de compagnie^ pour augmenter l'éclat de la solennité du Sacre ; la piété de nos pères avait établi cet usage, qui s'est maintenu longtemps après la Révolution et dont on retrouve encore trace de nos jours. Plusieurs corps de métiers, notamment les charpentiers, fabricants, cordonniers, jardiniers, serruriers, laboureurs et les boulangers, tiennent à honneur de se montrer fidèles à une tradition chère aux Lavallois ; et la foule accueille toujours, d'une façon particulièrement sympathique, leurs bannières et leurs insignes.

Autrefois, dit M. de LaBeauluère^, les diverses communautés d'arts et métiers, précédées chacune du guidon ou drapeau de la corporation, se déployaient sur deux files, dans le plus grand ordre, le long de nos rues tortueuses, tendues à ciel avec les toiles que fournissait le commerce. Chaque individu portait en main le bouquet de roses, ou une torche fournie par la communauté. Aucun maître ou ouvrier n'y eût manqué sans une excuse valable.

A cette procession, les corporations se montraient jalouses de conserver leurs titres et prérogatives, et tenaient à maintenir leurs droits de préséances. Le l**** juin 1695, la communauté des maîtres tanneurs de la ville et faubourgs de Laval déclare, en assemblée générale, qu'elle fera signifier à MM. les juges de la ville un appel de la sentence que ceux-ci ont rendue le 30 du mois de mai, au sujet des perruquiers qui prétendent précéder la communauté des tanneurs à la marche de la procession ; que si on ne fait pas droit à leur demande, elle s'abstiendra d'y marcher ; et que si la corporation est

1 . Recherches stir les corporations d'arts et métiers du Comtépairie de Laval avant 1789.

condamnée à Pamende, cette amende sera payée sur les deniers de la communauté.

Une autre sentence du 7 juin 1715 dit : que les boulangers sont mal fondés à demander le pas, à la procession du Sacre, sur les autres métiers qui avaient d'ancienneté Ja possession de la préséance.

Plusieurs ordonnances, rendues par les juges du Comlépairie de Laval, règlent Tordre à suivre dans cette procession et assignent à chaque corporation, suivant tordre dantiquilé, la place qu'elle doit y occuper. Elles mentionnent un grand nombre de métiers, dont le nom et Tusage sont aujourd'hui tombés dans l'oubli. Rappelons les plus connues :

L'ordonnance du 7 juin 1686, donnée par Sébastien Bignon, sieur de Chalay, juge ordinaire de police ; elle a été publiée en 1845, dans le tome iv du Mémorial de la Mayenne ;

Une seconde, du même juge de police, sous la dal« de 1687 ;

Enfin, l'ordonnance donnée par René Hardy, sieur de Levaré, juge ordinaire de police, le 27 avril 1689. Elle a été publiée, comme pièce justificative, à la suite des savantes Recherches de M. La Beauluère sur les corporations.

Nous avons eu la bonne fortune de retrouver l'un des originaux d'une autre ordonnance sur le môme objet, portant la date du 24 mai 1777. Il nous paraît intéressant de reproduire la teneur de cette ordonnance, rendue à une époque où l'existence des maîtrises et jurandes était mise en question.

On sait, en effet, que sous le ministère de Turgot, un édit du mois de lévrier 1776, enregistré le 12 mare de la même année, établit une liberté absolue du commerce, sauf quelques réserves pour certaines industries, telles que la pharmacie, l'orfèvrerie, l'imprimerie, la librairie, etc. Tous les corps et communautés de marchands et artisans, ainsi que les maîtrises et jurandes, furent supprimés ; tous les privilèges, statuts et règlements furent abrogés.

Necker ayant succédé à Turgot dans le ministère, un édit du Roi du mois d'avril 1777 (un mois avant l'ordonnance précitée) rétablit sur des bases nouvelles, dans le ressort du Parlement de Paris, de nouvelles communautés d'arts et métiers, dans les villes qui paraissaient susceptibles d'en avoir

par la nature et retendue de leur commerce Dans le tableau annexé à cet édit, Laval se trouve au nombre des villes de première classe.

Notre intention n'est point de rechercher ici, encore moins de discuter les avantages ou les abus du régime corporatif : ce serait sortir du cadre dans lequel doit se renfermer cette esquisse rapide. Nous avons voulu seultiraent mettre en lumière un document, tout à la fois intéressant pour Thistoire locale et utile à consulter pour la restitution d'un passé qui ne fut pas sans gloire.

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