Elle était veuve en
Maurice de la Hautonnière, seigneur du Plessis, d'une branche cadette de la maison de ce nom en Fougerolles, avait encore à vivre une cinquantaine d'années à partir de l'époque où le clergé de Fougerolles rendait un excellent témoignage de sa catholicité aux autorités civiles et ecclésiastiques. Sa longue vie fut des plus agitées : ardemment catholique, il soutint à la tête de bandes soldées les intérêts de la Ligue dans son pays même^ : à cela il n'y eut aucun mal, au contraire, à n'envisager que le principe et le strict mobile de cette prise d'armes et de guerre grave. Mais il fut accusé, par ses parents de la maison de Goué, d'ambition, d'envahissements contre leurs droits, de richesses habilement accumulées à l'occasion des guerres, et de la puissante situation qu'il s'était faite au sein de la seigneurie des de Goué pendant qu'ils étaient absents du pays. De fait il avait épousé, vers le temps de la Ligue, Anne, fille aînée de Jacques de Goué, veuve alors de Louis de Giverlay : or, par sa prudence» Maurice de la Hautonnière conserva et même augmenta l'héritage de sa femme. Il fit plus, au dire de son neveu et de son plus odieux rival, le jeune Jeacn-Baptiste de Goué, revenu de Paris en 1600 : Maurice avait tenté d'anoblir son logis résidentiel et patrimonial du Bas-Plessis, et il tendait continuellement, par ses entreprises de chasse ou de pêche à se créer une gentilhommière indépendante du seigneur de Fougerolles. Ciclui-ci menaça et malmena son oncle et sa tante : on peut dire que la jeunesse, l'inexpérience, une tête folle et les mauvais conseils d'étrangers qu'il avait amenés de Villeneuve-la- Guyard, le conduisaient à tort et à travers dans ses prétentions. La querelle atteignit ses plus odieuses consé-. quences : rien ne put l'apaiser, ni les parents, ni les
1. Toutefois, nous n'osons rassurer sans réserves, nos raisons ont trop de vague, et il n'est affirmé nulle part qu'il ait été ligueur. <•
amis communs, ni les supplications du Révérend Père en Dieu Claude du Bellay, abbé de Savigny, ni même le traité de paix juré par les deux rivaux, le 26 avril 1602, dans la main de ce vénérable arbitre et signé des trois. Le 2 juillet 1603, Jean-Baptiste de Goué, seigneur dudit lieu et de FougeroUes, tombait foudroyé près du bourg de Buais, sous la détente de Tarquebuse de Maurice de la Hautonnière^ Il est question de ce meurtre dans Le Paige. Le meurtrier fut condamné par contumace à tous les supplices ; mais il n'en subit d'autre que la ruine par un procès de plus de vingt ans, le chagrin de perdre ses trois fils dont l'un curé de Désertines, et la nécessité de se tenir dans des cachettes pour dérober sa tète au bourreau jusqu'en l'année 1626 où il courut à Nantes se jeter aux pieds du roi Louis XIII : le roi lui laissa l'obligation de ses amendes, mais lui fit grâce de la vie. Monsieur et madame du Plessis moururent en leur château du Paris en Bretagne, et les belles terres qu'ils avaient en FougeroUes, Gérouard, le Plessis, la Chapelle revinrent à Claude, frère et successeur de Jean de Goué.