Notice sur la Chaire-au-diable par F. J. Verger
souvenirs encore vivants dans l'esprit des populations actuelles.
« Les seigneurs de TEcluse ont également laissé des souvenirs dans le pays, mais le peuple ne parle guère d'eux que pour rappeler la rigueur avec laquelle ils jugeaient et condamnaient, dit-on, leurs vassaux. Beaucoup d'exagérations paraissent s'être glissées dans l'esprit des habitants des environs, exagérations qui n'ont fait que grossir sans doute de génération en génération. Ainsi prétend-on que la potence aurait disparu il y a quelques années à peine, et autres choses non moins invraisemblables. Cette réputation si terrible des seigneurs du lieu vient de ce que l'Ecluse était une châtellenie qui avait droit de haute, moyenne et basse justice.
» L'Ecluse figure, sous le nom de Eœclv^sa, aux confins de la Normandie soumise aux rois d'Angleterre vers 1200, sur la carte de Stapleton, reproduite par la Société des Antiquaires de Normandie *.
€ Dans le XVP siècle, dit M. Trouillard 2, on voyait » encore le vieux château de l'Ecluse avec son circuit, » sa douve, sa butte et pourpris, ainsi que la maison » servant de prison .... La châtellenie de l'Ecluse rele- » vait à foi et hommage lige des barons de Mayenne.... » Parmi les gentilshommes qui se croisèrent à Mayenne » en 1158 figurent Hamelimis de Exclusis et Lamberhts » de Eœclicsis, »
« On trouve comme possesseurs de l'Ecluse :
en 1456 Jehanne de Mongeroul,
en 1525 Lancelot du Raynyer,
en 1550 François du Raynyer,
en 1578 Jehan de Mathefelon.
1. Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, Gaen, 1852.
2. Bulletin de la Société d'Agriculture, Sciences, Arts et Belles-Lettres de Mayenne,
« En 1589, Lancelot II du Raynier vend TEcluse, les flefs et droits en dépendant à son beau-frère, François Plessis, seigneur du Plessis-Châtillon, pour 8.000 écus ou 24.000 livres. Les Plessis-Châtillon ont conservé TEcluse jusqu'à la révolution; mais le château n'existait plus à cette époque. Ainsi que je l'ai dit, on le voyait encore au XVP siècle, et, à défaut de documents précis, il est permis de s'en rapporter à la tradition et de croire qu'il fut détruit par les Anglais, ainsi que son voisin, le château du Parc d'Avaugour, en 1591 ,époque du sac de Gorron par ceux-ci *.
« Aujourd'hui, au milieu d'un champ cultivé, c'est à peine si quelques pierres indiquent la place du château de l'Ecluse, à proximité d'ailleurs des deux buttes; il n'en reste qu'un petit souterrain, en partie encore bien maçonné, et dont la voûte, presque entièrement écroulée, se trouve peu élevée au-dessus du niveau du champ ; il était naguère comblé parles décombres; ce souterrain, situé au pied de la grande butte, n'a pas actuellement deux mètres de profondeur, et après en avoir extrait toutes les pierres dont il était rempli, j'ai pu constater que, contrairement aux dires des habitants, il ne pénétrait aucunement sous la butte ; j'ai même réussi à faire avouer à des vieillards que la grille qu'ils prétendaient avoir vue dans leur jeunesse au fond de ce petit souterrain était placée, non pas au fond, comme ils 'le soutenaient, mais bien à l'entrée. Je trouve donc inutile d'insister davantage sur ce fameux souterrain intérieur, autour duquel on faisait grand bruit, puisque quelques coups de pioche ont suffi pour montrer qu'il était au contraire entièrement extérieur à la butte.
« Quelques fouilles faites sur divers points de la grande butte m'ont fait voir qu'elle a été faite avec du sable un peu gros d'une assez belle qualité, comme on en trouve
i. M. Trouillard.
à l'état naturel à peu de distance. Au sommet il y a une certaine épaisseur de décombres, ce qui fait penser que cette butte a été fortifiée afin de servir à la défense et de protéger le château contre les attaques de Tennemi.
« Les proportions considérables de la butte et les dangers qu'auraient pu présenter des fouilles plus complètes m'ont empêché d'aller plus loin dans son exploration, mais ayant pu faire une fouille très approfondie de la petite butte, je crois pouvoir arriver par induction à des conclusions sérieuses à l'égard môme de la grande.
« Le propriétaire, M. de Passillé, ayant bien voulu m'y autoriser, j'ai pratiqué au cœur de la petite butte et sous les racines de l'if qui la recouvre, une tranchée, ou plutôt un véritable tunnel de deux mètres de hauteur sur presque autant de largeur. Toute cette butte est faite d'un sable identique à celui que j'ai trouvé sur les différents points de la grande que j'ai explorés. Dans ce sable je n'ai trouvé, outre un petit couteau en silex, que quelques fragments de poterie, dénués à peu près de toute valeur à cause de leurs faibles dimensions, dont plusieurs paraissent être gaulois, mais dont la plupart accusent bien l'époque franque.
« Quand le tunnel fut achevé, des sondages nombreux furent faits dans toutes les directions ; la sonde s'enfonça partout de toute sa longueur, 1™70, et ne rencontra que du sable : ni pierres, ni aucune trace de sépulture.
« Je crois donc pouvoir conclure, d'après l'examen des poteries, que la petite butte est ou de l'époque franque ou d'une époque ultérieure; que la grande butte, faite, au moins en grande partie, et même probablement dans son entier avec le môme sable que la petite, doit dater à peu près de la même époque que cette dernière, et ne doit pas, plus qu'elle, contenir de sépulture.
€ L'idée d'une sépulture a dû venir du petit souterrain qui lui est adossé, dont le fond est en partie éboulé, mais qui, je l'ai dit, ne donne nullement accès à l'intérieur de
la butte, comme on le prétendait. Il n'y a non plus aucune trace d'un souterrain qui aurait fait, disait-on aussi, communiquer l'Ecluse avec le Parc d'Avaugour. Le Parc est à une distance de trois kilomètres au moins, et le nature granitique du sol n'aurait pas permis de creuser un pareil souterrain.
« Nos deux buttes sont donc et ont toujours été des mottes féodales. La plus grande a dû, à un certain moment du moins, être utilisée comme fortification ; elle commande la vallée, et protégée elle-même par un étang, aujourd'hui desséché, elle devait servir à la défendre. C'est même probablement à cette circonstance que l'on doit attribuer l'origine d'une seconde butte ou motte, la grande étant afiectée aux services militaires, la petite aux usages judiciaires et autres.
< Ainsi tombent toutes les légendes qui faisaient de l'Ecluse un lieu extraordinaire qui rappelait aux ima<;çinations toujours en quête du merveilleux des souvenirs de presque tous les âges ; mais si le merveilleux a disparu, les buttes, même après nous avoir révélé leur nature et leur âge, restent encore là pour charmer le regard du touriste et de l'archéologue. »
L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée.
SÉANCE DU 20 Janvier 1887.
La séance est ouverte à 2 heures, à la Préfecture.
Sont présents : MM. Floucaud de Fourcroy, Président; Pointeau, Cornée, Lecomte, O'Madden, Richard, Garnier, de Martonne, Moreau, membres titulaires, et MM. L. Delaunay, Raulin, Chomereau, de la Beauluère et Raison, membres correspondants.
MM. Perrot, de Lorière, de Farcy, Foucault, Bertrand de Broussillon, Joubert, absents, sont excusés.
Réélection du Bureau. — M. le Président expose que, d'après les statuts, le bureau doit être soumis à une réélection. Les membres du bureau sont maintenus en fonctions pour une période de trois ans.
Chapelle Sainte-Barbe , bénéfice ecclésiastique en Ifi paroisse de Marigné-Peuton, — M. René Gadbin, membre correspondant, envoie un volumineux manuscrit concernant Tancienne chapelle de Sainte-Barbe, bénéfice ecclésiastique situé à Marigné-Peuton. On y trouve notamment, parmi les pièces justificatives, un inventaire détaillé des meubles, bestiaux, titres et papiers divers garnissant le lieu de Sainte-Barbe en 1789.
Une émeute à Mayenne en 1688, — M. Raulin, membre correspondant, communique une pièce des plus intéressantes, relative à une émeute survenue à Mayenne en
1638, à propos de prétentions élevées par les religieuses du Calvaire.
Dans son Histoire des seigneurs de Mayenne, Guyard de la Fosse relate la fondation du couvent des religieuses bénédictines du Calvaire, qui fut faite en 1623 par René Pitard*, sieur d*Orthe et de Beauchesne, lieutenant général civil et criminel au duché de Mayenne, et Jehanne Hélyand, son épouse. Le curé de Mayenne, François Tribondeau, fit la bénédiction de l'église 2 et y introduisit les religieuses le 3 novembre 1629. Leur fondateur mourut peu de temps après et fut inhumé dans cette église.
Dès le mois de février 1625, « le procureur du général et autres en grand nombre faisans la plus grande et sainne partie des ecclésiastiques, officiers et habitans » de Mayenne, assemblés dans l'église Notre- Dame, en présence de René Plaguer et Jehan Rivière, notaires es courtz royaulx du Mans et du Bourgnouvel, » avaient accordé à René Pitard l'autorisation de se servir d'une petite rue située entre le grand cimetière et les terres et maisons dudit Pitard « pour la commoditéy ornement et entrée du couvent par lui entrepris. » De phis, on lui avait permis de « prendre partie dtcd. ci^ mitière à commencer du portail proche la maison if® Robert Girard et rendant au bout dud. cimitière vers led. lieu du Pommier, relaissant néantmoins enclos avd. cimitière les sepulchres des Messieurs Les Labittes^ »
1. Le nom du fondateur du Calvaire est inscrit le premier (1624), sur le tableau des bienfaiteurs des hospices de Mayenne.
2. Depuis la Révolution, cette église servait de chapelle au collège de Mayenne, établi dans les bâtiments du Calvaire. En 1856, après l'érection de Tévêché de Laval, ce collège a été transformé en Petit-Séminaire.
3. M*"® René Labitte était, en 1623, juge général civil et criminel au duché de Mayenne.
Malgré cette autorisation, les choses paraissent être restées en l'état, jusqu'au commencement de Tannée 1638. Lorsqu'à cette époque les dames du Calvaire voulurent enclore la partie du cimetière qu'elles prétendaient leur appartenir, elles en furent empêchées par la populace, qui méconnut l'autorité des magistrats et se porta aux excès les plus regrettables. Le cimetière de Mayenne et le couvent du Calvaire furent alors le théâtre de scènes tumultueuses qu'on aurait peine à comprendre et à ex-* pliquer, si l'on ne savait à quel degré les questions de cette nature ont de tout temps ému l'opinion publique, à quel point elles la passionnent encore de nos jours.
Nous trouvons la relation de ces faits dans un procèsverbal du 18 avril 1638 signé des oflBciers du duché, et dans un autre du 11 mai, dressé par M'* Thiersault, maître des requêtes, par commission du roi.
Le premier de ces procès-verbaux donne de curieux détails, dont Guyard de la Fosse n'a pas fait mention ; il est ainsi conçu :
« Ensuict la teneur du procès-verbal dudict juge de Mayenne et auês officiers du siège dudict lieu. A tous ceux qui ces présentes verront, Gilles de Goué, escuier, sieur du Gué, juge général de Mayenne, noble M* François Lefaucheur, lieutenant général du dict Mayenne, et M® René Trihan, advocat général dud. Mayenne, et assistance de nostre greffier ordinaire, certifions a quil appartiendra que ce jourdhuy dix huictiesme avril mil six cens trente huict, en exécution du commandement a nous faict par nos dames les princesses Marie et Anne ^ de Clèves de Gonzagues, dames de ce duché et paj^s de Mayenne, nous estans transportez dimanche dernier après, au cœmetière de cette ville pour en présence et assemblée des habitans, du sieur curé et auês eclesias-