DÉPLACEMENTS DES BASSINS GËOGÉNIQUES
dans le livre suivant. Ici nous n'aurons en vue que l'action
geysérienne considérée dans ses relations avec les phénomènes qui se manifestent à la surface du globe.
■•tflflcatloas 4«n« la nature des malérianz «ni» ion été tcm^ f«nloiHpMa» ont eoneonm à la formation été roebet «tratlfléca. — 4* L'écorce
terrestre a crû d'épaisseur, ce qui , ainsi que nous le verrons par la suite > a déterminé un ralentissement progressif dans ractioD geysérienne, et une diminution dans la masse des matériaux destinés à une sédimentation chimique.
^ La terre ferme a pris une étendue de plus en plus grande, ce qui a produit une augmentation graduelle dans la masse des matériaux destinés à une sédimentation mécanique.
Par conséquent, pendant les temps géologiques, les roches à éléments détritiques sont devenues de plus en plus abondantes, tandis que les roches à éléments chimiques ont perdu de leur importance. L'ère neptunienne et Tère jovienne marquent le point de départ et le terme actuel de cette double tendance.
B«pla€eBMent0 ■neceMlfli desbaMliu gCofénl^ncft. — LeS phénomènes
de destruction , de transport et de dépôt se produisant dans la région qui constitue et entoure un bassin géogénique, ont pour résultat de diminuer les masses continentales élevées audessus des eaux, et de combler la dépression où ces eaux s'accumulent. Si un bassin gcogénique ne variait jamais dans ses limites, un moment viendrait où cette région serait complètement détruite, nivelée, et recouverte par l'océan. L'action sédimentaire serait ralentie dans la zone occupée par ce bassin, et même tout à fait suspendue, dans le cas où l'action geysérienne cesserait d'amener les éléments d'origine interne. En vertu des mêmes circonstances, les autres bassins géogé-
446 PBi02)ROl^B DE G^OI^US*
niques ewtant à la surface du globe disparaîtraient iéga^ei^Mit; en définitive, l'accroissement da la zone stratifiée épmuv^rojit une interruption.
Mais , par suite des mouyements auxquels Técorce terrestre obéjit, et à cause wrtout du mouvement ondulatoire, les bawins géogéniques se /déplacent sans cesse; ils subissent des madîflr cations successives dans leur forme et leur étendue. Tantôt ils se divisent, tantôt ils se soudent entre eux. La figure fit montve comment le bassin qui existait dans la figure 31 s'est déplacé, et comment les strates qu'il avait reçues sont devaiuies les parois d'un nouveau bassin. Par suite des transformations et des déplacements qu'il subit, un bassin géogénîque peut occuper successivement plusieurs régions : il peut, pour ainsi dire, être promené à la surface du globe , puis revenir dans la contrée qu'il occupait antérieurement. La zone sédimentaiie s'accroît ainsi , d'une manière inégale , il est vrai , t^tM sur un p(Hnl, tantôt sur un autre.
Fio. 22.
WormmtÊmn* géofénlqaes; centres ëe flé^tmentaUim. *— Malgfé C^
déplacements incessants, il est à la surface du globe des eoptrées où les bassins géogéniques ne se sont jamais établis; où^ en d'autres termes, les eaux marines n'ont jamais pénétré, si ce n'est quelquefois à des époques très anciennes. Ces contrées, nous les avons appelées centres de soulèvement , en réservant
ORIGINE DBS MATÉRIAUX SÉDIMENTAIRBS. 447
le nom de centres de sédimentation pour les régions où Tac* tîoo sédimentaire n'a été suspendue que pendant de courts intenralles. Nous avons cité le plateau central de la France^ comme exemple de centre de soulèTement , et le bassin de Paris comme exemple de centre de sédimentation:
Je propose de donner le nom de formation géagénique à Tensemble des couches déposées dans un même bassin. Dans cette définition^ je fais abstraction de la donnée chronolo* gique^ en ce sens qu'une même formation peut se composer de plusieurs étages ou terrains successifs; c'est ce qui a lieu lorsqu'un même bassin a nécessité pour son comblement une série de siècles correspondant à plusieurs époques géologiques. Un étage comprend toujours plusieurs formations syncbroniques, parce qu'il s'est déposé dans plus d'un bassin; mais il ne peut correspondre à plusieurs formations successives^ parce que la révolution , cause essentielle du déplacement de l'appareil sédimentaire, est un événement d'une importance suffisante pour autoriser à compter au moins autant d'étages qu'il y a de formations superposées.
mtigÊÊm 4m maiérlaoz que raetloa sMlmeDtalrc aiet en fleovrc. —
L'existence des deux sources d'où l'action sédimentaire reçoit ses matériaux ne peut faire l'objet d'aucun doute; mais le désaccord règne parmi les géologues relativement à la proportion des éléments fournis par chacune d'elles.
Plusieurs auteurs font provenir de l'action détritique s'exerçantà la surface du globe tous les matériaux qui concourent ou qui ontconcourUy pendant les temps géologiques^ à la formation delà zone sédimentaire. A. d'.Orbigny adopte cette opinion; car, en indiquant l'origine des sédiments marins , il ne mentionne pas une des sources où l'action sédimentaire va chercher
la majeure partie des substances qu'elle emploie. Il semble n'attacher aucune importance à la part que Faction geysérienne prend indirectement à la sédimentation ^ en lui transmettant , par rintermédiaire des sources pétrogéniques , des quantités considérables de chaux y de magnésie , de fer^ etc. En prenant approximativement le chiffre 16 pour Tensemble des sédiments marins^ A. d'Orbigny trouve que ce nombre se compose des provenances suivantes: sédiments fournis par les affluents terrestres^ i; sédiments fournis par Tusure des côtes, 10; sédiments fournis parles corps organisés, â. Si Pon cherche ise rendre compte de Tomission commise par Â. d'Orbigny, on est conduit à l'attribuer à ce qu'il n'entendait parler que des sédiments actuels, et à ce que, sous le nom de sédiments, il ne comprenait que les masses habituellement réunies sous le nom de roches de transport ; mais les deux passages suivants, extraits du cours de Paléontologie stratigraphique , tome I , pages 146 et 148 , démontrent qu'il n'en est pas ainsi. « Tout porte à croire, dit-il, qu'à chacune de ces époques, des causes physiques analogues aux causes physiques actuelles , pouvaient produire des résultats semblables. Les mers anciennes recevaient, de même , des sédimeuts terrestres , des sédiments produits par l'usure des côtes et par la décomposition des êtres organisés... Il se déposait simultanément , sur différents points, des sables, des sables vaseux, de la vase siliceuse et calcaire, qui ont formé des grès, du calcaire marneux, des argiles, de la craie, d
Les éléments des roches résultant d'une sédimentation chimique ont presque toujours une origine interne; à l'appui de cette opinion, je ferai valoir les remarques suivantes.
a) Si nous remontons au commencement des temps géologiques, à l'époque où la terre ferme n'existait pas encore et ne pouvait alimenter, par sa destruction, l'action sédimentaire
ORIGINE BBS MATÉRIAUX SiDIBIENTAlRES. 440
encore à son début, — nous n'en voyons pas moins se former de puissants dépôts, depuis le gneiss jusqu'au schiste talqneux. Ces dépôts ont donc reçu presque tous leurs éléments de rin«térieur de Técorce terrestre ; ils se sont formés à la suite d'une action geysérienne très énergique^ qui n'a pas cessé tout à coup et qui s'est prolongée^ en s'affaiblissant^ jusqu'à l'époque actuelle.
b) Prenons un exemple moins ancien. -- Si on se transporte par la pensée au commencement de la période tria-jurassique^ on Toit la mer pénétrer au sud dans le plateau central pour y former un golfo d'une certaine étendue^ ou plutôt une mer intérieure communiquant avec l'océan par trois détroits, dont le principal était situé entre Lodève et le Yigan. Les premiers sédiments reçus dans ce golfe sont surtout des conglomérats, des grès et des argiles appartenant au terrain triasique. Les éléments de ces roches ont été entraînés des contrées euTironnantes ; c'est là un fait incontestable. Mais au-dessus du trias vient le terrain jurassique, dont toute la partie se rattachant à la série oolitique est presque exclusivement composée, sur une épaisseur de près de deux cents mètres , de couches d'un calcaire tantôt compacte, tantôt marneux. Si l'on admet la formation de ce calcaire aux dépens de la désagrégation des roches des contrées voisines, comment expliquer que cette désagrégation ait fourni des éléments ayant la téouite de la molécule chimique, sans mélange d'éléments plus volumineux que ceux dont la marne se compose ? En outre , comment supposer que les contrées qui entouraient le golfe dont il est question aient pu donner origine, par leur dénudation, à des roches calcaires, quand ces contrées étaient, comme à présent, exclusivement granitiques ou schisteuses? *— Le raisonnement qui précède est applicable à tous les bassins où le terrain jurassique ifété
4BÛ PftODROMB DB OlOLOOlE.
reçuj et notamment au bassia jurassien , dont les poissanies assises calcaires n'ont pu évidemment s'édifier aux dépens dss roches crktalUnes et strato-cristallines composant les régions qui le limitaient, telles que les Alpes^ les Vosges^ le Morran^ etc.
<r) Maiotenaot, de nombreuses sources pétrogéniques dé* posent des quantités considérables de carbonate de €^ux sous forme de tuf ou de travertin. S'il nous était permis d'apercé* voir la masse calcaire qui a été portée sous les eaux de la Mé« diterranée par les sources pétrogéniques^ nous serions bientôt caovaincw de toute l'importance du rôle joué par ces sources, même pendant l'époque actuelle. Or, n'est-il pas naturel de voir dans les sources qui, de nos jours^ déterminent la production du tuf, un vestige ou un exemple , sur une petite éehdie, des actionfi qui , pendant les temps géologiques, ont eu pour njsultat la production de puissantes assises calcaires 1
d) Remarquons enfin que les roches provenant d'une sédimentalion chimique sont , non-seulement des calcaires ou des dolomies, mais aussi du sel gemme, du fèr, du bitume , de la aiUcei etc. Les éléments constitutifs de ces roches sont souvent enchevêtrés; tout dénote en eux une même provenance; or, il en est, le bitume et le soufre par exemple, dont l'origine interne ne saurait être contestée.
Lee considérations précédentes s'appliquent indistinctement à toutes les roches qui résultent d'une précipitation chimique. Je n'insisterai pas sur ce sujet, qui attirera de nouveau mon attention lorsque j'étudierai l'action geysérienne en elle-même^ et non dans ses rapports directs avec l'action sédimentaire. J'aurai l'occasion de présenter au lecteur un surcroît de preuves qui ne lui permettront pas de conserver le moindre doute sur le principe que j'essaie de faire prévaloir.
Ce principe , je l'oppose non-seulement aux idées des géo-
ORiaim DM HOCKBfl CiUilRES. 411
U^pH» (fiki foot réoultor ioutes les roclies de la déonnponkion guffsrftcî^ des copti waU, mais aussi mxx ibéohu relatives à rprigiQ^ ^p^iale de quelques substances. Oes suhstaaoas mai : 1* te.c;arboaate de çhwt, que Cordier iaisait provenir ds la déoûimpositîoii du ebJomre de calcium par le carbonate de sonda; S^iesel gemme ^ qui, d'après plusieurs géologues, se serait produit à la suite du dessèchement de mers intérieures ; 9* la dolomie et le tnv^f 4^ ^^^ ^^ ccmsidérés comme résultant de TactîoQ métamorphique exercée par les vapeurs magnésiesoes et par Tacide sulfurique sur le carbonate de chaux. Je vais discut^r les deux premières hypothèses ; quant à la tmisième, son appréciation trouvera sa place quand je m'occuperai du métamorphisme ; eu attendant, je ferai remarquer que la théorie de l'origine métamorphique du gypse et de la dolomie s'importe nullement à la question que je traite, car elle laisse inexpliquée la cause qui a produit le carbonate de chaux*
«9 c«f«l0r st ac «p i<«7Mcrts «mr rarffiM Sm roeiwft eaiMlivt.
-rl>auis une note datant de i8M^ mais restée inédite jusqu'en 1862, Cordier déclare impuissantes les causes que l'on a invo*quées pour expliquer Torigiae des roches calcaires. Ces causes sont Taccumulation des débris des coquilles marines , le tribut de carbonate de chaux apporté par les sources, et enfin la dé-^ composition superficielle des roches, tant primitives que pro^ duites par élMinchement ou par éruptions volcaniques. Cordier, admettant la nécessité de recourir à une explication plus gênéraie, considère les roches calcaires et dolomitiques sédimen-* taires comme ayant tous les caractères d'un dépôt chimique formé p^r la décomposition des chlorures de calcium at de magnésium dont l'océan, dit-il, est un vaste réservoir. Cette décompositioq aurait eu lieu depuis l'origine des diosis» par
riotermédiaire des carbonates à base de soude ou^ pour une portion excessivement faible^ à base de potasse. L'origine de ces deux carbonates serait facile à trouver dans les sources minérales tant continentales que sous-marines^ et dans les émanations qui précèdent ^ accompagnent ou suivent les éruptions volcaniques : éruptions et sources dont le nombre et Timportance; ajoute Cordier, étaient incontestablement beaucoup plus considérables autrefois qu'à présent^ et dont Taction continuelle a produit, depuis Torigine des choses^ des quantités immenses d'alcali.
Les idées formulées par Ck)rdier W soulèvent les objections suivantes : — a) Entre la quantité de calcium entrant dans la composition de l'écorce terrestre et celle de sodium existant, soit dans les dépôts de sel gemme^ soit dans l'océan^ il y a une disproportion évidente. On a calculé que la quantité de chlorure de sodium contenue dans les eaux salées de la surface du glotie était égale à cinq fois le massif des Alpes et, par conséquent^ bien inférieure à la masse des roches calcaires qui font partie de l'écorce terrestre. — b) Les époques pendant lesquelles le dépôt des couches calcaires a été le plus abondant devraient avoir vu se produire les amas de sel gemme les plus étendus et les plus nombreux : c'est le contraire qui semble s'observer. — c) Dans le problème qui nous occupe y l'intervention de sources charriant du carbonate de soude est une complication inutile; une simplification se présente de prime abord à l'esprit, elle consiste à reconnaître purement et simplement que le carbonate transporté par les sources était à base de chaux et non à base de soude ou de potasse.
•ricfne dn Ml ccmme. — Il est une hypothèse qui parait très
(1) La théorie émi«e par Cordier se trouve exprimée, par M. Leymeriei dans 9et Éléments de Minéralogie et de Géohçfie, pabliés en ISOi.
ORIGINE DU S£L GEMMK. 453
naturelle et que plusieurs géologues ont adoptée. Elle consiste à Toir^ dans les amas de sel gçmme, existant dans la 2one strati* fiée ou à la surface du sol^ le résidu d'anciennes mers dont les eaux auraient disparu par voie d'évaporation. D'après cette hypothèse, la nature aurait eu recours au même procédé que Ion emploie pour recueillir le chlorure de sodium dans les salines du bord de la mer. A Tappui de cette opinion^ on a cilé^ comme exemples^ la mer Morte^ ainsi que les lacs de Van, en Arménie, et d'Ourmiah, en Perse. Je vais énumérer les motifs qui ne permettent nullement de baser, sur Texistence de ces amas d'eau salée , une théorie de la formation du sel gemme. — a) Le lac de Van et celui d'Ourmiah, peut-être aussi la mer Morte , ont été considérés à tort (Toir chap. Y) comme résultant de la concentration des eaux laissées par Tocéan dans son mouvement de retrait. — b) L'évaporation> quelque active qu'elle soit, ne semble pas suffisante pour amener la mise à sec de la mer Morte et des lacs de Van et d'Ourmiah. Ces bassins reçoivent des affluents; à défaut d'affluents, ils s'alimenteraient au moyen des eaux pluviales. Ils sont parvenus au point où la quantité d'eau enlevée par l'évaporalion atmosphérique est compensée par celle qu'apportent la pluie et les rivières. — c) Admettons toutefois que, en vertu de circonstances diverses, telles qu'une modification dans le climat ou dans le relief du sol» la mise a sec des amas d'eau salée se produise, qu'il y ait évaporation complète et formation d'une couche de sel. Pour que cette couche de sel devienne partie intégrante de l'écorce terrestre, des sédiments devront la re-* couvrir et la protéger. Ces sédiments ne s'accumuleront que dans le cas où la mer, à la suite d'un atTaissement du sol, reprendra possession de son ancien domaine; mais alors la couche de sel se dissoudra dans la masse des eaux envahi»-
454 PROMtOMB DE GÉ0L06IR.
satiie»; elle ne constituera, en déâtritire, qu'un dépôt terrestre, sujet «ux chances de destruction énuméréed dan^ le RVfe in^é-c^nt, netâ^mment à la page 430. Ces chance» dé destnietioA, qai recrdeni compte de f absence ou de la farelé dés dépdfs terrestres dans les^ terrains antériewremeni formés à l'ère jcH ^nne, existeront i on pïm haut degré pour le chforare de sodttfm, à caiose de sa grande solubilité dans Feau.
Par conséquent, l'époque actuelle ne pourra montrer M exempte de la formatioD de se) gemme à la sfirte de Téva^ ratien de l'eau: laissée pat la mer dans ses déplacements gue-^ œssilSy et sr ce phénomène Tenait à se produire, les dépôts de sel gemme auxquels il donnerait oriigine auraient iMiie diHrée éphémère .'Démontrons maiintênant que les circofislMMSes oft se présentent la plupart des gisements de sel gemme ne ddttt nallement en rapport avec le mode de formation de cette sui>stmoe, tet qd'îfr vient d^étre indiqué.
Les couches exploitées à Vie et à Dieu2e sont an nombre de 13; leur puissance varie de 5(y centimètres à 13 mètres; eHes: ont une épaisseur totale de 65 mètres environ.
Pour expliquer la formation de la première couche de sel , il faudrait supposer ! î^ que les mouvements du sol avaient isolé une partie de Focéani, et créé une mer intérieure n'ayant, avec det océam, aucune communication superflcieile ou ^uterraine; ^qne cette mer intérienre ne recevait aucune rivière s^ideep^ ttbie d'apporter une quantité d'eM snffitonte pour remplacer celle que Tévaporation enlevait à chaque instant.-^ Il faudrait, en* entre, admettre un nouveau retour de Tocéan pow éipti-- (fatv le dépôt des roches superposées^ au sel. -^ Il fendrait enfin que le même phénomène se fût répété au moins treize foi» de suite^ toujours dans les mêmes circonstances et toujours sur le même emplacement.
ORIGINE DU SBL GEMME. 'i55
U y a^ dans cette série d'hypothèses, une complicatioir qui nous démontre, à priori, combien il est difficile d^adtoettre leur réalisation. Remarquons, en outre, que les mêmes phéno^ mènes auraient du se manifester pour toutes les régions salrfères. Bn ce qui concerne les euTirons de Dieuze, rien n'indique , dans la constitution géognostique et topographique de cette contrée, que le sel gemme se soit déposé dans des bassins limités et nettement circonscrils. On reconnaît qu'il s'est formé, en même temps que les couches qui l'accompagnent, dans une vaste mer qui recouvrait, sans solution de continuité, la majeure partie de la France et des régions voisines^.
Uïi autre indice que chaque amas de sel gemme n'est nulles ment le résidu d'une mer desséchée par voie d'évaporation nous est fourni par les substances qui raccompagnent partout, et qui le remplacent, lorsque, pour celui qur suit pas à pa^ la zone salifère, il vient à disparaître. Ces substances sont le gypse, h dolomie, dtes argiles bariolées, «tout Im Hmnees proviennent principalement de la présence du fier diversement combiné. Or, ces substances n'existent pas, ou n'existent qu'en faible proportion, dans les eaux marines. Si la théorie qui fait naître le sel gemme de Févaporation des eaux marine9 était fondée, elle entraînerait avec elle, comme conséquence forcée et inattendue, le fait suivant dont l'explication serait bien diffl^ cile à trouver: les eaux marines auraient, à l'époque actuelle^ une composrtion bien différente de celle qu'elles ont •llerie pendant toute la durée des temps géologiques.
Le sel gemme est le résultat d'un phénomène anatogtre k celui dont les soufflards et les salzes nous rendent témoin». Il s'est produit à la suite d'une action geysérienne très énergique qui a porté, à la surface du globe^, toutes les substances dont il est constamment accompagné , quelque soit l'âge du terraîD
itt6* PRODROME DE GÉOLOGIE.
auquel il se rattache. Des sources saturées de chlorure de sodium, et surgissant sur les points où l'océan offre une graode profondeur, lui ont donné origine. Une partie du sel amené par ces sources s'est répandue et dissoute dans la masse des eaux environnantes; l'autre s'est accumulée en amas plus ou moins importants , parce que , à une grande profondeur, les eaux sont complètement tranquilles : l'absence d'agitation, dans un liquide quelconque, diminue ou ralentit son action dissol- Tante. Les circonstances mêmes du gisement du sel gemme trahissent son origine geysérienne; il appartient à des contrées et à des époques portant le témoignage de phénomènes intérieurs très énergiques. De nos jours, les sources salées, qui ne proviennent pas de terrains salifères , jaillissent dans le voisinage de volcans éteints ou en activité, et le chlorui*e de sodium est un des produits des émanations volcaniques.
VMorte de rorlfflne geysérlenne des mamet et des «rglles. — Les
substances tenues en suspension dans les sources geysériennes peuvent s'y trouver en quantités variables. Tantôt elles n'altèrent pas la limpidité de l'eau, ainsi qu'on l'observé dans les sources minérales et dans celles qui alimentent la formation du tuf et du travertin. D'autres fois, les substances charriées par les eaux provenant de l'intérieur de l'écorce terrestre sont en proportion suffisante pour donner lieu à une sorte de boue : je citerai comme exemples les salzes qui rejettent des matières terreuses délayées dans l'eau salée, et les courants de boue qui s'échappent de quelques volcans pendant leurs éruptions.
Ces deux modes de manifestations de l'action geysérienne ont existé à chaque époque géologique. Le fer, qui se présente en couches dans la zone stratifiée , est toujours plus ou moins argileux, et les fissures, par où les éléments du terrain sidéro-
ORIGINE GKYSÉRIENNE DBS MARNES. 457
iJUque ont été portées à la surface du globe, sont remplies d'une
argile ferrugineuse dont l'origine est éTidemment intérieure.
Plus tard^ je rappellerai d'autres témoignages du passage^ à
trayers Técorce terrestre^ de matières de consistance boueuse,
pendant Tère tellurique. Enfin , si nous remontons plus haut
dans la série des temps géologiques, et si nous portons notre
pensée jusqu'à l'époque où se déposaient les premières strates
sédimentaires, nous voyons cette boue primitive et universelle,
que nous avons appelée magma granitique, s'épancher à la
surface du globe et fournir à l'action sédimentaire les premiers
matériaux qu'elle a mis en œuvre.
Une théorie, totalement opposée à celle dont nous avons
trouvé l'expression dans le Cours de stratigraphie d'A. d*Or-
bigny, est celle de l'origine geysérienne des marnes et des ar-*
giles. Divers géologues, supposant à l'action geysérienne, dans
la production des strates sédimentaires, une part plus grande
que nous venons de le faire, ont cru devoir considérer les
éruptions boueuses de notre époque comme ayant eu jadis une
énei^ie suffisante pour donner naissance aux couches d'argile
plus ou moins pure qui entrent dans la composition d'un
grand nombre de terrains. C'est ainsi que, dans une commu*
nication faite, en i854,à la Société géologique de France^
M. Hébert se montre disposé, en s'appuyant sur l'autorité de
M. d'Omalius d'Halloy, à penser que l'argile plastique du
bassin de Paris a été produite par voie d'éjaculation. On a in-
voqué en faveur de l'origine geysérienne de certaines masses
argileuses leur grand degré d'homogénéité et de pureté. Mais
cette homogénéité peut bien provenir également du temps
prolongé pendant lequel les débris détachés du sol sont soumis
au tialancement des eaux. L'homogénéité de composition se
retrouvée un haut degré dans des dépôts d'origine évidemment
détritique^ et Dotamment dans certains sables quartzeux.
Il est inutile de donner à rintervention des phéaomèoes geysériens dans Taction sédimentaire toute Textension que lui accorde M. d'Oraalius d'Halloy. On ne peut s'expliquer la formation des masses calcaires du Jura sans admettre le concours de nombreuses sources chargées de carbonate de chaux. Mais il est permis de se rendre compte de la formation des couches argileuses et marneuses par la destruction superficielle des roches préexistantes; on le peut d'autant mieux que ces roches sont quelquefois elles-mêmes de nature marneuse ou argileuse, et par conséquent faciles à subir une dénudation rapide. Quand on étudie la constitution géognoslique d'une contrée^ on est souYent conduit à reconnaître que des assises marneuses ou argileuses proviennent du remaniement des couches de même nature qui existaient primitivement dans cette contrée.
Je dois^ en terminant ce sujet, dire ce qu'il faut entendre par terrain geysérien. Ces mots doivent désigner les accumulations de matière d'origine interne qui se sont formées vers l'orifice ou dans l'intérieur des conduits que les eaux pétrogéniques ont mises à profit pour arriver à la surface du globe. Mais on ne saurait appeler ainsi tous les dépôts dont l'origine est geysérienne. Le tuf siliceux des cônes cratériformes des geysers d'Islande constitue un terrain geysérien, mais si la silice, amenée par ces geysers au fond de l'océan , va donner origine à des dépôts stratifiés, ceux-ci ne mériteront nullement b désignation de terrain geysérien.
DMU iiMdcs de ■Mlmcnuiiloii, ran fiklmHiiie, Vtmrt Mêcaalqat.'-
Les roches d'origine aqueuse se partagent en deux grands groupes. Les unes sont formées d'éléments assez volumioeux pour être discernables, soit à l'œil nu, soit à l'aide duo