MARÉES
mamère de se rendre compte d'un phénomène^ c'est de constater son point de départ et son dernier terme.
Je réserve pour une autre partie de cet ouvrage Texamen de l'influence que les modiflcations dans la composition de l'eau de la mer ont pu exercer sur l'organisme.
■«wTeneou «ci mu 4e rocéui. — Je vais^ aussi brièvement qu'il me sera possible de le faire, énumérer les divers mouvements qui se manifestent dans les eaux océaniennes. Je dirai quelques mots de leurs causes probables et des changements qu'ils ont subis, lors des temps géologiques^ dans leur intensité et leur direction. Ces mouvements doivent attirer notre attention, parce qu'ils exercent une grande influence sur le caractère des dépôts sédimentaires. Plus tard, nous rechercherons comment ils modiflent les climats, et comment ils interviennent dans la répartition géographique et topographique des êtres organisés qui ont l'océan pour séjour.
I. — On sait que les marées reconnaissent pour cause l'attraction combinée de la lune et du soleil sur les eaux qui recouvrent la surface du globe. Il y a réellement deux marées^ 1 une solaire» l'autre lunaire, dont les eflèis s'ajoutent où se retranchent, suivant la situation relative des trois astres qui interviennent dans ce phénomène. Vers midi et vers minuit, le soleil tend à élever les eaux : il tend à les abaisser vers 6 heures du matin et vers 6 heures du soir. Mais , dans le phénomène des marées, c'est la lune qui exerce l'influence prépondérante. La proximité de cet astre par rapport à la terre compense la petitesse de sa masse par rapport au soleil, et il détermine dans les eaux de l'océan une élévation près de trois fois, plus considérable que celle qui est produite par l'attraction solaire.
534 PRODROSfE DE GÉOLOGIE.
Sous l'influence de la lune^ deux ménisques ou renflements apparaissent à l'antipode l'un de Tautre; ils impriment à la terre la forme d'un ellipsoïde dont le grand axe est tourné vers la lune. Ces deux ménisques suivent cet astre dans son mouvement apparent autour de la terre^ en se maintenant à égale distance l'un de l'autre. Le maximum d'élévation des eaux a lieu pendant la pleine et la nouvelle lune : alors , les deux marées solaire et lunaire s'ajoutent. Dans la quadrature, la haute mer lunaire correspond à la basse mer solaire, et l'élévation des eaux peut être de moitié moindre que lors dessyzygies.
Les causes qui amènent le flux et le reflux ont opéré dès que la terre a offert sa constitution actuelle, c'est-à-dire dès que les eaux se sont accumulées à sa surface sous forme d'océan. Lors de l'ère neptunienne, deux vagues peu életées , mais très longues , et placées à l'antipode l'une de l'autre , faisaient chaque jour le tour de la terre. La hauteur maximum de chacune de ces vagues se trouvait à peu près sous i'équateur, et allait en s'abaissant vers les pôles d'une manière uniforme.
Le même phénomène a persisté jusqu'à nos jours, en se modifiant à mesure que les terres émergées ont augmente d'étendue. Les causes qui font varier la hauteur de la marée d'un lieu à un autre, ont agi avec une énergie sans cesse croissante. Parmi ces causes, il faut placer, en première ligne, le rapprochement des terres émergées; les eaux poussées par la marée pénètrent dans le canal qui résulte du voisinage de deux continents et s'élèvent comme un fleuve dont le lit se resserre tout-à-coup. Sous l'équateur, l'élévation des marées n'est pas d'un mètre ; dans les Antilles, rarement cette hauteur dépasse iO centimètres. Dans l'estuaire de la Tamise, l'élévation de la marée est de 5™, 48. A l'embouchure du
canal de Bristol^ les marées atteignent il mètres; près de Bristol^ elles s'élèvent à i5 mètres environ; à Chepstow, sur la Wye, elles dépassent 15 mètres et vont quelquefois jusqu'à près de 23 mètres. Sur la côte de France, la hauteur des marées varie entre 6 et 14 mètres; cette dernière élévation est atteinte à Saint-Malo. Le mouvement de la marée est insensible dans la Méditerranée : son ascension est de 0»^ 32 à Naples et^ dit-on, de 1", 52 à Venise. Enfin, la marée est complètement nulle dans les lacs.
D'autres circonstances que la configuration des îles et des continents peuvent accroître ou diminuer l'élévation des eaux poussées par le flux; telles sont les vents, les tempêtes, les courants marins et les variations de la pression atmosphérique.
cooranu . ocêanieiw. — La surface de la mer présente des régions qui jouissent d'un calme complet, ou qui, du moins, ne sont agitées que par les vagues que soulèvent les tempêtes. Une des régions les plus remarquables sous ce rapport est la mer des Sargasses , qui s'étend à l'ouest des Açores sur une largeur de cinquante lieues , et qui est entièrement couverte d'algues de taille gigantesque {Fucus natans). Les courants sont, en quelque sorte, des fleuves marins dont ces régions en repos, dit Humboldt, forment les rives.
Les causes des courants océaniens peuvent être partagées en deux groupes, suivant les directions qu'elles impriment à ces courants. Les unes tendent à diriger les courants dans le sens opposé à celui de la rotation de la terre , et opèrent principalement entre les tropiques; les autres portent les eaux de l'équateur vers les pôles , et des pôles vers Téquateur.
Les causes qui entraînent les eaux de l'océan vers l'ouest sont , d'après Humt)oldt : la propagation successive de la marée
dans son mouvement autour du globe; les yents alizés; les variatioDS horaires de la pression atmosphérique, yariatioin si régulières sous le tropique et qui se propagent successîrement de Test à Touest. Mentionner ces causes ^ c'est signaler l'influence que le mouvement de rotation de la terre exerce indirectement sur le sens dans lequel se portent les eaux océaniennes sous réquateur. W Toutes ces causes font naître le mouvement général qui y dit Humboldt, entraine les eaux des mers de l'orient à l'occident; on le nomme courant équatorial ou courant de rotation. Sa direction se modifie par suite de la résistance que lui opposent les côtes orientales des continents. Christophe Colomb avait reconnu l'existence de ce courant Je tiens pour certain , disait-il, que les eaux de la n^r se meuvent, comme le ciel , de l'est à l'ouest {las aguas van con los
(1) Bernouilli pensait que le mouvement de rotation de Ki terre, laissant en retard lec eaux et l'atmosphère, devait déterminer des courants marins et atmosphérMpies dirigés de l'est à l'ouest. L'hypothèse da BemouilK, teUs ({v'U l'a présentée , n'est pas généralement admise ; on aurait tos t pourtant d« supposer que le mouvement de rotation de la terre n'exerce aucune influence directe ou indirecte sur la formation des courants. Tout corps qui se meut dans un plan horizontal dévie à droite dans l'hémisphère nord , et à gauche dans l'hémisphère sud : par suite du mouvement de rotation , sa trajectoire oj}paren(e se courbe en parabole. Parmi les conséquences de ce phénomène, M. Babinet signale — les deux circuits que forment les eaux dans les deux bassins de la Méditerranée en marchant à gauche pour un obsenraiteur placé au centre de chaque bassin ; même chose pour le bassin de la mer Noire , pour celui de l'Adriatique, pour celui de la mer Caspienne et enfin pour celui du lac Aral. — Les vents alizés et les deux conlre-courants du nord et du sud. — La rotation vers la gauche, pour un observateur placé au centre, des cyclones ou tomados des latitudes moyennes de l'hémisphère nord, cyclones qui n'ont pas lieu sous l'équateur. — Le transport vers l'ouest par un temps- calme des sables et des gaz volcaniques projetés à une très grande hauteur. — La déviation considérable et incontestable des eaux des fleuves quand ils entrent dans la mer, portant à droite dans notre hémisphère les troubles qu'ils charrient avec leurs eaux. — La faible tendance vers la droite des rivières du nord. {Comptée renéu9 de VAeadéffiMé des Sâenees» tome xux.)
cklos)f » c'étt-i-^ire selon le mouvement diurne apparent du soleil j de la lune et de tou8 les astres. (Humboldt.)
L'échange établi d'une manière permanente entre les eaux des p61es et celles de Téquateur est dû surtout à la différence de densité qui existe entre les unes et les autres par suite de la différence de leur température. Les eaux des pôles^ plus froides et par conséquent plus denses que celles de Téquateur^ tendent a venir remplacer celles de la zone intertropicale; ceUasHJ soni^ au contrairoj entraînées vers les régions polaires.
Le mouvement qui porte vers Téquateur les eaux des régions polairos est d'ailleurs activé par un concours de circonstances que je vais rappeler; ces circonstances déterminent^ pour ainsi dire^ un fleuve intarissable qui a sa source dans le dôme de glace placé a chaque pôle , et dont l'embouchure se trouve sous l'équateur. Les eaux provenant de la fonte des glajces polaires entretiennent le cours de ce fleuve; ces glaces sont ellesmêmes alimentées par les neiges^ c'est-à-dire par l'eau d'origine atmosphérique. Vers l'équateur, Tévaporation produite par la chaleur solaire occasionne à chaque instant des vides dans la masse des eaux de l'océan, vides que viennent combler les eaux qui arrivent des pôles.
Les causes que Je viens de signaler comme imprimant aux courants océaniens leur direction opéraient , lors de l'ère neptunîenne, avec bien plus de régularité qu'aujourd'hui. Le courant et le contre -courant établis entre le pôle et l'équateur se faisaient sentir sur toute la surface du globe ; ils ne subissaient d'autres déviations que celle que leur imprimait le mouvement de rotation de la terre , mouvement qui devait les faire obliquer vers l'ouest (voir la note de la page 535). Quant au courant équatorial, il n'était pas, comme aiqourd'hui , interrompu par les continents.
B38 PRODROME DE GÉOLOGtE.
Mais^ depuis Tère neptunienne jusqu'à nos jcTurs^ les courants océaniens n'ont pas cessé de perdre peu à peu de leur régularité primitive. Leur direction normale a été modifiée par les continents qui se sont placés sur leur trajet comme autant d'obstacles. En outre , des causes secondaires se sont ajoutées à celles que j'ai énumcrées comme ayant constitué^ dès l'origine^ la raison d'être des courants généraux. Parmi ces causes secondaires , je signalerai les yents dont la direction varie avec la configuration de cbaque continent et qui ont également perdu leur régularité initiale ; je signalerai encore : 1^ les courants fluviatiles, tels que celui qui est formé par le fleuve des Amazones^ lorsqu'il se jette dans l'Océan Atlantique ; ^^ les courants locaux^ tels que celui qui résulte de l'introduction des eaux de l'Océan dans la Méditerranée ; 3<> les courants auxquels la marée donne naissance , lorsque les eaux soulevées par elle pénètrent dans les canaux produits par le voisinage des terres émergées.
La vitesse des courants marins dépasse rarement une lieue par heure ; souvent elle est moindre. Mais^ lorsqu'ils sont res- ' serrés entre deux côtes^ leur vitesse s'accroît considérablement; l^courant qui passe par le raz d'Aurigny, entre cette île et le continent, parcourt près de trois lieues par heure; dans le canal de Bristol, la vitesse du courant est de cinq lieues. D'après Rennell , la vitesse de la plupart des courants surpasse celle des plus grandes rivières navigables.
Les principaux courants qui régnent à la surface du globe Impriment aux eaux de l'océan un mouvement général qui, lorsque l'on fait abstraction des remous , des contre-courants et des déviations locales , peut être décrit de la manière suivante. Dans cette description , j'aurai sous les yeux la carte du mouvement des eaux à la surface du globe, carte qui est due
au capitaine Duperrey^ et que le lecteur pourra consulter dans les Eléments de physique terrestre par MM. Becquerel.
Le pôle austral est le point de départ de trois courants d'eau froide. Celui qui est au centre se dirige vers Test^ et va frapper la côte occidentale de rAmérique du Sud, où il se divise en deux branches ; la branche sud côtoie la Patagonie et double le cap Horn; la branche nord, qui est la plus importante, côtoie le Chili et le Pérou; puis, elle tourne brusquement à Touest et forme le grand courant équatorial, vestige, selon nous , de celui qui , lors de Tëre neptunienne, faisait le tour de la terre. Quand il atteint le grand archipel de TAsie, ce courant se divise en trois branches : la branche nord, après un circuit assez étendu, retombe dans le grand courant équatorial à la hauteur de la Californie ; la branche sud contourne la Nouvelle-Zélande, pour retomber dans le courant austral central ; la branche moyenne passe à travers Tobstacle élevé par les îles du grand archipel asiatique , reçoit le plus occidental des trois courants que nous avons vus partir du pôle austral , se heurte contre le continent africain qui l'oblige à dévier vers le sud, passe entre l'Afrique et Madagascar et contourne le cap de Bonne-Espérance. II se réunit alors à celui des trois courants polaires qui est placé à l'est, se dirige le long de la côte occidentale de l'Afrique et se rend dans le golfe du Mexique , où le continent américain lui oppose une nouvelle barrière; il s'échappe de ce golfe par le détroit de Bahama pour constituer le ^i///-5^r«am (le courant du golfe). Celui-ci traverse l'Océan Atlantique de l'ouest à l'est, et, après avoir envoyé vers le sud une branche qui rejoint le courant équatorial de TAUantique, va baigner les côtes de l'Europe, et longer les rivages de la Norwège.
Le pôle boréal donne naissance à des courants d'eau froide.
810 PRODROia DE GÉOLOGIE.
de néine que le pôle austral; tel est celui qui vient du détroit de Davis ^ entre le Groenland et la terre de Baffin^ et qui entraine des glaçons jusqu'au delà du banc de Terre-Neuve.
eomnmu pêttoâiÊmeê » nMltemncens, tcnpmnJrts. — Les COUrautS
marins peuvent se classer de la manière suivante :
1'' Les courants océaniens généraux ou constants : ce sont ceux dont j'ai parlé dans les pages précédentes.
S"* Quelques-uns des courants océaniens n'ont pas la même vitesse pendant toute Tannée. Celui qui contourne le cap de Bonne-Espérance atteint sa plus grande force en hiver; celui qui double le cap Horn ne parait exister que pendant neuf mois de l'année , alors que régnent les vents d'ouest. Mais on réserve le nom de courants périodiques à ceux qui se placent plus directement sous l'influence des saisons; tels sont ceux qui, dans les mers des Indes et de la Chine, sont évidemment produits par les vents périodiques ou moussons.
df Dans un troisième groupe, on peut placer les courants qui font communiquer les mers intérieures avec l'océan. II y a un courant de l'océan dans la mer Rouge, depuis le mois d'octobre Jusqu'en mai; c'est le contraire pendant le reste de l'année. Les eaux du golfe Persique présentent généralement aux mêmes époques le mouvement inverse, c'est-à-dire que les eaux de ce golfe se dirigent vers l'océan, pendant tout le temps que les eaux de l'océan entrent dans la mer Rouge. — Un courant constant coule de la Baltique dans le Sund et le Cattégat. La Baltique reçoit des fleuves et des rivières plus d'eau qu'elle n'en perd par voie d'évaporation ; cette circon^ stance explique le courant qui s'échappe par le Sund, «t la direction de ce courant rend compte de la faible salure des eaux de la mer Baltique. — Un autre courant constant se dirige en
COURANTS OCÉANIBNS. 5ii
sent invene de celui de la Baltique; il pénètre dans la Méd^ terranée au lieu d'en sortir^ ce qui prouYe que cette mor perd plus d'eau par Tévaporation annuelle qu'elle n'en reçoit des BeuTes. Le courant qui pénètre par le détroit de Gibraltar apporte une masse d'eau suffisante pour remplacer celle que révaporation a fait disparaître : la Méditerranée se maintient ainsi au même niyeau que l'Océan ^ mais son degré de salure ne cesse de croître^ parce que l'eau qui arrive par le détroit de Gibraltar est salée , tandis que celle qui disparaît par voie d'évaporation est entièrement dépouillée de sel. Le courant qui parcourt la Méditerranée côtoie d'abord l'Afrique septentrionale^ passe devant les bouches du Nil^ tourne au nord après avoir louché les côtes de la Syrie ^ et se dirige ensuite entre la Garamanie et 111e de Chypre. On a dit que la Baltique et la Méditerranée avaient chacune un contre-courant se dirigeant en sens inverse de ceux dont il vient d'être question. Aucune observation n'a encore démontré l'existence de ces contre* courants : en ce qui concerne celui de la Méditerranée^ la faible profondeur du détroit de Gibraltar^ profondeur qui ne dépasse pas 110 mètres^ ne permet guère de croire a la possibilité de son existence. Ce qui achève de rendre ces courants très hypothétiques , c'est le degré de salure de la Baltique et de la Méditerranée ; s'il existait un échange permanent entre les eaux de chacune de ces deux mers et celles de l'Océan y on ne pourrait s'expliquer la différence qui existe dans le degré de salure des unes et des autres.
4^ Les courants temporaires ou passagers sont très nombreux; ils se manifestent chaque fois que , sur un point quelconque , et principalement le long des côtes ^ le vent vient à soufQer pendant quelque temps dans la même direction.
S* Les courants fluvio-marins sont formés par les eaux d'un
fleuve dont le cours persiste jusqu'à une certaine distance au-delà de son embouchure.
». — Les vagues sont le résultat de Tagitation que les vents impriment à la surface des eaux. Elles n'atteignent pas, au-dessus du niveau de Tocéan, une élévation aussi grande qu'on le croit. La plus haute vague qui ait assailli la Vénus, pendant sa longue campagne, avait 7», 5 de hauteur, entre le creux et le sommet. Les lames ne dépassent pas cette élévation, même dans les parages du cap Horn, où, suivant tous les navigateurs, elles ont des dimensions inusitées.
Le mouvement des vagues se transmet jusqu'à une certaine profondeur, en imprimant aux molécules d'eau deux mouvements oscillatoires, l'un vertical, l'autre horizontal. Il résulte, des expériences faites par M. Aimé, que la limite du mouvement des vagues est, dans la rade d'Alger, à 40 mètres de profondeur; ce physicien pense que cette limite est probablement dépassée dans les tempêtes qui se font sentir en hiver sur les côtes de l'Algérie. Pendant son voyage à l'île Bourbon, M. Siau a constaté que l'action des vagues cesse de se faire sentir, dans la baie de Saint-Paul, près de Saint-Gille, à i88 mètres de profondeur.
note de fond; ras de marec. — D'après le colouel Emy, qui a publié, en 1831. un ouvrage sur le motwement des ondes, les flots de fond sont produits par un de ces ressauts du fond de la mer que les marins nomment accores; un banc de sable en pente douce, quelque élévation qu'on lui suppose, ne forme pas de flot de fond. Une fois produits, les flots de fond, en s'avançant vers le rivage, se soulèvent et se gonflent de plus en plus; conduits jusqu'à la limite de la mer, ils s'avancent
FLOTS DE fond; RAS DE MARÉE. 543
sur la grève ayec toute la vigueur qu'ils ont acquise par la pression continuelle des ondes supérieures; ils forment alors des nappes ccumantes de déferlement qui s'échappent de dessous la masse liquide^ dès que les ondes cessent de régler leur mouvement et de les contenir. Le mouvement des flots de fond détermine tous les phénomènes que l'on attribue ordinairement à la réaction des hauts-fonds; il produit les attérissements marins et les ensablements des ports ; il rejette sur les bords de la mer les objets qu'elle a engloutis. Ce dernier phénomène s'observe sur les mers qui n'ont pas de marée , ce qui prouve que c'est à tort qu'on l'attribue à l'action du flux ; l'intervention de la marée est ici d'autant moins admis* sible que le reflux devrait remporter ce que le flux aurait amené.
On appelle ras de marée un mouvement violent et subit des ondes qui se manifeste dans les Antilles^ près des côtes^ tandis qu'à quelque distance de celles-ci la mer est calme. Losqu'un ouragan s'élève à la Guadeloupe ou à la Martinique^ le ras de marée se montre tout-à-coup près des côtes de celle de ces deux lies où l'ouragan ne s'est pas fait sentir. Supposons la mer mise en mouvement par le vent de terre à la Guadeloupe; la mer paraîtra peu agitée près de cette île et en pleine mer; mais l'ondulation des vagues se propagera de proche en proche jusque près de la Martinique , où ces vagues rencontreront les ressauts du fond qui s'élèvent brusquement et produiront les flots de fond, dont l'arrivée subite paraîtra d'autant plus extraordinaire que Tile ne ressentira point le vent^ et que le plus grand calme paraîtra régner au loin sur la mer.
Si les flots de fond viennent frapper des côtes escarpées, ils sont projetés à une grande hauteur; souvent ils s'élancent en gerbes immenses au-dessus des falaises. Le rocher nommé la
Fewmv dr Lnth, dans 1 archipel des îles Mariannes, s'élève perpendiculairement à 3ri() pi(Mls, et, cependant, les vagucî^ viennent se briser contre son sommet.
Pour donner une idée de la \ioIcnce du choc, de la pression et du volume des tlots de fond, le colonel Emy cite des exemples (jui prouvent cpiiis agissent à une profondeur de 130 mètres, (|u'ils se soulèvent de plus de 50 mètres au-dessus du niveau de la mer et (piils forment des colonnes d'eau de 3000 mètres cubes.
Mascaret, barre, eic. — L'cmbouchure de la plupart des neuves présente, à divers intervalles, un phénomène particulier appelé imiscavrt dans la Dordogne, barre dans la Seine, pororoca dans le tleuve des Amazones, bore dans l'Hougly, Tune des bouches du <lange. Ce phénomène consiste dans Tarrivée d'une ou de plusieurs vaj^ues barrant toute la largeur du fleuve, dont elles remontent le cours avec une grande rapidité et en faisant entendre un bruit formidable. 11 se manifeste jusqu'à 200 lieues au-dessus de Fembouchure du fleuve des Amazones; dans l'Hougly, il remonte à plus de 25 lieues en moins de i heures. Il occasionne toujours de grands ravages : il détruit les rives des fleuves, déracine les arbres et culbute tout ce (jui se trouve sur son passage. 11 apparaît également sur (juelques côtes dé])ourvues de rivières, par exemple, sur les plages du mont Saint-Michel, près d'Avranches.
Le colonel Kmy pensait (juc le mascaret était dû aux flots de fond; ceux-ci ne produisent ce phénoniène que dans quelques cas. Le mascaret n'est pas la marée, mais il se place soussâ dépendance. C'est, dit M. IJabinet, une cascade produite parle retard du tlux. La Aague primitive, en arrivant dans une eau moins profonde, se raleiilit, et bientôt est atteinte et
VAGUES DK TRANSLATION. M5
dépassée par les tagues subséquentes. Le vent de mer^ qui augmente la hauteur de la marée ^ diminue la force du mascaret^ parce qu'il pousse l'eau devant lui et s'oppose au retard qui eu produit raocumulatlon et la cascade. Ce n'est ni le ressert^sment de la rivière^ ni la forme des bords, ni leur pente, qui influent sur le phénomène; car dès que le mascaret atteint un endroit plus profond, il cesse à l'instant, parce que les premièree vagues qui arrivent dans cette eau plus pro*fonde devancent les suivantes, au lieu d'être devancées par elles. La théorie du mascaret est la conséquence d'un fait, trouvé théoriquement par Lagrange et constaté par les expériences de M. Scott Russell, sur les marées de la Clyde; c'est la duninutioD de vitesse des vagues à mesure qu'elles rencontrent des eaux moins profondes. (Babinet, Biudes sur ies stienœs d'obeervatim.)
T^Ms «s innMaiiM. -*- D'autres expériences de M. Scolt Russell tendent k prouver que l'élévation subite d'une masse solide de dessous Teau produit une élévation correspondante à la surface du fluide^ laquelle donne lieu à ce que l'auteur appelle une vague de tranêlatian de premier ordre. Oette vague est ainsi nommée parce qu'elle ne s'élève pas et quelle ne tombe pas comme les vagues ordinaires, mais s'élève au contraire et se maintient au-dessus de l'eau. En établissant que cette vague se propage avec une vitesse qui varie comme la racine carrée de la profondeur de l'océan, l'auteur déler* mine la vitesse de la vague de transmission. L'idée anoenne que l'agitation et la puissance des vagues ne s'étend qu'à une (bible profDDdeur n'est pas exacte, relativement aux vagues de translaiioa ; car M. Russell s'est assuré que , lorsqu'elles agissent, le mouvement des parties de l'eau est presque aussi
546 PRODROME DE GÂOLOGIE.
grand au fond qu'à la surface. Il fait voir en outre que les corps mus au fond ne sont pas roulés en arrière et en aTant, comme ils le seraient par une vague ordinaire de la surface ; mais qu'ils ont un mouvement continu en avant ^ pendant tout le passage de la longueur de la vague. Un déplacement complet résultera donc de l'effet de la vague de transport, qui peut être regardée^ par celte raison, comme un agent mécanique pour transmettre une force, aussi complet et aussi parfait que le levier ou le plan incliné. (D'Archiac, Histoire des progrès de la géologie, tome I, page 447.)
J'ai cru devoir entrer dans quelques détails au sujet des vagues de translation , parce que , de même que les flots de fond, elles peuvent intervenir dans quelques phénomènes géologiques. Mais, pourtant, il ne faut pas accorder une trop grande importance aux vagues de translation et supposer, ainsi que le veulent plusieurs géologues, qu'elles ont joué un rôle dans les révolutions du globe. De nos jours, elles ne se produisent que lorsque les tremblements de terre font osciller le sol sous -marin : lors du tremblement de terre de Lisbonne, le plus violent et le plus étendu dont l'histoire fasse mention, une agitation extraordinaire fut observée en Angleterre, dans les eaux de l'intérieur de l'ile et dans celles du bord de la mer, sans qu'aucun mouvement sensible se mani* festât sur le sol. Une grande vague balaya les côtes d'Espagne et atteignit, à Cadix, 18 mètres de hauteur. A Tanger, elle s'abaissa et s'éleva plusieurs fois. Dans l'Ile de Madère, elle inonda Funchal et d'autres ports de llle. A Kinsale, en Irlande, une masse d'eau se précipita avec violence sur le marché. Une vague de translation produit des effets d'autant plus prononcés, qu'en se heurtant contre les accores, elle peut donner origine à des flots de fond. Mais, je le répète,