RÉPARTITION DES DÉPÔTS DANS LE SENS VERTICAL. «S
Indiquons sommairement quelles différences pourront se présenter lorsque les changements de niveau dans le fond d'un bassin y au lieu d'être insensibles^ s'effectueront d'une manière plus ou moins brusque.
Si l'affaissement s'est opéré d'une manière violente^ il y aura toujours un infrastratum ; seulement^ les détritus dont il se composera seront plus volumineux , plus hétérogènes^ ils porteront des traces d'une usure moins prononcée. La partie inférieure de l'interstratum, représentée par des alternances de grès ou d'argile avec des couches calcaires^ apparaîtra plus tôt. II en sera de même pour les dépôts presque exclusivement calcaires qui composent l'interstratum proprement dit, si l'affais* sèment du sol a été non seulement brusque ^ mais aussi très prononcé. La série qui s'est déjà montrée à nous sera la même ; les termes en seront phis rapprochés.
Si l'exhaussement s'opère d'une manière subite^ la série des dépôts sera tout-à-coup interrompue; on pourra, d'une manière approximative, indiquer le moment où l'exhaussement aura eu lieu en constatant (|ucl a été le dépôt le dernier formé.
Je vais citer deux exemples destinés à effacer ce que les considérations théoriques qui précèdent peuvent avoir de vague.
La 6gure 27 , page 5F)3 , résume la composition générale du terrain nummulitique de la Catalogne. On peut, en se maintenant au point de vue où nous nous sommes placé dans ce paragraphe, le partager en trois parties qui représentent respectivement l'infrastratum, l'interstratum et le superstratum. L'interstratum est constitué par une puissante assise de conglomérats à éléments quelquefois céplialaires : cette assise renferme fort peu de débris de corps organisés, même sur les IK)ints où elle est composée de roches argiloïdes ou arénoïdes. Puis, viennent des assises alternantes de marnes et de cal-
oo8 pnoiiiîo^n; dk (ihoi.or.iE.
caires comimctes, coiisliluaiil, par leur ensemble, l'inlerslratum. Les roches (le la partie supérieure de eet interstratum , eu se cliariieaul de ^raius (piiuizoux^ passent au psammite ou au «zrès, <pii f(M*jneu[ inie masse puissante au-dessus du terrain nummuliti(jue et eotistituent son suj)erslratum.
J'ai |>arlé, pai^o i\\) , d'un uoli'e (jui, lors de la période triajurassi(puî , existait sur le versant sud du plateau central <lt la France. L'apparition de ee iJiolle date du commencement de cette période. A la lin de Lépocpi;' oxfordiennc, les eaux, par suite d'un exliausseinent général de la contrée, se sont retirées; eu nîetlant un ternie à ra('ti(»n sédimentaire dans la région dont je parle , elles y ont déterminé la lin d'une formation avant son complet dévelopj)ement. Dans cette formation voir fiixure ^2S, pa.i:e 7^)',]} ^ rinfrastralum comprend toutes les couches appartenant au trias; ce sont des conglomérats quarlzeux et des i^^rès alternant avec des argiles; dans le vaste ensemble que ces roches constituent, les calcaires ne sont représentés que par (juelques lits très minces, se succédant à de grands intervalles. Le passaue de l'infrastratum à rinterstratum est établi par les couches (pii se rapportent au lias et à la partie inférieure du terrain oolitique. Ces couches ne renferment, ni grès, ni poudingues, ni conglomérats ; mais les roches détriti- (jues y sont encore re|)résentées par des bancs assez puissaat;^ de marnes et d'argiles; les couches calcaires, plus épaisses et pins nombreuses (|ue dans le terrain triasicjue, sont pourtant toujours séparées par des lits marneux ou pénétrées de matière argileuse qui leur donne un aspect plus ou moins terreux. A l'interstratum, il faut rattacher toutes les couches appartenant àl'ét^ige oxfordien. Ici, les argiles elles-mêmes ne jouent qu'un rôle insignifiant; elles ne forment plus que des lits très rainées entre des couches calcaires d'une puissance considérable; le
ZONES LITTORALES, THALASftIQUES ^ PÉL4GIENNES. 589
calcaire est compacte^ et^ dans les parties supéne^ares^ il vffœ un aspect lîtbographique ou même cristallin.
iiufnifM, maUMi«Ms« péisfteaiiM. — Les malériauK détachés des pentes émergées qui entourent un ba83in gépgé* nique vont se joindre à ceux que Taction geysérieoiie amèpe à la surface du globe, ou que les vagues, les marées et les couiraots détachent des côtes , des îles et des bauts-fopds. Les uns et les autres, longtemps agités et promenés dans tous les sens, longtemps ballotés sur la plage ou balancés par les vagues, vont t&t ou tard se fixer sur le sol immergé.
Le /caractère des dépôts ainsi constitués dépend en grande partie de la distance comprise entre le littoral et le poipt où ils se sont formés. Sous ce rapport, les dépôts marins se parta^ gent en trois grandes classes.
I"" Les dépôts côtiers ou littoraux ( littoralis fait de litus , côte, rivage); ils se forment dans le voisinage immiidiat 4^
côtes.
9? Les dépôts thalassiques (OaXaacra, mer), qui viennent
après les précédents.
3^ Les dépôts pélagiens (^eXorfoç, pelagus, la mer) s'avancent le plus en pleine mer; ils s'édifient dans une zone qui s'étend aussi loip que les matériaux , quelle que soit leur provenance et leur mode de transport, peuvent être copduits.
Ces trois ordres de dépôts se lient, par des passages insensi'blés, les uns aux autres. Les dépôts littoraux se rattachent, en outre, aux formations terrestres par les diverses parties de Tappareil littoral, dunes, deltas, etc., qui offrent souvent des aUfirnances de sable marin amoncelé par le vent ou par les vagues et de couches alluviales amenées par les fleuves.
D'un autre côté , quelle que jsoit Ténergie et l'étendue de^
courants marins^ il existe certainement^ dans Tocéan , des régions éloignées des terres où les matériaux détachés des continents ne parviennent pas. Si, sur ces points^ il n'y a pas jaillissement de sources pétrogéniques^ il ne se formera aucun dépôt. C'est là une remarque purement théorique dont nous n'aurons pas l'occasion de faire usage.
Les mers de toutes les époques géologiques ont eu des dépôts littoraux ^ thalassiques et pélagiens. Mais les dépôts littoraux croissent en importance dépuis la période azoïque jusqu'à nos jours. Ce fait reconnaît deux causes^ l'une réelle, l'autre apparente. La cause réelle^ c'est le développement graduel des lignes décotes (voir pageiOO). La cause apparente, c'est que les terrains anciens ont perdu^ à la suite de dénudations répétées (M^ presque tous leurs dépôts littoraux, soit parce que ces dépôts offrent moins de résistance^ soit parce qu'ils se trouvent les premiers émergés. Les anciennes formations sont surtout représentées par leurs dépôts thalassiques ou pélagiens^ tandis que le contraire a lieu pour les formations récentes. Celles-ci se montrent à nous avec leurs dépôts littoraux^ pendant que leurs dépôts thalassiques et pélagiens sont encore sous les eaux.
inflaeoce de l'éioi^Bemciit «es cote». — L'éloignement ct le rapprochement des côtes influent sur le caractère d'une roche en déterminant le volume^ la nature et le mode d'arrangement
(1) « Il n'y a pas même, dit M. Hébert en parlant du bassin de Paris, le long de ces anciens rivages que nous nous sommes plu à retracer, des accumulations de galets aussi considérables que celles qui sont produites par nos marées et dont nous trouvons quelques faibles représentants dans le terrain tertiaire. » Nous ferons observer avec M. Ebray que les profondes dénudations. dont les exemples sont si nombreux, expliquent facilement ce qu'ont pu devenir les accumulations de galets de toutes les mers anciennes.
INFLUENCE DE l'ÉLOIGNBMENT DES CÔTES. 561
des parties dont elle se compose. Des corps d'un volume considérable ne sont que très rarement entraînés loin des c6tes : ils s'accumulent près du littoral. Au contraire^ des molécules chimiques ne s'y déposent que rarement ; tout tend à les porter vers la haute mer. Sous l'influence du mouvement des eaux, les futurs éléments d'un dépôt sont soumis à un lavage prolongé semblable à celui dont on se sert pour la préparation mécanique des minerais^ mais s'effectuant sur une immense échelle. Aussi ^ les parties constitutives d'un dépôt pélagien ou thalassîque ont-elles plus de ténuité et d'homogénéité que celles d'un dépôt côtier.
Le degré de profondeur du point où se forme une couche exerce aussi une influence sur son caractère. Les mêmes éléments^ en se déposant sur un fond où le mouvement des eaux se fait sentir^ donnent lieu à des dépôts d'un aspect bien différent de celui que ses derniers auraient , s'ils se formaient au sein d'une eau parfaitement tranquille et sous une faible pression. On a, dans le premier cas^ une roche d'un aspect terreux^ et^ dans le second , une masse compacte et même quelquefois cristalline. Or^ la mer est d'autant plus calme qu'elle est plus profonde ; elle est d'autant plus profonde qu'elle est plus éloignée des côtes.
La stratification d'un dépôt dépend de la distance plus ou moins grande qui le sépare du littoral.
Dans la formation des dépôts côtiers , les intervalles de repos et d'activité qui déterminent la stratification doivent se répéter fort souvent, notamment après cha(iue crue d'un fleuve. En même temps^ la nature des éléments amenés par ce fleuve varie d'une crue à l'autre , suivant les points de son bassin où s'est effectué l'accroissement de ses eaux. Aussi, les couches dont se compose un dépôt littoral sont minces, multipliées,
$62 raODBOME DE GÉOLOGIE.
très variablea dans leur coioposition et souvent stratifiées ^'uxi^ fR^nipre Irrégulière. Quant aux animaux dont ces cour çhfis ppi)tiennent les di^bris^ |ls sont tous côtiers^ et ces débris, pf^fj^ toujours roulés PU riéduits en fragpieptSj p^Tiipnt tes tw:^ d'une usure pro}pngée. pi nombre de ces décris est, d>iUeuF§, considérable, puisque jc'esl p^ès des côtes que les ^piqaaux parins rencqqtrent if pe aljfneptatipp et une o:f:ygépatjpp plus faciles. Dans quelques localités, ils constituent la po^jepre p^rtip de la rpcbje, et, mêlés à la vase, dopnent lieu ^
(^es falups.
Les couches thalassiques , plus éloigpées 4^ côtes, sont ^pjett^ k moins d^ yarjations ; et ces variations pe résultent généralement que d'accidents généraux et probablement pérlodfQueSj tels que les crues annuelles du Nil, et la saisop des plqiep dans \ps régions ^quatoriales. Ces couches sopt np^ter iqpnt çtrapfîées; leur puissance est peu considérable e^ ^ns|r blement la mêpi^ à d^s intervalles rapprochés.
pips pn se dirige vers la haute pier, moins les couches qui ^ Reposent daps ses eaux sont sujettes à varier dans leurs p^ractères. Les éléments qui concourent à leur constitution sont d'une ténpité extrême, et longtemps tepus en sqspepfiîop dans l'eau qui ne les dépose qu'avec lenteur et régularité. Il n'ps^ pas étonnant qu'il se produise alors des bancs puissants qui, quelquefois, semblent même dépourvus de stratiQpatipn. Ce mpde de sédimentatiop explique encore pourquoi les (Ippôts sQut plus régulièrement stratifiés lorsqu'ils sont formés plus loin ^es cotes} en pleine mer, quelles que so|ept leç inégalités du sol> ces inégalités sont bientôt effacées; les matériaux se dépo^nt alors sur un plan parfaitement horizontal.
tft^ffn ^^è« «*9i|f m€ii|e roniMiU0«. — Les couches accumulées
DIVERS FACIÈS d'UNB FORMATION. 563
dans un même bassin se réunissant en assises superposées les unes aux autres et successivement Cormées. Ces assises sa grouT peut à leur tour de manière à constituer Tinsterstratum^ TinfrasT
tratum et le superstratum d'une même formation. Par ce^ mots j'ai voulu désigner les rapports qui rattachent les assises entre elles , quand on les considère dans leur ordre de superposition, rapports qui sont^ pour ainsi dire, fonction des mouvements ascendants et descendants du fonds d'un bassin.
Si Ton recherche de quelles divisions une même assise, considérée • dans le sens horizontal, est susceptible, on voit d'abord qu'elle peut se partager en zones littorale, tbalassiquo et pélagienne. Chacune de ces trois zones constitue un fdoièi , ou, si l'on veut, un aspect particulier d'une même assise. Mais l'observation attentive d'une assise permet d'y reconnaître des faciès autres que ceux qui sont déterminés par la distance plus ou moins grande de la ligne des côtes. Les dépôts d'une ménae zone littorale, par exemple, différeront, soit par leur constitution pétrographique, soit par leur faune, suivant qu'ils se seront formés au pied d'une côte escarpée ou à l'embouchure d'un fleqve. Les courants amènent loin' du littoral des roatériaun détritiques qui forment des dépôts dont l'aspect contraste avec ce)ui des calcaires au milieu desquels ils sont intercalés.
Des sources pétrogéniques, arrivant de Tintérieur de l'éooree terrestre dans les mêmes conditions, produiront un calcaire grossier près des côtes, un calcaire compacte au sein des eaux tranquilles, un calcaire oolitique dans des eaux régulièrement agitées par des courants. L'étude des faciès est très importante, mais elle ne saurait être faite ici d'une manière convenable parce qu'elle se rattache intimement à celle de la vie consi-* dérée au point de vue géologique; elle trouvera sa place dans un des livres suivants. 11 existe, en effet, une relation directe
entre la constitution pétrographique d'un dépôt et la nature des fossiles qu'il renferme. Aussi le mot de station est-il parfois employé dans le même sens que celui de faciès. Pour citer quelques exemples de cette relation entre la nature d'un terrain et les fossiles qu'il renferme^ je vais rapi)eler sommairement ce qui s'observe dans la série des étages du terrain jurassique.
La partie supérieure du lias est essentiellement marneuse ; les polypiers y sont excessivement rares; on ne cite dans tout le Jura qu'une seule espèce^ le Cyathopkylltmi mactra^ dont les individus sont isolés et de très petite taille; au contraire, les ammonites et les bélemnites y pullulent. L'oolite inférieure, qui vient ensuite, est en majeure partie formée de roches calcaires ; les ammonites et les bélemnites y sont assez rares, surtout dans le Jura, mais les polypiers y abondent; ils composent à eux seuls, des assises entières, qui ont été jadis des bancs de coraux. Les marnes oxfordiennes, qui recouvrent l'oolite inférieure, ont, par leur aspect, beaucoup d'analogie avec celles de la partie supérieure du lias. Si la pétrographie, ainsi que le fait remarquer M. Marcou, réunit les marnes oxfordiennes et liasiques, les rapports paléontologiques sont aussi nombreux et établissent une relation non moins intime entre ces deux étages; la ressemblance entre les formes organiques des fossiles est tellement frappante qu'il faut souvent l'œil d'un paléontologiste exercé pour distinguer les fossiles de ces deux étages. Avec le terrain corallien, qui succède au terrain oxfordien, reparaissent les assises presque exclusivement calcaires ; les ammonites et les bélemnites deviennent de nouveau peu communes, du moins dans le Jura, et les polypiers acquièrent un développement excessif, indiqué d'ailleurs par les noms mêmes de terrain corallien et de coraUrag.
CHANGEMBNTS DE COLORATION. 565
€luuiceiDeiiis 4e coloration dani one même formatlOB. — - L6S IDOU-
Yements et les dislocations du sol qui déterminent l'apparition d'un bassin géogénique ont pour résultat, non seulement d'accumuler, au fond de ce bassin, une grande quantité de matériaux détritiques^ mais aussi de réveiller en quelque sorte l'action geysérienne. Il en résulte aloi*s qu'un grand nombre de substances d'origine interne viennent se mêler aux couches déposées les premières; ces substances sont d'autant plus variées que le changement dans la constitution topographique d'une contrée a été plus énergique et plus général. A mesure que le comblement d'un bassin s'opère, l'action geysérienne devient moins active ou moins variée dans ses effets ; les roches prennent des ^teintes moins vives et moins prononcées. Ces changements de coloration, qui s'observent de bas en haut dans une même formation, ont conduit les géologues allemands à partager le terrain jurassique en deux parties qu'ils ont appelées Jura bnin et Jura blanc. Cette série peut s'augmen* ter d'un troisième terme placé au-dessous du Jura brun ; c'est le trias, dont l'origine, en partie geysérienne, est si bien accusée par les nuances vives et variées de ses roches. Souvent , ainsi que M. Ebray l'a déjà fait remarquer, on observe, à la base des étages, des zones ferrugineuses que ce géologue pro-« pose de prendre pour lignes de démarcation entre eux.
Certains terrains présentent des différences de coloration reconnaissant d'autres causes que celles que je viens d'indiquer. Chacun d'eux se compose de deux parties : la partie inférieure est bleuâtre ou noirâtre, tandis que la partie supérieure est jaunâtre ou grisâtre. Je vais citer à Tappui de ce fait des exemples assez nombreux pour prouver qu'il n'est pas le résultat d'une cause accidentelle. — Les marnes bleues du terrain oxfordien supportent, en Franche-Comté, le terrain à
5dé fkÔDROSÎË DE OÉOlOOIÈ.
challled^ remarquable par ses iiErsftceâ )adn&ti^ et roogefttre. — Lé terrain miocène des borda de la Méditerranée se divisé en deux étages; le bleu est affecté plus spécialetnetit à Fétàge miocède inférieur^ et le jaune à Tétage supérieur. Dans le bassin de la Gironde^ les faluns jaunes se placent au-dessus dt$ faltlûs bleus. Le terrain subapennin des bords de la MéditertaAée débute par une masse puissante de tnarnes bleues^ atr-dessui descjfu^Iles viennent des sables quartzeux jaiTnâtres. -^ Péfidant la première période glaciaire, il s'eàt produit en EoOfese un dépôt d'argile bleue compacte, tandis qu'à la seconde période glaciaire appartient un dépôt roux, argileux, phis friable. La même chose, dit M. Morlot, s'obserre en Sui^, mais avec des exceptions qui ne sont pas sans intérêt. Ainsi, aux euTK^ons de Lausanne et de Vevey, où le premier glacier arrait une puissance de quelques milles pieds, Targilé erratique de cette première époque est bleue et éorùpacte, tandis que ceUe du second glacier est plus friable et d'une couleur rousse. Mais aux environs de Soleure, où le glacier de la seconde époque n'est pas arrité, Targile erratique, quoiqu'appartenant au premier glacier, présente exclusivement celte dernière cowleur, et nulle part on ne voit de Fargile bleue. Cette contrée se trouvait près de la limite extrême du premier glacier, où il n'avait guère que 200 à 300 pieds d'épaisseur. Ce dépôt, ajoute M. Morlot, se formait donc dans des circonstances semblables à celles sous lesquelles les dépôts roux du second glacier se sont produits; savoir, l'accès de l'air extérieur et une moindre pression. La composition minérale de l'argile bleue est la même que celle de l'argile rousse ; la masse résulte, dans les deux èas, de la trituration des mêmes roches.
La cause de ces différences de coloration dans des terrdns superposés est bien, comme le signale M. Morlot, fsfction oxy-
INFLUENCE DE L^ACTIOfl GETSÉRIENNE. 967
dante de l'oxygène de Falr atmosphériqae. La partie Infiéifletire de chaque terrain s'est formée à une plus grande profondeur que sa partie supérieure. Quant aux substances oxydées^ ce sortit le carbone ; et^ pour une faible proportion^ le sulfure de fer. La disparition du carbone enlète au terrain sa nuanc6 sombre; le fer hydraté ou peroxyde^ résultant de la disparition du soufre contenu dans k sulfure de fer^ qui ne passe pas toujouré à Fétat de sulfate^ se joint à'celui que le terrain contenait déjà et lui donne une nuance jaunâtre ou rougeàtre.
L'action qui détermine ces diflérences de nuances est Id même que celle dont il a été question, page 494. Mais les différences de coloration qui s'observent entre l'inférieur et ta surface d'un fragment de roche se sont montrées après le dépôt de cette roche^ tandis que les diverses nuances que présentciït les assises d'un même terrain sont contemporaines de la formation de ce terrain lui-même.
ÉBÉMMêe 4e fMUoiif seytéHôiiie vst Taipect dc« fornAittoiii. — Evidemment la prédominance des roches à éléments ôhimiques dans une même formation est le témoignage d'une grande activité Sans les phénomènes geysériens^ jointe à une suspension on à un ralentissement dans les phénomènes d'érosion et de transport. Cette prédominance des roches résultant d'une sédîYtfcmtation chimique est un des caractères des formations qui datent des périodes jurassique et crétacée. Je n'ai pas besoin de rappeler que les terrains de la période azoïque portent eitcore à un plus haut degré l'empreinte de cette activité dans les phénomènes geysériens^ puisque ces terrains se sont édifiés sans l'intervention des agents de transport.
Plus tard, nous verrons comment l'action geysérienne a varié dans ses produits à chaque époque ; et comment^ pendant
une même époque^ elle a varié d'une région à une autre. Les émissions de silice ont été abondantes {tendant Tère neptunienne, tandis que celles de carbonate de chaux ont été très considérables pendant les périodes jurassique et crétacée. Le terrain jurassique du midi de la France et de la région des Alpes se distingue^ quant à sa composition ^ de celui du Jura et du nord de la France^ par une plus grande abondance de roches dolomitiques. Ces roches qui , par ledr mode de désagrégation, impriment au paysage un aspect particulier^ indiquent que les émissions de carbonate de magnésie ont été , lors de la période jurassique^ plus abondantes dans le midi de la France que dans le nord de ce pays. Ce fait est sans doute en relation avec les masses éruptives de serpentine ^ si abondantes sur le versant méridional de la région des Alpes.
Les sources geysériennes ont surgi par les failles et les fissures qui existent à travers Técorce terrestre. Les phénomènes geysériens sont donc en relation ^ non seulement avec l'action sédimentaire , mais aussi avec les actions dynamiques qui ont fracturé la croûte du globe dans tous les sens.
M. de Chancourtois a notamment reconnu que les minières de la Haute-Marne s'alignent sur des directions qui concordent exactement avec celle des failles et des accidents géologiques. M. Elle de Beaumont a fixé des directions d'alignement pour les amas gypseux des marnes irisées. Je pourrais citer d'autres exemples^ montrant les relations qui rattachent l'action geysérienne à la structure du globe.
Par suite de ces relations^ les sources pétrogéniques ont tendu à surgir sur les mêmes points pendant la durée des temps géologiques. Cette remarque a été faite par M. de Chancourtois à propos des mines de fer de la Haute-Marne, et c'est ainsi qu'il a expliqué la présence de ces mines dans tous les
INFLUENCE DE l' ACTION GETSÉRIENNE. 56.9
horizons géogDostiques que présente cette contrée. M. Delesse a également signalé la superposition des amas de gypse appartenant, dans le bassin de Paris, aux divers horizons du terrain éocène. Pendant que s'opère le comblement d'un bassin géogénique^ les sources qui s'échelonnent le long des failles et que l'action geysérienne met à profit pour amener diverses sub- . stances à la surface du globe , ont partout les mêmes points de jaillissement. II en résulte que l'assise ou la couche qu'elles produisent se trouve au même niveau géognostique sur toute rétendue de ce bassin , où elle se montre soit en nappe continue^ soit en lambeaux isolés. Cette nappe ou ces lambeaux peuvent d'ailleurs varier de puissance. Le banc ferrugineux qui se place ^ avec le terrain kellovien^ au-dessus de l'oolite inférieure se montre au même niveau dans diverses contrées et notamment dans le bassin jurassien. Son importance n'est pas toujours la même. Tandis qu'autour de Besançon^ il n'a que quelques centimètres d'épaisseur^ il devient exploitable dans le département du Jura; plus au sud^ dans le départementde l'Ardèche^ son importance s'accroît ; à la Voulte^ il se subdivise en trois couches dont l'une a de 5 à 6 mètres de puissance.
Dans d'autres cas, les conduits par où s'échappent les eaux pétrogéniques unissent par s'obstruer en totalité ou en partie; ces eaux cherchent alors une autre issue sur un point plus ou moins éloigné. La nappe qu'elles produisent se dirige en diagonale par rapport à la stratiflcation ; placée sur un point au-dessous d'un terrain bien connu, ailleurs , elle se trouvera au-dessus de lui. Je vais citer un fait à l'appui de cette remarque.
Dans le département du Doubs, la couphe ferrugineuse qui alimente, en partie, les forges de la Franche-Comté, appartient à l'oolite inférieure ; elle est séparée du lias par une assise avec
Pecten personatus correspondant au calcaire à facoides du Lyonnais. Cet horizon ferrugineux persiste dans la Haute- SaAne , dans la Haute-Marne , dans le Jura ainsi que dans la partie orientale des départements de la Côte-d'Or et de Saône-et- Loire. Mais^ tandis qu'à Laissey, près de Besançon, le banc ferrugineux semble pénétrer dans le calcaire à entroques qui forme une assise distincte au-dessus du calcaire à Pecten per* sonatiiSy on le voit^ dans le Daupbiné, se placer dans la partie supérieure du lias, et descendre, par conséquent, au-dessous de Toolite inférieure. A Villebois (Ain), à la VerpiUfôre (Isère)^ au Mont-d'Or (Rhône), la couche de minerai de fer, bien caractérisée par ses fossiles, se trouye toujours placée entre les marnes supérieures du lias et les calcaires de Toolite inférieure; H reste seulement à décider auquel de ces deux groupes elie appartient. M. Lory la rattache à la partie supérieure du lias et la considère comme correspondant à un niTeau un peu plus bas que celui du minerai oolitiquede la Franche-Comté, opinion qui est adoptée par M. d'Archiac.
imiaeiice ét% ellmaM sur raspcet tf*wie férDHiU«B* — * Uq dimat
pluvieux augmente la proportion des éléments détritiques; un climat sec la diminue et peut presque la restreindre à la masse des éléments que les marées et les courants détachent des côtes et des îles. Par conséquent , les terrains essentiellement composés de roches détritiques correspondent à des périodes pluvieuses , pendant lesquelles les phénomènes d'érosion et de transport ont acquis une grande intensité. Tels sont les terrains houiller, permien et triasique. S'il nous était permis d'apercevoir, au sein des eaux marines , les dépôts qui datent de Tère jovienoip , nous leur reconnaîtrions un faciès délritiqtie très prononcé en relation avec les phénomènes
INFLUENCE DBS MOUVEMENTS DBS EAUX. S7i
altaYiene et diluTiens constituant un des caractères essentiels de cette période.
Enfin, je rappellerai qne^ pendant certaines époques, l'action geysérienne et les phénomènes de transport ont pu se munitester en même temps avec une égale énergie; au nombre de ces époques est celle qui a vu le dépôt du terrain triasique.
tBBaeBce dM oioaTeiBciilt de» eau #6 roeéaft Mir Mf pfcéapiêaM
ceoiod^sM. — Lorsque ses bords offrent une faible pente , la mer rejette sur ses rivages du sable et du gravier ; c'est ainsi qu'elle édifie son cordon littoral. Les faits que j'ai rappelés précédemment au sujet des flots de fond démontrent que ce sont eux qui interviennent principalement dans la formation du cordon littoral et des bancs placés [à l'embouchure des fleuves.
Si ses bords sont escarpés ou en pente rapide , la mer tend à détruire et à démanteler ses rivages. J'ai déjà parlé, page 394, de cette œuvre de destruction, exercée par Tocéan contre ses rives; j'ai dit que les mouv^ents du sol augmentaient son importance en faisant reculer ou avancer les bords de la mer et en renouvelant ainsi les masses sur lesquelles s'exerce cette action destructive.
Les courants charrient pêle-mêle tous les débris qui, quelle que soit leur origine, sont reçus dans le bassin des mers. Ces matériaux sont portés à des distances variables suivant kuf volume et la force des courants qui les entraînent. Sansl'iater* vention des courants, ces matériaux s'accumuleraient près des points par où ils pénètrent dans l'océan ; mais les mouvements des eaux ont pour effet de les disperser d'une manière assez régulière : ceci explique la constance de certaines assises qui recouvrent de vastes régions sans subir de solutions de conti-
nuité et sans éprouver, dans leur aspect ou leur composition^ d'importantes modifications.
Quelle que soit l'énergie que Ton suppose aux courants marins^ il est, dans l'océan, des régions très éloignées des côtes où ils ne peuvent charrier des sédiments. Ils fonctionnent, comme agents de transport, en roulant ces sédiments sur le sol sousmarin. Lorsqu'ils passent au-dessus de la zone profonde où leur action ne peut se ;faire sentir, les sédiments qu'ils entraînent vont au fond des eaux et se fixent définitivement sur le point où ils se sont arrêtés.
L'étude des terrains nous montrent de nombreux exemples de l'influence exercée par les courants sur le caractère de chaque dépôt; un de leurs effets les plus remarquables est la formation des couches oolitiques. Si les sources pétrogéniques jaillissent sur un point où l'eau est profonde et tranquille, les substances qu'elles apportent avec elles donnent naissance à une roche plus ou moins compacte. Mais si elles jaillissent sur des pointe situés à une faible profondeur et placés sous l'influence des courants, les circonstances sont favorables à la formation des
oolites; les menus débris accumulés au fond des mers sont soulevés, à chaque instant, et en se déplaçant sous l'influence de l'agitation des eaux, servent de centres d'attraction à la matière incrustante. Celle-ci se dépose autour de chaque débris en couches régulières et concentriques. Leur mode de formation donne aux roches oolitiques un faciès de charriage plus ou moins prononcé.