‹ Prodrome de géologie (volume 2)Chapitre 123 sur 149 · CHAPITRE Vn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vn

FORMATIONS LACUSTRES BT PLUYIO-MARINBS.

Mode de formation des lacs d*eau douce et d'eau salée pendant Tépoque actuelle et pendant les temps géologiques. — Dépression Aralo-Caspienne, mer Morte, lacs de la Baltique, etc. — Caractère des forma* tiens lacustres. — Formations fluvio-marines dans les deltas et les estuaires. — . Alternances de formations lacustres et de formations marines; théorie des affluents de Constant Prévost; influence des mouvements du sol sur ces alternances. — Synchronisme des formations marines et des formations lacustres.

MMtê Mléft et laes tf'ean doaee : leur mode de fomuilOB. *- Supposons que le sol sous-marin se soulève au point A de la figure 29, page 553 , de manière à détacher de l'océan un lambeau qui deviendra un bassin intérieur. Supposons en outre que le sol de ce bassin intérieur soit plus élevé que le niveau de l'océan, n pourra se présenter deux cas; celui où ce bassin ne conservera aucune communication avec l'océan^ et celui où cette communication sera maintenue. Dans le premier cas , l'eau de la mer intérieure restera salée; seulement^ le degré de salure pourra diminuer en raison de la masse d'eau douce apportée par les affluents terrestres. Dans le second cas^ ces affluents terrestres amèneront sans cesse de l'eau douce , tandis que l'eau salée s'échappera par le canal se dirigeant .vers l'océan ; la quantité de chlorure de sodium contenue dans le bassin intérieur ira en diminuant^ puis elle deviendra nulle ^ et^ alors ^ ce bassin sera transformé en un lac d'eau douce.

Mais les lacs salés et les lacs d'eau douce peuvent encore se former directement lorsque, par suite des mouvements du sol^ des dépressions se produisent dans l'intérieur des continents et se remplissent ensuite d'eau douce ou d'eau salée. L'eau salée peut être fournie par les sources chargées de chlorure de sodium jaillissant dans le voisinage d'une dépression nouvellement produite.

Si l'on en juge par ce qui se passe à l'époque actuelle^ c'est ce dernier procédé que la nature semble employer de préférence. L'étude attentive des transformations que le sol helvétique a subies démontre que les lacs de la Suisse se sont formés longtemps après que cette contrée avait été abandonnée par la dernière mer qui l'avait recouverte, c'est-à-dire par la mer miocénique. ^-Le lac Baïkal, en Sibérie, qui a 700 kilomètres de longueur sur 50 ou iOO de largeur, se trouve trop éloigné de la mer, et trop élevé pour qu'on puisse le considérer comme un lambeau séparé de l'océan et dessalé par les cours d'eau qui le traversent et vont ensuite se rendre par un seul canal dans TlénisséL

Presque tous les lacs salés de l'époque actuelle n'ont, pas plus que les lacs d'eau douce, une origine marine. Si l'on compare la composition de l'eau de la mer Morte avec celle de la Méditerranée , on ne reconnaît pas , entre l'une et l'autre , l'analogie qui devrait exister si la mer Morte et la Méditerranée avaient été réunies à une époque peu ancienne. Les eaux de la mer Morte se distinguent par l'abondance du brome et de la magnésie ; elles renferment des substances qui dénotent une action geysérienne très énergique; cette mer a reçu le nom de lac Asphaltite , à cause de l'asphalte qui nage quelquefois à sa surface ; elle présente également des sources sulfureuses et un dépôt de soufre dont Texistence a été constatée par le lieute-

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nantLyocb , de la marine des Etats-Unis^ lors de son expédition en 1847. N'est-il pas naturel d'admettre que le chlorure de sodium renfermé en si grande abondance dans les eaux de la mer Morte a la même origine que Tasphalte^ le soufre et les autres substances contenues dans ces eaux^ c'est-à-dire une origine geysérienne?

Les lacs de Van et d'Ourmiah sont situés en Arménie, au sud et au sud-est du mont Ararat. Tous les deux n'ont pas d'écoulement extérieur^ et ne peuvent perdre leur eau que par voie d'évaporation. L'altitude du lac de Van est, d'après Humboldt, de plus de 1600 mètres; quanta celle du lac d'Ourmiab, elle ne doit pas être moindre, si l'on tient compte de la proximité de ce lac de celui de Van , et de l'élévation générale de la contrée. M. Dubois de Monti)éreux a considéré ces deux lacs comme des fragments de la mer antique , de petites méditerranées , plus ou moins salées , qui ont été soulevées avec les montagnes de l'Arménie. Mais M. Angelot fait remarquer avec raison combien serait merveilleux l'exhaussement de masses d'eaux portées à une hauteur de iOOO mètres, comme dans un vase, sans se renverser. La salure de ces deux lacs s'explique naturellement par les deux circonstances suivantes : 1* ils sont sans issue, particularité qui s'opposerait dans tous les cas à ce que l'eau fût complètement douce , puisque l'eau des rivières contient toujours des substances en dissolution, tandis que celle qui est enlevée par voie d'évaporation est complètement pure; 9* d'immenses amas de sel gemme sont connus dans le voisinage du lac d'Ourmiah ; sans doute , ils existent également dans le voisinage du lac de Van.

Dépression Aralo-Caspienne. — La mer Caspienne ellempme, malgré son étendue, pourrait bien devoir la salure de ses eaux à des circonstances analogues à celles qui viennent d'être

mentionnées. M. de Yerneuil pense que la salure du lac Elton, dans le gouvernement de Saratow^ et d'autres lacs salés de la province d'Orenbourg, peut provenir des couches salifères du système permien, au-dessus desquelles ils se trouvent placés. L'opinion de M. de Verneuil me semble applicable à toute la dépression Aralo-Gaspienne. Les lacs salés compris dans cette contrée ne renfermeraient-ils pas du chlorure de sodium, parce qu'ils reposent sur un sol pénétré de sel et non parce qu'ils constituent d'anciens lais de la mer ?

Dès la fm du dernier siècle^ Pallas avait démontré que la mer Caspienne était jadis plus étendue. Les steppes qui entourent cette mer sont couvertes de coquilles récentes : on y observe des bancs de galets et des falaises indiquant d'anciens rivages. Au nord du lac Aral, s'élèvent, à une hauteur de 60 mètres, des collines formées de couches marneuses avec coquilles marines, ossements de poissons et dents de squales dans la partie supérieure. Les anciens, en plaçant l'embouchure de rOxus dans la mer Caspienne , ont laissé un témoignage de la réunion de cette mer et du lac Aral. Mais les eaux de la mer Caspienne, en se retirant, ont dû entraîner avec elles une partie du sel qu'elles renfermaient : l'autre partie a été plus tard amenée dans le bassin de cette mer par les eaux pluviales.

Le chlorure de sodium qui imprègne le sol de la région Aralo- Caspienne provient sans doute des couches de sel gemme qui existent à une faible profondeur, et que l'on connaît notamment auprès du lac d'Ourmiah et dans le terrain permien du sud de la Russie. Il peut être, en même temps, le résultat direct d'une action geysérienne récente d'autant plus admissible que le Caucase est le centre d'une des régions où les phénomènes volcaniques offrent le plus d'intensité et de variété dans leurs manifestations.

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Je n'ignore pas que le niveau de la mer Caspienne est audessous de celui de la mer Noire : la diflërence de niveau entre ces deux mers serait de 24""^ 79^ d'après Humboldt^ de 30", 79, d'après M. de Slruve, et de 18°*, 3 seulement, d'après Hommaire de Hell. Ce dernier savant a reconnu, en même temps, qu'en suivant la vallée de la Kouma qui se jette dans la mer Caspienne et celle de Manitch qui se rend dans la mer d'Azow, on parcourt une ligne dont le point culminant est à W^, 36 seulement au-dessus du niveau de cette dernière mer. L'bypothèse d'une ancienne communication entre la mer d'Âzovir et la mer Caspienne est donc très naturelle ; mais on ne saurait l'admettre, sans supposer en même temps que la mer Noire, lorsqu'elle était en communication avec la mer Caspienne, ne se rattachait pas à la Méditerranée ; la formation du Bosphore serait un événement de date toute récente. Sans cela, comment expliquer que le degré de salure de la mer Caspienne soit inférieur à celui de la Méditerranée, lorsque, par suite de la diminution du volume de ses eaux, il devrait, au contraire, être plus considérable?

L'existence des amas d'eau salée dont il vient d'être question a donné naissance à diverses hypothèses sur l'espace recouvert par les eaux marines à une époque très moderne. Non seulement on a admis l'existence d'une ancienne communication entre la mer d'Azow et la mer Caspienne, mais encore on a supposé que cette dernière mer communiquait avec la mer Rouge et même avec l'Océan glacial. D'après Humboldt^ à une époque très rapprochée des dernières révolutions du globe, la mer Caspienne parait avoir été une vaste mer intérieure communiquant, par des sillons plus ou moins larges, avec les lacs Talekoul, Talas et Dalkhache et avec la mer Glaciale. D'après M. Angelot, la mer Morte, le bassin

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Aralo «- Caspien 9 la mer Rouge, les lacs Amers, la Méditerianée et la mer Noire ne formaient qu'une seule et même mer, qui diTîsait probablement en trois continents distincts l'Europe, TAsie et l'Afrique. Les documents nous manquant pour apprécier la valeur de ces hypothèses : je n'insisterai pas davantage à ce sujet; je me bornerai à transcrire les observatioas suivantes, que M. d'Arcbiac adresse à M. Angelot et qui ?ésument, en peu de mots, ce que nous savons de plus certain sur le mode dont les bassins maritimes étaient répartis eo Asie à une époque peu ancienne. « L'orographie et l'hydrographie , de même que les caractères géologiques de l'Asie occidentale, ne permettent pas d'admettre, même à l'époque tertiaire, une relation directe du bassin Aralo-Gaspien avec celui de la mer Morte et des lacs Amers; ce dernier se rattachait au grand bassin du Tigre et de l'Ëuphrate, mais était séparé du premier par un axe montagneux qui s'étend du Taunis, par l'Elburz de Perse, jusqu'aux montagnes du Caboul. Si ces bassins, placés au-dessous du niveau de l'océan actuel, sont des témoins de l'extension des mers anciennes, et si leur niveau inférieur résulte du manque d'équilibre entre les eaux afQuentes et l'cvaporation, on doit trouver sur leur pourtour desidépôts sédimentaires marins, d'autant plus élevés que leur isolement est plus ancien ou que la dififérence entre les eaux afiûuentes et la perte par évaporation est plus grande. Ces dépôts doivent avoir leurs analogues quelque part sur les odtes de la Méditerranée ou du golfe Arabique, et, en les sui* vant de part et d'autre avec attention, on doit retrouver les canaux ou détroits par lesquels ces bassins, isolés aigourd'hui, étaient en communication avec la mer. Or, ce genre d'observation, qui nous semble d'une importance majeure dans cette question, ne nous parait pas avoir jusqu'à présent attiré

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