LACS SALÉS BT LACS D^EAU DOUCE
l'attention des voyageurs. » Histoire des Progrès de la Geo^ logie, tome I, page 300.
J'ai été amené à parler incidemment de Tancienne exlen* sion des amas d'eau salée qui existent dans la région comprise entre.I'Egypte et le centre de l'Asie. Mais mon but^ dans les lignes qui précèdent^ a été surtout de démontrer que les amas d'eau douce et d'eau salée ne sont pas nécessaireraent d'anciens lais de la mer. Ce fait est certain^ non seulement pour les lacs d'eau douce, mais aussi pour les lacs salés de Van et d'Ourmiah ; il est probable pour la mer Morte et pour la mer Caspienne.
Dès qu'une dépression se produit à la sur&ce des continents^ elle reçoit le tribut des eaux amenées par les rÎTières. 8i ces eaux ne trouvent pas une issue pour se rendre ensuite rers l'océan, et si une source chargée de sel^ quelque minime qu'elle soit^ jaillit dans le voisinage de cette dépression^ le lao d^eau douce prendra une salure dont le degré ne cessera d'augmenter. C'est probablement par suite de l'existence d'une issue, par où se déverse l'excédant de ses eaux^ que le lac Baîkal n'est pas salé comme la mer Caspienne.
Lacs de la Suède et du nord de la Russie. ^ L^exemple de lacs d'eau douce ou d'eau salée en relation , par leur origine^ avec d'anciennes mers nous est fourni par le nord de ia Russie et par la contrée qui entoure la mer Baltique. Je tiens surtout à citer cet exemple parce qu'il nous donne une idée de ce qui s'est passée lors des temps géologiques^ pendant le pas-* sage d'une période marine à une période lacustre. La ûgure 30, page 569, représente l'abaissement progressif du niveau de l'océan , et l'apparition des lacs d'eau douce lorsque ce niveau est descendu assez bas pour amener l'émersion d'un continent.
Peu après le commencement de l'ère jovienne, la mer a
envahi le nord de la Russie et de TÂllemagne^ ainsi que la majeure partie de la Suède. Après le dépôt du drift (voir page 430); le sol de ces contrées a obéi à un mouvement d'ascension qui, actuellement^ n'a pas encore atteint son dernier terme, a Ce phénomène a d'abord eu pour résultat de séparer la mer Baltique de la mer Glaciale; à mesure que le pays s'est soulevé^ le fond de la mer a été mis à sec^ les parties les plus profondes sont restées sous la forme de lacs^ tels que les lacs Onega, Ladoga^ Saima^ etc. Salés dans le principe, ces lacs ont été graduellement dessalés par les courants d'eau. La Baltique elle-même est le plus grand de ces lacs, aujourd'hui en communication avec la mer du Nord, par suite de la formation du Sund et des Belts; c'est le seul qui ne soit pas encore complètement dessalé. Qu'advint -il de la faune marine de ces lacs? Dans les bassins de faible étendue, qui se dessalèrent rapidement, elle périt tout entière. Dans les réser* voirs plus vastes, plus profonds et dépourvus de grands tributaires, les changements eurent lieu plus lentement. Quelques organisations, tout particulièrement favorisées par la nature, se montrèrent capables de supporter une très forte proportion d'eau douce, et c'est ainsi que nous voyons aujourd'hui une population marine pauvre coexister, dans la Baltique à moitié dessalée, avec une faune d'eau douce pauvre également. Le Wetern est un lac très profond, qui reçoit des sources et des rivières peu abondantes, et dont le dessalement n'a pu s'efTectuer qu'avec une extrême lenteur. Aussi ce lac compte-t-il encore dans sa faune, presque en totalité lacustre, quelques espèces marines de crustacés, telles que le Gai7imarus loricatus, qui est une crevette de très grande taille. » Claparède, Bibliothèque universelle de Genève, tome XIII, page 314.
LES LACS PENDANT LES TEMPS GÉOLOGIQUES. 58i
Mjtê lacs pendant ic§ tempe féoiofifiiM. — La première lie qui ait surgi au-dessus de Tocéan sans rivage de Tère neptunienne a dû recevoir^ peu après son apparition, la première flaque d'eau douce qui se soit montrée à la surface de notre planète. Depuis lors, la constitution topographique du globe n'a cessé de se montrer de plus en plus favorable à la grande extension des bassins lacustres. (Voir page 290.)
Le témoignage de l'ancienne extension des bassins lacustres nous est fourni par les débris de corps organisés que nous montrent les couches que ces bassins ont reçues. En s'appuyani sur ce témoignage , on est conduit à supposer, du moins dans l'état actuel de nos connaissances, que les plus anciens bassins lacustres datent de la fin de la période triajurassique. Les strates du terrain jurassique qui renferment des coquilles d^eau douce appartiennent à des forn^ations plutôt fluviatiles que lacustres : elles se trouvent sur l'emplacement d'anciens estuaires. Cette remarque s'applique aussi aux couches du terrain dévonien d'Irlande où l'on a rencontré des coquilles d'anodontes. Quant aux dépressions qui ont reçu le terrain houiller, elles constituaient des marais et non de véritables lacs.
Les formations lacustres proprement dites, c'est-à-dire celles qui ont été reçues dans des bassins d'eau douce semblables à ceux qui existent actuellement, se montrent pour la première fois à la fin de la période jurassique. L'existence de ces formations lacustres a été constatée dans plusieurs contrées, et notamment dans le Jura, le Hanovre et le département de la Charente. Elles correspondent à la partie continentale de la période tria-jurassique. Le lac du Jura, d'après M. Lory, occupait tout l'espace compris entre Gray, Bienne et Belley.
Les lacs qui ont recouvert les continents dont l'apparition a
iêi FRODROVS DE GtotOGIB.
marqué la fia de la période crétacée marine étaient peu nomiMreux ; aussi la partie émergée de TEurope a-t-elle subi alors de nombreuses érosions dont beaucoup de contrées portent les traces. Le lac le plus remarquable de la fin de la période cré« taeée était celui de Rilly qui, d'après M. Hébert, s'étendait de Gompiègne à Sézanne (Marne).
L'époque éocène , qui correspond, dans ma classificatioo , a la partie continentale de la période nummuliUque, est celle pendant laquelle les bassins lacustres se sont montrés les pka étendus et les plus nombreux. Toutes les dépressions qui for-» ment actuellement les bassins des fleuves étaient en majeure partie recouvertes par des eaux douces. Dans les lacs de l'époque éocène se sont déposées notamment les couches au sein desquelles les amas de gypse d'Âix et de Montmartre se trouvent enclavés.
Les lacs, qui avaient pris toutrà-ooup un si grand développement dans la seconde partie de la période nummnlitique , n'ont pas tous disparu lorsque , vers le commencement de la période néozoîque, les mouvemnts du sol ont ramené les eaux marines .Les bassins lacustres et les bassins marins ont pendant toute la période néozoîque, en perdant, les et les autres, de leur importance à mesure que le terme de Fère teliurique approchait. Vers la fin de l'époque pliocène, des lacs se montraient encore aux environs de Schafiouse (for* mation lacustre d'OËningen , où a été découvert , VAndrias Scheuczeri), dans le val de l'Amo (Toscane), en Provence, entre Ststeron et Manosque. Le plus étendu de tous était celui qui occupait la dépression bressanne, depuis Tourooa jusqu'à Gray ; il était timiié à l'est par le Jura, à l'ouest par la chaioe qui m prolonge depuis le Morvan jusque dans les montagnes de l'Ardècbe.
CARACTÈRES DB8 PORMATIOIfS LACUSTRES. M3
Les lacs semblent avoir été peu nombreux et peu étendus^ pendant Tère jovienne , du moins en Europe. Les lacs de TA^ mériqne septentrionale existaient déjà , mais ceux de l'Italie septentrionale et de la Suisse ne paraissent s'être formés quV près la dernière disparition des glaciers. Les dépressions correspondant aux bassins hydrographiques étaient presque entiè^ rement dépourvues d'amas d'eau douce, et, par suite, plus facilement exposées à l'action dénudatrice des courants dilu-viens qui sillonnaient une partie de la surface du globe.
cAMcièrM éf ftnmicioM lacotirM. — Les formations lacustres sont un diminutif des formations marines; elles en repn>< duisent , en petit, presque tous les caractères. Elles peuvent avoir aussi un infrastratum, un interstratum et un superstratum ; leur faible étendue ne leur permet pas de posséder des dépôts analogues aux dépôts thalassiques, mais elles ont des dépôts littoraux très nettement caractérisés. Les cours d'eau qui se rendent dans les lacs donnent- naissance à des deltas établis sur une petite échelle. Le Rhône arrive trouble dans le lac de Genève et en sort d'une limpidité parfaite ; à soo embouchure, il édifie un petit delta qui, dit sir Lyell, forme une plaine marécageuse de deux lieues environ de longueur J Port Valais {Partus Valesiœ des Romains) était jadis situé sur
le bord du lac; il se trouve aujourd'hui à une demi-lieue dans l'intérieur des terres : cet intervalle a été comblé en huit siècles environ.
Les lacs n'ont de courants que lorsque des fleuves les tara** versent; ces courants ne peuvent posséder qu'une intensité très faible. Les lacs n'ont pas de marées. Quelquefois, dans le lac de Genève, les eaux se soulèvent tout à coup à une faible hauteur; ce phénomène, qui n'a rien de régulier, et que Ton
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appelle sèche^ est attribué à des Tariations dans la pression atmosphérique. Diaprés le capitaine Bayfield, sur le Lac Supérieur^ le plus grand de toute la terre^ les coups de Tent les plus forts ne soulèvent pas les eaux à plus de quatre pieds. Ces observations permettent de reconnaître que les eaux sont bien moins agitées à la surface des lacs qu'à la surface de la mer ; le mouvement produit à la surface d'un lac doit donc se transmettre à une moindre profondeur^ et la zone tranquille , où règne un calme complet et où les dépôts prennent un aspect plus compacte^ est également moins profonde. Aussi les calcaires lacustres offrent-ils souvent une texture compacte; la faible pression sous laquelle ils se sont formés rend compte de leur texture souvent cellulaire comme celle des travertins^ et cette texture explique pourquoi ces calcaires sont quelquefois sonores sous le coup de marteau.
Dans un lac de peu d'étendue et jouissant^ par conséquent^ à une faible profondeur^ d'un calme complet, les sédiments^ amenés par un cours d'eau après chacune de ses crues ^ se déposent lentement et régulièrement à son embouchure. Les eaux du lac , plus ou moins troubles pendant quelques jours , deviennent ensuite limpides. Les sédiments s'accumulent sur place au lieu d'être entraînés au large , comme le seraient ceux d'un cours d'eau arrivant dans la mer. Ils forment une couche régulière^ très mince^ scliistoïde. Le même phénomène^ se répétant une ou plusieurs fois par année^ suivant les climats^ détermine la constitution d'un dépôt nettement stratifié, dont chaque feuillet porte souvent l'empreinte de végétaux et d'animaux d'une conservation merveilleuse. On conçoit que les feuilles d'arbre, les insectes, les êtres organisés les plus fragiles aillent se déposer délicatement au fond d'un lac dont les eaux sont si peu agitées. C'est ainsi qu'on s'explique la conservation