ALTERNANCES DES FORMATIONS MARINES
Les idées que je viens de rappeler constituent ce que l'on désigne sous le nom de théorie des affluents. Je ne les ai mentionnées que dans un intérêt purement historique; formulées d'une manière aussi générale que le faisait le promoteur^ en France^ de la doctrine des causes actuelles^ elles n'ont pu prendre cours dans la science. Il est bien reconnu maintenant que la même contrée peut être successivement recouverte par les eaux douces et par les eaux salées^ et même complètement transformée en continents à divers intervalles ; il est également admis que ces changements sont le résultat du soulèvement ou de l'abaissement du sol.
En ce qui concerne le bassin de Paris , que Cuvier^ Brongniart et G. Prévost avaient spécialement en vue dans leurs travaux^ il est actuellement bien démontré que les assises alternativement lacustres et marines, qui se superposent audessus de la craie , se sont formées successivement et que la même époque n'a pas vu se produire, par exemple^ le calcaire grossier et le gypse de Montmartre.
et qu'elles sont loin d'avoir le caractère de généralité qu'il leur supposait : Aucune observation n'a fait voir, au-dessous de dépôts étendus et puissants dont on puisse attribuer la formation à la mer, une surface évidemment continentale, c'estp-à-dire qui porterait les traces de l'habitation des animaux et de plantes terrestres et celles des influences atmosphériques.— La position verticale de certaines tiges dans quelques bancs des terrains de charbon et de lignite ne saurait indiquer que les végétaux terrestres croissaient dans le lieu même où l'on trouve ces tiges, et par conséquent qu'ils aient été enfouis on place. — Des arbres peuvent bien avoir été enfouis en place sur le sol qui les nourrissait; mais cela a eu lieu accidentellement et localement par suite du déversement de bassins supérieurs ou par l'augmentation momentanée du volume des eaux courantes. — Les rochers élevés et le calcaire d'eau douce, percés par des mollusques lithophages marins , n'attestent que le séjour de la mer à des points plus élevés que son niveau actuel, puisque le calcaire d'eau douce, fùt-il en place, pourrait ôlre de ceux formé? au-dessous des eaux marines par des eaux continentales affluentes.
;>VK) PKODIIOME i>K GLOKOGIE.
Ayuchronisnie fie» forniailons mariocs et des forinaUon» lacuftlres. —
Pendant la période lria-jurassii(ae continentale, la mer avait complètement déserté le continent européen. Dans l'état actuel de nos connaissances; je ne crois pas qu'il soit possible de citer une formation marine se plaçant sur le même niveau géognostique que les formations lacustres supra -ooli tiques. La sédimentation, lors de la [)ério(le tria-jurassique continentale , a été exclusivement lacustre en Kuro[)e. On peut en dire autant de la période crétacée contiiicnlale.
La période nummulitiiiue nous fournit le premier exemple de formations marines et lacustres contemporaines. Pendant cette période ; la mer recouvrait une vaste zone depuis le centre de l'Asie jusqu'aux Pyrénées; elle se montrait aussi dans les l)assins de la Garonne et de la Seine et pénétrait sur une partie de l'emplacement maintenant occupé par les Alpes. Le continent placé entre ces diverses régions recouvertes par les eaux marines offrait^ en Provence, un lac qui a persisté pendant toute la période imnunulitique. Tandis que le terrain nummulitique s'édillait , ce lac recevait une longue suite d'assises, divisée par les idéologues du midi de la France en I)lusieurs groupes, sous les noms d(î coiichcs à LychnuSjf/ronpf du lifjnite et mollasse lacustre, La période rmmmulilique marine s'est terminée, connue celles (|ui l'avaient précédée, par une période continentale qui correspond au gypse d'Aix et au gypse de Montmartre et i)endant la(|uelle raction sédimentaire paraît avoir été aussi exclusivement lacustre.
Le commencement de la période néozoïque a vu les eaux douces et salées envahir la majeure partie du continent européen. Jamais, depuis la [)ériod(î triasi(|ue, les eaux n'avaient recouvert, en France, une aussi grande étendue. Je viens de citer des exemples de formations lacustres et marines iout-à-
STIfCHRONISBfE DES FORMATIONS MARINES^ ETC. 591
(ait synchroniques; ces exemples nous sont fournis^ en bien [dus grand nombre, par le terrain miocène, c'est-à-dil^ par celui qui correspond à la première partie de la période néo-^ zoîque marine. Mais les formations marines et lacustres du terrain miocène offrent une particularité encore oon expliquée; c'est la manière dont s'effectue le passage des uqes aux autres. La même assise passe du faciès marin au faciès lacustre sans que Ton puisse trouver le point où dpit être placée Içiir ligne de démarcation.
Lors de la période miocène, la mer pénétrait daos la vallé» du Rbôoe ; près de Lyon , elle obliquait à Test, et, sans subir de solution de continuité, allait ensuite recouvrir une partie de la plaine belvétique. En Suisse et dans la vallée du Rbône j les dépôts de la période miocène sont exclusivement marins ; mais, dans la dépression bressanne, ils sont lacustres^ et le passage de ces dépôts lacustres de la Bresse aux dépôts marias des environs de Lyon s'effectue sans qu'il soit^ permis dt tracer, entre les uns et les autres , une ligne de démarcation. On peut faire une observation semblable pour ks assises lacustres miocéniques de l'Auvergne qui passent aux forma** tions marines, également miocéniques, de la vallée de la Loire, et pour les formations lacustres de la partie supérieure de la vallée de la Garonne qui passent également aux formar tions marines de l'Aquitaine. « Dans l'est, dit M. Raulis, à Albi, Toulouse , Auch et jusqu'à Agen, il n'y a que des dépôts lacustres; 1^ sud^Hiest ou bassin de l'Adour ne présente que des formations marines, et dans une bande iatormédiairs , de remboucbure de la Gironde à Tarbes, on ne voit que des alternances lacustres et marines. Indépmdamment de cesCsits généraux, j'ai vu dans mes excursions jusqu'à trois grands étages marins se transformer graduellement eo systèmes
lacustres^ sans que leur composition ininéralogi(|ue changeât considérablennent^ et sans que les calcaires lacustres qui les séparent perdissent rien de leur physionomie primitiye. »
Il n'y a^ pour expliquer ces passages de formations marines à des formations lacustres^ trois hypothèses.^
L'une, adoptée par M. Raulin^ consiste à voir dans le bassin de la Garonne ; que je prendrai pour exemple^ un estuaire ou grand golfe recevant des afQuents. L'autre , proposée par M. Leymerie^ nous montre un cordon littoral séparant les eaux douces des eaux salées.
M. Raulin n'hésite pas à considérer l'Aquitaine comme un ancien estuaire^ offrant, ditril, un des plus beaux exemples à l'appui de la théorie des affluents. A l'opinion formulée par M. Raulin je ferai les objections suivantes. Les estuaires ont certains caractères pétrographiques et organiques que Ton ne retrouve pas dans les alternances marines et lacustrcsdu bassin de l'Aquitaine; telles sont les accumulations de bois flottant; les alternances répétées non seulement d'assises, mais aussi de couches fluviatiles et marines; le mélange sur le même point de coquilles marines et de coquilles d'eau douce, etc. D'ailleurs, un estuaire recevant des formations lacustres suppose un apport considérable d'eau douce par les affluents ; or, pendant la période miocène, les continents étaient peu étendus, et l'on ne sait où pouvaient exister les fleuves immenses qui auraient dû pénétrer dans le golfe de l'Aquitaine pour en chasser constamment les eaux salées en les remplaçant par des eaux douces. Il nous paraît plus simple d'admettre l'existence d'un cordon littoral séparant la zone d'eau douce de la zone d'eau salée. Ce cordon litt(Nral se serait déplacé plusieurs fois , se rapprochant tantôt de l'océan , tantôt de la terre-ferme. Il aurait à peine dépassé le niveau de la mer, exactement comme la plage qui