RELIEF EXTÉRIEUR DU GLOBE
les angles sortants et les saillies du soi , comblent ses dépressions et achèvent d'imprimer à chaque contrée sa physionomie spéciale.
Quant aux forces intérieures^ ce sont elles qui opèrent avec le plus d'énergie^ et qui ont^ en quelque sorte^ toute l'initiative dans le phénomène dont je signale k» principales causes. Si les paroles de Bacon ^ vere scire est per causas sctre, sont Traies^ c'est surtout à l'étude de ces forces intérieures et de leurs résultats que doit se livrer celui qui recherche la connaissance rationnelle de la constitution topographique d'un pays.
Dans le livre précédent^ nous avons vu que la terre avait la forme d'un ellipsoïde dont la régularité n'était pas complète et que la surface des eaux^ réelle ou prolongée par la pensée^ présentait des dépressions qui s'opposaient à ce que l'équateur ni aucun parallèle ne fussent des cercles parfaits. Cette irrégularité, aifons-nous dit^ est en rapport avec les anciens mouvements de l'écorce terrestre : là , où l'écorce terrestre s'est bosselée en se rapprochant de la surface du globe et s'est pénétrée de matières d'origine interne offrant une grande densité, la surface des eaux, plus fortement attirée, s'est déprimée en formant un ménisque.
Ces mouvements ont eu pour résultat non-seulement de détruire la régularité qui aurait existé dans la forme de notre planète, si la surface de l'océan et celle de l'écorce terrestre auraient conservé leur parallélisme primitif, mais aussi de déterminer les accidents topographiques qui, multiples et variés, se montrent à la surface du globe.
Tous les mouvements que nous avons mentionnés n'exercent pas la même influence sur le modelé général du globe. Les mouvements locaux n'ont aucune importance, pas plus que le
270 PRODROME DE OflOLOGlK.
mouvement d affaissement [ijénéral (lui sollicite uniformément toutes les parties de l'écorce lerreslre. Quant au mouvement seïsmi(|iie, tel (|ue nous le voyons fonctionner de nos jours, le rôle (ju'il joue dans la délermiiialion du relief de la terre est minime, et on ne pourrait considérer ce rôle comme ayant été considérable dans les temps •:é(^loui(jues (|u en supposant aux treml)l(M!ients de terre une énergie plus grande que celle qu'ils ont de nos jours, ou, ce <|ui revient au même, une moimlre résistance à leurs efforts de la part de l'écorce terrestre, jadis moins puissante (prdle ne Test maintenant.
Pour bien appréci(^r la part (lui reviciît à chacun des autres mouvements, il snltlt de tracer la silhouette du idiotie, non dans ses proportions exactes, mais ainsi (pion le fait pour dresser une cou[»e iiéolo^i(pie, c'est-à-dire en ramenant les louj^ueurs à une échelle moins forte (jue celle des hauteurs.
Si, pour représiMitcr le sphéroïde terrestre;, nous décrivons un cercle manjuant le niv( .ni même de locéan et passant pr le continent asiaticpie, si nous dessinons ensuite , au-dessus et au-dessous de ce niveau, le prolil de la terre, avec une échelle cpii exa;ière, dune manière considérable, mais uniforme, les hauteurs du sol émerj^é et les profondeurs du sol sons-marin, nous verrons la partie solide du sî)héroï(le terrestre offrir un rentlement très-]>rononcé. Ce rcnncment est le résultat du mouvement d'intumescence a<;issaul avec son plus grand degré d'énergie.
l'ne circonlérence plus i^rande (jue celle que nous venons de tracer nous monlnMait la ligne (jui limite le sphéroïde terrestre, laissant la courbure uniforme (ju'elle avait d'abord, pour accuser des renllemenls correspondants aux principales gibhosités du sol, (elles (jue les massifs de l'ilymalaya, des Al|>es ou du centre de la France. r,es renllements de second ordre
RELISF BZTÉRIEUn DU GLOBE. ¥li
soot le produit du mouvemeat d'intumescence, lorsqu'il se manifeste d«ins les proportions qui déterminent les centres de soulèvement.
Des circonférences d'un rayon de plus en plus étendn pré^ senteraient, sur le proGl de l'écorce terrestre^ des inégalités du loi d'abord insensibles. Celles qui résultent du mouvement ondulatoire correspondraient aux larges vallées du sol sou»* marin ou du sol émergé. Puis apparaîtraient les inégalilés produites |>ar le passage des lignes de soulèvement ou sous l'impulsion des forces volcaniques.
C'est ainsi que^ l'échelle sur laquelle une carte est tracée devenant plus grande^ on voit les lignes qui dessinent les côtes et les fleuves montrer des détails d'abord inafierçus.
Les systèmes de soulèvement, affectant des lignes et non des surfaces , fie peuvent à eux seuls déterminer l'édification des continents; s'ils avaient une influence exclusive, non-seulement snr l'aspect des terres émergées , mais aussi sur leur émersion , ils donneraient lieu à un grand nombre d'îles et d'arcbipels, parsemés au milieu d'un océan recouvrant le globe tout entier. U n'y aurait pas de continents proprement dits et les mon-tagncs atteindniient des hauteurs assez uniformes. Si les cimes de l'Hymalaya sont plus élevées que les crêtes qui siltonnent le sol sous-marin et qui appartiennent, par leur âge ou par leur direction, an même système que lui, ce n'est pas que l'action qui a déterminé l'apparition de ce système ait atteint sur ce poiat sa plus grande énergie. Mais le colosse qui a été en partie soD OBttvre a trouvé un continent très-élevé pour lui servir de piédestal. De même, le Mont-Blanc ne doit sa hauteur condîdérabie qu'à son privilège d'être placé au milieu du centre de soQlèvement constitué par le massif alpin.
Si, au contraire, le mouvement d'intumescence fonctionnait
seul^ le globe offrirait une surface mollement ondulée et uni* forme. Au-dessus de l'océan^ on yerniit s'élever des continents peu accidentés^ limités par des lignes plus ou moins flexueuses.
inéffalltéft «e la rartece tf« «lofce : IUiuIob %mr la fonne ««
■Mrs et raipect «m noDiatiiM. — Les inégalités produites à la surface de la terre^ même en faisant abstraction de l'océan, qui dissimule les unes et diminue Télévation absolue des autres, sont insignifiantes par rapport au sphéroïde terrestre tout entier. C'est à peine si , sur une sphère d'un mètre de rayon , la main pourrait percevoir les aspérités qui représenteraient les inégalités de la surface du globe. Relativement à l'homme^ ces inégalités sont considérables, et les difficultés que l'on rencontre pour atteindre les hauts sommets nous disent assez que les montagnes ont, en définitive, une grande élévation audessus du niveau de la mer, et , à plus forte raison , au-dessus des points les plus profonds de l'océan.
Mais, des choses sur lesquelles nous nous faisons réellement illusion, ce sont l'aspect des montagnes et la forme, en appa*rence concave, en réalité convexe, du bassin des mers ou des grands lacs. Cette illusion est accrue par les coupes géologiques où les hauteurs sont à une échelle bien plus considérable que les longueurs. Je vais, à ce sujet, entrer dans des considérations que j'emprunterai presque en entier à M. Elie de fieaumont. Les deux citations que le lecteur trouvera dans les pages suivantes sont extraites de la Notice sur les systèmes de montagnes.
a Si , dans l'étude des irrégularités que présente la configuration extérieure du globe, on fait d'abord abstraction des aspérités dont la base a peu de largeur, c'est-à-dire des mon*
INÉGALITÉS' fiC K.A SUITFACS D0 GLOBE. i?3
tagDê9 et des érosioas peu profondes , telles que la plupart des tallées, OD trouTo que la surface solide de la terre est presque
nniTersellement convexe La forme généraftenient convexe
de la surface solide du globe s'éloigne de la darface du sphéraide régulier représenté par la superScie des* eaux tranquilles d'une quantité suffisante^ pour donner lieu k des dépressions que recouvrent les mers^ et à des saillies qui forment les continefifs. Mais la quantité dont les deux surfaces s'écartenf Fune de Katrtre est si* peu considérable, par rapport au rayon nioyen de la terre, que leur courbure est non-seulement tournée du même côté , c'est-à-dire convexe vers le ciel , mais qu'elle est généralement assez peu différente dans les points qui se correspondent.... . Les bassins des nappes d'eau d'une certaine élméue me soni pas des bassins dans l'acceptiûn ordinaire de ce met. Ce ne sont pas des cavités, mais des parties de l'écorèe tarieslee wi peu wwim convexes qf(e les outrée. »
La largeur de la Méditerranée, entre Toulon et Pbilippevilte,
est de 733 kilomètres : la profondeur maxiiâatim, 2600 mètres ;
k ièefae de la coorbure de la surface, 10 534 mètres; la sailMe
d* fsnd , Tf^M mètres. La flgore 9 est im diagramme mené, à
toevers la Méditerranée , de Toelon à Pliîlippeville , qui , sur
cette figure y sent respectivement repfrésentés par les points T
et F.' Lft ligne dreite TP est la corde de deux arcs, dont le plus
grad représente la surface de la Médîferfanée et, par c<msé-
qMity du sphéroïde terrestre : le pies petit représente la ligne
oOTvexe q« coroeide avec le fend de fo mer. La figure 9 montre
centaneUt, pour un observateur placé à Toulon, le fond de
la laer, au lietr de s'abaisser peur déterminer une cavité,
s^«rinuflSe réellement, de sorte qne si cdt observateur dirige
SQB i|pgafd vere Phtlipfievnie, son ra^fôn tisueT passera bien au-
desBoo^d» pdiilt le pUi9profond de la Méditerranée. Pour rendre
cet efiet plus sensible^ j'ai ramené les hauteurs à une échelle dix fois plus grande que pour les longueurs. Un trait placé au-dessus de la ligne droite TP ramène ce diagramme à ses yéritahles proportions : les deux arcs TP deyraient passer, Tun, immédiatement au-dessus, et l'autre, immédiatement au-dessous de ce trait.
On est également porté à s'exagérer l'élévation des montagnes et le degré d'inclinaison de leurs pentes. <k Les vues pittoresques, dessinées sous l'influence de Villusion d'optique bien connue qui exagère à nos yeux les hauteurs Terticales par rapport aux distances horizontales, ne sont réellement que des caricatures des objets qu'elles représentent. J'ai signalé ailleurs ce fait, et j'ai indiqué en même temps les moyens de précision que j'ai dû employer pour obtenir des Tues de l'Etna qui en fussent des portraits exacts. Mais j'ai annoncé en même temps que le Toyageur qui les regardera en présence de la montagne les croira d'abord infidèles à cause de leur peu de saillie , ce qui tient à ce que, pour paraître ressemblante, une figure de mon* tagne doit reproduire Tillusion d'optique que j'ai rappelée plus haut. Le langage pittoresque est lui-même empreint de cette illusion d'optique , et c'est sous son influence que Pindare appelait l'Etna la colonne du ciel. Cette image poétique ne révolte en aucune façon le voyageur qui voit l'Etna de sa base; mais elle con- ^'s^ singulièrement avec l'aspect du modelé en