‹ Prodrome de géologie (volume 2)Chapitre 54 sur 149 · EXTENSION DES MASSES CONTINENTALES · texte numérisé non relu

EXTENSION DES MASSES CONTINENTALES

logiques, et a constitué un phénomène permanent. Il faut déduire de ce fait une autre conséquence : c'est que^ par compensation y certaines parties de la surface du globe ont obéi , dans le même intervalle de temps ^ à une impulsion contraire et n'ont cessé de s'affaisser. Ces régions sont celles où l'océan recoQYre la plus vaste surface et offre la plus grande profondeur, c'est-à-dire toute la zone circumpolaire de l'hémisphère austral, et presque toute cette grande dépression qui, sous le nom d'Océan Atlantique , se prolonge, comme une vallée immense, d'un pôle à l'autre. La surface du globe actuellement recouverte par les eaux offre partout ailleurs une profondeur moyenne, et occupe une zone intermédiaire entre les continents et les régions profondes de l'océan ; pendant les temps géol(^ques, cette zone a été alternativement portée au-dessus et au-dessous du niveau des mers. Par ses déplacements dans le sens horizontal, elle a déterminé les modifications successives qui se sont produites, non-seulement dans l'étendue, mais aussi dans le mode de répartition des terres émergées.

L'accroissement des continents en étendue et leur forme générale, qui se ramène à celle d'un cône surbaissé, ont eu *pour corollaire leur exhaussement progressif. Cette augmentation d'altitude se déduit aussi de l'accroissement en puissance de l'écorcc terrestre. Elle est également en relation avec ce que l'orographie systématique nous apprend , lorsqu'elle nous fait voir que les massifs montagneux sont d'autant plus élevés qu'ils sont d'une date plus récente.

onsHaeaces de rcxtenslon des ommcs conUnenuicft : ère Jovleiiiie.

^ Je vais mentionner les conséquences qui se déduisent naturellement, comme autant de corollaires, de l'extension des masses continentales :

i90 PRODROME DE GÉOLOGIE.

i*' L'apparition des mers intérieures , c'est-à-dire celles où la marée tend à ne pas se faire servir;

^ L'accroissement dans la longueur et le volume des cours d'eau;

3^ L'apparition des lacs ou des amas cTeau douce;

i" L'étendue, déplus en plus grande, de la surface desUnée à être érodée : par suite , V accroissement dans la m^se des débris accumulés au fond des mers et des vallées ;

S"" Le développement graduel des lignes de côtes ;

6» La tendance des massifs montagnetisc à se rapprocher des zones atmosphériques, où règne mie basse température^ et, comme conséquence secondaire, Ntablissement des neiges perpétuelles et des glaciers.

Dans l'histoire physique de la terre^ il y a eu ua moment OÙ les conséquences qui Tiennent d'être énumérées se sont pro^ duites sur une immense échelle , et où les phénomènes géologiques qui se rattachent au sol émergé ont rapidement atteint une extension qu'ils étaient loin d'avoir possédée antérieurement. Alors» les deltas qui existent encore et dont l'apparition a été amenée par k formation des mers intérieures et par la grande extension des cours d'eau , ont pris origine : en oiême temps , les puissants amas d'alluvion qui occupent le iood des Tallées actuelles ont commencé à s'accumuler^ et les glaciers se sont montrés au sommet des principaux massifs montagneux. Nous Terrons que ce moment coïncide avec la fin de l'époque subapcnnine inférieure^ et^si Ton tenait compte seulement des phénomènes géologiques que nous avons en vue^ c'est à la fln de cette époque qu'il faudrait placer le point de départ de l'ère joviennc.

r<rlo4€t altemaUvcmciit martact et eanttiMiiUilM. — J'ai d^ dit

PÉHiOUES ALTERNATIVEMBMT MAaiKBS ET CONTINENTALES. S9i

que le sol delà France et des contrées voisines avait subî^ paidant toute la durée des temps géologiques ^ cinq oscillations qui avaient alternativement chassé et ramené les eaux de Tocéan. Ge mouvement oscillatoire a produit cinq périodes continentales succédant à autant de périodes marines, et l'ère jovienne n'est rien autre chose que la période continentale succedast à la période marine , qui a reçu , dans le tableau de la page 224^ Tépithète de néozoïque. Pendant chaque période continentale, les phénomènes du sol émergé opt pris une intensité sans cesse croissante, et ont présenté divers caractères que j'indiquerai plus tard.

J'ai déjà mentionné l'usage qui pouvait être lait de ces cinq oscillations dans la classiflcation des terrains. Au point de vue tout géogéoique où je me placerai dans ce livre et dans le suivant, je n'aurai nullement à me préoccuper des difficultés auxquelles donne lieu, en géologie systématique, l'emploi du mouvement oscillatoire. Ces difficultés résultent de ce qu'il n'y a pas concordance rigoureuse entre les changements oi^aniqoes tt les changements inorganiques. Quelle que soit l'importance que Ton accorde aux mouvements du sol dans une classilkation des terrains , cette importance doit toujours être subordonnée aux indications qui nous sont fournies par l'examen de la faune et de la flore de chaque époque. C'est ainsi que, pendant la période continentale qui a suivi le dépôt du terrain jurassique marin , se sont successivement établies des formations se rattachant par leur faune , les unes à la période jurassique , les autres à la période crétacée : au nombre des premières, je citerai le terrain lacustre supra-oolitique du Jura, de Purbeck, etc. : parmi les secondes, la formation wealdienne de l'Angleterre. Quelle que soit la place que l'on accorde, dans récbelle géologique, à cette dernière formation, elle n en est

pas moins la conséquence du mouvement du sol Icruiinant la deuxième oscillatioD.

mottût»a«m* dau la ieni»éraiBre fe M mrraec «a tiohc. — LeS loiS qui ont présidé à ces modifications peuvent se résumer de la manière suivante :

!• Depuis les premiers temps géologiques jusqu'à nos jours, la température a été en s'abaissant à la surface du globe.

2° Cette marche décroissante a été soumise à des oscillations : des périodes relativement chaudes ont succédé à des périodes relativement froides.

3" La température était jadis plus uniforme qu'elle ne l'est maintenant des pôles à l'équateur : les lignes isothermes tte se sont montrées qti insensiblement.

Les lignes isothermes, c'est-à-dire celles qui réunissent tous les points qui ont ta même température moyenne, sont de date peu ancienne. Pourtant, ce fait ne doit pas être formulé d'uoe manière absolue ; il faut tenir compte du principe de la constance dans l'inclinaison de l'axe terrestre (voir page 124). On peut dire que l'existence de ces lignes était jadis virtuelle, en ce sens que certaines circonstances venaient contret>alattcer les elTels de l'inclinaison de l'axe terrestre de rotation.

En étudiant les lignes isothermes, il ne faut pas oublier

que leur absence a été établie sur l'uniformité du mode de

distribution des fossiles dans les terrains anciens; mais cette

uniformité n'accuse pas seulement une similitude réelle dans

Ile provient également de l'uniformité avec laquelle

créatrice a répandu les êtres à la surface de la

ourants marins, en se dirigeant librement dans

s, contribuaient aussi à la dispersion des germes.

arquer, en dernier lieu, que cette uniformité dans

MODIFICATIONS DE LA TEMPÉRATURE^ ETC. â03

le mode de distribution des êtres organisés^ lors des premiers temps géologiques^ n^est peut-être pas aussi grande que Fon s'accorde à Fadmettre. Il faut^ dans cette affirmative ^ ne pas s'éloigner d'une certaine réserve , à cause du peu de connaissances que nous possédons sur ce qui s'est passé jadis y soit sous la zone équatoriale^ soit sous les pôles. Parmi les indications qui permettent de retrouver, dans les temps anciens y le témoignage de l'existence des lignes isothermes^ je signalerai le mode de répartition des bassins houillers qui , pour l'ancien comme pour le nouveau monde , se montrent dans une zone paiement éloignée du pôle et de l'équateur. Je signalerai encore^ pendant la période crétacée^ la distribution géographique des rodistes^ si rares dans le nord de l'Europe et si nombreux dans le midi de ce continent et le nord de l'Afrique. Mais c'est principalement à partir de la période éocène qu'il devient facile de constater de plus en plus l'existence des lignes isothermes. L'observation de la faune et de la flore des époques qui se sont succédées, depuis la période éocène jusqu'à nos jours, nous démontrera que les formes animales et végétales propres au climat tropical ont d'abord habité sous nos latitodes, puis ont émigré vers les régions plus rapprochées de l'équateur; elles ont été remplacées par les formes des climats moins chauds, et celles-ci ont émigré à leur tour vers le sud pour céder la place à des espèces des zones froides et tempérées.

Non-seulement , l'examen de la faune et de la flore de chaque époque géologique nous met à même d'assister au développement des lignes isothermes, mais il nous démontre également que la température a été en s'abaissant depuis les premiers âges géologiques jusqu'à nos jours. Le temps n'est pins où les fougères arborescentes croissaient près du pôle, et

les palmiers sur remplacement de Paris. Les glaces accumulées sur les bauls massifs montagneux et vers les régions polaires n'y ont pas toujours existé^ et trahissent aussi , par leur présence ; le refroidissement de l'atmosphère et de la surface du globe.

On avu^ page i05, ce qu'il fallait entendre par lignes ou surfaces isogéotbermes. On peut concevoir^ à travers l'atmosphère, des surfaces isoattnothermes , réunissant entre eux tous les points dont la température moyenne de l'année est approximativement la même. Ces surfaces déterminent par leur intersection avec la surface du globe, des courbes à peu près circulaires qui sont précisément les lignes isothermes. Si nous supposons un plan vertical mené de l'équateur au pôle selon le méridien , ce plan dessinera , par sa rencontré avec les surfaces isoatmothermes , des lignes dont les déplacements suc* cessifs, pendant les temps géologiques, nous représenteront tes modifications de température dont il vient d'être question, et que les figures li et 12 sont destinées à rendre plus saisissables à l'esprit.

Dans la figure 41, la ligne A représente la surface du g!ol)e ; les lignes isoatmothermes a, b, c, d, se dirigent à peu près parallèlement à cette surface qu'elles ne rencontrent pas, en

d rf

FiG. 11.

MODIFICATIONS DE LA TKMPÉaATURE, ETC. ^5

s'iofléobissant vers les pôles; il n'y a pas encore de lignes isolhermes.

La figure 43 montre ooroment les lignes isoatmotbermes se

FiG. 42.

sont insensiblement affaissées du côté des pôles^ et sont venues^ Tune après Tautre j rencontrer la surface du globe; elles ont ainsi déterminé, par cette rencontre^ l'apparition des lignes isothermes. Tout le système qu'elles constituent a obéi , en mémo temps ^ à un mouvement de haut en bas, en subissant^ dans ce mouvement^ des oscillations dont j'indiquerai la cause.

eaofles «M motflOcaUon» et ta ifmpératnre à ta sortacc 4a cl^be.

— Au commencement de la période neptunienue^ alors qu'aucune terre émergée ne se montrait à la surface du globe^ deux courants, l'un supérieur^ l'autre inférieur, portaient les eaux de l'équateur vers les pôles et celles des pôles vers l'équateur. 11 y avait là une sorte de brassage qui rendait assez uniforme la température des eaux entourant le globe d'une enveloppe continue.

Des courants analogues parcouraient l'atmosphère ; ils contribuaient à abaisser la température sous la zone équatoriale , à l'élever vers les pôles et à la rendre d'autant plus uniforme sur toute I^r surface de la terre , que , jadis comme de nos

21M) PROimOMF J»E «lÉOLOGIE.

jours, les eaux de Tocéan tendaient, par leur voisinage, à accroître la similitude des climats.

Telles étaient les circonstances dont le concours détruisait ou contrebalançait Tinlluence de rinclinaison de l'axe terrestre et s'opposait à la manifest<\tion des lignes isothermes.

Peu à peu ces circonstances ont disparu, et les lignes isothermes se sont accusées à la surface du globe; les terres ont surgi au-dessus des eaux ; les courants sous-marins ont été arrêtés dans leur marche ou ont dévié dans leur direction. En même temps, les courants atmosphériques ont perdu de leur régularité. Le sol, en s'exhaussant de plus en plus, a fini par atteindre les régions froides de ratmos[)hère ; alors se sont produits des courants d'air et d'eau descendants, courants toujours plus froids que ceux qui montent. Les massifs montagneux, en se couvrant de neiges éternelles et de glaciers, sont devenus autant de rvsci^olrs de froid. Il en a été de même pour les régions polaires dont les glaces ont toujours progressé, et qui ont joué, par rapport au globe tout entier, le rôle qui est rempli par chaque massif montagneux relativement au pays qui l'environne.

L'abaissement progressif et général de la température à la surface du globe a été, en partie, la conséquence de l'apparition des lignes isoihcrmcs; mais il reconnaît aussi une cause spéciale, car si les causes qui ont amené l'établissement de ces lignes isothermes cessaient de fonctionner, il est douteux (|uc les conditions climatologiijues de la période neptunieniie se produisissent de nouveau. Si les massifs montagneux venaient à disparaître et si les eaux recouvraient de nouveau la terre toute entière, l'uniformité de température pourrait, dans une certaine mesure, rei)araître à la surface du globe, maiscc^fe température serait moins élevée que pendant

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