TUFS CALCAIRES
proportion de chlorure de sodium y du sulfate de chaux et un peu d'alumine. Chaque source jaillit du sommet d'un monticule formé par la silice qu'elle charrie et qui se dépose tout autour en concrétions offrant des empreintes de végétaux.
v«ii eftieairct. — Les sources calcaires sont bien plus nom* breuses que les sources siliceuses^ et il est peu de contrées où leur existence ne puisse être signalée. Pourtant^ c'est dans les régions Tolcaniques qu'elles se montrent le plus répandues et qu'elles donnent origine aux dépôts les plus puissants. Elles peuvent être thermales ou ne posséder que la température des sources ordinaires. C'est surtout à la faveur de Tadde carbonique dissous dans leur eau qu'elles tiennent le carbonate de chaux en dissolution. Dès qu'elles arrivent au contact de l'atmosphère , l'acide carbonique , qui s'y trouve en propor* tion assez forte pour que l'eau soit acidulé et quelquefois gazeuse , se dégage et le carbonate de chaux tend à se déposer.
Lorsque l'on fait tomber^ sous forme de pluie ^ l'eau d'une source fortement chargée de carbonate de chaux ^ les objets sur lesquels la source est dirigée se recouvrent d'un encroûtement calcaire. L'encroûtement ne pénètre pas dans leuriissu^ et c'est à tort que l'on donne à ces objets^ fruits^ nids d'oiseaux, etc., le nom de pétrifications. Une de ces sources est ainsi exploitée en France : c'est celle de Saint-AUyre, à Clermont.
Le tuf déposé par les sources calcaires est constitué par des parties plus ou moins compactes, à formes âstuleuses ou coralloîdes , agglomérées de manière à laisser entre elles des vides nombreux qui donnent à la roche sa légèreté et son aspect caverneux. La légèreté et la faible dureté du tuf le font fréquemment employer comme pierre de construction.
33â PRODROME DE GÉOLOGIE.
Il renferme ordinairement des coquilles terrestres et de nombreuses empreintes végétales^ sous forme de fruits^ de feuilles ou de tiges.
vravcrdB : ranéMoa. — C'est surtout en Italie que la formation du tuf a lieu sur une grande échelle. Dans quelques parties de la Toscane et de la campagne de Rome , le sol est recouvert de tuf et rend un son creux sous le pas du voyageur. Par suite de Tabondance du carbonate de chaux amené par les sources pétrogéniques^ la formation de cette roche y est non-seulement plus abondante ^ mais aussi plus rapide. Il en résulte^ pour cette roche^ un aspect tout différent de celui qu'elle présente dans nos pays, et la nécessité de lui donner une désignation différente. On l'appelle travertin, ea italien travertino, mot qui provient de tiburtinus, parce que la roche qu'elle désigne est très-abondante près de Tivoli , en latin Tibur,
Le travertin se distingue du tuf par une texture très-compacte, quelquefois même cristalline; il n'offre pas, dans sa masse, de vides aussi considérables, mais U est presque toujours criblé de petites cavités arrondies ou vermiculées qui le rendent plus ou moins vacuolaire. Ces cavités, qui souvent ne peuvent s'apercevoir qu'à la loupe, permettent d'établir une distinction entre le travertin et les calcaires des terrains antérieurs à rère jovienne ; elles proviennent des bulles d'acide carbonique traversant la roche pendant sa formation. Les nuances du travertin sont très-variées, quelquefois assez vives. U prend le nom de panchina , lorsqu'il se forme sous l'eau delà mer; il est alors plus ou moins mélangé de sable et de débris de coquilles marines.
Parmi les localités de nialie où Taction pétrogénique des sources se manifeste avec le plus d'énergie, je citerai : 1» la
TRAVERTIN^ PÀNCHINA. 333
moDtagne de San Vignone, en Toscane; une couche de traTertin^ de 45 centimètres d'épaisseur^ s'y dépose chaque année au fond d'un conduit ayant une pente de 30^; la colline d'où s'échappe la source qui se dirige dans ce conduit est couTerte de strates de travertin^ dont l'épaisseur atteint sur certains points jusqu'à près de soixante mètres; 9^ les sources de San Filippo situées dans le voisinage de la précédente : elles se rendent dans un étang, où s'est formée^ en vingt années^ une couche de travertin ayant neuf mètres d'épaisseur ; 3<> les environs de Tivoli où^ sur les côtés de la cascade, on voit des lits horizontaux de tuf et de travertin constituer une masse dont la puissance varie de 420 à 150 mètres.
Les édifices de Rome ancienne et moderne ont été construits avec le travertin. Pour apprécier toute l'importance des dépôts dus^ en Italie^ à l'action des sources calcaires, on ne doit pas oublier que, pour la plupart, ils se dérobent à nos investigations directes; ils sont encore au fond de la mer, d'où jaillissent les sources pétrogéniques qui les ont formés. Ajoutons que les substances apportées par les sources jaillissant sur le continent sont également entraînées en majeure partie, par les ruisseaux elles rivières, vers la Méditerranée. Presque tous les matériaux ainsi amenés de l'intérieur de l'écorce terrestre vont se déposer sur les points où la mer offre une grande profondeur : là, se renouvelle le phénomène qui a déterminé l'accumulation des couches calcaires, si nombreuses et si puissantes, des terrains jurassique et crétacé. On voit comment la formation du tuf se rattache géogéniquement et chronologiquement aux phénomènes des temps anciens.
La formation du travertin, tel qu'il se présente à nous, c'està-dire avec son caractère de roche exclusivement terrestre, date du commencement de l'ère jovienne. Pour faire re-
monter ce phénomène à une époque plus ancienne , il fau* draît lui rattacher les roches qui lui ressemblent beaucoup par leur aspect, et que, dans le bassin de Paris, on appelle quelquefois traTertin^ mais qu'il Taut mieux désigner sous le nom de calcaire lacustre.
La formation du travertin et de la plnpart des amas tufaoés qui se présentent dans diverses contrées a été sans doute en rappcMi avec cette recrudescence des phénomènes volcaniques, qui a eu pour résultat Tapparition des cratères à volcans.
Sur beaucoup de points du midi de l'Europe ^ les alluvions anciennes offlrent un faible développement, et le terrain glaciaire manque pour ainsi dire complètement. Le travertin y est la roche dominante et caractéristique de la période quaternaire. Il règne sur presque tout le littoral méditerranéen. Aux environs de Barcelone, nous Tavons vu constituer, le long de la mer, une nappe qui a quelquefois deux on trois mètres de puissance et qui recouvre les formations sous-jacentes.
Le travertin, qui existe sur presque tout le littoral méditerranéen , doit se prolonger sous les eaux et s'y transformer en panchina ou travertin d'origine marine. Rarement les mouvements du sol ont amené l'émergement des couches de travertin reçues au sein des eaux. En Sicile seulement, les forces intérieures ont porté ces couches au-dessus du niveau de la mer; elles y recouvrent presque la moitié de llle, et s'y montrent, avec une épaisseur qui varie de 200 à 300 mètres, jusqu'à une altitude de 900 mètres.
fluaaedtcs el stalagmites, calealre eencréUAiiiié. — L'eau dcS
sources n'est jamais rigoureusement pure; elle contient toujours des substances étrangères qu'elle emprunte, même lorsqu'elle provient d'une faible profondeur, aux roches qui se
STALACTITES BT STALAGMITES. 335
trouvent sar son passage. Elle renferme également une quantité nriable d'acide' carbonique prorenant soit de ratmosphère, soit de rintérieurde Técorce terrestre^ soit même de la décomposition des débris d'êtres organisés contenue dans la couche saperflcielle du globe. Dans les pays calcaires^ elle dissout, à la faveur de cet acide carbonique , une quantité de carbonate de cbaux qui, quoique n'étant pas suffisante pour déterminer la production du tuf, n'en trahit pas moins son existence par les dépôts de calcaire -concrétionné qui apparaissent dans Tintérieur des conduits où cette eau est dirigée.
Ce que je viens de dire explique également comment l'eau qui imbibe la terre végétale ou la partie superficielle du globe est toujours plus ou moins chargée d'acide carbonique , et, par conséquent, plus ou moins apte à dissoudre le carbonate de chaux. Lorsque cette eau suinte à travers les parois des cavités et des grottes existant surtout dans les terrains calcaires , elle persiste pendant quelque temps, sons forme de goutte , contre les parois de ces cavités; elle subit une faible évaporation, perd une partie de son acide carbonique, et, lorsqu'elle tombe , elle laisse à sa place quelques parcelles de carbonate de chaux. Une antre goutta vient la remplacer, subit le même sort, laisse après elle les mêmes traces de son passage , et il se produit ainsi des concrétions dont la structure interne est toujours cristalline , et dont la forme est plus ou moins cylindrique ou co* noîdale. Elles apparaissent à la voûte des grottes et des cavernes, comme des espèces de pendentifs à croissance continue , désignés sous le nom de stalactites ( oroXàCio , tomber goutte à goutte). L'eau, qui détermine la formation des stalactites, n'y laisse pas tout son carbonate de chaux : en tombant sur le sol de la caverne, elle donne lieu à une autre concrétion calcaire, appelée stalagmite ( <rtocXa7[xo< , distillation), qui
s'exhausse de plus en plus et finit quelquefois par se sonder avec la stalactite correspondante. C'est ainsi que s'édifient les colonnes et les niasses d aspect si varié, que les curieux «admirent dans certaines grottes. Les stalagmites, en se soudant entre elles, forment une couche continue, qu'il faut rompre lorsqu'on veut retirer des cavernes les ossements qu'elles renferment.
Le carbonate de chaux, abandonné par Teau qui le tient en dissolution, se dépose quelquefois entre les fragments de roches dont se composent les éboulis, ou entre les graviers des bords des rivières : les fragments de roches et les graviers, en se cimentant entre eux, donnent origine à une sorte de héton naturel. D'autres fois, le carbonate de chaux se dépose sous forme de craie; il produit une substance qui a reçu de sa friabilité et de sa couleur le nom de farine fossile. Ce nom se donne aussi à une terre dont il sera question par la suite, et qui est entièrement composée de carapaces d'infusoires siliceux.
Eboaiis. — On appelle éboulis la masse constituée par les débris de roches qui s'accumulent au [)ied des montagnes et au bas des terrains à pente très-rapide. Ces débris n'offrent jamais la forme arrondie des cailloux qui ont été roulés par les eaux, à moins qu'ils n'aient déjà cette forme dans les roches d'où ils proviennent.
Vax éboulis croît par sa base et par sa hauteur. Dans le sens de la hauteur, il n'a d'autre limite, sa base étant d une largeur suflisante, (jue le sommet de ia inoula^ne à laquelle il appartient. Quanta la base, elle se développe ordinairement jusqu'à ce qu'elle atteigne un cours d'eau (jui ronge l'éboulis à mesure qu'il se forme. Un éboulis peut persister indéfiniment