‹ Prodrome de géologie (volume 2)Chapitre 76 sur 149 · ACTION ALLUVIALE · texte numérisé non relu

ACTION ALLUVIALE

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Après avoir décrit ^ d'une manière générale , les phénomènes qui donnent naissance aux terrains de transport^ il me reste à rectiercher vers quelle époque l'action alluviale s'est manifestée pour la première fois^ et à mentionner quelques-uns des principaux dépôts qui lui doivent leur origine.

Si, sous le nom de terrains de transport^ on réunit tous les dépôts résultant d'une sédimentation mécanique et formés de débris plus ou moins volumineux, sans tenir compte du milieu où ces débris ont été reçus, il fout reconnaître que toutes les époques géologiques présentent des exemples de ces terrains.

Mais si l'on affecte spécialement la désignation d'alluvions aux terrains de transport qui ont été déposés sur le sol émergé, on est conduit à déclarer que les formations alluviales existant aiqourd'hui ne sont pas antérieures à la période pliocène.

De vastes continents pour fournir une quantité considérable de détritus, de grands cours d'eau pour charrier tous ces débris et de larges dépressions pour les recevoir^ — telles sont les conditions qui permettent à l'action alluviale de prendre tout son développement. Ces conditions y dont l'existence sur une laige échelle est un des caractères de l'ère jovienne, se sont présentées pendant chaque période continentale, mais dans une plus faible proportion que de nos jours.

Remarquons encore que, pendant la période continentale paléozoique , les débris de roches ont été reçus, d'abord dans les lacs où le terrain houiller s'est déposé, puis dans une dépression qui> vers le nord-est de la France^ a été successive-» ment occupée par les mers permienne et vosgienne. Dans aucun de ces cas, les terrains de transport ne s'étent formés dans les conditions que j'ai en vue , on ne peut les considérer

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comme le produit d'une action alIuTiale proprement dite. Pendant les périodes continentales tria-jurassique , crétacée et nummulitique ^ les phénomènes d'érosion ont dû donner naissance à une masse considérable de détritus ; mais ceux-ci ont été également reçus dans le bassin des mers : ils ont déterminé la formation de terrains de sédiment , et non de terrains de transport. En outre^ comme les terrains jurassique et crétacé sont surtout constitués par des roches marneuses et calcaires, leurs débris, en se dirigeant vers Tocéan, se sont de plus en plus réduits dans leur Tolume; les roches qu'ils ont contribué à édifier ont rarement offert le caractère détritique.

Enfin , si nous nous rappelons qu'après chaque période continentale y la mer a repris possession de son domaine , et que son retour a été marqué par des phénomènes de dénudation s'exerçant avec facilité sur les terrains meubles, nous comprendrons sans peine que les traces d'action alluviale, se rattachant aux périodes paléozoïque, tria-jurassique, crétacée et nummulitique , aient disparu en même temps que les dépôts terrestres appartenant à chacune de ces périodes.

aiivvioiis. — Voyons maintenant ce qui s'est passé pendant et immédiatement après la période néozoîque, à laquelle correspondent les systèmes miocène et pliocène.

Lors de la période miocène , les eaux douces et marines ont recouYert la majeure partie de la France et des régions voisines; jamais, depuis les premiers temps géologiques, elles n'avaient occupé, dans ces régions, une aussi vaste étendue. Si le terrain miocène présente des alluvions , celles-ci doivent être très-restreintes , et, pour ainsi dire, exceptionnelles.

Au commencement de la période pliocène, la mer, ainsi que

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je rai déjà dit^ a déserté la presque totalité de la France et des Gonlrées situées au nord des Alpes. Pourtant» malgré l'extefision des terres émergées » l'action alluviale ne s'est manifestée que lors du dépôt du conglomérat bressan , dqqt la placQ est indécise entre les terrains tertiaire et jovien.

Lac de la Bresse, conglomérat bressan. — Pendant presque toute la période pliocène^ un lac a occupé la dépression qui se prolonge depuis Tournop jusqu'à Gray^ en laissant, à l'esté le Jura ei une partie des montagnes du Daupbipé ; 4 l'ouest, le Morvan et les montagnes du Beaujolais et du Lyonnais.

Dans ce lac, se sont déposés des conglomérats, des sables quartzeux, des argiles bleuâtres ou jaunâtres avec fossiles d'eau douce, et lignite exploité à la Tour-du-Pin, à Sobiay (Ain), etc. : tantôt le lignite est en couches régulières, tantôt les arbres qui le constituent accusent un transport violeut.

Ce dépôt se divise en deux parties : le lignite et les argiles dominent dans la partie ioférieure, et les conglomérats dans la partie supérieure, qu'ils semblent seuls constituer. Ces différences, dans l'aspect pétrogénique du dépôt, nous autorisent à penser que, vers la fin de la période pliocèpe, ^e lac de la Bresse était comblé; sur son emplacement, occupé peut-être par quelques marais ou flaques d'eau > il s'est répandu une masae alluviale que M. Ellie de Beaumont, dans un mémoire delà ancien, appelle le cmglomérat bressan, et qu'il considère comme formant la partie la plus supérieure du terrain t^iajre. Ce eonghomérat a reçu à tort te nom de diluvium alpiq^ Il a été aussi confondu avec un autre conglomérat renCennapt des fossiles marins, dans les environs d^ Lyon; celui-ci appartient à la partie supérieure du terrain miocène ou de }a moiass^ psf ipe; il ne renferme jamais de cailloux alpins, tandis qtie c^x-ci existent dans le conglomérat jM'pssan.

La formation qui vient d'être décrite se retrouve dans le département des Basses-Alpes^ entre Digne^ Manosque et Barjols, et dans le Sundgau ^ entre Bâie et Béfort. Elle n'existe pas sur le versant méridional des Alpes qui formait^ lors de la période pliocène ^ le rivage de la Méditerranée.

Versant septentrioiial des Pyrénées. — Si Ton jette un coupd'œilsur la partie sud-ouest de la carte géologique de la France, on voit le terrain pliocène recouvrir presque tout l'espace compris entre la Garonne et les Pyrénées. Dans le voisinage de cette chaîne, il forme un cône de déjection dont le Mont-Perdu est le point culminant, et qui est limité à Touest par le Gave de Pau, à Test par la Garonne. Ce cône constituait jadis une masse continue que les cours d'eau ont érodée en la divisant en lanières qui donnent à tout l'ensemble un aspect digité.

Au sud de Bagnères, on remarque un amas de matières tumultueusement transportées, n'offrant que de faibles indices de stratification, et consistant en un limon sableux, assez grossier, qui renferme des cailloux quartzeux; ces cailloux ont une tendance manifeste à se porter vers la partie supérieure où ils abondent, au point de joncher le sol. Ce. dépôt persiste aux environs de Bagnères, où il repose immédiatement sur le terrain crétacé. Un peu plus loin, il constitue les coteaux qui accompagnent la vallée de l'Adour, et, à la hauteur de Tarbes, il laisse apercevoir, au milieu d'un amas limoneux jaunâtre, des niveaux d'une couleur plus claire, indiquant une stratification horizontale et formés par de petites masses grumelées de calcaire. A mesure que l'on s'avance vers le nord , ou voit la stratification devenir de plus en plus nette à la base du dépôt; en même temps, les cailloux roulés qui , dans le voisinage de la chaine, se montraient au sein du terrain limoneux^ vont se réfugier à sa partie supérieure.

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