CHAPITRE V
APPAREIL UTTOBÀL, DUNES, OBLTAS, ETC.; PHENOMENES DE DESTRUCTION rr DE REPRODUCTION s' ACCOMPLISSANT AU BORD DE LA MER.
Appareil littoral. — CordoD littoral, plages, barres. — Lagunes, marais liltoraax , étangs maritimes. — L'appareil littoral pendant les temps antérieurs à Tépoque actuelle. — Dunes : mécanisme de leur formation; leur mouvement de progression; les dunes pendant les temps anté-historiqoes. — Deltas: leur origine, leur accroissement, etc.; principaax deltas ; ère des deltas. — Estuaires : formations fluviomarines. — Phénomènes de destruction s'accomplissant au bord de la mer. — Envahissements des continents par les eaux marines. — Dénudations produites, pendant les temps géologiques, à la suite du déplacement de Tocéan. — Influence des mouvements do TéC'Orce terrestre sur les phénomènes dont le siège est au bord de la mer.
Les phénomènes géologiques dont il* ya être question dans ce chapitre sont le produit complexe des agents qui fonctionnent sur le sol émergé et de ceux qui opèrent au sein de Tocéan. Je diviserai leur étude en trois parties. J'indiquerai^ en premier lieu , la disposition générale de Tappareil littoral. Puis^ après avoir fait remarquer que la zone littorale est le siège de deux ordres d'actions géologiques bien distincts^ je m'occuperai d'abord de celles qui tendent à augmenter l'étendue de la terre-ferme et^ ensuite ^ de celles qui déterminent l'empiétement de la mer sur les continents.
littoral. -« Cl Le bourrelet de matières meubles que la mer élève sur ses bords comme pour clore son domaine
peut être désigné sous le nom de cordon littoral. En 7 joignant les dunes, auxquelles le cordon littoral donne naissance lorsqu'il est formé de sable fin, non argileux^ les lagunes qui accompagnent souvent le cordon littoral^ les barres, situées à rentrée des rivières, etc., on a un ensemble que Ton peut appeler appareil littoral. Celui-ci dessine le rivage de la mer d'une manière très-nette : en dehors est le domaine de la mer, et en dedans celui de la terre ; en dehors l'agitation, en dedans le calme. » {Elle de Beaumont, Leçons de géologie pratique.) L'appareil littoral, souvent très-compliqué sur les points où le sol, au bord de la mer, est presque horizontal, se simplifie de plus en plus à mesure que la pente du terrain augmente. Lorsque ta côte est abrupte, il se réduit à un cordon de cailloux roulés et de gravier provenant ordinairement des falaises au pied desquelles ils s'accumulent.
Barres. — Les barres sont la continuation du cordon littoral, à l'embouchure des fleuves et à l'entrée des baies ou des ports. Elles sont formées de sables et de galets : souvent elles obstruent l'embouchure des fleuves et des rivières, ainsi que cela s'observe pour l'Adour.
navet* — Sous le nom général de plages ^ on peut désigner toute la partie du littoral comprise entre la ligne des basses eaux et le point où commencent les lagunes, les dunes ou la terre végétale. Dans les mers où la marée se fait sentir, une partie de la plage est alternativement recouverte et abandonnée par les eaux. La partie que les eaux n'atteignent pas peut être considérée comme une extension du cordon littoral.
i.a«anea, maralf Uitoranx, étanga marlUmea. — Derrière le COr-
don littoral, se moaireot souvent de petits lacs ou dfis flaques d'eau , qu'on peut appeler des lagunes ea employant 1»
LAGUNBS, MARAI3 LITTORAUX, ETC. 3T7
gnation qu'on leur donne à Venise (en italien laguna, du latia laaina, petit lac).
Les lagunes sont quelquefois le résultat des eaux qui proviennent de la pluie ou des ruisseaux^ et qui sont retenues par le cordon littoral ou par la ligne des dunes. Ces eaux s'accumulent jusqu'à ce que la rupture fortuite du cordon littoral lear permette de prendre leur écoulement vers la mer. a La Hollande proprement dite n'existe qu'à la faveur des dunes; tout ce pays, ainsi que la partie littorale de la Flandre^ la Zélaode, la Frise, ne sont que des lagunes en partie comblées. La mer de Harlem et quelques nappes d'eau intérieures correspondent, en Hollande, aux étangs qui existent derrière les dunes de Gascogne. » (Elie de Beaumont^ Leçons de géologie pratique.) Le niveau de ces lagunes se trouve tantôt au-dessus, tantôt au-dessous de celui des hautes marées : ce dernier cas se présente surtout lorsque l'évaporation devient considérable dans la lagune. ,
Les lagunes résultent encore de la transformation des baies par suite du développement des barres formées sur le point où la baie communique avec la mer : dans ce cas , il peut arriver que le niveau de la lagune soit même inférieur à celui des basses eaux.
La surface du globe présente des inégalités au fond de la mer de même que sur les continents : si, dans une mer peu profonde, il existe, à une faible distance de la côte, une arête, celle-ci retiendra les débris que la mer repousse vers ses bords pour former son cordon littoral. La portion de la mer, comprise entre cette arête et le continent, devieiidra une lagune. Telle est l'origine de la plupart des lagunes, et principalement de celles qui conservent avec la mer une communication par un canal qui porte les noms dépasse dans divers pays, et de
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ffrau «ui: le littoral du I^nguedoc^ de la Catalogne et du royaume de Valence.
Toutes les lagunes ne sont pas également profondes. QuelquesrUAes ont assez de profondeur pour que des barques de pécheur et même des bateaux à sapeur puissent y naviguer : elles doivent alors être appelées étangs maritimes; je citerai comme exemple Tétang de Thau , près de Cette. Dans d'autres cas^ les lagunes^ en se comblant insensiblement^ deyiennent de véritables marais, tels que les marais Pontins, les maremmes de Toscane, etc.
nattMi méeantome et leur fomuiUon ; leur vwwwtmtÊU ie vvogrcMtoa.
— Lorsqu'une plage sablonneuse e^t faiblement inclinée, le sable dont elle se compose se dessèche sous Tintluence de la chaleur solaire, chaque fois que la mer se retire. Il est ensuite entraîné par le vent qui souffle du large, puis, par son accumulation sur divers points, il donne origine aux monticules qu'on appelle dunes (dun, en celtique, lieu élevé).
Ces monticules présentent un plan incliné du côté de la mer et se terminent, du côté opposé, par un talus d'éboulement. Leur élévation n'est pas oiUinairement supérieure à 15 ou 20 mètres; ce n'est que dans les cas exceptionnels qu'elle peut atteindre 80 mètres.
Parmi les contrées où les dunes acquièrent une grande ex-* tension, il faut dter les côtes des Pays-Bas, de la Vendée, de la Gascogne, du désert de Sahara, de la Patagonie, etc. « A l'ouest de Calais, la côte est élevée et présente des falaises de craie. Au point où cessent les falaises, commencent im-* médiatement les dunes , qui s'étendent , presque sana interruption, jusqu'à la pointe septentrionale du Jutland« Quand on ptt*eourt I^ prairies de la Hollande et que la vue n'est pas
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bornée par les arbr^^ on ne peut cependant pas Toir fa mer, ni même la mâture des vaisseaux qui y naviguent^ à cause de rélévation des dunes qui bornent la vue. Des promenades de La Haye et des remparts de Harlem on voit Thorizon bordé par la ligne des dunes. Ici les dunes constituent une sone fort large : quand on ne connaît pas les sentiers qui serpentent au milieu du labyrinthe de leurs monticules^ on peut s'y perdre de manière à errer un jour entier. » (Elie de Beaumont^ Leçons de géologie pratique.)
Les dunes prennent un développement bien plus grand sur les côtes de TOcéan que sur celles de la Méditerranée et des mers intériemres où la marée ne se fait pas sentir. Sur les côtes de rOcéan^ le reflux a pour efiét de donner bien plus de lar* geur à la aone qui^ soua Tinfluence desséchante de Tair et de la chaleur solaire , alimente les dunes. Sur les côtes de la Mé-diteminée, les eaux marines ne se retirent que lorsque le vent souffle du côté de la terre, mais alors le sable tend plutôt à x^ joindre la mer qu'à Tabandonner.
Si , air les points où des dunes existent , le vent souffle au«tant du côté de la mer que du côté de la terre ^ ces dunes oocopent toujours la même étendue : ce qu'elles gagnent un jour, eUes le perdent le lendemain. Mais si le vent doml*< nant vient de la mer, les dunes croissent indéûniment^ sinon en élévation , du moins quant à l'espace qu'elles recouvrent* Elles forment des collines ambulantes qui s'avancent progrès stvement dans l'intérieur des terres, a Les dunes une fois formées, lèvent ne les laisse pas en repos: en faisant ébouler leur sommet et en élevant le sable sur leur plan incliné, il les diasse sans cesse devant lui, puis il en fait naître d'autres à la plaes qu'elles abandonnent , au moyen du sable qui vient de la plage. La masse des dunes s'aiiance ainsi vers l'intérieur à
peu près comme les vagues de la mer^ mais non avec une régularité complète ; elle s'avance successivement en diflérents points : tantôt c'est un point , tantôt c'est l'autre qui s'avance. S'il existe au bord de la mer un grand espace uni^ les dunes l'envahissent; elles ensevelissent les terres qui étaient couvertes de végétation^ les terres cultivées, et même les villages. Les dunes de Gascogne, en s'avançantvers l'intérieur des terres, font reculer les nombreux étangs qui leur doivent leur existence et dont les eaux empiètent sur les landes, en s'élevant de plus en plus. » (Elie de Beaumont, Leçons de géologie pratique.)
Aux environs de Saint-Pol-^le-Léon, en Basse-Bretagne, il y a, sur le bord de la mer, un canton qui, avant 4666, était habité et qui, cinquante ans après, était recouvert de sable jusqu'à une hauteur de vingt pieds : dans le pays submergé , on voyait encore quelques pointes de clochers et quelques cheminées sortant de cette mer de sable. Le mouvement de progression des dunes avait été de 537 mètres par an.
Les dunes de la Gascogne ont également recouvert des villages dont les noms sont mentionnés dans les titres du moyen-âge , et dont il n'existe plus que le souvenir. Elles s'avancent souvent de 23 mètres par an, et si leur progression était toujours la même , elles arriveraient à Bordeaux dans 2000 ans. Mais il s'en faut de beaucoup que toutes les dunes s'avancent d'une manière aussi rapide, et progressent en même temps.
L'appareil lUtoral pendam les teinpi fféolo(l«nes : ère des dnnei.
— Tout ce que j'ai dit relativement aux dépôts terrestres,
considérés au point de vue chronologique, est également vrai
pour l'appareil littoral et pour les parties dont il se compose.
Pendant toute la durée des temps géologiques, l'océan a