‹ Prodrome de géologie (volume 2)Chapitre 84 sur 149 · ÈRE DES DUNES · texte numérisé non relu

ÈRE DES DUNES

rejeté sur ses bords du sable y du gravier et des coquilles brisées pour former son cordon littoral; les vents du large ont toujours eu pour conséquence , dans les régions basses , la formation de dunes; des lagunes, destinées à être insensiblement comblées, se sont échelonnées^ à toutes les époques, le long des côtes. Mais toutes ces formations ont disparu chaque fois que l'océan a changé de rivages, tantôt balayées par la mer, lorsque celle-ci envahissait les continents, tantôt entraînées vers elle lorsqu'elle s'éloignait de ses rives.

L'appareil littoral actuel ne date donc que du moment où la mer s'est renfermée dans les limites qu'elle possède maintenant, c'est-à-dire du commencement de l'ère jovienne qui peut, à juste titre, recevoir le nom d'ère des dunes. (Voir, page 364, le sens qu'il faut accorder aux mots: ère jovienne.)

a Les dunes s'étendent sans cesse, et il est aisé de concevoir que la largeur totale de la bande de terrain occupé par elles forme une espèce de chronomètre, un immense sablier natu-rel. Pour bien concevoir tonte la valeur de la mesure chronométrique fournie par les dunes de Gascogne, il faut remarquer combien la ligne de la côte bordée par les dunes est peu ondulée : elle s'étend entre deux points fixes, l'un près de la pointe de Grave, en face des falaises de Royan, l'autre près des falaises de Biaritz. La plage que bordent les dunes, entre ces deux points invariables, étant sensiblement rcetiligne, et se trouvant à peu près sur la ligne d'intersection du plan prolongé de la surface des landes avec la surface de la mer, il est clair que ce doit être à peu près là sa disposition originaire. Elle ne pourrait avoir eu une disposition notablement différente que dans le cas où il serait survenu des changements récents dans les niveaux relatifs de la terre et de la mer, ce que rien n'indique, d'une manière générale, sur cette côte. Les dunes qui les bor-

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deut sont donc à peu près dans la position où le phénomèDe a dû commencer. Cette remarque est commune à plusieurs autres contrées ^ quoiqu'elle ne soit pas universelle. » (Elie de Beaumont, Leçons de géologie pratique.)

Le sable des landes qui supporte immédiatement les dunes de Gascogne est un ancien fond de mer qui s'est formé peu* dant la période pliocène ^ et dont Témergement date du commencement de l'ère jovienne. La largeur moyenne de ces dunes est de 6 à 8 kilomètres. Par conséquent, si Ton oon* naissait le nombre des années qui se sont écoulées depuis le commencement de l'ère jovienne, une simple division nous donnerait le taux moyen de leur avancement. D'un autre côté, si, ce qui n'est peut-être pas impossible à obtenir^ on pouvait arriver à la connaissance de ce taux moyen, il serait permis d'apprécier la durée de l'ère jovienne. Une progression de un mètre par année correspondrait à une période de 8000 ans, nombre qui est évidemment trop faible pour représenter la durée de l'ère jovienne, mais qui doit nous autoriser à penser que cette durée n'est pas aussi considérable que le pensent plusieurs auteurs.

Ce que nous venons de dire des dunes de Gascogne peut s'appliquer aux dunes des autres contrées. Pour la plupart, elles remontent à la même époque, et, lorsqu'elles recouvrent une zone très-étendue, elles reposent sur un sol dont la formation ou l'émergement datent de la fin de la période pliocène.

La geest, par rapport aux dunes de la Belgique et de la Hollande^ se trouve^ au point de vue géognostique et chronologique, dans la même situation que le sable des landes par rapport aux dunes de Gascogne. J'en dirai à peu près autant des sables pliocènes de Montpellier, par rapport aux dunes du delta du Rhône.

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Ce qui peut rendre difficile l^emploi des dunes côtumie éhw^ nomètre, c'est que^ dans certaines localités^ le rivage dé la mer a pu se déplacer par suite des mouTetnents du sol qui s'eflfectueut sous nos yeux. La mer tend encore à se retirer pak* suite des atterrissemeuts formés pat les fleuves à leur embou«^ chure. C'est pour cela gue plusieurs contrées > et notamment la côte occidentale du Danemark ^ présentent une double ran-^ gée de dunes : évidemment ^ dans ce cas^ la langée ht plus intérieute^ par rapport aux continents > est la plus ancienne. Vers les premiers temps de Tère des duneS, le cordon litto^^ Td\, à l'embouchure du Rhône ^ n'occupait pas le même emplacement que de nos jours» Il passait auprès et au nord^ouest d'Aigues-Mortes> et^ sur ce points situé à 6 kilomètres enTiron de ]a Méditerranée^ on voit encore l'ancienne ligne des dunesj en partie couverte de forêts de pins. Ces anciennes dunes sont bien antérieures aux temps historiques. Entre l'emplacement qu'elles occupent et le cordon littoral moderne> se trouvent des lagunes et des marais. La ligne ancienne et la ligne actuelle des dunes se réunissent entre Algues-Mortes et Manguio^ et se prolongent^ ainsi confondues^ jusqu'au cap de Creuss«

Pour éviter toute équivoque^ je dois faire remarquer^ en terminant ces considérations^ que, pour moi, l'ère des dunes est plus ancienne que ne semblait l'admettre M. E. de Deaumont, lorsqu'il disait^ dans l'admirable ouvrage auquel je fais de si fréquents emprunts : « Nous voyons par la faiblesse de lA largeur de la bande des dunes, comparée à son extension itt* cessante, que le moment où le mouvement a commencé n'est pas très-reculé. Il y a certains végétaux, dont deux vies succès^* sives forment un total aussi long que toute l'ère des dunes; il y a même peut-être des végétaux aussi anciens que te com^ menoement des dunes actuelles. C'est dans ce cadre extrême^

ment simple que se trouve renfermée toute Thistoire des hommes. »

En admettant que ^ parmi les dunes actuelles^ il y en ait qui datent du commencement de l'ère jovienne, je suis conduit à les considérer comme un chronomètre qui ne doit fournir que des indications approximatives. Pendant la période jovienne^ des changements ont été apportés au climat et à la constitution topographique de chaque contrée ; ces changements ont pu réagir sur la marche des dunes ^ ralentir ou accélérer leur mouvement de progression et en modiûer la direction.

»eltas: elrconstaiice» tevoniMw à leur r«niuitlon.-~ Dans certaines

circonstances que je vais indiquer^ un fleuve^ avant d'être reçu par la mer^ se divise en deux ou plusieurs branches^ dont les plus extérieures dessinent avec le Httoral un triangle plus ou moins régulier. Ce triangle rappelle quelquefois par son aspect la lettre grecque A; de là le nom de delta que Ton a donné, dans l'antiquité^ à la région basse comprise entre les branches du Nil^ et qui sert à désigner aujourd'hui les terrains que les fleuves forment à leur embouchure.

Parmi les circonstance» qui peuvent favoriser et rendre plus rapide la formation d'un delta ^ je mentionnerai les suivantes :

a] L'importance d'un delta est évidemment en relation avec la masse des matériaux charriés par le Oeuve auquel il appartient. Elle dépend^ par conséquent^ de l'étendue du bassin hydrographique arrosé par ce fleuve et par ses affluents. C'est pour cela que le delta du Mississipi est^ après celui du Gange^ le plus important de tous ceux qui existent.

b ) Les deltas se forment surtout à l'embouchure des fleuves qui se rendent dans des mers intérieures où la marée est nulle ou très-peu sensible.

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