‹ Prodrome de géologie (volume 2)Chapitre 86 sur 149 · ACCROISSEMENT DES DELTAS, ETC · texte numérisé non relu

ACCROISSEMENT DES DELTAS, ETC

annuel de cette progression^ elle yarie évidemment avec ces drconstances elles-mêmes.

L'ayancement annuel des branches du Nil n'est que de quatre mètres par an. Cette faible progression est le résultat de circonstances déjà mentionnées; elle provient aussi du courant transversal qui passe devant les bouches du Nil ^ et qui nonseulement emporte vers Test une partie du limon charrié par le fleuve, mais quelquefois aussi détruit des parties de son delta déjà constituées.

Du temps d'Auguste, la mer Adriatique baignait les murs d'Âdria , qui s'en trouve maintenant à huit lieues. Le mouve* ment de progression du delta du Pô a été de 25 mètres par an , depuis le douzième jusqu'au seizième siècle, et de 70 mètres pendant les deux derniers siècles.

Le mouvement de progression du Rhône est de 50 mètres par an; d'autres calculs l'évaluent à 69 mètres. Celui du Mississipi a été évalué à 350 mètres. Quant au delta du Gange , c'est un pays très-insalubre que les Indiens n'ont jamais habité ; Tabsence de monuments ne permet pas d'apprécier la marche de ses atterrissements.

Les nombres qui viennent d'être donnés s'appliquent aux bouches principales d'un fleuve et non à son delta tout entier. II se passe, pour les deltas, quelque chose de semblable à ce qui a lieu pour les dunes appartenant à une même zone; tan* dis que les unes s'avancent dans l'intérieur des terres , les autres sont en repos.

Pendant que le delta croit par sa base , son sommet doit tendre à se rapprocher de la mer par suite de l'oblitération d'une des branches qui se trouvent à sa bifurcation. L'oblitération d'une des branches est elle-même la conséquence de

Texhaussement du sol par voie d'action alluviale. Cette con*

ception théorique du déplacement du sommet d'un delta est réalisée pour le Nil. Jadis ^ le sommet du delta du Nil se trouvait sous le |)arallèle d'Héliopolis ; aujourd'hui^ par suite de Toblitération des deux branches extérieures de ce fleuye^ la branche canopique et la branche pélusiaque, ce sommet se trouve à iâ kilomètres environ en aval de sa situation primitive.

Par suite du déplacement de son sommet et de sa base, on peut dire que le delta s'avance insensiblement^ en conservant approximativement les mêmes relations entre toutes les parties dont il se compose.

art été déliai. — Le phénomène de la formation des deltas étant lié à Texistence de grands cours d'eau ^ et, par suite, à celle de vastes continents, a pris une extension croissante depuis les premiers temps géologiques jusqu'à nos jours. C'est pendant l'ère jovienne qu'il a dû, en même temps que l'action alluviale, atteindre son plus grand développement.

Remarquons , en outre , que les deltas se rattachent , de la manière la plus intime, à l'appareil littoral. Les deltas qui ont pu exister jadis ont disparu en même temps que les anciennes dunes, et ceux de nos jours datent de la même époque que l'appareil littoral actuel, c'est-à-dire du commencement de l'ère jovienne. Les dépôts dont ceux-ci se composent ont commencé, pour la plupart, à se former immédiatement après les derniers sédiments marins de la période pliocène, et en même temps que les premiers terrains d'ailuvion. C'est là un fait important qui se déduit de l'examen de la contrée qui environne chaque delta, et que démontrera l'observation directe chaque fois que des sondages permettront d'étudier, dans le sens vertical , la série des dépôts constituant la masse à\m delta.

ESTUAIRES^ FORMATIONS FLUVIO-MARINES. 39ft

Eti déelafant qm Vkte Joviétine est Tère des delUS^ j0 né {ffétends pas soutenir que les autres périodes géologiques n'aient fias vu de deltas se former; mais je yeux dire que M deltas des périodes antérieures à Tère joTienne étaient moind Tastes que ceux qui sont en Toie d'édiflcation^ qu'ils ont^ d'ailleorsi entièrement disparu, que les deltas acttids datant, pour la plupart, du commencement de Tère joTienne> et qu'aucun d'enx ne remonte plus haut.

Les deltaa nous serviront plus tard de chronomètre pour mesurer le nombre de siècles écoulés depuis qu'ils existent, c'est-iHlire depuis le commencement de l'ère Jovienne. Ile nous conduiront même à des résultats plus exaota que ceux qui Dous seront fournis par les dunes.

iÊÊÊÊMÉifé% i fémaftoM flavtih«iiÉiiM«* «^ Les détritus eharriéd par les fleuves ne se terminant pas par des deltas sont tûçùê par les couitints marins, qui les entraînent et les déposent à oné distance plus ou moins grande des côtes, selon les lois qui président à la sédimentation marine. Pourtant, les sédiments constitués par ces détritus offrent, soit dans leur constitution géognosUque, soit dans leurs fossiles, les uns marins, les autres terrestres ou d'eau douce , des caractères mixtes : ils coi»^ stituent les formations fluvio^marines.

Un estuaire y en anglais œstuary, est un goUé très-étroii dans lequel se jettent un ou plusieurs fleuves. Les sédiments qui se forment dans ce golfe offrent, comme les précédents, des caractères mixtes, et peuvent être désignés de la môme manière. On conçoit qu'il y ait une transition insensible entre les estuaire^ et les embouchures des fleuves à délia négatif.

Les dépôts fluvio«marins se sont formés pendant toutes les époques gédogiques> à dalar du moment où des cours d'eau

d'une certaine importance ont circulé à la surface du globe, et un grand nombre d'entre eux^ contrairement à ce qui s'obserre pour les deltas^ sont parvenus jusqu'à nous. Leur étude trouvera mieux sa place dans le livre suivant.

Action 4Mtractlv« excrc«e par la mer contre «es rlrafcs : Inter? cn- Uon de» monvemcnts do Ml dan» les phénomènes Uttorans. — La mer,

poussée par les vents ou par le flux, précipite ses vagues comme autant de béliers contre ses rivages. Si ses flots rencontrent une plage basse , son action destructive est nulle. S'ils viennent frapper contre une côte plus ou moins élevée, ils tendent à détruire l'obstacle qui se présente devant eux. Dans ce cas, leurs efforts peuvent être contrariés par la texture ou la stratification des roches qui forment le bord de la mer. Des roches meubles sont plus facilement détruites que des roches solides. L'effet produit est intermédiaire entre les précédents, lorsqu'il y a alternance de roches solides et de roches meubles. Les roches solides protègent pendant quelque temps les roches meubles, mais lorsque celles-ci disparaissent, elles entraînent celles-là dans leur chute.

Une roche massive, comme le granité, résiste plus longtemps, à dureté égale, qu'une roche stratifiée. Une roche stratifiée, dans le cas où ses strates sont horizontales ou plongent vers l'intérieur des terres, lutte avec moins d'avantage que dans le cas de l'inclinaison de ses strates vers la mer.

Si la côte forme un escarpement, la mer sape d'abord la base de la falaise jusqu'à ce que la partie supérieure manquant d'appui s'écroule. L'éboulis, ainsi produit, retarde l'action destructive des flots, qui ne peuvent avancer de nouveau qu'après avoir enlevé la digue accidentellement placée devant eux. Lorsque les blocs résultant de l'éboulement de la partie

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