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LES GLACIERS, MÉCANISME DE LEUR FORMATION

les couches inférieures, qui se changent, sous Tinfluence des gelées nocturnes, en une masse granuleuse, composée de petits glaçons désagrégés, mais plus adhérents entre eux que les flocons qui leur ont donné naissance. Cet état de la neige a été désigné par les physiciens suisses sous le nom de névé. Pen* dant tout Tété, ce névé s'infiltre de nouvelles quantités d'eau provenant toujours de la fonte superficielle ou de celle des neiges environnantes, dont les eaux viennent se réunir dans la dépression qui forme le berceau du glacier. Dans ces régions, le thermomètre tombant chaque nuit au-dessous de zéro, mâme au cœur de Tété, ce névé se congèle à plusieurs reprises. A la suite de ces fusions et de ces congélations successives , il offlre l'apparence d'une glace blanche compacte, mais remplie d'une infinité de petites bulles d'air sphériques ou sphéroîdales : c'est la glace btdleuse des auteurs qui ont écrit sur ce sujet. L'infiltration et la congélation de la masse devenant de plus en plus parfaite à mesure que le glacier descend vers les régions habitées, l'eau finit par remplacer toutes les bulles d'air : alors la transformation est complète, la glace parait homogène et présente ces belles teintes azurées qui font l'admiration des voyageurs. Telle est, en peu de mots, l'histoire de la formation d'un glacier : en réalité, il se compose, comme on le voit, de toutes les couches de neige accumulées pendant une longue série d'années, et qui, peu à peu, se sont converties en glace plus ou moins compacte. Si les chaleurs de l'été ne limitaient pas l'accroissement des glaciers , ils grandiraient indéfiniment en longueur et en puissance ; mais chaque été voit disparaître une épaisseur considérable de la surface glaciaire, trois mètres environ : c'est le phénomène que M. Agassiz a désigné sous le nom à' ablation. En même temps, l'extrémité inférieure fond rapidement, et le glacier diminuerait chaque année si une

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progresrion incessante ne Tenait contrefaalanoer eet effet, n s'établit ainsi une espèce d'équilibre enk« la lionte estivale d'Un côté et la progression annuelle de Tautre. Si la saison est chaude et sècbe^ c'est la fusion qui remporte et le glacier re^ cule ; si Tété est froid et pluvieux, la progression compense lar* gement les effets de la fusion^ et le glacier avance (i). o {Bmnte des Deiup 'Mondes , i"' mars 1847.)

WÊÊmHmtai» été t melert i l«lf de eet mowrcnnti. — Les gladers

se meuvent dans le sens de la pente des vallées où ils sont en* caisses : une observation superficielle suffit pour démontrer, avant toute expérience, ce fait important. Les blocs placés à leur surface appartiennent rarement à la roche qui constitae leurs bords sur le point où ces blocs apparaissent. Pour retrou^ ver leur origine , il faut monter vers le haut du glacier à une distance plus ou moins grande. Le fait suivant démontre égaler ment le mouvement descendant des glaciers. Hugi, un des premiers explorateurs des glaciers des Alpes, avait construit, en 1837, une cabane près du confluent des glaciers du Fin* steraaretdu Lauteraar; cette cabane se trouvait, en 1843, à 4690 pieds du point où elle avait été d'abord établie , ce qui indique un déplacement annuel de 288 pieds.

Dans les expériences qui ont pour but de mesurer le mou^ vement du glacier, on place à sa surface une série de jalons dessinant une ligne droite perpendiculaire à son axe et se ter^ minant à deux points fixes marqués sur les roches de ses parois. En procédant ainsi , divers observateurs ont pu se oon-

(1) Varticle inséré par M. Ch- Martias a pour titre : De l'anciefiM <s(eiMJo« des glaciers de Chamonix depuis le Mont-Blanc jusqu'au Jura. Je crois ne pouvoir mieux faire, pour exposer certains faits de la théorie glaciaire, que d'empriMter la pkiiM tov|9ura si élégante et si précise de cet émineDt BetonliiCe.

MOimaiXlITS DES OIiACfBRS. i03

nincTQ : i^ que la ligne déterminée fiar ces jalons se déplaçait dans le sens de la pente du glacier; V qu'elle se transformait en une ligne courbe dont la convexité était dirigée dans le même sena. La conclusion qui se déduit de ces expériences o'est que le glacier se meut, et se meut plus rapidement dans sa région médiane que sur les bords. Ces expériences ont été re» prises par M. Tyndall , qui a démontré que œ n'était pas tou^ jours le Jalon du milieu qui avait le mouyement le plus rapide. Il a formulé la loi suivante , qui est identique avec celle do mouvement des rivières dans un Ut sinueux : quand un glacier se meut dans une vallée sinueusej le lieu des points de moutO'* ment maximum ne coïncide pas avec une ligne tracée le long du centre du glacicrj mais il est toujours situé du c6lé convexe de la ligne centrale. Il forme donc une courbe d'une plus grande sinuosité que la vallée elle-même , et il croise l'axa du glacier à chaque point du changement de courbure.

Les expériences de M. Tyndall ont également confirmé les observations d'autres savants, qui avaient été conduits à reconnaître que le fond du lit d'un glacier, de même que ses parois latérales, exerçait une action retardatrice sur son mouvement

D'autres points de ressemblance existent entre les coois d'eau et les glaciers et permettent de considérer ceux^i comme des fleuves stéréotypés. Un glacier se confond ordinairement avec d'autres glaciers qui sont pour lui autant d'affluents. Il peut aussi avoif ses remous et ses cascades. La partie supérieure du glacier de Schvrarzwald , dit M. Agassiz, repose sur le sommet des Weterhoerner, dont les parois sont très-escarpées du cftléde la Scheideck, de manière qu'il s'en détache son vent des masses de glace très-considérables qui , en tombant , se brisent et se triturent complètement. En peu de temps , ces éboaUs se cimentent de nouveau et redeviennent une glace

aussi compacte qu'auparavant; le glacier reprend tout à fait le caractère qu'il avait antérieurement.

etamti des monvencnlft des tiaclen : eoM«4aciiCM da pMnomftiie d«

ret«i. -^ De Saussure pensait que le glacier était entraîné par son propre poids; il le comparait à un corps glissant sur un plan incliné , et une circonstance lui semblait devoir favoriser ce glissement; c'est l'existence d'une couche formée de boue, de gravier et d'eau qui s'interpose entre le glacier et le sol sous-jacent. A l'hypothèse soutenue par de Saussure , on a objecté que le glacier^ en obéissant aux lois de la pesanteur, devrait prendre un mouvement de plus en plus rapide. Or^ l'expérience fait voir qu'il se produit un effet tout opposé. Le glacier de l'Aar a une vitesse de 75 mètres par an dans sa partie supérieure^ de 71 mètres dans sa partie moyenne^ et de 39 mètres seulement dans sa partie inférieure. Cette objection ne me paraît pas sérieuse. Le ralentissement dans la marche d'un glacier est susceptible de recevoir plusieurs explications. Il peut provenir d'une diminution dans la pente ou d'une augmentation dans la largeur de la vallée où le glacier est encaissé; en outre, à mesure que le glacier s'éloigne du point où il a pris naissance , sa masse diminue par suite du phénomène désigné sous le nom d'ablation ou de la fonte de sa partie immédiatement en contact avec le sol. Mais ce qui ne permet nullement d'admettre l'hypothèse de de Saussure» c'est que, à causQ de sa simplicité même , elle ne rend pas compte des mouvements compliqués d'un glacier ; elle ne saurait nous dire pourquoi les diverses parties d'un glacier sont animées de vitesses différentes , quoique formant un tout en apparence indivisible ; elle ne saurait non plus nous expliquer comment un glacier se moule exactement dans les cavités qui l'encais-

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sent^ comment il s'élargit ou se rétrécit selon que la vallée où il coule augmente ou dinniinue de largeur.

M. Agassiz a supposé dans les glaciers un mouvement de dilatation se produisant à la suite de rinfiltratîon de Teau dans les nombreuses fissures qui existent dans sa masse. Hais cette explication est inconciliable avec ce que Ton sait sur la saison où le glacier progresse. Si Thypothèse de M. Âgassiz était fondée, le glacier devrait progresser en hiver; or, rhiver est pour le glacier le moment du repos ; c'est pendant Tété qu'il reprend son mouvement de progression.

Postérieuremenl à l'époque où M. Agassiz a émis sa théorie, M. James Forbes a été conduit à supposer, dans le glacier, une sorte de plasticité ou de viscosité , semblable à celle du mortier, du miel ou du goudron.

Cette supposition se rapprochait bien plus de la vérité que les hypothèses antérieurement émises; pourtant, elle était encore loin de satisfaire l'esprit, car on ne saurait comparer la glace aux corps que je viens de citer : elle ne s'étire pas comme eux , et un fragment de glace se rompt sous la main qui veut lui imprimer une flexion.

En dernier lieu , M. Tyndall a eu l'heureuse idée de rattacher la théorie du mouvement des glaciers au phénomène du regel de la glace , et de montrer que la glace des glaciers était douée d'une propriété mécanique équivalente à la viscosité.

Deux morceaux de glace à 0^ se soudent quand ils sont mis en contact ; ce phénomène se produit même lorsque les deux

morceaux sont placés dans de l'eau chaude; mais il ne se manifeste nullement lorsque la glace est sèche , c'eslrà-dire audessous de 0*.

Cette propriété de la glace, permet d'imprimer successivement à un même bloc les formes les plus variées » en le

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sotimettatit^ dans des mouks en bois convenablement prépa^^ rés^ à la presse hydraulique. En très-peu d'instants, on peut transformer un bloc cubique en une conpe ^ et un prisme en nn anneau. Dans ces expériences^ la glace se brise en un grand nombre de morceaux qui se soudent ensuite les uns aux ai]«* très; la glace fait entendre^ en se brisant^ un craquement produisant quelquefois un son presque musical.

Or^ la Tallée où un glacier est encaissé représente le moule qui, dans les expériences précédentes^ agit sur le bloc de glace ; le glacier n'est rien autre chose que le bloc de glace lui-même, et la pression mutuelle de tontes ses parties fait fonction de presse hydraulique. Si la glace des glaciers était complètement rigide, incapable de se rompre ou de se briser, la masse qu'elle constitue resterait toujours à la même place. Il serait, par exemple , impossible an glacier de franchir les points où la Tallée qui le reçoit se rétrécit. Il se trouverait dans le cas d'une pierre retenue entre les parole de la fente de rocher où elle a pénétré.

Diverses circonstances tendent sans cesse à déterminer, dans le glacier, des solutions de continuité ; telles sont les inégalités de température et les vides qui se produisent lorsqae le glacier fond à sa paroi inférieure par suite de Tafflux de la chaleur interne, ou lorsque, en été, les eaux circulent dans sa masse; telles sont encore les tensions mécaniques que le gla^ cier subit sous la pression mutuelle de ses parties et qui don-» nent origine aux crevasses. Les crevasses marginales, dit M. Tyndall, résultent d'une traction oblique provenant do mouvement plus rapide des parties centrales; les crevi^ses transversales , du passage du glacier au sommet d'une pente plus rapide ; les crevasses longitudinales , d'une pression fmt derrière jointe à une résistance par devant, qui force la masse à se partager à angle droit sur la direction de la prosaioa^

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