‹ Prodrome de géologieChapitre 102 sur 170 · CONTINUITÉ DES TYPES · texte numérisé non relu

CONTINUITÉ DES TYPES

les familles^ les genres dont se compose une faune sont d autant plus nombreux que cette faune appartient à une période plus récente. Dans ce fait général, on doit d'abord reconnaître l'influence du milieu où la vie se développe et le résultat d'une diversité de plus en plus grande dans les stations vitales. Pourtant l'étude comparative des faunes qui ont appartenu à des époques différentes, mais qui ont vécu dans des conditions biologiques identiques, démontre aussi que cet accroissement dans la variété des formes organiques est également en relation avec l'essence même des forces qui président aux rénovations des flores et des faunes; en d'autres termes, quand bien même les conditions biologiques n'auraient pas varié à la surface du globe , ces forces auraient icmctionné de manière à produire, à elles seules, cette diversité sans cesse croissante dans l'aspect des plantes et des anjtnaux vivant à la surface du globe.

CODUnulté des types ; espèce* prophétiques ou il*aYaiit-ffartfe ; espèces

rarrière-garde. - Lorsqu'un type quelconque paraît à la surface du globe, il persiste pendant un temps plus ou moins long; les î^raptolites ont eu une durée très courte , puisqu'ils n'ont vécu que pendant la période siluriennci tandis que le genre Nanti'* ItfSy qui date de la période silurienne, est dhcore représenté dans les mers actuelles. Mais, dans la presque totalité des cas, df'pids le moment où tm type zoologique a apparu pour la première fois, jusqu'au moment où il a dispai^u tout à fait, il ny a point eu d'interruptiori dans son existence ; en d'antres termes, chaque type n'a paru et disparu qu'une fois. Cette loi se vérifie dans l'histoire des genres, des familles, des ordres et des classes. L'expérience a démontré (|ue, lorsqu'on a signalé quelque lacune, lorsqu'un genre, par exemple, manquaitdans

un étage après avoir été retrouvé dans les formations supérieures et inférieures^ il arrivait presque toujours que cette interruption cessait d'exister devant une investigation plus complète.

Certains groupes offrent^ dans leur histoire géologique, la particularité suivante qui constitue , jusqu'à un certain point, une exception à la loi qui vient d'être énoncée. Après une première et courte apparition, ils cessent subitement d'être représentés à la surface du globe^ et ne reparaissent qu'après une période trop longue pour que l'absence de leurs débris dans les terrains correspondant à cette période ne puisse pas être admise comme un fait probable. On désigne quelquefois sous le nom d'espèces prophétiques ou de fossiles précurseurs ces formes qui se montrent isolées longtemps avant le groupe zoologique auquel ils se rattachent. Ils constituent^ pour ainsi dire, Vavant-garde du corps d'armée qui , plus tard , prendra possession d'une partie de la surface du globe. On peut, d'un autre côté^ considérer comme Varrière-garde de cette armée les espèces qui se montrent longtemps après que te type auquel elles apparliennent a disparu. Les mammifères du trias, de l'oolite inférieure et des couches de Purbeck sont des espèces prophétiques; le genre Ceratites, quia reparu pendant un instant après un intervalle de temps qui comprend toute la période jurassique et une partie de la période crétacée, est une espèce d'arrière-garde.

r— L'ensemble des plantes et des animaux forme une série où Ton voit l'organisation prendre une complication de plus en plus grande et devenir de plus en plus parfaite. Cette série constitue ce que l'on a désigné sous le nom « d'échelle des êtres. » Elle commence

THÉORIE DU DiVELOPPEUEirr PROGRESSIF. 375

ayec les iofasoires réduits à une simple cellule et se termine à rhomme. Elle se décompose en séries partielles qui marchent parallèlement les unes aux autres^ mais qui ne présentent pas la même étendue et ne se trouvent pas placées au même niveau; elle n'en laisse pas moins dans Tesprit l'idée d'une perfection sans cesse croissante.

On a prétendu que Tordre dans lequel les êtres se succèdent d'un degré à l'autre de l'échelle animale ou végétale est précisément celui de leur .apparition à la surface du globe. La théorie du développement progressif j affirmée par certains faits^ se trouve démentie par d'autres. Elle est vraie lorsque Ton compare la faune première à la faune actuelle, et surtout lorsqu'on se rappelle que l'homme est le dernier être qui se soit montré à la surface du globe. On est encore porté à lui donner une importance réelle lorsque l'on voit les invertébrés apparaître avant les vertébrés, les poissons avant les reptiles, les reptiles avant les oiseaux, et, sans doute aussi, les oiseaux avant les mammifères. Enfin, l'ordre dans lequel se sont opé* rées les transformations de la flore concorde d'une manière assez exacte avec la doctrine du développement graduel. Mais celte doctrine perd son caractère de généralité lorsqu'on examine ce qui s'est passé pour les trois embranchements d'invertébrés comparés entre eux, pour chacune des classes dont ces embranchements se composent, et même pour deux au moins des classes de vertébrés considérées isolément.

La doctrine du développement graduel, déjà en panie infirmée par des exceptions assez nombreuses, perd encore de sa valeur lorsque l'on fait la part de influence exercée par les circonstances extérieures. Les poissons ont pu apparaître avant les autres vertébrés, soit parce que leur organisation est moins parfaite, soit parce que, lorsqu'ils ont été créés, le domaine

des eaux était plus étendu que celui de la terre ferme. (Voir antè, page 361, loi terripétale.)

Tout en réduisant à sa véritable valeur la loi du développement progressif^ il est juste de lui reconnaître une existence indépendante. Mais, ainsi que je l'ai dit dans Tintroduction de cet ouvrage, a le développement progressif est une chose bien plus réelle lorsque Ton a en vue le perfectionnement intellectuel des êtres plutôt que leur perfectionnement organique. Dans le règne végétal, on voit les plantes à organes de reproduction cachés (cryptogames) céder la place à celles qui ont des fleurs proprement dites, mais peu apparentes (gymnospermes) , et celles - ci être remplacées à leur tour par des végétaux à fleurs très visibles, souvent très grandes et presque toujours parées de couleurs brillantes et variées (angiospermes et monocotylédonées). Dans le règne animal, on voit aux animaux muets succéder ceux qui peuvent faire entendre un cri, puis Tbomme qui a le don de la parole. La somme d'instinct appartenant aux animaux dont les types ont successivement apparu a été sans cesse en croissant, ei il est venu un moment où un nouveau pas a été fait dans cette voie par la création de Têtre intelligent , ayant conscience de lui mên^e, de ce qui l'entoure et d'une providence. La venue de l'homme marque non seulement l'arrivée d'un animal plus élevé dans l'échelle des cires , mais aussi et surtout le règne de la pensée et de la civilisation sur notre planète. »

BelatloD cuire l'ordre d'apparliloD dei difrert irpet d*aiiiiiia«x ei lei phases de leor développement embryonnaire. — <r Quelques naturalistes ont cru remarquer, dans certains types zoologiques, que si Ton forme une série dont le terme inférieur corresponde

TENDANGB VERS LB» TTPEft ACTUELS. 371

aux première adirtiatil créés de ea gtoupéi et le terme •upé'» rieur à ses représenianls les plus récents^ cette série sera pa« rallèle à celle que Ton construirait au moyen des direrses formes que prend successivement l'embryon des êtres les plus parfaits. Cette loi est loii) d'être démontrée d'une manière gé* nérale^ mais il est qudqdes cas dans lesquels elle parait prendre une certaine réalité. Je ferai remarquer d'abord qu'il ne s'agit ici que de séries partielles^ et que la loi est inapplicable à i'en^ semble du règne animal. Voici quelques exemples qui feront comprendre sa portée. On sait que tous les poissons, comme tous les vertébrési ont d'abord la colonne épinière à corps inditis et réunis sous la forme de corde dorsale; beaucoup de poissons anciens coaserventi à Tétat adulte, ce caractère embryonnaire, comme les esturgeons et quelques autres le font encore dans le monde actuel. — L'étude de l'embryologie des poissons montre aussi que, dans l'origine, toutes les nageoires impaires sont réunies en une seule qui entoure le corps et la queue. L'eiistence de nageoires très nombreuses ou peu séparées, et en particulier de plusieurs anales dans quelques poissas anciens, peut aussi être considérée comme un caractère embryonnaire. Les échinodermes supérieurs (oursins) sont, dans leur jeune âge, fixés par un pédicelle qu'ils perdent plus tard. Ils ont été précédés sur la surface de la terre par les échinodermes pédicellés (crinoïdes). » (Piolet.) Je rappellerai que c'est M. Agassiz qui, le premier, a attiré l'attention des paléontologistes sur les relations qui viennent d'être signalées.

» ver» %9ê îfpn Mtvtft. -^ Les faunes et les flores se sont saecessivement transformées de manière à présenter des types déplus en plus analogues à ceux de l'époque actuelle. I.a faune mésofloiiqtte se iMnpose presque wslusiTsmest de formes mi-

maies oa végétales dont Taspect nous est habituel^ tandis que la faune paléozoîque offre^ \yom ainsi dire, un caractère d'ar* chaîsme très prononcé. Le passage entre ceA deux faunes si différentes s'est effectué d'une manière insensible. « Si nous examinons les coquilles du terrain tertiaire, nous ne verrons presque que les formes qui nous sont.familières ; tandis que, si naus étudions les faunes des terrains anciens, les formes nouvelles et inconnues nous paraîtront bien plus fréquentes, et nous serons, pour plusieurs d'entre elles, tentés .de les désigner sous les noms de bizarres ou d'anormales, parce qu'elles échappent à certains rapports auxquels nous sommes habitués. Si l'on veut, par une analyse plus sévère, préciser cette première impression, on peut dire que les espèces des couches les plus récentes appartiennent, pour la plupart, aux genres dans les* quels se répartissent les animaux vivants; tandis que, si l'on " descend davantage dans l'écorce de la terre, on est obligé de créer plus de genres nouveaux pour grouper les formes des êtres; et que ménfe il existe, dans les terrains les plus anciens, des conditions d'organisation encore plus différentes, qui exigent la formation de familles ou d'ordres nouveaux. • (Pictet.) Un corollaire de cette loi que l'on peut formuler sous la désignation de loi de tendance vers les types actuels, c'est que les faunes de deux époques quelconques offrent d'autant moins d'analogie que ces deux époques sont séparées l'une de l'autre par un plus large intervalle.

▼artiUoBft étOÊê la «wuiUté «c ▼!« à la sarùiee «■ gM^. — Que doit-

on entendre par quantité de vie? D'après M. Flourens qui, je crois, s'est servi le premier de cette expression, ce serait simplement, il me semble, le nombre des êtres vivants. Il nous parait que l'expression « quantité de vie » porte avec elle une

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