LES TERRAINS SONT CARACTÉRISÉS PAR LEURS FOSSILES
rencontrant pas dans deux étages à la fois. Cette nécessité de ne s'en rapporter à un seul fossile que dans pne certaine mesure, lorsqu'il s'agit de déterminer un terrain, est suffisamment justifiée par ce qui a été dit (aniè, pages 362 et suivantes) sur la persistance des espèces pendant deux ou plusieurs époques consécutives.
L'étude systématique du terrain tertiaire présente un autre genre de difficultés résultant de ce que ce terrain se compose de formations marines et de formations lacustres placées sur le même niveau géognostique. Les animaux qui vivent dans les eaux douces sont, en effet, entièrement différents de ceux qui vivent dans les eaux salées. Si les termes de comparaison entre les terrains lacustres et les terrains marins de la série tertiaire ne font pas absolument défaut, c'est grâce au développement pris par la faune des animaux terrestres et surtout des mammifères. Les débris des animaux à respiration aé- I rienne ont été indifféremment entraînés dans les mers et les lacs y et ce sont eux qui, dans un grand nombre de cas, |>ermettcnt d'établir le synchronisme de terrains dont la faune n'offrirait sans cela aucun caractère commun.
La gloire d'avoir doté la géologie de son moyen d'investigation le plus puissant revient surtout à W. Smith , né à Churchill (Oxfordshire) en 1769, mort en 1839. t W. Smith, dit M. Marcou , avait été élevé pour la profession d'arpenteur et d'ingénieur des mines. Il commença à observer et à étudier les strates dès 1788, en parcourant les localités où il était appelé par les devoirs de son état. Mais ce fut comme directeur des travaux pour la construction du Somersetshire Coal Canal, qu'il eut l'occasion de faire les découvertes qui l'ont fait appeler à juste titre le père de la géologie anglaise. Ne connaissant aucun des savants de l'époque, il ne pouvait communiquer les
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idées nombreuses qui se Iieurlaient dans sa jeune tête, et dont il ne comprenait pas alors toute la valeur^ se contentant de prévenir ses ouvriers de la nature du terrain qu'ils avaient à couper. Agé seulement de vingt six ans , et sans autre maître que la nature et son propre génie d'observation, W. Smith reconnut que chaque strate a été successivement le fond de la mer, et quelle renferme dans son sein les monuments pétrifiés des races d'êtî^c organisés qui vivaient alors, et de plus il reconnut que , le long de la section de son petit canal , chaque a strate contenait des restes fossiles d'êtres organisés spéciaux » à. chacune d'elles, et que par leur moyen*on peut, dans » certains cas douteux, reconnaître et identifier une couche, et '» la distinguer d'autres entièrement semblables , mais placées » dans d'autres parties de la série stratigraphique )> Ces deux découvertes contiennent toute la géologie des strates ; ce sont les deux embryons d'où est sortie la stratigraphie telle qu'elle existe aujourd'hui. Ainsi, dès 4795, W. Smith avait dérobé à la nature un de ses secrets les plus impénétrables; faute d*occasion de communiquer ses découvertes, il les conserva secrètes jusqu'en <799 (0. »
(I) ir En {799, W.Smith fit la connaissance do Rév. Benjamin Richarâson,qai habitait alors Bath, où il possédait une très belle collet t/^ti de fossiles do paySt qu'il avait recueillis lui même. Très versé dans l'histoire naturelle, enthousiaste et liWml, Richardson connaissait parfaitement tout le pays qui arail été étudié par W. Smith; scnleraeut ses vues sur les fossiles ne s'étendaient pas au delà de ce qu'il en avait appris dans les livres publiés jusqu'alors , et il n'avait pas la moindre idée des lois de la superposition des strates^ et de la connexion qui existe entre les formes organiques fossilrs et l'ordre des strates. D'un autre côté, W. Smith avait des connais«!ances extrêmement bornées sur la véritable nature des fossiles et sur leurs restions avecles. types actuellement vivants. Dn contact de ces deux iutelli(:ences, ainsi préparées, résilia une itiiK«»lle il» viri^int' q«iî lit brilSM- dan? lonic r^ pur le et montra en
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£a disant que la gloire d'avoir doté la géologie d'un de ses principes fondamentaux revient « snrtout » i W. Smitb , je dois rappeler la part qui^ dans cette découverte comme dans toutes celles de Tesprit humain^ appartient à d'autres savants.
même temps toute la portée des observations qae W. Smith venait de faire et d'accamoler si patiemment
» RichardsoD ne voulut pas d'abord croire W. Smith lorsque celui-ci lui assar^ que, dans le district de Bath et même à de grandes distances environnantes, cette loi, savoir : que les mêmes strates étaient toujours rencontrées dans le même ordre de superposition et contenaient toujours les mêmes fossiles aractéristiques , était très générale. Pour le convaincre, W. Smith lui prop(.<5a d*expIorer le terrain^ et un nouveau et sa\ant associé , le Rév. Joseph Townsend, s'étant joint à eux, on se mit en route. On visita beaucoup de localités différentes , et partout les prédictions de W. Smith se vérifièrent, et les deux amis de W. Smith se rendirent devant l'évidence des faits.
> Un jour, après avoir dtné ensemble à la maison de Townscnd , un des niembres de ce digne et à jamais respectable triumvirat, proposa d'écrire sous forme de tableau (Tabuiar vietv) les points principaux des découvertes de W. Smith, tels qu'ils venaient de les vérifier ensemble. Richardson prit la plume et écrivit, eous la dictée de W. Smith, les différentes couches dans leur ordre de succession en commençant par la craie et les numérotant dans une série continue jusqu'à la houille. Au dessous de la houille proprement dite, ils ne connaissaient pas encore Tordre de superposition des strates, ils ajoutèrent dans une colonne spéciale, à la suite de la description des strates, une liste des «fi^ilesles plus remarquables qu'ils avaient recueillis en place et dans le sein même des roches. Après avoir arrangé ce tableau , chacune des personnes présentes en prit une copie, sans prendre d'engagements d'aucune espèce quant A l'usage que chacun pouvait en faire , et de cette manière il a été distribué et a circulé à un grand nombre d'exemplaires manuscrits , et il est resté pendant longtemps comme le type et l'autorité pour les descriptions et l'ordre de 'Qperpotttion des strates aux environs de Bath.
«W. Smith est un des exemples les plus frappants de l'oubli de ses contemporains ; créateur de l'une des trois branches dont se compose la géologie, il a v*^u oublié, pauvre, dans la misère même ; les hommes ne sont jamais venu le trouver dans sa modeste retraite ; c'est à peine si, sur les dernières années d^ sa vie, il a. reçu quelques attentions d'un petit, nombre de ses confrères et nne faible pension gouvernementale, donnée sans dignité, sous forme d'aumône arrachée par la sollxitcition de quelques amateur». » (Marcou.)
Il est juste de rappeler que, dès il6% un géologue allemand nommé Fucbsel disait^ à propos des terrains compris entre le Hartz et le Thuringerwald, que certaines couches étaient caractérisées^ non seulement par leur nature minéralogîqucj mais aussi par les débris organiques qu^elles contenaient. Cette opinion se trouve formulée dans deux ouvrages publiés par Fucbscl, Tun en 1762, Tautre en 1775, et dont Texislence semble avoir été ignorée de la plupart de ses contemporains; ce n'es! qu'en 1830 que M. Keferstein les a fait connaître.^
En outre, si Ton réfléchit que l'idée formulée par W. Smith ne fut pas publiée dans un travail régulier avant 1815 et que l'Essai sur la géographie minéralogique des environs de Paris date de 1808, il est permis d'accorder à Alex. Brongniart une part de l'honneur que l'on attribue à W. Smith. Voici comment M. d'Archiac s'exprime à ce sujet : « Au point de vue de la distribution des corps organisés fossiles dans les difTérentes couches, le travail de Cuvier et d'Alex. Brongniart ouvrait à la science, dans notre pays, une voie à peine indiquée, et lui imprimait en même temps une marche plus sûre, semblable à celle que W. Smith suivait de l'autre côté du détroit, et en s'appuyant sur le même principe. On ne peut trop insister sur ce service rendu par les auteurs de l'Essai sur la géographie minéralogique des environs de Paris, et nous verrons même l'un d'eux dépasser dans cette direction, par la hardiesse de ses vues, tout ce que l'on avait fait jusque là dans le reste de l'Europe. Dans les travaux exécutés en commun, il e^t souvent difficile d'apprécier exactement la part qui revient à chaque .auteur, et c'est même un sujet assez délicat à traiter pour que la critique s'en abstienne ; mais ici la tâche est très simplifiée, car l'un d'eux a été, en quelque sorte, au devant de cette recherche. Cuvier, eu eflet, en rendant une éclatante justice à