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LES TERRAINS SONT CAHACTÊRISÉS PAR LEURS FOSSILES

son savant collaborateur, a [reconnu que la plus grande part de leur ouvrage revenait à Alex. Brongniart. Tout nous prouve que ce dernier est l'auteur du principe dont il fit, quelques années après, de si remarquables applications. Maintenant, devons-nous chercher à qui appartient la priorité de ce principe, appliqué en même temps en France et en Angleterre? Nous croyons à la simultanéité et à Tindépendance de la découverte des deux côtés du détroit. Tout semblait en effet préparé pour que les germes depuis longtemps semés se développassent simultanément sur plusieurs points. C'est ainsi que le calcul intégral prit naissance en Allemagne pendant que la méthode des fluxions voyait le jour sur les bords de la Tamise, et que Leibnitz eut aux yeux de la postérité la même gloire que Newton ; de même la relation des Taunes avec Tancienneté des couches doit, suivant nous, faire autant d'honneur à Alex. Brongniart qu'à W. Smith qui eut aussi pour précurseur TabbéiGiraud-Soulavie. »

L'abbé Giraud-Soulavie est l'auteur d'une Histoire naturelle de la France meridiofiale publiée en 1780. Dans cet ouvrage, il range dans un premier âge les fossiles du Vivarais, dont on ne trouve plus les analogues vivants; ils appartiennent à ce qu'il appelle la pierre calcaire primordiale; ce sont des ammonites, des bélemnites, des térébratules, des gryphites, des entroques; etc. Au dessus de ce calcaire primordial viennent les calcaires secondaires de l'auteur, où il signale des fossiles d'espèces éteintes comme dans les précédentes, mais ici associées à d'autres qui auraient leurs analogues vivantes. Son iroi* sième âge comprend aussi une roche calcaire avec des coquillages d'espèces récentes dont les descendants vivent encore dans DOS mers. Les schistes arborisés constitueraient les dépôts d'an quatrième âge, mal déflni à cause de la difficulté qu'a

eue l'auteur pour établir toujours leurs relations avec les calcaires. Dans le cinquième sont rangés des poudingues, des brèches avec des restes d'éléphant. « Soulavie, fait observer M. d'Archiac après avoir ainsi résumé sa classification des terrains du Vivarais^ avait une idée très exacte de la succession des êtres organisés dans le temps qu'il a formulée le premier avec des exemples à Tappui ; on ne lui a pas rendu toute la justice que ses travaux méritaient; il a été un de ceux que l'opinion générale déshérite sans qu'on sache pourquoi. »

KBiploI de la mélkotf e pécrolofflqoe dans la détenmoaaov des terralnt.

-— Les fossiles nous fournissent le moyen le plus sûr^ ordinairement le plus commode et toujours le seul rationnel^ pour reconnaître et caractériser les terrains. Mais^ bien qu'il n'y ait pas entre Tâge d'une formation et sa composition pétrographique une relation nécessaire^ on peut, pour atteindre plus facilement ce but, tenir compte de la nature des roches qui constituent le terrain que l'on étudie. Chaque terrain conserve sur une étendue plus ou moins grande la môme allure et le même aspect; une fois que son âge a clé déterminé d'une manière précisé, sur un point quelconque, par la méthode paléontologique, on peut le suivre à la piste dans toute la contrée où Ton se trouve sans qu'il soit nécessaire pour le reconnaître de se livrer à chaque instant à la recherche des fossiles. Lu botaniste, pour nommer une plante, n'a pas toujours besoin d*en étudier les organes et de faire usage de sa loupe. La méthode empirique, qui consiste à caractériser les terrains d'après leur constitution pétrographique, a été d'abord la seule possible et la seule employée; on est encore obligé d'y avoir recours lorsque les terrains appartiennent à la série azoïque ou se montrent dépourvus de fossiles sur des espaces plus ou moins étendus.

DÉTERMINATION D£ l'aGE DES BOCHES ÉRUPTIVES. »#iennliuii|iMi '< l*âffe des roeHes éru^P^YCt. — Les procédés, que

je viens d'indiquer comme devant être mis en œuvi^e lorsqu'on veut itéte^miner Tâge des .tçrrains^ s'appliquent cxclusiYement aux roches de séjduneQt parce qu'elles sont seules fossilifères. Mais chaqup terrain, considéré au point de vue de la géplogjie systématique, comprend en même temps des roches sédimentaircs et des roches éruptives.

Les relatjipns stratigraphiques et géognosUques existfiut eiUre les r^Qc^es éruptives ei les roches sédimentaires permettent ordinairement d'arriver à la connaissance de l'âge .4es UOQS quand on sait l'âge des loutres. J'ai déjà mqntiouné (to« me n, page 145) deux de^ moyens qu'on emploie pourJSXer l'époque àji^qpelle pnye roche éruptive s'était rapprochée de la surface du globe. J'ai rappelé qu'une roche éruptive était toujours postérieure aux roches sédimentaires dont les débris sont engagés d^s sa notasse et antérieure à celles où ses propres 4ébris se trouvent contenus. Il me reste à dire quelques mots des indications qui peuvent être fournies par l'étude des relationç^ stratigraphiques existant entre une roche éruptive et les terrains avec lesquels elle est en contact.

Les roches éruptives sont évidemment postérieures ajux strates qu'elles ont plus ou moins métamorphisées ou déraqgées de leur situation première. Même lorsque leur arrivée à la surface du globe n'a été accompagnée d'aucune action métamorphique ou dynamique, les roches éruptives doivent encore être considérées comme étant' postérieures aux terrains où elles ont pénétré sous forme de filons ou sur lesquels elles se sont répandues en nappes. Ces nappes sont plus anciennes que les terrains qu'elles supportent, a moins qu'elles ne résultent d'un phénomène d'intrusion ayant amené l'inlercalation d'un filon couché entre deux strates préexistantes.

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Les lignes stratigraphiques^ en tendant à coordonner entre eux les phénomènes érnptifs de la môme époque, sont également susceptibles de faciliter la tâche du géologue qui recherche rftge des roches que ces phénomènes ont amenées au jour. Il est probable^ par exemple^ que les roches éruptives échelonnées le long d'une faille se rattachant au système du Thuringerwald sont du même âge que ce système. Pourtant, ce que j'ai dit sur les directions épigéniques et récurrentes indique assez que cette méthode ne doit être employée qu'avec beaucoup de précaution .

On peut, enfin , quand on recherche Tâge d'une rocheéruptîve, s'aider des relations qu'on observe entre les roches éruptives elles mêmes et leur appliquer les principes sur lesquels on s'appuie pour déterminer l'âge des filons. (Voir tome I^ page 2%!.}

ivomcDeiatiire féoiofiqae. — Les principes qui doivent servir de base à la nomenclature géologique ne sont pas encore établis: je doute même qu'ils puissent Têtre de longtemps. Sous ce rapport, la géologie est encore placée au point où la botanique se trouvait avant Linné et la chimie avant Lavoisier. Les terrains forment une série linéaire dont chaque terme est trop indépendant de celui qui le précède ou qui le suit, pour qu'il soit permis de les grouper en genres et en espèces^ et de leur appliquer la nomenclature binaire créée par Lii.né. D'un autre côté, les terrains présentent des caractères trop multiples et trop complexes pour qu'on puisse donner à chacun d'eux une désignation qui soit, comme dans la nomenclature chimique, une définition. Aucun terrain, pas plus qu'une contrée quelconque, n'est susceptible de recevoir un nom ayant une signification assez étendue pour exprimer tous les caractères qui lui sont inhérents.

NOMEïïCLATURE GÉOLOGIQUE. 401

Par conséquent, dans la nomenclature géologique , on doit préférer les noms de terrains qui n'ont aucun sons par eux mêmes ou ceux dont la signification première a été oubliée. A ce point de vue^ Tusage des mots étrangers^ bien qu'ayant fait l'objet de plusieurs critiques^ n'est pas sans quelque avantage , parce que la plupart des personnes qui les emploient ignorent leur signification ou n'en tiennent pas compte.

Il est une autre cause qui rend impossible la création d'une nomenclature géologique établie sur des bases rationnelles et généralement adoptées^ c'est que la classification des terrains est elle même loin d'être définitivement fixée; cette classification subit chaque jour des modifications et des perfectionnements dont on ne peut encore prévoirie terme; il foui donc renoncer à la prétention d'afibcter à des choses, qui n'ont qu'une existence éphémère, des noms susceptibles de rester pendant très longtemps dans la science.

Afin de donner une idée de la terminologie employée dans la géologie systématique, je rappellerai d'abord qu'un grand nombre des mots dont elle se compose sont empruntés à des noms de villes ou de contrées où les terrains qu'ils servent à désigner présentent leur plus grand développement et se trouvent à l'état de type plus ou moins complel. Exemples: terrains silurien, oxfordien , néocomien , parisiefi , etc., ainsi nommés parce qu'ils existent respectivement dans le pays des Silures, près d'Oxford, à Neuchâtel, dans les environs de Paris, etc.

Il est aussi beaucoup de terrains dont les noms indiquent la nature ou l'espèce des débris de corps organisés qu'ils renferment; exemples* couches à lingides, calcaire d gryphées arquées, zone de /'Ammonites margarilatus, terraiti corallien.

L'étude des fossiles n'a pris une large place dans la géologie que depuis peu d'années. Pendant longtemps, on a surtout

considéré dans les terrains leurs caractères pétrographiques, et les noms imposés à ces terr-ains ont été nécessairement empruntés aux roches dont ceux-ci sont formés en totalité ou en majeure partie. Ces noms ont été conservés pour la plupart, mais la signification que Ton accordait à un grand nombre d'entre eux doit être oubliée. Le terrain oolitique n'est pas le seul à se montrer composé de roches à texture oolitique, et les calcaires blancs à texture crayeuse se rencontrent non seulement dans le terrain de la craie blanche, mais aussi dans d'autres formations. Il arrive mênae fréquemment que ces désignations pétrographiques tombent entièrement à faux lorsqu'on les emploie loin des contrées où elles ont pris naissance ; c'est ainsi que parfois le nom de terrain de la craie blanche sert à dénommer des strates synchroniques avec ce terrain, mais exclusivement composées d'ai^ile ou de sable; de même le terrain houiller, dans certaines contrées, est, malgré son nom, complètement dépourvu de houille. Je vais citer quelques uns des nombreux exemples de dénominations empruntées à des caractères autres que ceux qui sont fournis par les fossiles. On appelle terrain schistetix la partie du terrain de transition où les schistes abondent; cette dénomination et celle tle terrain houiller méritent d'être conservées parce que les schistes proprement dits et la houille sont des roches caractéristiques dont chacune est spéciale à une période. On appelle trias un terrain composé en Allemagne, de trois termes : le grès bigarré, le muscheikalk et le keuper; ce mot est définitivement introduit dans la science, mais, en l'employant, il faut oublier son origine , puisqu'on a reconnu que la série triasique se compose dans d'autres pays, d'un, de deux ou de quatres termes. Le mot grès, suivi d'une épithète indiquant ordinairement la coloration de la roche,

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sert quelque fois à désigner des terrains composés en majeure partie de débris quarlzeux; exemples: grès rouge ^ grès houiller, grès vosgien, grès bigarre, grès vert, etc.

Certaines dénominations de terrains^ telles que celles de lias, terre à foulorif crag, faluns, etc., sont des expressions techniques ou locales que les géologues ont généralement admises en oubliant, pour le plus grand nombre d'entre elles, leur véritable signification.

Aie. d'Orbigny avait proposé d'affecter le nom de terrain murchisonien à la partie supérieure du terrain silurien. Ce nom n'a pas été adopté et la tentative faite par ce géologue de se servir des noms de savants dans la nomenclature géologique n'a pas eu d'imitateurs. On ne peut que se féliciter de ce résultat lorsqu'on réfléchit au grand nombre de désignalions nouvelles que l'esprit de flatterie aurait pu introduire dans la science.

D'autres dénominations de terrains ne sont que l'expression pure et simple de leur ordre de superposition. 11 en est ainsi pour les expressions si usitées de tenmns primitif, secondaire, tertiaire, quaternaire; pour celles de ancien et noumau grès rouge, de grès vert supérieur et grès vert inférieur, etc. Plusieurs savants ont voulu donner une plus grande extension à celte idée d'ékiblir une relation directe entre la nomenclature des terrains et leur ordre de superposition.

D'après ce système, qui n'a encore été appliqué que d'une manière restreinte (notamment par M. Barrande pour le terrain silurien de la Bohême, et par quelques géologues allemands pour le terrain jurassique de leur pays), le nom d'un terrain ne serait autre chose que la lettre de l'alphabet ou le nombre indiquant sa place relative dans l'échelle géologique. Ce système ofTre, par sa simplicité même, quelque chose de

séduisant. Mais son adoption générale apporterait dans la nomenclature géologique une grande sécheresse et beaucoup de monotonie. Ce qui achèverait de le rendre inadmissible^ ce serait l'impossibilité qu'il présenterait de se prêter à de nouvelles intercalations chaque fois que les découvertes [des géologues les rendraient nécessaires.

D'après ce qui précède^ on voit que la nomenclature et la terminologie géologiques ne sont encore soumises à aucune règle fixe et généralement adoptée. On conçoit que cette absence de toute règle ait pour résultat; à chaque instant; d'introduire dans la science un grand nombre de désignalions nouvelles toutes diverses par leur désinence et par les idées qui les ont inspirées^ différentes aussi par leur étymologie, car , dans la nomenclature géologique, il n'est pour ainsi dire pas de langue qui ne se trouve mise à contribution. On est en droit d'espérer que, tôt ou tard, l'ordre sortira de ce chaos. Quoiqu'il advienne, je pense que c'est à tort que l'on se plaint de l'invasion de ces désignations nouvelles. L'usage saura sanctionner celles qui offrent quelque utilité ou qui ont été convenablement choisies; les autres n'auront qu'une existence éphémère et seront bientôt oubliées; mais, en attendant, il n'est aucun critérium qui nous mette à même de connaître à l'avance la destinée réservée à chacune d'elles.

Quelques tentatives ont été faites pour établir la nomenclature et la terminologie géologiques sur des bases rationnelles. Le lecteur en trouvera des exemples dans les chapitres suivants; il verra comment on a essayé de mettre plus de symétrie et de régularité dans la division de l'écorce terrestre en terrains, de baser la classiflcation de ces terrains sur une même idée fondamentale et de donner la même désinence aux mots affectés aux groupes de la même valeur.

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