‹ Prodrome de géologieChapitre 139 sur 170 · ST8TÈ1IB TKIASIQUB · texte numérisé non relu

ST8TÈ1IB TKIASIQUB

SOUS te rapport i)étrographique^ une similitude presque complète arec te terrain permien. Les roches dont il se compose sont tantôt des argiles^ des grès et des conglomérats qui se sont consGtnés à la suite de dénudations générales et persistentes; tantôt des calcaires et des dolomies accusant par leur abondance une action geysérienne très énergique. C'est sous linfluence de cette action que se sont formées ces puissantes accumulations de gypse et de sel gemrae qui se montrent ^ à divers niveaux ^ dans presque toutes les contrées oii le trias existe (i) ; c'est encore l'action geysérienne qui a amené lessubstances qui impriment au grès bigarré et aux marnes irisées Icnrsoouteurs vives et variées; c'est elle^ enfln^ qui a apporte les substances métalliques qui imprègnent fréquemment les ro-< ches <r)asiques ou s'y montrent en fllons exploitables. Lorsqu'on recherche quel est le mode de distribution des deux sortes de roches qui entrent dans la composition du terrain triasiqae^ on les voit former des assises distinctes où dominent tantôt tes grès et les conglomérats , tantôt les calcaires et les dolomies. Les assises gréseuses se montrent à la base de ta série i pois alternent avec les assises calcaires.

La plus grande épaisseur totale atteinte par le trias sur un môme iKnnt peut être évaluée à 800 mètres qui se répartissent d^ude* manière très inégate^ suivant toi localités^ entre chacun desiqmlre éiages dont ce terrain se compose.

*- La faune triasique^ qui a déjà attiré notre attention {qntè^ page 313), est caracterisée d'abord par l'absence

H) Le tna»68t cariaiDMMQt la formation qui ranfenne le plus de sel gemme et Véftthète de nAifèn appliquée à ce tarrain aet pariaHenent jostiflée. La sel gemflw (dont fai Miqué Torigine at le mode de formation , tome I , page 451) n*occupe pas toujours le même niveau dans oe terrain.

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complète des mammifères et presque complète des oiseaux. Les seuls temoignages de Teiistence des oiseaux pendant la période triasique sont les ornilbicbnites rencontrés dans les Massassuchets {aniê, page 29i). Quant aux mammifères, je les avais d'abord considérés comme s'étant montrés pour la première fois^ du moins en Europe^ pendant la période du trias, parce que je rattacbais à cette période le bone-bed du Wurtemberg où Ton a trouvé le Microlestes antiquus (arUè, page 292 et 313). Un nouvel examen de la place qu'il est convenabte d'accorder à ce dépôt dans la série géologique m'a engagé à le ranger à la base du systeme infraliasique.

Pendant la période triasique, les reptiles deviennent assez abondants et commencent à prendre par leur variéte et leur taille l'importence qu'ils présenteront pendant les périodes jurassique et crétacée. Cette classe est surtout représentée par des sauriens et des labyrintbodontes; parmi les genres spéciaux se trouvent les genres Noihosaurus et Simas€ntrus, appartenant à l'ordre des énaliosauriens, et le genre Masithdonsattrus faisant partie des labyrintbodontes (i). Les poissons sont à peu près dans les mêmes conditions que ceux de la période permienne; ils ont comme eux des caractères paléozoïques;les teléostéens manquent complètement et les ganoîdes sont encore hétérocerques. Les crustecéssont très différents de ceux des faunes paléozoiques; la plupart appartiennent à Tordre des décapodes presque inconnu dans les faunes précé-

(i) C*est au type des labyrintbodontes qu'appartenait ranimai dont on a fait le genre Cheirotherium et qui n'est représenté que par des empreintes de pas assez semblables à celles que laisserait la main d'an homme. Ces empreintes se rencontrent de temps à autre dans les couches triasiqaes do nord de l'Europe. C*est pr^ d'Hildburghauseti, en Saxe, que ces empreintes ont été signalées pour la première fois.

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dentés. J'ai déjà indiqué les principaux caractères des moUus* ques {antêj page 313); j'ajouterai que le genre Ceraiites est presque spécial et que c/est lors de la période tnasîque qu'apparaissent^ dans le Tyrol et les régions voisines^ les genres i4mmomies et Belemnites, destinés à jouer un rôle si important dans les faunes des périodes suivantes. Quant aux échinodemes et aux polypiers^ les uns et les autres sont relativement peu nombreux ; ils ne montrent presque aucun type paléozoïque ; le ^e^mtEncrinus est propre à la période du trias.

Parmi les espèces végétales les plus répandues dans le terrain triasique, je citerai : Voltzia heterophylla, V. acuti folio, Baidingera speciosa , Taxodites Munsterianus , Zamites acth minatus , Pterophyllum lonyifoîium , Nevropteris Voltzii, Anomopteris Mougeotii, Pecopteris Sidlziana^ P. Meriani, ùdontopteris cycadea, Equisetum Meriani, E. cohimnare, Calamités arenaceus; on sait maiutenant que ces deux dernières espèces font double emploi et que le Calamités arenaceus est la partie interne de VEquisettmi cohannare.

Parmi les fossiles caractéristiques appartenant au règne animal, il faut mentionner : Ceratites nodosus, Nautilus bidorsattes, Natica Gaillardoti, Rostellaria antiqua, Myophoria Goldfusii, Lima lineata, Avictda ïocialis, A, Bronnii, Posi^ donia minuta, Mytilus edidiformis, Pecten inequicostatus , Terebratula vulgaris, Spirifer fragilis, Encrinus monilifor^ mis ou liliiformis , Prionastrœa polygonalis. Quant aux espèces particulières au calcaire de Saint Cassian, je les mentionnerai en parlant du trias de cette localité.

Les débris de la flore du trias se trouvent principalement dans les rocfaes détritiques et , par conséquent , dans le grès bigarré et les marnes irisées; ces débris, provenant de plantes terrestres ^ ont été entraînés sur tes points où ils existent

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avec les détritus de roches constituant les assises qui les renferment. Au contraire^ les fossiles animaux appartiennent presque exclusivement aux roches calcaires et, par conséquent» soit au muscbeikalk des divei^ses contrées de l'Euxopej soit au calcaire de Saint Cassian , dans le Tyrol. Pour cendfe compte de la pauvreté du grès bigarré et des mânes irisées en débris du règne animal , on peut supposer que ces débris ont été détruits au contact des sables et des graviers qui étaient longtemps agités par les eaux avant de se constituer ep roches ; mais il est possible aussi que les mers qui ont reçu le grès bigarré et les marnes irisées fussent peu favorables au développement de la vie à cause des nombreuses substances d'origine geysérienne qu'elles renfermaient.

Le triMSuMic wartcmktr*. Deputs les travaux de d'Alberti et de Quenstedty le trias de ce pays est devenu classique et doit être pris pour terme de comparaison lorsqu'on étudie ce terrain dans les autres pays. II se divise en trois étages.

L'étage du gf*ès bigarré (bunier sandstein) a 230 mètres d'épaisseur. Il est formé d'un grès à grains quartzeux auquel se mêlent quelquefois des cailloux de quarts arrondis de la grosseur d'une noix. Les grains de quarts sont cimentés par du feldspath blanc à moitié décomposé, remplacé par de l'oxyde rouge de fer dans le voisinage des couches argileuses alternant avec le grès. Gelui-ci est fréquemment moucheté d'oxyde de manganèse, d'où le nom de gris tigré ( tiger sandstein ) qu^ou lui a quelquefois donné. II se montre en bancs épais, surtout vers la partie inférieure de l'étage. Vers la partie supérieure, il devient argileux et se pénètre de paillettes de mica. Lorsqu'on s'approche du muscbeikalk, on trouve des marnes bleues ou vertes^ en lits minces, ressemblant tout à

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fait à celles du groupe supérieur, et dans lesquelles apparaissent aussi des veines de gypse. T^ grès bigarré est presque complètement dépourvu de fossiles; on n'y rencontre que quelques débris de végétaux et de sauriens.

Le muschdkalk se divise en quatre assises : !<" Groupe du calcaire ondulé ( wellenkalk ), comprenant des marnes dolomi* tiques^ des dolomies et des calcaires présentant à leur surface des ondulations et des inégalités semblables à celles que produisent les courants. Les roches^ vers la partie supérieure de ce groupe, sont fortement imprégnées de silice et de bitume; elles offrent une texture noduleuse et celluleuse; elles renferment une grande quantité d'oolites semblables à celles de roolite inférieure. Les fossiles sont nombreux vers la partie inférieure ; ils sont à Tétat de moules et appartiennent aux mêmes espèces que ceux de la troisième assise. — V Groupe de Vanhydrite, caractérisé par l'a présence du gypse, du sel et des argiles salifères si importantes pour le pays; les fossiles manquent complètement ou ne sont pas dcterminablcs. 30 Groupe du mmchelkalk supérieur ( calcaire gris de fumée, Mérian et calcaire de Friedrichsall, d'Alberti ), formé par un calcaire en bancs très épais, régulièrement stratifié, offrant ordinairement une couleur gris de fumée et plus rarement des nuances vives, comme le rouge brique ou le jaune paille. Le nom donné à ce calcaire indique asse2 que les débris organiques s'y' montrent très nombreux; ceux-ci sont presque toujours fortement empâtés dans la rocbe ; l'abondance des articulations à*Encrinites Hliiformis lui a également valu le nom de calcaire à trochites (trocriterUcalk), Quelquefois aussi, ce calcaire prend une texture finement poreuse, d'où le nom de calcaire écumeux (schaumkalk ) quil reçoit alors. Vers la partie supérieure du groupe, le calcaire devient dolomitique

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et se pénètre de silice et de substances métalliques. Les bancs les plus élevés présentent une structure particulière résultant de la présence des slyloliles. 4" Groupe des argiles charbonneuses {lettenkohle) , montrant successivement des argiles schistoides^ un grès gris employé pour la construction, des argiles charbonneuses avec lignite non exploitable^ une dolomie d'une teinte foncée avec raies d'un jaune clair, d'où son nom de dolomie flammuîée [flammen dolomit)^ et enfln une mince assise de muscbclkalk gris de fumée.

Le keuper se divise en 5 groupes : 1" Groupe du gypse et des argiles keupérienaes ; ces argiles sout rouges et ont une tendance à s'onduler; elles alternent avec des lits minces et fibreux de gypse; celin*-ci forme en outre des bancs plus ou moins épais vers le milieu du groupe. 2» Groupe du grès vert ou à roseaux {sclnlfsandstein) ; ce grès est à grains très fins, tantôt d'un vert sale, tantôt rougeâlre; c'est lui qui fournit la pierre à bâtir de Slutlgarl. 3* Groupe des argiles panachées, formé d'argiles aux teintes vives et variées, généralement magnésiennes, renfermant beaucoup de substances minérales. 4" Groupe du grès blanc^ fournissant des meules, des pierres de construction, et un sable pour les appartements, d où sou nom de stuben-sand; il renferme des morceaux de jayel et supporte une assise d'argile rouge. 5» Groupe du grès Jaune ou de Tuhingcn,

Le trias couvre une partie de l'Allemagne en conservant les mêmes caractères et la môme allure qu'il présente dans le Wurtemberg ; vers le nord, il plonge sous les formations plus récentes et se prolonge jusiiu'à une distance indéterminée.

Le U'Iafi daii« r.%!4ace, la i^orraliie et le nord de la vranehe-comié. —

LmHîjIc noiil-.j>ldi' la rr.uKC, !e irins forme une zone assez

SYSTÈME TRIÂS1QUE. 86(

large qui se prolonge^ sans solution de continuité^ du département de la Haute 8aône jusque dans TEifel; cette zone s'appuie à Test sur les roches anté-triasiques dont se composent les Vosges; à l'ouest et au sud^ elle s'enfonce sous le terrain Jurassique; au nord^ elle recouvre^ en stratification discordante , les schistes ardoisiers de TArdenne et de TEifel où elle se termine en formant de petits lambeaux qui couronnent les plateaux du terrain de transition. On va voir que^ sur toute cette zone, le trias conserve les mêmes caractères qu'en Allemagne.

a La partie inférieure du grès bigarré est composée d'un grès à grains fins, le plus souvent d'un rouge amaranthe, contenant de petites paillettes de mica disséminées irrégulièrement. Ces premières couches sont fort épaisses et fournissent partout de très belles pierres de taille. En s'élevant davantage dans la formation, on en trouve de plus minces, qui sont exploitées pour faire des meules à aiguiser. Plus haut encore, il en existe de très minces et de très fissiles, qu'on exploite comme dalles pour paver les maisons et comme ardoises pour les couvrir. Elles deviennent quelquefois très peu consistantes, et passent même à une argile bigarrée qui est employée comme terre à brique. Les assises supérieures de la formation du grès bigarré renferment souvent des couches peu épaisses de calcaire marneux et de dolomie, premiers rudiments d'un système de couches qui lui est superposé. A mesure qu'on s'élève, ces couches sont plus rapprochées et finissent par remplacer entièrement le grès. — La formation du muschelkalk se compose généralement d'un calcaire compacte gris de fumée, tantôt à cassure conchoide et tantôt à cassure unie en grand et inégale en petit. Le muschelkalk est souvent assez riche en fossiles. Les assises supérieures de cette formation présentent fréquemment une marne schisteuse grise, qu'on voit, en s'élevant,

prendre une teiole verdâlre de plus eu plus décidée. Bientôt la disposition schisteuse diminue, la teinte verdfitre deTÎent plus prononcée, et est interrompue çà et là par des taches rouges. C'est alors qu'on passe aux marnes irisées, qui se composent ordinairement d'une marne bigarrée de rouge lie de yin et de gris verdâlre ou bleuâtre, qui se désagrège en fragments à formes conchoïdes, dans lesquels on ne reconnaît aucune trace de disposition schisteuse. Vers le milieu de l'épaisseur des marnes irisées, on rencontre constamment un système composé de couches d'argile schisteuse noirâtre, de grès à grains Uns et terreux, de couleur gris bleuâtre ou d'un rouge amaranthe, et de dolomie compacte, grisâtre ou jaunâtre, à cassure esquilleuse, quelquefois celluleuse. Les couches de grès et d'argile schisteuse renferment très fréquemment des empreintes végétales, et souvent aussi des couches de combustible qui sont l'objet de différents travaux. Les masses de sel gemme reconnues à Vie, à Dieuze, et dans plusieurs autres points de la Lorraine, sont situées, pour la plupart, dans la partie inférieure des marnes irisées, c^està dire au dessous du système des couches de dolomie, de grès et de combustible. On remarque aussi des masses de gypse à cette hauteur, tandis que d'autres, moins constantes, se montrent dans la partie supérieure du système.» {Exp, de la carte géoL de la France.)

i^ tria» dMift le cenirc et la mnec. en normandle. et tu Aaneicrrc •

— Lorsqu'on s'éloigne de la Lorraine en se dirigeant vers le sud-Duest, on voit le trias plonger sous les strates jurassiques [loiir Rfuraitre dans le département de Saône et Loire. Il forme ensuite, le long de la lisière nord du plateau central, une zone qui se rétrécit de plus en plus et ne va pas au delà du tléparltMiient de l Indre. Un lambeau de trias reparait dans le

SYSTÈME TRIASTOUE. S6S

département de la Manche aux environs de Garentan^ sans que Ton puisse indiquer d'une manière précise quelle direction le |

trias prends pendant son trajet souterrain^ entre ce lambeau et j

la zone qui s^appuie sur le versant nord du plateau central. Peut-être subit-il une interruption complète entre ces deux points, ce qui indiquerait Tabsence de toute communication entre la mer triasique du nord-est de la France et celle de l'Angleterre. Peut-être aussi, et c'est ce qui nous parait plus probable^ lu rivage de la mer triasique allait-il d'un point à Tautre en conlournaiit le massif breton de manière à exagérer vers le nord-est le contour que dessine la bande de terrain jurassique se dirigeant du Poitou vers la Normandie. Tout démontre, au contraire^ qu'il y a continuité entre le lambeau de terrain triasique de Carentan et le trias qui reparait de l'autre côté de la Manche à Exmouth. Le trias forme ensuite une zone flexueuse qui se prolonge sans interruption d'Ëxmouth jusqu'à 1 embouchure de la Tecss^ en s'appuyant sur les terrains anciens de la Cornouaille et du pays de Galles.

Sur toute 1 étendue de la zone où nous venons de suivre le trias, depuis le département de Saône et Loire jusqu'au nord de l'Angleterre, le caractt^re général de ce terrain, ou du moins celui qui le distingue du trias du Wurtemberg, c'est Tabsence d'imc assise pouvant se rattacher au muscbelkalk par sa nature calcaire, sa situation géognostique ou ses fossiles. En Angleterre, le terrain triasique se partage en deux groupes que les géologues de ce pays rapportent l'un au grès bigarré, l'autre au kcuper, sans qu'ils aient pu trouver entre CCS deux groupes un représentant quelconquedu ntuschelkalk. — Le gi'oupe inférieur (iipper new red sandstone) est formé de grès et de conglomérats; les grès sontordinairement rouges, quelquefois bigarrés. — Le groupe supérieur {red mari and

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keupei' sandsiom) est principalement composé de marnes rouges, plus rarement vertes, alternant avec des grès argileux; quelques bancs de ces grès, existant à la partie inférieure de ce groupe, ont reçu le nom de waterstones, à cause des sources qui s'en échappent. Le groupe supérieur contient du gypse et du sel gemme exploités sur plusieurs points. — Le trias de rÀngleterre a une épaisseur moyenne de 200 à 300 mètres ; cette épaisseur, quelquefois moindre, peut aller jusqu'à plus de mille mètres. Il est pauvre en débris de corps organisés ; on y trouve pourtant quelques fossiles identiques à ceux du continent et notamment la Posidonomya minuta.

t^ trlM «Mit l« «ua et let Alpes, en MIim et en itaUe. — Si nous revenons à irotre point de départ, c'est à dire en Lorraine, pour nous diriger vers le sud-^st, nous verrons que le trias, tantôt mis à découvert, tantôt caché sous les formations plus récentes, se prolonge sans interruption jusqu'en Italie.

Le trias plonge au dessous du Jura et ce n'est que sur quel- (]ues points des parties septentrionale et occidentale de ce massif que les dislocations de l'écorce terrestre ont été assez prononcées pour porter ce terrain à la surface du sol. A la montagne de la Serre seulement, ces dislocations ont misa découvert les trois étages du trias. Dans le Jura proprement dit, le trias n'est représenté que par le keuper, que l'on ne peut même apercevoir tout entier, puisque le muschelkalk ne se montre nulle part dans les affleurements et n'a pu être atteint par les sondages.

Aux environs de Salins, d'après M. Marcou, le keuper se Ai* vise en trois étages, dont les caractères sont: pour l'étage infé« rieur, des sels gemmes, des marnes salifères, des gypses noirâtres et rouges , des argiles plastiques et du lignite ; j)our

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rétage moyen, un grand développement de gypse blanc saccbaroide^ de marne gypseuse rouge, et de dolomie ; pour Tétage supérieur, absence de gypse et de sel et grand déireloppement de marnes irisées, de grès, de schistes ardoisiers aTec Cypricar- (lia et de calcaires cloisonnés et fétides, en coucbes minces.

C'est M. Fournet qui le premier a signalé, d'abord enl843, puis en i850 , Texistence du trias dans les Alpes; c'est à M. Escher et surtout à M. Favre qu'il faut attribuer l'honneur d'avoir mis hors de doute, par des observations précises, l'existence de ce terrain dans ce pays. «J'ai pris dans les Alpes de la Savoie, dit M. Favre, un certain nombre de coupes parfaitement nettes et bien établies, qui démontrent avec une grande évidence la présence d'un groupe de couches dans lequel on retrouve les caractères des terrains triasiques des autres régions. Le trias, dans les Alpes , est immédiatement placé au dessous de l'infralias et au dessus du terrain bouiller. Il peut se décomposer en quatre groupes (|ui sont de bas en haut: i^Un grès siliceux que l'on nomme arkose, et dans lequel on voit presque toujours des fragments de quartz rose. Ce grès a beaucoup de rapport avec les roches qui, dans diverses parties de la France, sont classées dans le trias. 2» Une mince couche d'ardoise , qui manque souvent. 3» Un schiste argilo- ferrugineux rouge et vert; il ressemble beaucoup aux marnes irisées, quoiqu'il soit plus dur. 4° Un groupe comprenant du gypse, de l'anhydrite, du sel gemme et des cargneules, comme dans le keuper de la France. »

M. l'abbé Stoppani , dans sa Paléontologie lombarde, a montré que, sur les deux versants des Alpes, en Savoie comme en Lombardie , tous les terrains compris entre le lias et le terrain bouiller inclusivement , et , par conséquent], le trias lui-même présentent des caractères stratigraphiqucs, pétro-

^'raphiques et paléontoIo;;iqnes coinplétement semblables. Des grès arkoses^ les poudingues rouges à grains de quart; (de Sales), les grès rouges scliisleux de Scrvino, des quarzîtes . forment, en Lombardie comme en Savoie , un même ensemb^' à la base du trias; c'est le btaxter sandstein. — Les schisle? ardoisiers du col de la Roue et les calcaires ainsi que les schistt^ qui les accompagnent en Savoie, correspondent, en Lombardie à la dolomie dite inférieure, au marbre de Varenne et aux schistes à poissons de Perledo; ces divers dépôts représentent le mmclielkalk, — Les schistes argilo-ferruginenx de la Savoir ont pour termes correspondants , dans la Lombardie , les ^ïx-'panachés et les calcaires marneux de Gorno et de Dossena et ?» placent avec eux au niveau des marnes irisées. — Enfin, !o quatrième groupe du trias alpin est constitué en Lombard! par le calcaire à faune d'Esino et par la dolomie moyenne phcée entre ce calcaire et la zone à Avieu/a confort ff.

'. iielrtM» BfpasDecltfanftlemMi«elarraiice' — D après M. El.: de Beaumont, le trias, qui s'appuie sur les montagne? dt^ Maures et de TEslérel, comprendrait seulement deux ternir? le nnischelkalk et le grès bigarré. Quant îiux marnes irisn > qu'on y a signalées, elles appartiendraient, avec les gyp^^ qui y sont associés, au muschelkalk dont elles ne sont quur modification. Si les marnes irisées ne se montrent pos s ce point, il est probable, selon nous, qu'elles existent vers ' nord, où elles sont cachées par les terrains jurassique et crétac Le muschelkalk diftère peu de celui des Vos'zes; il en cont »'. tous les fossiles, tels que Encrinus liliiformis, Aviada sof-^ lis. Ammonites nodosus.

«r Le trias, dit Dufrénoy, représenté en grande partie pani ^ ffrès sans solidité dans les environs d'Autun, de Charolles, e'

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dans les déparlements de la Nièvre, de rAUier et dé l'Indre, reprend tous les caractères qui lui sont propres sur les pentes méridionales des montagnes anciennes du centre de la France. I^ grès bigarré et les marnes irisées sont très développés ; presque partout les gypses et les dolomies, si caractéristiques de cette formation, s'y trouvent avec quelque abondance. Un calcaire compacte, gris de fumée, à cassure conchoïde, forme même sur quelques points des couches à la séparation du .crès bigarré et des marnes irisées; la place qu'il occupe montre quil est le représentant du muschelkalk si développé dans le nord-est de la France. »

D'après M. Dufrénoy, dont l'opinion est généralement adoptée, le trias serait représenté dans les Pjrénées par l'ensemble qui, en 1822, a reçu de Charpentier le nom de terrain de grès rouge. « Ce terrain, dit Dufrénoy, est un grès de couleur rouge,, schisteux et micacé, entièrement analogue par ses caractères extérieurs avec le grès bigarré. Des marnes de couleurs variées, souvent rouges, mais quelquefois verles« alternent avec ce grès et complètent l'analogie que nous venons d'indiquer. Du reste, aucun caractère certain ne dévoile son âge; il ne contient pas de gypse, et n'alterne point avec le muschelkalk; enfin, nous n'avons pu y découvrir un seul fossile. Il se montre en masses peu puissantes dans quelques vallées des Pyrénées centrales et occidentales. »

En Espagne, le trias ne se divise pas toujours en trois termes distincts. Tantôt, dit M. de Verneuil, il est réduit à une seule masse très puissante, composée d'argiles et de marnes rouges, panachées, gypsifères, salifères, avec quelques bancs subordonnés de calcaires plus ou moins argileux et magnésiens, comme en Andalousie ; tantôt il comprend, à sa base, des grès et des conglomérats d'une épaisseur considérable, à sa partie

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moyenne des caleaires, et^ vers le haat^desargiles; il ressemble alors au trias du Wurtemberg et c'est ainsi qu'il se montre dans les provinces du centre et de Test. Ailleurs, d'autres calcaires dolomitiques recouvrent ces argiles^ et la série sem* ble être alors composée de quatre termes au lieu de trois. Mais leur distinction ne repose que sur des caractères pétro* graphiques^ les fossiles étant trop rares pour servir utilement à les faire connaître, et le petit nombre des espèces que Ton peut citer provenant pour la plupart des calcaires magnésiens de la partie moyenne de la formation. En Catalogne, le qua* trième groupe est fourni par une assise calcaire qu'il nous parait naturel de placer sur le même niveau que les couches de Saint Cassian, bien qu'il ne nous ait pas fourni de fossiles^ pas plus que les trois autres groupes qui le supportent.

M trfu tfsi» le Tjral et la partie orientale en ammU alpin. — Le

trias de cette région offre une grande puissance qui, sur certains points, ne peut pas être appréciée à moins de mille mètres. Il repose ordinairement sur les schistes azoïques; quelquefois il en est séparé par des lambeaux de terrain houiller ou par des grès rouges et des poudingues (verrucano) que l'on rattache à la série paléozoïque. Il se compose de dépôts très variés au point de vue pétrographique comme sous le raport paléontologique. Ces déppts sont excessivement découpés et interrompus par mille accidents, et ce n'est qu'après de longues études qu'on a pu les coordoner soit entre eux, soit relativement aux assises correspondantes des autres parties de l'Europe. Le trias de cette région comparé à celui des confrées dont il vient d'être question s'en distingue pétrographiquemenl par un moindre développement des grès et des conglomérats et par une plus grande abondance des calcaires et surtout des dolo- *

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iDtes qui forment , à plusieurs niveaux , des assises d'une grande puissance. Le trias des AJpes orientales possède une faune très ricbe, n'ayant qu'un très petit nombre d'espèces^ telles que Encrimts moniliformis, CeratUes nodosus, etc., qui se retrouvent dans les autres contrées de l'Europe. Cette faune établit un passage insensible entre les faunes paléozoïque et mésozoîque; elle comprend des genres caractéristiques de la période paléozoïque, tels que Cyrtoceras^ Orthoceras^ Goniaiiies , Eamphalus et des genres spéciaux à la période mésozoîque, tels que Ammonites, Belemmtes.

Les strates triasiques des Alpes orientales peuvent se grou* pcr en quatre étages correspondant à ceux que nous venons d'indiquer dans les autres parties de cette chaîne.

Le premier étage {grès bigarré) est représenté par les schistes de Werfen; les gisements de gypse et de sel gemme exploités sur le versant nord-est des Alpes appartiennent à cet étage caractérisé par les fossiles suivants : Naticella costata^ Myacites Fassaensis, Ammonites CassianuSy Posidonomya Clarœ.

Le deuxième étage (mtischelkalk) comprend le calcaire de Gutte?%stein et peut-être aussi les schistes bitumineux de Seefeld, Ses principaux fossiles sont : Triganih pes anseris, Encrinvs liliiformis, Lima lineata, Terebrattda vulgaris, Ammonites Mandeslohii, etc.

Le troisième étage (marnes irisées) est constitué par les marnes à halobies et le§ schistes à Cardita. Entre autres fossiles, on y trouve : Ammonites Johannis-Austriœ , Cardiln crenata, Cidaris dorsata, Balobia Lommeli^ Myophoria A>fersteini , etc.

Cette série de calcaires qui se superposent aux schistes de Werfen et que les géologues allemands et italiens ont désignes jusqu'à présent sous le nom de calcaire alpin, se termine par

les calcaires de Saint Cassian, dans le Tyrol méridional, et de Ballstadt , dans la haute Autriche, au sud-est de Saltzbonrg : ceux-ci constituent un quatrième éfage qui contient entre autres fossiles principaux : Chemnitzia Bosthomi^ Ammcnites tomatus, A.'floridvs, A, Aoti, Pectendiscm, Turbo depret^ sus, etc.

riace «al éoH être aeeoHIée ao trias eu» la êèrît «colostvie. — H est

très difficile d'apprécier d^une manière exacte le rôle rempli par le trias dans la série géologique. Le trias et le terrain permien offrent de nombreux points de ressemblance fournis par l'aspect général de leur faune et de leur flore , par les divers phénomènes qui se sont accomplis pendant qu'ils se déposaient, et surtout par leur constitution pétrographique. Aussi serait-on porté à revenir à l'ancienne classification et à réunir ces deux terrains en un même groupe placé entre les groupes trilobitique et jurassique et à peu près de même valeur qu'eux. Mais il faudrait alors ou renoncer à cette division —, si simple, si naturelle et si bien fondée —, des temps géologiques en trois grandes périodes paléozoîque, mésozoïque etnéozoîque, ou, ce que peut-êti^ les géologues seront conduits à faire plus tard> placer le trias dans la période paléozoique.

C'est en tenant compte des mouvements de l'éoorce terrestre que j'ai cru devoir, en conservant un usage reçu, rattacher le trias à la période mésozoïque ; c'est, en effet, au moment où ce terrain allait se déposer que la France et quelques unes des régions voisines, d'alK)rd presque complètement émergées, ont été en majeure partie recouvertes par les eaux océaniennes; cet événement d'une haute importance doit être choisi pour marquer la fin d'une période et le commencement de la suivante, tant qu'on ne porte pas sa pensée biea au delà des

SYSTÈME TRIASIQOl. 571

frontières de notre pays. Mais^ lorsqu'on embrasse l'Europe entière^ on voit que cette invasion des eaux^ qui ne s'est manifestée en France que vers le commencement de la période triaslque^ date d'une époque plus ancienne et a commencé à se produire , sur d'autres points du continent européen , dès la fin de la période houillère. Une appréciation plus exacte des faits qui se sont accomplis pendant les temps que nous avons en vue^ nous amène à reconnaître que la période du trias, au point de vue des actions dynamiques qui s'exercent sur l'écorce terrestre, est plutôt la fin de la période paléozoîque que le commencement de la période mésozoîque. La similitude que les terrains permien et triasique présentent au point de vue pétrograpbique est un motif de plus î)Our engager à rattacher ce dernier terrain à la période paléozoïr(ue. Mais les caractères paléontologiques du trias nous fournissent quelques indications contraires; la faune et la flore de ce terrain ont bien, en effet, conservé quelques unes des formes organiques antérieures , mais, envisagées dans leur ensemble, elles sont plutôt mésozoïques que paléozoïques ; la faune marque le commencement du règne des reptiles, tandis que la flore marque le commencement du règne des fîymnospermes et la fin du règne des acrogènes. D'après ce qui précède , on conçoit que Ton puisse hésiter lorsqu'on se demande quelle place doit être donnée au trias dans la série des terrains. En le rattachant au terrain secondaire , j'ai voulu surtout donner la préférence à une classification qui s'applique plus spécialement à la France et ne pas me séparer d'une opinion généralement admise. Mais, en adoptant cette manière de voir, il ne faut pas oublier que la période triasique est, sous tous les rapports, une période de transition.

Dans la série jurassique nous comprenons les strates que les géologues ont toujours réunies sous le nom de gratq^ ou formation jurassique; nous y rattachons également le botie^ bed et quelques autres assises que plusieurs auteurs placent encore dans le trias. La période Jurassique correspond exactement à la deuxième des cinq oscillations qui ont été subies par le.sol de TEurope pendant la durée des temps géologiques. Elle a commencé lorsque, après le dépôt du trias^ les eaux ont achevé d'envahir la majeure partie de ce continent; elle a fini avec le moment où une impulsion contraire à celle qui avait une seconde fois émergé l'Europe y a ramené les eaux océaniennes.

Le tableau de la page 456 montre \x classification que nous avons adoptée pour la série jurassique. Cette série se divise en cinq systèmes qui peuvent se grouper de la manière suivante : la sotts série liasique, comprenant les SYSTEMES INFRAUA- SIQUE et LlASlQUEj et la sous série oolitique, comprenant les SYSTEMES OOLITIQUES INFERIEUR, MOYEN et SUPERIEUR.

Hlstort^oe ; tynoiiTme : «ItMiIoii en syHèMMS et tm €iaCM. -— Dans

le Tableau des strates des environs de Bath, dressé^ en 1709, par W. Smith, les assises dénommées par lui appartiennent pour la plupart au terrain jurassique. Ce tableau a été reproduit avec quelques modifications, d'abord en 1812, puis en

iÔiC. En 1822, W. Conybeare el W. Phillips, après avoir tracé une série comprenant à peu près les mêmes termes , y distinguaient, en se laissant guider par des considérations pétrographiques, trois systèmes qu'ils désignaient sous les noms de upper, middle et lower oolitic Systems, Le premier système comprenait les couches de Purbeck jusqu'au kimmeridge clay [oaktree clay de Smith) ; le second , le coral rag (pisolite de Smith) jusqu'à VOxford-clay [clunch clay de Smith); et le troisième, toute la série oolitique, depuis le cornbrash jusqu'au lias inclusivement. Plus tard, Labèche, dans son Manuel de géologie, réunissait ces trois systèmes sous la dénomination de groupe oolitique. Dans la classification et la nomenclature adoptées en 1855 par le geological survey, les trois divisions principales sont limitées de la même manière que l'avaient fait Conybeare et Phillips.

ri»l»RR OOLITR

MIDDLB OOLITR

LOWBR COUTE

i Upper.

Middie.

Lower.

I PorUand ooUte.

tPorlland oolile GimeiitoDe}.

Porlland saiid.

. Kimmeridge clay.

^ - . „ ( Coral rag (limestone).

IOxfopd ooUio ' ' ' ' \„ , .

( Calcareous gni.

Oxford clay Oxford clay.

i Great ooHte.

IPnlIer's etrlli .

Iloferior oolile.

• Cornbrash.

! Forçat marble (limeatone).

Great or Batli ooliio (lime&tOQ().

IPuUer'a earih (clay.) Fuller'aearllirock (clay and limcf^i'^ne) Infcrior oolile (liroestonc).

Sand of inferior oollte.

Upper lias abale and clay.

MarlstoDC.

Lower lias slialo and clay.

L'm<>6U»ne.

&1^ t>RODROME tm GÉOLOGIE.

Le nom de terrain jurassique ^ si usité en France et sur le continent ^ n'est presque jamais employé par les géologues anglais qui lui préfèrent l'expression de terrain oolitique. Le lias^ qui, pour nous, forme un groupe entièrement à part dans le terrain jurassique, avait été jusqu'à présent considéré par eux comme constituant simplement la base du système oolitique inférieur. Ils commencent à accorder à ce terrain une plus grande importance et à voir en lui un quatrième système distinct des trois systèmes oolitiques proprement dits. Dans son tableau des couches fossilifères, sir Lyell va même plus loin , puisqu'il partage le terrain secondaire en quatre groupes disposés de la manière suivante : Ë, crétacé; F, oolite; G, lias; H, trias.

Pendant que le terrain jurassique faisait, en Angleterre, l'objet d'activés recherches , il était à peine étudié en France. En 1795, Humboldt employait l'expression calcaire du Jura et considérait ce calcaire comme formant un terme du terrain secondaire de Werner; cette expression était destinée à se transformer plus tard en celle de calcaire jurassique , puis de terrain jurassique, qu'on a définitivement adoptée de préférence à celle de terrain ammonéai proposée, en iS^9, par Alex. Brongniart.

« Les premières observations un peu sérieuses qui aient été faites sur le Jura sont dues à Saussure, Deluc, Escber et Ebel. Cependant la géologie de ces montagnes était encore dans le vague le plus complet, lorsque L. de Buch écrivit, en 1803, son mémoire sur les roches du pays de Neuchâtel; malheureusement cet excellent travail resta inédit, et ne contribua que très peu à Tavancement de la géologie dans le Jura. Ce ne fut que quatorze ans après que les premières bases furent posées par Charbaut, dans son mémoire sur les environs de

Lons le Saunier. Ce travail savant^ quoique très incomplet; renferme des descriptions assez détaillées sur les terrains des marnes irisées, du lias et de Toolite inférieure , et donne des indications générales pour Tétude des étages supérieurs , qu'il ne fait qu'effleurer dans une courte description. A la même époque, Mérian publia son mémoire sur la géologie des environs de Baie. EnQn, au commencement de 1831, parut la notice de M. Thirria sur le terrain jurassique du département de la Haute Saône/ travail qui présentait Tétude la plus détaillée qui eût été donnée jusqu'alors sur ce sujet. Les divisions établies par M. Thirria ont été adoptées. Ce mémoire imprima une nouvelle direction aux recherches géologiques et jeta un grand jour sur le terrain jurassique du continent qui , jusqu'à ce moment, était demeuré très imparfaitement connu. Deux ans après, ce savant compléta ses recherches sur la Haute Saône , en publiant la Statistique géologique de ce département. Mais le mémoire qui fit fiiire le plus grand pas à la géologie du Jura est le travail publié, en 1832, par J. Thurmann et intitulé : Essais sur les soulèvements jurassiques du Porreniruy. Toutefois, si les travaux de Thurmann avaient fait faire un pas immense à l'orographie jurassique, la géognosie laissait beaucoup à désirer. On en était resté, à très peu de chose près, au mémoire de M. Thirria, lorsque parurent, en 4830-1840-1841 , les observations de M. Gressly, sur le Jura Soleurois. » (Marcou.)

Le tableau de la page AU montre quelle est la classification choisie , en 1841 , parles auteurs de la Carte géologique delà France; dans cette classification, après avoir partagé le terrain jurassique en deux systèmes, le système liasique et le système oolitique , ils divisent celui-ci en trois autres systèmes et rangent à la base du système inférieur les marnes supérieures

o70 PRODROME DE GÉOLOGIE,

du lias. En adoptant cette dernière disposition^ qui n'a pas eu l'assentiment des géologues^ ils avaient pour but de placer à la base de chaque système une assise argileuse et de donner à leur classification plus de régularité.

D'Orbigny partageait le terrain jurassique en dix étages dont le lecteur trouvera la désignation à la page 136.

Parmi les classifications qui ont été proposées en Allemagne pour le terrain jurassique, je me bornerai à mentionner celles de Quensledt et d'Oppel. — Quenstedt partage le terrain jurassique de TAUemagne en trois grands groupes : !• le Jura noir {schwarzer Jura) , comprenant le lias ; V le Jura brun (braufier Jura) , correspondant à Toolite inférieure et au terrain oxfordien ; 3<» le Jura blanc [tveisser Jura), comprenant le terrain corallien et toute Toolite supérieure. Quenstedt divise, en outre, Tensemble de ces trois groupes en dix huit assises qu'il désigne en afi(3ctant à chacune d'elles les lettres de Talphabel grec. —Quant à Oppel, il distingue dans la série jurassique 33 zones dont chacune est caractérisée par un fossile qui lui donne son nom. Bien que Tauleur n'ait publié sa classification qu'après des études comparatives poursuivies en Allemagne, en France et en Angleterre, nous doutons que son travail puisse être d'une grande utilité pratique, à cause des difficultés que présente la détermination de chaque fossile caractéristique et de la tendance qu'ont toutes les espèces à se montrer à des niveaux difl'érents suivant les localités.

MonireiiiciiU dn sol; ukert de U période JnraBsl^ae. — L'impul-^ sion de haut en bas à laquelle le sol de l'Europe occidentale avait obéi depuis la fin de la période houillère avait atteint son dernier terme après le dépôt de l'infralias. Alors les eaux océaniennes envahirent une partie de l'espace compris entre

le plateau œntral et le massif breton; une communication se trouva ainsi établie entre la mer qui recouvrait le nord de la France et celle qui occupait le sud-ouest de ce pays. Pendant la période liasique, la France et les régions voisines avaient déjà presque la même configuration que de nos jours. Tous les massifs montagneux de Tépoque actuelle^ à l'exception des Alpes^ existaient déjà sous forme d'îles autour desquelles l'océan circulait librement. Ces îles étaient celles que j'ai déjà mentionnées en parlant de la période triasique {antè, page 502); mais le plateau central, ainsi que je viens de le dire, n'était plus soudé au massif breton^ et le massif vosgien s'était accru de toute une zone de terrain triasique. Immédiatement après la période liasique, le sol a repris son mouvement ascendant ; la mer s'est retirée peu à peu, et les îles qu'elle baignait ont augmenté d'étendue et ont fini par se souder les unes aux autres; en même temps s'est opéré Fémergement définitif du massif alpin. Une dernière impulsion du mouvement oscillatoire a eu pour résultat le retrait complet de la mer jurassique, la formation d'un vaste continent et l'apparition de lacs sur presque tous les points que les eaux marines avaient occupés en dernier lieu. C'est alors que se sont montrés pour la première fois des lacs semblables à ceux de l'époque actuelle soit par leur configuration, soit par leurs habitants (<).

Afin de donner une idée générale du mode de répartition des mers pendant la période jurassique, faisons abstraction des divers changements que leurs rivages ont subis par suite de déplacements locaux ou de l'exhaussement permanent du sol pendant cette période ; indiquons en même temps sur une carte

(1) Les espèces les plus anciennes appartenant aux genres essentiellement lacustres Physa et Planorhis ont été rencontrées dans l'infralias du Hanovre et dans les couches de Purbeck, en Angleterre.

578 PRODROME DE GÉOLQGIE.

de l'Europe les régions que ces mers ont occupées ^ soit d'une manière constante^ soit par intervalles. Nous verrous les eaux océaniennes recouvrir presque tout le centre et le sud du continent européen et former un vaste bassin ouvert du côté du sud y mais complètement fermé du côté du nord par un continent résultant de la soudure du massif breton ^ de TAngleterre, de TEcosse, de la Scandinavie et de la partie occidentale et centrale de la Russie. Au milieu de ce bassin surgissaient plusieurs iles dont les principales étaient : les Pyrénées orientales réunies à la Catalogne , les montagnes des Maures et de TEstérel se prolongeant jusque vers la Corse, le plateau central, le massif alpin, et la région centrale et montagneuse de TAllemague, augmentée de TArdenne et des Vosges. Toutes ces iles existaient presque dès le commencement de la période jurassique, à Texceplion du massif alpin dont le premier émer^ gement ne date que du commencement de la période oolitique inférieure. Ce n'est qu'après le dépôt de l'infralias que le plateau central s'est séparé du massif breton. L'ile placée au centre de l'Allemagne parait avoir été scindée eu deux parties jusqu'à la fin de la période liasique au moyen d'un détroit qui faisait communiquer la mer jurassique du Hanovre avec celle de la Bavière et du Wurtemberg 0). Presque toute l'Espagne et l'Italie étaient immergées.

(1) La communication de la mer jurassique du nord de l'Allemagne avec celle du sud paraît être encore très énigmatique. Peut être avait-elle lieu le long des roches triasiques par Gottingne, Eisenach, Gotha, Goboaiig et Cassel, comme le feraient présumer certaines traces des étages inférieurs identiques de part et d'autre et qui seraient les témoins de l'ancienne extension des dépôts. La comparaison des «groupes jurassiques moyen et supérieur du sud et du nord prouve au moins que les deux mers, si elles ont été en relation pendant la période du lias, ont cessé de l'être ensuite. (D'Archiac.)

Vers le nord-est de la Russie se développait^ une autre mer qui était fermée vers le sud et qui s'ouvrait vers le nord, contrairement à ce que nous avons constaté pour la mer du centre de TEurope. Cette différence a réagi sur la température de la mer du nord-est de la Russie, sur la nature des animaux qui rhabitaient et sur Taspect des dépôts qu'elle a reçus. Cette mer ne s'est montrée qu'avec la période kellovienne et a disparu après le dépôt du terrain corallien.

La mer de la période jurassique parait avoir atteint sa plus grande profondeur dans le bassin jurassien, a Si nous partons de la chaîne du Jura et de ses ramifications à Test et à Fouest, nous pouvons la considérer comme occupant la zone du plus grand développement normal des dépôts de cette période. Nous voyons ceux-ci diminuer d'importance et se simplifier à mesure que nous avançons vers l'est , de manière à ne plus être représentés sur les frontières de l'Europe et de l'Asie que par un seul des termes de la série. Il est également remarquable qu'il en est de même à l'ouest, au delà de l'Atlantique, comme, au sud, au delà de la Méditerranée et même sur ses bords. On a donc eu toute raison de choisir l'expression de formation jurassique. » (D'Archiac.)

tttetribmion 9«nérale dn terrain Jnraitlqoe. — NouS feronS d'abord

observer que ce terrain n'existe pas sur les parties du sol qui étaient émergées lorsqu'il se déposait et qui formaient alors des îles et des continents. Partout ailleurs l'existence du terrain jura.ssique doit être admise, mais dans beaucoup de contrées il est recouvert par les formations plus récentes, et surtout par le terrain crétacé. L'examen de la distribution générale du terrain jurassique donne lieu à des considérations dignes d'intérêt que M. Elle de Beaumont résume ainsi :

6S0 PROMM»» DB OteliMIB.

a La disposition presque oireuiaire <iue Guettard a^ait déjà signalée dans les bandes de terrain de la partie septentrionale de la France^ n'est qu'iHie partie d'une disposition encore plus générale^ qui permet de résumer^ dans un énoncé très abr^é, la structure géologique de ce pays. Si Ton examine ladistributiondes<xmleurs sur la carte géologique de la France, on voit que la couleur Ueue^ qui représente le terrain jurassique^ est celle qui y constitue les bandes les plus continues. Ce terrain forme une large écharpe qui traverse obliquement la partie centrale de la carte, des environs de Poitiers aux «avirons de Metz et de Longwy. Cette écharpe se recourbe , d'une part, vers le haut, du côté de Mézières > et , de l'autre , vers le bas, du côté de Gahors et de Milbau; mais en même temps, il s'en détache deux branches, dont l'une se dirige sur Alençon et Gaen, tandis que l'autre suit d'abord la Saône et ensuite le Rhône depuis Lyon jusqu'au delà de Privas, et tourne autour des devenues, pour aller r^oindre la première branche dans le département de l'Aveyron. Ce que ces bandes présentent de plus remarquable , c'est qu'en faisant abstraction des appendices qu'elles projettent dans différentes directions, on les voit former deux espèces de boucles , qui dessinent sur la surface de la France la figure d'un x placé sur le côté; et même, si l'on observe ^ue la boucle inférieure est presque iecniée et ne présente que des lacunes apparentes, dues à des dépôts super* ficiels qui cachent le terrain jurassique, on pourra coniparer la disposition de ces bandes à la forme générale d'un S ouvert par en haut. La différence la plus essentielle des deux boudes opposées de notre 8 est que la boucle méridionale recouvre et que la bande septentrionale supporte les masses minérales qui occupent l'espace qu'elle entoure. L'une , moins élevéa que l'espace qu'elle entoure , est formée par des couches qui s'ap-

puient sur le bord du massif granitique qui leur sert.de> centre^ et^ en quelque sorte, de noyau; Tautre, plus éle¥ée que le bassin de Paris qu'elle entoure , est formée de coucheS' à peu près concentriques , comparables à une série de Tases semblables entre eux qu'on fait entrer l'un dans l'autre; elles disparaissent sous un remplissage central auquel elles serrent de support, de bassin ou de récipient. »

Pour se représenter d'une manière exacte Tordre qui préside à la distribution des strates jurassiques en Europe , il suffit de bien se rendre compte du mode dont s'est opéré le mouvement d'intumescence pendant que ces strates se déposaient. Diverses circonstances, telles que la nature des fossiles, démontrent que les mers jurassiques n'ayaient guère plus de 400 mètres de profondeur, mais, comme les dépôts jurassiques atteignent quelquefois jusqu'à 1,500 mètres de puissance, il faut en conclure que le sol des régions recouvertes par les eaux obéissait à une impulsion de haut en bas. Cette impulsion avait pour conséquence de maintenir à la même profondeur le sol sous marin qui, sans cela, aurait tendu à s'exhausser par voie de comblement. Les ttes et les continents subis^ saient, au contraire, une impulsion de bas en haut. Il en résultait un mouvement de baseule qui s'effeotoait autour des rivages faisant fonction de charnière. Mais le mouvem.ent d'iatumeacence avait aussi pour eifet de déterminer le dépia** cernent de ces rivages qui se rapprochaient de plus en plus du ceoire- de chaque bassin. La mer, chaque fois qu'elle se retn raît., laissait à découvert derrière elle une zone destinée à accroître la. surface émergée. C'est pour cela que les terrains correspondant à diverses zones d^émergemeot se coordonnent par raportaux massifs montagneux, se placent en retrait les mis par rapport aux autres, et se disposent par ordre d'an-

582 PRODROMB DE GÉOLOGIE.

ciennefé, les plus anciens étant les plus rapprochés des aiassîls montagneux. Ces zones forment des courbes fermées et dessinent des lignes concentriques par rapport aux centres de sou* lèvement pour les étages inférieurs et par rapport aux centres ies bassins pour les étages supérieurs. Lorsque les mouve* ments qui Tiennent d'être signalés se sont effectués avec régularité, les zones correspondant aux divers étages de la série jurassique sont disposées dans Tordre indiqué; c'est ce que Ton constate en Angleterre et , en France , sur le bord oriental du bassin parisien. Hais lorsque les parties voisines du littoral^ au lieu de se soulever, se sont affaissées , la mer a recouvert les dépôts qui venaient de se constituer; ceux-ci se cachent alors sous les dépôts postérieurs et la zone à laquelle ils correspondent se trouve interrompue . C'est pour cela^ par exemple , que les assises liasiques disparaissent en majeure partie sur les bords méridional et occidental du bassin parisien. Mais ces exceptions^ dont nous constatons la cause, n'infirment pas le fait général qui nous permet de comprendre le mode de distribution du terrain jurrassique considéré dans son ensemble comme dans chacun de ses étages.

PCirotrapMc, anare, pnlMaaee ém icmia larawl^ve. ^— Le terrain jurassique^ étudié dans sa constitution pétrographique^ a pour caractères essentiels la rareté des roches détritiques et l'abondance des calcaires^ qui se montrent tantôt seuls , tantôt alternant avec des marnes ou des argiles. Dans le terrain jurassique ^ on ne rencontre pour ainsi dire jamais de roches conglomérées; les roches gréseuses, si ce n'est dans le nordest de la Russie , n'y apparaissent qu'à de rares intervalles. Les agents de dénudation superficielle ne charriaient dans les mers de la période jurassique que des matières argileuses

SBRIE JURASSIQUE. 583

qui ^ en se mélangeant avec le carbonate de chaux amené par les sources pétrogéniques^ se transformaient ordinairement en marnes. L'action geysérienne y déjà moins énergique que pen* dant les périodes précédentes/ n'apportait à la surface du globe que très peu de sel gemme ^ de gypse et de substances métaU liques; mais elle fournissait à Faction sédimentaire une quantité considérable de carbonate de chaux que nous retrouYons dans les nombreuses et puissantes couches calcaires dont se compose la série jurassique. L'action geysérienne fournissait, en outre y du carbonate de magnésie y du fer sous divers états et de la silice. Le carbonate de magnésie y en se combinant avec le carbonate de chaux , donnait naissance à ces énormes massifs de dolomie qui existent dans les Alpes y dans le midi de la France et en;, Algérie, et qui impriment au terrain jurassique de ces régions un aspect particulier. Les sources ferrugineuses, en jaillissant à des intervalles qui variaient pour chaque localité y^ déterminaient la formation de bancs assez riches pour être exploités. D'autres sources apportaient la silice qtie Ton retrouve dans certains bancs calcaires sous forme de rognons, de charveyrons ou de chailles.

Les couches alternantes de marnes et de calcaires sont très irrégulières sous le rapport de leur épaisseur relative. Les marnes dominent dans le lias et Toolite moyenne; elles constituent dans chacun de ces terrains deux masses très puissantes qui persistent sur de grandes étendues en conservant leurs caractères pétrographiques. Les calcaires forment, au contraire, l'élément essentiel des terrains oolitique inférieur et supérieur. Ces alternances impriment un cachet particulier au paysage des contrées jurassiques et jouent un rôle important dans le système hydrographique souterrain et superflciel (voir livre IX).

Lorsqu'on étudie la répartition chronologique des systèmes de soulèvement (tome II, page 395), on voit que, lors de la période jurassique , les actions dynamiques qui déterminent les dislocations du sol et le soulèvement des chaînes de montagnes, ont subi , comme l'action geysérienne , une sorte de ralentissement; ce repos relatif des forces souterraines a contribué sans doute avec le climat à rendre très faible la proportion d'éléments détritiques entrant dans la composition da terrain jurassique. On est conduit à reconnaître que le mouvement orogénique a cessé pour ainsi dire de se manifester pendant la période jurassique, lorsque Ton voit les divers terrains correspondant à celte période se montrer partout en stratification concordante. Ces terrains ne sont séparés les uns des autres que par des discordances d'isolement, résultat naturel des mouvements ondulatoire et d'intumescence qui ne sont pas restés inactifs comme le mouvement orogénique.

Le terrain jurassique doit atteindre son maximum d'épais* seur au milieu de chaque bassin, aux environs de Paris et dans le haut Jura, par exemple, où il possède une puissance qui ne peut pas être évaluée à moins de 1,200 mètres. Cette épaisseur va en diminuant à mesure que Ton s'éloigne du centre de chaque bassin pour se rapprocher de ses bords. Cet amincissement tient à plusieurs circonstances. Par suite de la manière dont le mouvement d'intumescence a opéré pendant la période jurassique (mUè, page 58i), la série des étages correspondant a cette période est d'autant moins complète que le point où roi) se trouve est plus éloigné du centre de chaque bassin, ïtemarquons, en outre, que, près des bords, les eaux étant moim itrotondes et les émergements temporaires plus ircquenls^ il en résultait que les dépôts qui s'y constituaient

ienl moins épais, plus faciles à être détruits et moins nom*

breux que dans la partie centrale de chaque bassin^ où Vaction sédinientaire ne se trouvait jamais suspendue.

viore. fauM et climat «e la péHada JuraMltM. — Pendant la période jurassique, l'Europe et, sans doute aussi, le globe tout entier, avaient une constitution topograpbique insulaire. Les continents étaient peu étendus et peu élevés. Par suite du voisinage de la mer, une certaine humidité favorable à la végétation était entretenue dans ^atmosphère , ainsi que cela s'observe en Egypte; mais la rareté des roches détritiques dans les terrains correspondant à la période jurassique, ainsi que Tabsence de cordons littoraux sur les rivages des mers de cette période (tome I , page 860) démontrent qu'il ne se produisait jamais, à la suite d'une fonte des neiges ou de pluies abondantes, des courants entraînant vers la mer des débris de roches arrachés aux lies et aux continents; on peut conclure de là que le climat de la période jurassique était sec. Le mode de répartition des êtres organisés et, notamment, l'existence de bancs de coraux en Angleterre et dans les régions placées sous la même latitude (aniè, page 414), indiquent assez que, pendant cette période, la température était très élevée.

Les considérations précédentes s'appliquent surtout au centre et au midi de l'Europe; le climat était moins sec et moins chaud dans la région qui entourait la mer du nord-est de la Russie, si l'on en juge soit par la constitution pétrographique des dépôts que cette mer a reçus, soit par la nature des débris de corps organisés que ces dépôts renferment. Dans toute l'étendue comprise entre l'Oural à Test, la mer glaciale au nord , la Laponie et la Finlande à l'ouest et le massif granitique du Dnieper au sud , les couches du terrain jurassique sont toiqours sableuses ou argileuses; le calcaire n'y est qu'un

accident. Malgré l'abondance des fossiles sur quelques points, les polypiers^ les radiaires y Us écbinides, les stellérides et les crinoïdes y sont excessivement rares. Les différences climatologiques existant entre la mer du centre de l'Europe et la mer du nord-est de la Russie résultaient sans doute de ce que celleci s'ouvrait vers le nord et recevait les courants froids venant des régions circumpolaires^ tandis que Tautre^ ouverte vers le sud^ recevait des courants venant des régions équatoriales , ainsi que le Gulf-Strean de la période jurassique.

J'ai déjà indiqué les principaux caractères de la faune jurassique étudiée) dans son ensemble [antè, pages 3U et 314). Le lecteur trouvera de nouveaux détails relatifs à ce sujet lorsqu'il sera question de la faune correspondant à chaque système de la série jurassique. Lorsque Ton compare la faune jurassique à la faune actuelle , on voit qu'elle devait présenter beaucoup d'uniformité. En effets tandis que la plupart des types de la période jurassique existent encore de nos jours^ un grand nombre des groupes de la faune actuelle^ et précisément ceux qui impriment au tableau de la vie animale le plus de variété^ n'étaient pas ou étaient à peine représentés pendant la période jurassique; je citerai , comme exemples y les mammifères^ les oiseaux, les opbidiens et les batraciens, parmi les vertébrés, et, parmi les invertébrés, les insectes vivant du suc des fleurs. J'insisterai encore sur deux caractères essentiels de la faune jurassique : l'abondance des ammonites et des bélemnites et le grand développement pris par la faune des reptiles. Ainsi que je l'ai déjà dit, ceux-ci étaient très nombreux en individus et en' espèces; leur grande variété d'organisation faisait qu'ils avaient des' représentants dans tous les milieux où la vie peut se manifester; enûn, quelques uns étaient remarquables par la grande taille qu'ils atteignaient; tandis que les monitors.

SYSTÈME INFRALIASIQUE. 587

qui sont aujourd'hui les plus grands reptiles , arrivent à peine à la taille de six pieds y le mégalosaure avait 40 pieds de longueur et le pélorosaure 70.

La flore avait pour caractères essentiels : Tabsence des dicotylédonées angiospermes et des végétaux à fleurs très apparentes et colorées d'une manière plus ou moins vive; — la rareté des monocotylédonées ; — l'abondance des dicotylédonées gymnospermes^ représentées par deux familles : les cycadées et les conifères; — la persistance des fougères, qui continuaient à croître partout nombreuses en espèces et en individus. Le tapis végétal qui , pendant la période jurassique recouvrait le sol^ devait présenter une grande uniformité ; il en était de même pour le paysage qui n'offrait pas la variété que l'on constate de nos jours.

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