ENFOUISSEMENT DES VERTÉBRÉS DANS LES STRATES MARINES
dant très longtemps et finit par devenir la proie des poissons ou des animaux carnassiers qui vivent dans Teau. Enfin , la fragilité de leur tissu osseux doit être mise au nombre des circonstances défavorables à leur fossilisation.
La rareté des débris de mammifères dans les strates marines s'explique en partie delà même manière que pour les oiseaux. Les mammifères ne se sont montrés en abondance^ à la surface du globe, (\u'k une époque assez moderne. Mais les autres circonstances que nous avons invoquées pour rendre compte de la rareté des débris d'oiseaux à Tétat fossile ne se sont pas présentées pour les mammifères; ceux-ci ont toujours été plus exposés à devenir les victimes des inondations; leurs os ont, d'ailleurs^ un plus fort volume et un tissu plus résistant que ceux des oiseaux. Aussi , existe-t-il des gisements qui peuvent être considérés comme de véritables ossuaires à cause de la quantité de restes de mammifères qu'on y a recueillis. Ces restes y ont été entraînés par des fleuves et des rivières qui parcouraient des contrées fertiles^ habitées par de nombreux animaux.
Parmi les localités que leur richesse en débris d'animaux terrestres a rendues célèbres , je citerai d'abord Montmartre, dont les bancs de gypse, dépendant du terrain éocène supérieur, ont fourni à Cuvier tous les matériaux que son génie a su si bien mettre en œuvre. Le rapprochement sur le même point du gypse et des ossements de mammifères est, du reste, tout à fait accidentel. On a pensé, à tort selon nous, que la mort de ces mammifères et, par suite, leur accumulation dans le même gis^nent, avaient été occasionnées par les émanations d'acide sulfurique qui accompagnaient le jaillissement des sources amenant le sulfate de chaux. Tout au plus, peut-on être porté à croire que les eaux chargées de ces émanations avaient tenu à distance les animaux peuplant le lac où se dépo-
sait le gypse de Montmartre. Ces animaux n'ont pu ainsi se nourrir des dépouilles charriées par les courants.
Parmi les autres gisements de mammifères, je mentioa* nerai celui de Sansan, dans le Gers , qui dépend du terrain miocène et que M. Lartet a exploré avec tant de succès. Les débris qu'on y a recueillis ont été charriés par les courants descendant des Pyrénées et se dirigeant vers un lac qui occu- ])ait une partie du sud ouest de la France. Je mentionnerai encore les sables marins pliocènes sur lesquels la ville de Montpellier est bâtie ; ces sables ont fourni d'abondants débris qui ont été l^tudiés en majeure partie par H. Paul Gervais.
Quant aux circonstances qui ont accompagné l'enfouissement des poissons, je me bornerai à rappeler l'hypothèse qu'on a émise pour expliquer l'abondance de leurs débris dans certains gisements. A Monte Bolca^ les poissons sont disposés parallèlement aux feuillets d'un calcaire schistoïde ; ils sont toujours entiers et si pressés les uns contre les autres qu'on en trouve souvent plusieurs dans un seul bloc; les milliers d'échantillons , répartis dans les divers cabinets de l'Europe^ et provenant de cette localité, ont été presque tous extraits d'une seule carrière, a Tous ces poissons, d dit Buckland, a doivent avoir péri subitement sur ce point fatal et y avoir été couverts en peu de temps par le sédiment calcaire alors en voie de se déposer. Et cet autre fait que quelques individus ont <x)nservé jusqu'à des traces de la couleur de leurs téguments nous donne la certitude qu'ils ont été complètement ensevelis avant même que la décomposition eut attaqué leurs parties molles. M. Agassiz pense que les individus innombrables que l'on trouve à Torre d'Orlando, près de Castellamare, dans le calcaire jurassique , appartiennent tous à une espèce du genre Tetragonolepis; tout un banc de ces poissons paraît avoir été détruit