‹ Prodrome de géologieChapitre 16 sur 170 · GISEMENTS DES INVERTÉBRÉS DANS LES STRATES MARINES · texte numérisé non relu

GISEMENTS DES INVERTÉBRÉS DANS LES STRATES MARINES

instantanément^ et sur un seul point où les eaux avaient été soit imprégnées de quelque émanation nuisible^ soit élevées à une température inaccoutumée. Beaucoup de poissons que Ton trouve dans les schistes cuivro-bitumineux de Mansfeld fThuringe) offrent des attitudes contorsionnées que Ton regarde comme dues aux convulsions de Tagonie. Ces poissons fossiles ayant conservé la raideur qui suit immédiatement la mort, il est évident qu'ils ont dû être ensevelis avatit que la putréfaction eût commencé, et^ selon toute apparence^ dans la même boue cuivro-bitumineuse dont Taction les a fait périr. »

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Tocéan , les animaux vivent en plus grand nombre sur les fonds vaseux que sur les fonds calcaires^ et sur les fonds calcaires que sur les fonds de sable. Aussi^ les fossiles sont-ils plus abondants dans les roches marneuses et argileuses que dans les roches calcaires^ et dans les roches calcaires que dans les grès et les roches détritiques à éléments plus ou moins grossiers. D'ailleurs, en énonçant ces faits généraux, je dois ajouter qu'ils sont sujets à de fréquentes exceptions.

Diverses circonstances permettent encore de s'expliquer pourquoi certaines roches se montrent très riches et d'autres très pauvres en fossiles. Les roches calcaires renferment moins de débris de corps organisés parce qu'elles se sont ordinairement déposées loin des côtes, c'est à dire dans les zones où les êtres organisés sont moins nombreux. D'un autre côté , les grès et les conglomérats sont relativement pauvres en fossiles parce que les courants, qui ont charrié les détritus dont ils se composent , ont transporté à de plus grandes distances et déposé sur des points distincts les débris de corps organisés toujours plus légers que les fragments de roches ayant le même

Yolume qu'eux. D'autres causes ont contribué à rendre les grès et les conglomérats moins fossilifères que les autres roches; le mouvement des eaux^ en agitant et en frottant les cailloux siliceux et les grains de sable contre les débris de corps organisés^ toujours moins durs , ont fréquemment amené la destruction de ceux-ci. Lorsque des débris de corps organisés se sont trouvés engagés dans un grès ou conglomérat siliceux^ la difiTérence de composition chimique a souvent amené la ré* sorption du carbonate de chaux de cet os ou de cette coquille dans toute la masse de la roche {antè , page ii).

Le dépôt d'une strate est un phénomène continu et d^mc durée limitée. Pendant que ce dépôt s'effectue, le nombre des débris englobés par la roche en voie de formation doit donc être peu considérable. D'un autre côté, une strate est toujours séparée de celle qu'elle recouvre ou qu'elle supporte par un plan de stratification qui correspond à un intervalle de repos dans l'acte de la sédimentation. Pendant cet intervalle, dont la durée peut être très longue, des générations d'êtres organisés ayant vécu sur place ou provenant de localités voisines, se succèdent en laissant leurs dépouilles après elles. Ce que je viens de rappeler explique pourquoi les fossiles sont toujours plus nombreux à la surface que dans l'intérieur des strates.

Le géologue, lorsqu'il explore un terrain au point de vue paléontologique, doit se tenir en garde contre deux chances d'erreur qui peuvent le conduire à se tromper soit sur l'âge d'une couche, soit sur le véritable horizon auquel une espèce doit être rapportée : ces deux causes d'erreur sont les a fossiles non en place » et les « fossiles remaniés. »

Les talus ou abruptes, lorsqu'ils atteignent une certaine élévation, résultent de la superposition d'assises ayant chacune une faune souvent distincte. Mais leurs fossiles sont confondus sur

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le flanc du talus ou à sa base. Chacun de ces fossiles, à mesure qu'il se dégage de sa guangue^ roule dans le sens de la décli- Tité du sol et s'arrête sur des points qui ne correspondent plus à son véritable horizon paléontologique. Par conséquent, chaque fois que l'on recueille un fossile, on doit s'assurer s'il est dans son gisement primitif.

Les fossiles proviennent presque toujours d'animaux ayant vécu pendant l'époque où les strates qui les renferment se constituaient. Mais, quelquefois, ils peuvent être entraînés pêle mêle avec les débris des roches qui les contiennent, et s'engager dans des strates en voie de formation; celles-ci reçoivent ainsi des débris d'animaux ayant appartenu à des époques anciennes. En un mot, ces strates montrent des fossiles remaniés (0. Le déplacement des fossiles s'effectue dans des conditions telles que les exemples de fossiles remaniés sont rares. S'ils ont été soumis longtemps à l'influence des agents de transport , ceux-ci ont fini par les user et les détruire complètement , surtout lorsque ces fossiles n'étaient pas de nature siliceuse (tome I, page 357). Le géologue est d'ailleurs prévenu que les fossiles recueillis par lui ont ét& remaniés, lorsqu'il y a, pour ainsi dire, incompatibilité entre les espèces auxquelles ces fossiles appartiennent et l'âge des terrains où ils ont été rencontrés. En outre , ces fossiles portent en eux mêmes les traces d'un remaniement; ils sont roulés et fortement usés; enfin, leur composition pétrologique contraste

(1) Les productus da terraia carbonifère ont été trouvés avec les coquilles fossiles de Tétage contemporain en Russie. Les fossiles albiens de Clansayes (Drôme), composés d*une roche chloritée très compacte^ sont remaniés dans un sable rouge appartenant à l'étage falunicn. Les bélcmuites et les ammonites da lias sont remaniées dans les couches tertiaires d'Osnabruck et de Cassel ; elles le sont avec les coquilles de l'époque actuelle , à Banflf^ en Ecosse, etc. (Aie. d'Orbigny , Paléontologie sirati graphique).

avec celle de la roche où ils ont été reçus après avoir abandonné leur gisement primitif.

Nous avons vu quil existe à la base de la série des terrains sédimentaires un groupe de strates^ dites azcîques, où les fossiles manquent d'une manière absolue. Plus haut, les terrains sont toujours plus ou moins fossilifères, mais ne se montrent pas également riches en débris de corps organisés. Cette rareté de fossiles dans certains terrains, tels que le grès bigarré et les marnes irisées, semble, au premier abord, tenir à un ralentissement des forces vitales; mais je crois plutôt qu'elle doit être attribuée à la nature des roches qui fontpartiedu terrain triasique. Ces roches sont : les unes , des grès et des conglomérats qui, je viens de le dire, se prêtent peu à la conservation des débris de corps organisés; — les autres, des marnes et des argiles accusant, par leur composition chimique et leurs nuances plus ou moins vives, une action geysérienne très énergique; ces roches se sont déi)Osées dans des eaux tenant en dissolution ou en suspension des substances qui les rendaient impropres à la vie.

Certains gisements de fossiles ont acquis une grande célébrité à cause de la variété, de Tabondance et surtout de la parfaite conservation des débris de corps organisés qu'on y a recueillis. Tels sont ceux de Lime Régis (Angleterre), dans le lias; de Solenhofen (Bavière), dans le terrain corallien; de Monte Bolca (Italie septentrionale), dans le terrain tertiaire inférieur, etc. Les gisements que je viens de nommer appartiennent à des fornfations marines. Les gisements d'Aix (Provence), dans le terrain éocène supérieur, d'GEningen (Suisse), dans le terrain pliocène, etc., se rattachent à des formations lacustres. Ce que j'ai dit , à propos des terrains lacustres (voir tome I, page 684) , pour rendre compte de la parfaite conser-

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