‹ Prodrome de géologieChapitre 74 sur 170 · FAUNES ET FLORES SUCCESSIVES · texte numérisé non relu

FAUNES ET FLORES SUCCESSIVES

comprend les espèces qui n'onl vécu que pendant cette époque B; dans un second , se troayent les espèces qui ont vécu pendant l^époque précédente A et qui sont destinées à disparaître pendant Tépoque B; enfin, le troisième renferme les espèces qui se montrent pendant Tépoque B et qui doivent passer dans l'époque suivante C.

Les auteurs qui^ lors du siècle dernier, se sont occupés de fossiles, W. Smith lui même, ne se doutaient pas que les débris de corps organisés étudiés par eux provenaient d'espèces n'existant plus, lis croyaient sans doute que ces espèces vivaient encore dans des régions inexplorées ou dans les profondeurs inaccessibles de l'océan. C'était l'étude des dépouilles des animaux ayant vécu sur lés continents et surtout des quadrupèdes qui devait conduire à l'idée des races perdues; la liste des animaux qui vivent actuellement sur la terre émergée est, en effet, bien plus facile à dresser que celle des animaux qui ont le fond de l'océan pour séjour. Buffon avait d'abord vaguement émis la pensée que les grands ossements fossiles du Canada et de la Sibérie avaient appartenu à des animaux dont les espèces n'existent plus, mais, plus tard, il réduisait le nombre des espèces perducsà une seule, le mastodonte. Camper, dans un mémoire adressé, en 1787, à Pallas, formulait pins nettement l'opinion que certaines espèces ont été détruites par les révolutions du globe et il citait, à l'appui de cette opinion, certains faits incontestables. Toutefois, si l'on tient compte de l'importance et de la nature des travaux de Cuvier, c'est à Fauteur des Recherches sur les ossements fossiles qu'il faut attribuer la gloire d'avoir le premier formellement exprimé Vidée des races perdues, de l'avoir démontrée et introduite dans la science. Le travail où cette idée a été mise en évidence est son mémoire sur Les espèces (ï éléphants fossiles ,

comparées aux espèces vivantes; ce mémoire a été lu à Tlnstitut le 1^' pluviôse , an IV, dans sa-première séance publique. a Dans ce premier mémoire, » dit M. Flourens, « Guvîer ne se borne pas à démontrer que 1 elépbant fossile est une espèce distincte des espèces actuelles, une espèce éteinte, une espèce perdue; il déclare nettement que le plus grand pas qui puisse être fait vers la perfection de la théorie de la terre , serait de prouver qu'aucun de ces animaux dont on trouve les dépouilles répandues sur presque tous les points du globe, n'existe plus aujourd'hui. Il ajoute que ce qu'il vient d'établir pour l'éléphant, il l'établira bientôt d'une manière non moins inconiestable pour les rhinocéros, pour le cerf, fossiles, toutes espèces également distinctes des espèces vivantes, toutes espèces également perdues. Enfin, il termine par celte phrase remarquable, et dans laquelle il semblait annoncer tout ce qu'il a découvert depuis : «Qu'on se demande pourquoi l'on trouve tant de » dépouilles d'animaux inconnus, tandis qu'on n'en trouve » aucune dont on puisse dire qu'elle appartienne aux espèces » que nous connaissons, et l'on verra combien il est probable » qu'elles ont toutes appartenu à des êtres d'un monde anlé- » rieur au nôtre, à des êtres détruits par quelques révolu- 30 tions du globe, à des êtres dont ceux qui existent aujour- » d'hui ont rempli la place. »

Recbercbe des causes qal ont détemilDé rapparltlon de chaqae

espèce. — D'après ce qui précède, il y a eu, pour chaque espèce dont on trouve les débris dans les terrains stratifiés, un moment où elle s'est montrée pour la première fois à la surface du globe et un autre moment où elle a disparu pour toujours. La recherche des^causes qui ont déterminé l'apparition de chaque espèce constitue le problème le plus ardu de la géolo-

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gie. Ce problème est, selon nous, insoluble. Mais y a-t-il impiété ou folie à Taborder? Evidemment non. La création de chaque flore et de chaque faune a dû s'opérer, comme tous* les phénomènes naturels, par le concours de forces et d'agents exécuteurs de la volonté divine. Voyons comment certains esprits, pleins d'initiative ou doués d'une vive imagination, ont essayé de résoudre le problème des rénovations organiques. Nous allons mentionner los principales hypothèses qui ont été émises à ce sujet; nous ne douions pas que le lecteur ne recpnnaisse avec nous qu'aucune d'elles n'est admissible.

A) Les êtres organisés apparus à chaque époque préexistaient, mais habitaient les corps célestes d'où ils passaient sur notre planète lorsqu'il y avait contact entre elle et une de ces masses sidérales. Celte hypothèse n'est nullement en relation avec l'ordre régulier qui a présidé au renouvellement des faunes et des flores. La cause invoquée est toute fortuite, accidentelle, tandis que les effets, c'est à dire les rénovations organiques, se sont coordonnés de manière à accuser l'existence d'un plan régulier et, pour ainsi dire, conçu d'avance. Je ne m'arrêterai pas à faire remarquer combien , même lorsque deux planètes viendraient à être mises en contact pendant an temps plus ou moins prolongé, le i)assage de certaines formes animales d*un corps planétaire à raulre offrirait de difflcultés. Il me suffira de rappeler que cette hypothèse est rendue complètement inadmissible par ce que nous savons des lois qui président aux mouvements des masses sidérales. (Voir livre I, chapitre m. ) Mais pour montrer à quelles divagations peut conduire la recherche des causes des rénovations organiques, je vais transcrire les lignes suivantes écrites par Laurillard, qui était pourtant un paléontologiste distingue et un esprit sérieux.

c Si les pei*S0Dnes qui préfèrent au doute les idées positiTCS, quelque hasardées qu'elles soient^ nous demandaient quels peuvent être les agents chargés de porter la vie sur notre planète^ nous répondrions que plusieurs savants ont pensé que les populations animales ont pu être détruites par le choc d'une comète. On pourrait peut-être aller plus loin, et supposer qu'en même temps qu'elles mettaient Gn au règne organique existant, elles venaient en apporter un autre. Ces corps seraient ainsi considérés comme les agents chargés de porter, dans les diverses planètes, les êtres organisés , au temps où celles-ci^ se trouvent dans les conditions physiques convenables, pour que les habitants qu'elles y apportent puissent y remplir le rôle auquel ils sont appelés par leur organisation ; comme des astres femelles, enceints de toute une population; comme des œufs avec lesquels , en efTet, les comètes ont quelque analogie, par les diverses couches ou enveloppes de substances plus ou moins transparentes, dont elles paraissent formées, et même par leur queue ou chevelure , qui serait le placenta au moyen duquel elles puiseraient dans Téther les matériaux nécessaires au développement des êtres en voie de formation, développement qui demanderait un temps proportionné à la rareté de cet éther^ et qu'on ne peut estimer à moins de plusieurs dixaines de milliers d'années. 0

B) Les êtres organisés, d'après une autre hypothèse , préexisteraient sur la terre depuis la première création, et ils seraient tenus en réserve sur un point indéterminé du globe d'où ils se répandraient à sa surface à mesure que des circonstances favorables à leur dissémination se présenteraient. Cette hypothèse a le défaut capital de ne pas nous dire comment se serait opérée la première création ; elle tourne la difficulté, la déplace , mais ne la résout pas. Evidemment , la cause qui a

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déterminé Tapparition du premier être organisé à la surface du globe a également présidé à Tapparition de tous les êtres organisés qui plus tard se sont montrés les uns après les autres ; si cette cause était connue dans un cas^ elle le serait aussi dans tous. D'ailleurs, Thypothèse qui attire maintenant notre attention donne lieu à la même objection que nous venons de faire à Thypothèse précédente ; si elle était fondée , le mode de distribution des fossiles dans les strates ne devrait pas offrir le caractère de variété et de régularité que Ton constate; les mêmes débris de corps organisés se trouveraient indistinctement dans tous les terrains, dans les plus anciens comme dans les plus modernes, ce qui n'a certainement pas lieu. D'un autre côté , tout n'indique-t-il pas que les rénovations organiques qui se sont effectuées pendant les temps anciens se produiront dans l'avenir? Or, où se trouverait la contrée privilégiée qui tiendrait en réserve les êtres destinés à intervenir dans ces rénovations? Quelle richesse n'aurait pas dû offrir la faune et la flore de cet unique centre de création si , dans le même moment , pareil à une arche de Noë, il avait été occupé par tous les animaux et toutes les plantes que nous savons pourtant ne s'être montrés sur la surface du globe que les uns après les autres, comme s'il n'y avait pas eu place pour tous à la fois? Quelle est la cause qui aurait permis aux espèces ainsi réunies, entassées et parquées dans cette contrée où toutes les futures générations étaient tenues en réserve, de persister depuis les premiers temps géologiques jusqu'à nos jours, tandis que tout nous démontre que chaque espèce a eu sur toute la surface du globe une existence fatalement resserrée dans d'étroites limites?

C) D'après une troisième hypothèse, la seule qui présente un côté scientifique , les diverses espèces de plantes et d'animaux

ne seraient nullement sujettes à s'éteindre ; elles se modifieraient insensiblement sous TinQuence de causes diversement appréciées par les partisans de la transformation des formes organiques.

Les recherches relatives à la création des êtres organisés ont établi^ dans ces derniers temps ^ une certaine relation et une certaine solidarité entre deux théories qui , formulées isolément^ n'auraient aucune portée scientifique. Ces deux théories sont celles de la a génération spontanée > et de a la transmutation des espèces. »

On ne saurait de prime abord admettre qu'il y a une génération spontanée pour les animaux autres que ceux dont Torganisation est d'une simplicité extrême; en supposant même que les infusoires se soient formés par hétérogénie^ il ne saurait en être de même pour des animaux d'un volume plus, considérable, pour les éléphants , par exemple. D'ailleurs^ un des caractères essentiels de la force qui préside aux rénovations organiques est la périodicité. En. admettant que tous les animaux , sans exception , soient le produit de générations spontanées , il resterait à expliquer pourquoi les circonstances en vertu desquelles ces générations s'opèrent ne se montrent qu'à divers intervalles. Si la génération spontanée était un phénomène permanent , nous devrions voir journellement de nouvelles formes organiques naître autour de nous , ce qui ne se produit certainement pas.

D'un autre côté, lors même qu'on admettrait que la faune actuelle et celles qui l'ont précédée proviennent les unes des autres par des transformations successives, le difficile problème de l'arrivée des êtres organisés à la surface du globe n'aurait pas sa solution. La terre n'a pas toujours existé : il y a eu un moment où, par une cause ou une autre, la vie s'est

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répandue à la surface du globe comme une force invisible qui pénètre partout. Puisquil y a eu une création, pourquoi ne pas en admettre deux , trois,... dix, en un mot autant que la paléontologie nous montre qu'il y a eu de faunes distinctes. Dès lors, la doctrine de la transformation indéûnie des espèces n'est d'aucune utilité pour la solution du problème qui nous occupe.

Mais , d'après les partisans de la transmutation des espèces, les êtres organisés de l'époque actuelle, de même que tous ceux des époques anciennes, proviendraient, quelle que compliquée que soit leur organisation , d'êtres ayant vécu antérieurement. £o remontant la série des âges géologiques , on trouverait des formes de moins en moins complexes, et on arriverait, en dernière analyse,aux premiers êtres créés. Ceux-ci auraient eu une organisation excessivement simple; complètement microscopi(|ucs, formés par la réunion d'une ou plusieurs cellules, ils auraient été produits sous l'influence exclusive des forces physiques; ils seraient le résultat de la matière amorphe s'organisant elle même. Le lecteur, en voyant quel est le point de départ des partisans de la transmutation des espèces, doit comprendre toute l'importance du débat récemment soulevé à propos des générations spontanées.

Lâmarck soutenait que les espèces varient sans cesse par suite des changements dus aux actions et aux habitudes ; ces changements se transmettent par la génération et s'ajoutent à ceux qui se sont déjà opérés antérieurement ; ils finissent par imprimera l'individu auquel ces variations sont ainsi transmises une forme tellement différente de celle du type primitif qu'on doit voir en lui une espèce nouvelle, a Tous les êtres organisés, 0 disait-il, a sont de véritables productions de la nature, qu'elle a successivement exécutées à la suite de beaucoup de

temps ; la nature a commencé et recommence encore tous les jours par former les corps organisés les plus simples; elle ne forme directement que ceux-là^ et ce sont ces premières ébauches de l'organisation qu'on a désignées par l'expression de générations spontanées. Â mesure que les circonstances extérieures changent^ elles modifient profondément les êtres ; pour ceux-ci, des circonstances naissent les besoins, des besoins les désirs, des désirs les facultés, des facultés les organes. » Pour expliquer comment, après une si longue série de siècles écoulés depuis le commencement du monde, il existe encore des animaux et des plantes appartenant aux types inférieurs, Lamarck admettait que des monades ou êtres rudimentaires se forment constamment dans la nature, et que ces espèces de monades. sont en nombre égal à celui des divisions de premier ordre dans les règnes animal et végétal.

Pour les deux Geofiroy Saint-Hilaire, la transmutation des espèces s'opérerait sous l'influence des milieux ambiants. Selon eux, l'espèce est fixe sous la raison de l'état conditionnel de son milieu ambiant ; elle se modifie, elle change, si le milieu ambiant varie et selon la portée de sa variation ; d'où il résulte que, parmi les êtres récents et actuels, on ne doit pas voir el l'on ne voit pas se produire de différence essentielle; pour eux, c'est le même cours d'événements comme la même marche d'excitation. Au contraire, le monde ambiant ayant subi, d'une époque géologique à l'autre, des changements plus ou moins considérables, l'atmosphère ayant même varié dans sa composition chimique, les êtres actuels doivent différer, par leur organisation, de leurs ancêtres des temps anciens, et en diffé«rer selon le degré de la puissance modificatrice.

M. Darwin, dans son célèbre ouvrage sur YOrigine des Espèces, assimile les procédés mis en œuvre par la nature a ceux

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que rhomme emploie pour produire les races; on sait comment les éleveurs en effectuant des croisements entre des individus convenablement choisis^ parviennent à obtenir des races . déterminées ; ils procèdent par sélection. Mais il y a aussi une sélection naturelle^ en vertu de laquelle les individus venus au monde avec des modifications appropriées au milieu où ils vivent tendent à remplacer ceux qui n'ont pas acquis ces modiûcations ou qui en ont subi de défavorables ; ceux-ci sont destinés à disparaître tôt ou tard de la scène de la vie. Dans la nature, c'est te milieu où vit Tétre organisé qui fait fonction d'agent sélecteur. Du reste ^ pour donner en peu de mots une idée juste du livre de M. Darwin^ je ne puis mieux faire que dQ transcrire les lignes suivantes où sir Lyell résume avec impartialité la théorie de son compatriote : « En parcourant Touvrage de M. Darwin, on voit que cet écrivain commence par faire au monde animal et au monde végétal l'application de la théorie de Malthus sur la population, c'est à dire qu'il admet sa tendance à croître suivant une progression géométrique, tandis que les sources d'alimentation ne s'augmentent, et encore dans certaines localités, que suivant une progression arithmétique. Il en résulte qu'il n'y a ni place ni moyens de subsistance pour une grande proportion des plantes et des animaux qui viennent au monde, et qu'un grand nombre doit périr chaque année. La lutte, qui doit décider quels seront ceux qui survivront et ceux qui succomberont, a lieu dans la saison où les moyens de subsistance sont les pins restreints, où les ennemis sont les plus nombreux, où les individus sont affaiblis par le climat et par d'autres causes ; c'est alors que les variétés qui ont un avantige, fût-il des plus légers, sur les autres, demeurent victorieuses, et ne doivent souvent leur salut qu'à des différences qui paraîtraient futiles à un observa-

leur d'occasion ; ce seront, par exemple, une couleur plus ou moins foncée, qui les rend [moins \isihles aux espèces dont elles sont la proie ; d'autres fois, des qualités plus manifestement avantageuses, un instinct plus rusé, un vol plus puissant, des pieds plus rapides. Ces qualités cl facultés particulières, tant physiques qu'instinctives, peuvent leur permettre de survivre à leurs rivales moins favorisées, et, en les transmettant par héritage à leurs rejetons, elles constitueront de nouvelles races, ou ce que M. Darwin appelle des a coramencenients d'espèce. » Les éleveurs savent qu'on peut, au bout de quelques générations, faire une nouvelle race de bétail, à courtes cornes ou sans cornes, en choisissant comme animaux reproducteurs ceux dontles cornes sont les moins développées; ainsi, dit-on, fait la nature ; elle altère, dans le cours des âges, les conditions de la vie, les traits géograpbiquesd'un pays, son climat, l'association de plantes et d'animaux, par conséquent, la nourriture et les ennemis d'une espèce et son mode d'existence, et par ces moyens elle choisit certaines variétés mieux adaptées au nouvel ordre de choses. C'est ainsi que de nouvelles races peuvent supplanter le type originel dont elles descendent, bien que le type ait pu s'être perpétué sans modification, pendant une série illimitée d'âges antérieurs dans la même contrée, tant qu'il s'est trouvé en harmonie avec les conditions physiques du milieu environnant. — Lamarck, en cherchant l'origine du long cou de la girafe, disait que cet animal s'était étendu pour atteindre les rameaux d'arbres élevés, jusqu'à ce qu'à la suite d'efiorts continus, et à force de chercher à arriver de plus en plus haut, il eut acquis un cou allongé. M. Darwin suppose simplement que , pendant une saison de disette, une variété à long cou eut l'avantage sous ce rapport sur le reste de l'espèce, lui survécût grâce à ce qu'elle pût brouter le feuillage hors de

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la portée des autres, et transmit à ses successeurs cette particularîlé de conformation. »

D'après ce qui précède, on voit que Lamarck, les deux Geoffroy Saint Hilaire et Darwin ne sont pas complètement d'accord sur les causes qui déterminent les variations des espèces d'une génération à la suivante. Mais ils admettent^ d'une manière plus ou moins explicite, le même point de départ dans la série des êtres ; ils sont hélérogénistes. Ils accordent à la matière brute la propriété de s'organiser elle même de manière à déterminer la formation de plantes et d'animaux ; ensuite, ils mettent en œuvre la double faculté qu'ont les êtres organisés de donner naissance à des individus semblables à leurs parents, mais en différant quelquefois par certains caractères anatomiques ou instinctifs ; enfin, ils déclarent que les variations de caractères s'effectuent de telle sorte que chaque forme organique tend à 86 porter vers un degré plus élevé de l'échelle animale ou végétale.

Il est bien peu de géologues qui aient adopté la théorie, si séduisante mais si spécieuse, de la création des espèces par voie de transmutation et de perfectionnement. J'ai indiqué, au commencemedt de ce chapitre, les motifs qui m'engageaient à ne pas prendre part à certaines controverses. Je me bornerai à faire à la théorie de la transformation indéfinie des espèces une seule objection qui a pour moi une telle importance et un tel caractère qu'elle constitue, en quelque sorte, une fin de non recevoir.

Cette théorie a contre elle tous les arguments que l'on oppose à la doctrine de la perfectibilité (posteà, chap. V) ; il est certains genres, certaines familles, certaines classes même, telles que celles des reptiles et des poissons, qui, à chaque époque, ont été représentées par des espèces de moins en moins par-

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faites. Elle est incompatible ayee ce que nous savons sur le caractère général des transformations successives de la flore et de la faune^ depuis les premiers temps géologiques jusqu'à dos jours. Chaque époque a ses types spéciaux que rien ne rattache aux types des époques voisines. Dans la filiation des formes organiques on consUite de nombreux hiatus qui ne devraient pas exister si la doctrine de la transmutation des espèces était fondée. A peine peut-on citer quelques faits comme exemples de passages insensibles d'une espèce à une autre, tandis que ces passages devraient être la règle générale. Il n'est pas de paléontologiste ni de zoologiste qui puisse, par^xemple, admettre que les oiseaux sont une transformation des ptérodactyles ; on ne conçoit pas pourquoi la peau de ces derniers se serait recouverte de plumes plutôt que de tout autre organe épidermique , et, de plus, les débris recueillis dans les strates n'ont jamais montré de formes intermédiaires entra ces deux types d'animaux. Ces objections, que l'on a faites depuis longtemps à la doctrine de la transmutation des espèces, sont si sérieuses que M. Darwin se trouvant obligé d'y répondre, déclare que, « si chaque collection de fossiles ne montre pas avec une entière évidence la gradation et la mobilité des formes de la vie, c'est que les documents géologiques sont beaucoup plus incomplets que la plupart des géologues ne le pensent. » La première conclusion que l'on serait en droit de tirer de la remarque de M. Darwin, c'est que la paléontologie n'apporte aucun argument contraire ou favorable à sa théorie qui, par conséquent, manque de base sérieuse. Mais, si le fait de la transmutation des espèces était aussi général, aussi permanent que le prétendent quelques savants, nos collections géologiques , quelqu incomplètes qu'elles soient, apporteraient de nombreux témoignages en sa faveur.

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En dernière analyse, on est réduit à reconnaître que nous ignorons complètement comment les êtres organisés ont été créés et rien ne semble devoir nous relever de notre ignorance à cet égard. Nous ne pouvons même dire si ces êtres se sont montrés pour la première fois à Tétat d'œuf , d'individu jeune ou adulte. On est forcément amené à penser qu'à divers intervalles des êtres ont été créés par un acte exprès de la volonté divine, ou en vertu d'une force mystérieuse, appelée puissance créatrice, pouvoir créateur, etc., et destinée à rester perpétuellement inconnue. Cette opinion, la seule en relation avec les faits , est , pour les uns , un aveu d'impuissance ; pour les autres, elle se lie intimement à leurs idées religieuses; dans un cas et dans l'autre, elle se dérobe à toute discussion scientifique. Ainsi que le prétend l'école positiviste, nous pouvons observer les phénomènes, étudier leurs lois, mais nullement remonter aux causes premières.

«c la «topariiioii des espèces. — Les faunes et les flores se sont renouvelées non seulement par l'apparition d'espèces nouvelles, mais aussi par la disparition des espèces anciennes. Parmi les causes qui déterminent la disparition de chaque espèce, il en est qui dépendent des circonstances extérieures et du milieu dans lequel vivent les êtres organisés. Chaque individu, considéré en lui même et dans sa progéniture, — en d'autres termes, chaque espèce, — est doué d'une certaine capacité de déviation. L'espèce est variable ; il faut qu'il en soit ainsi pour que l'être organisé puisse lutter contre les changements climatologiques et autres qui s'opèrent autour de lui. Mais cette capacité de déviation est limitée, et lorsque l'accord possible entre la nature propre d'un être organisé et les conditions du milieu où il se trouve est rompu , l'individu meurt.

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Les climats ^ le relief du sol et toutes les choses qui ont uDe relation plus ou moins directe avec les êtres organisés variant sans cesse à la surface du globe , il doit venir un moment où une espèce disparait de la localité qu'elle habite. Si, dans rintervalle, des circonstances favorables ne l'ont pas transportée dans des localités où elle puisse continuer à exister, elle disparait en même temps de la scène de la vie.

Une des meilleures preuves de la disparition possible de certaines espèces par suite de changements dans les conditions topographiques et climatologiques nous est fournie par ce qui s'est passé pendant l'ère jovienne, la période qui , étant la plus récente , se prête le mieux à ce genre de recherches. Pendant toute cette période , la faune marine et la flore n'ont pas subi de modiflcations sensibles; les espèces actuelles d'animaux marins et de plantes paraissent avoir vécu pour la plupart dès le commencement de l'ère jovienne; les changements climatologiques n'ont eu d'autre influence sur elles que de les déplacer soit vers le sud^ soit vers le nord, suivant que la température s'abaissait ou s'élevait. La faune des mammifères, au contraire , a été en majeure partie détruite pendant chaque période glaciaire , c'est à dire à deux reprises distinctes. A quoi tient cette dilTérence ? Les variations de température sont bien moins sensibles dans l'océan que dans l'atmosphère ; par conséquent , elles ont dû affecter à un moindre degré les êtres vivant dans les eaux. D'un autre côté, on sait que les plantes et les animaux marins se reproduisent par des œufs, des graines ou des germes d'un très petit volume, faciles à être transportés d'un point à un autre par divers agents , tels que les courants océaniens. On conçoit comment lorsque des espèces disparaissaient de certaines localités devenues impropres à leur existence , elles pouvaient se propager ailleurs pour

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reTenir ensuite a leur point de départ lorsque le climat s'était modifié. Les mammifères ne peuvent pas s'expatrier aussi lacilement et leurs descendants sont forcément fixés au sol où leurs parents ont vécu ; non seulement ils sont plus exposés à devenir les victimes des changements dimatériques qui se produisent dans les contrées qu'ils habitent, mais ils peuvent encore périr par défaut d'alimentation lorsque les espèces de végétaux dont les herbivores se nourrissent ont émigré. Si Ton apprécie à leur juste valeur les modifications qui, pendant la seconde période glaciaire^ ont été apportées au climat et à la végétation de l'Europe ^ on comprend sans peine que le mammouth et d'autres mammifères n'aient pu leur résister. Mais il n'est nullement démontré que toutes les espèces de mammifères existant au moment où a commencé chacune des deux périodes glaciaires aient été anéanties par suite du refroidisse-» ment du climat. Ce que Ton sait des transformations successives de la faune jovienne autorise à penser que quelques unes de ces espèces ont résisté aux changements dimatériques et ont pris rang dans la faune qui s'est montrée à la surface du globe après chaque période de froid.

Mais ce qui achève de démontrer que les changements dans la constitution topographique d'une contrée peuvent produire l'anéantissement des espèces^ ce sont les mouvements du sol 8'abaissant et s'exhaussant de manière à amener l'arrivée ou l'expulsion des eaux de l'océan dans une même contrée. Evidemment chacune de ces révolutions a pour conséquence la disparition immédiate des espèces terrestres , lorsque le sol s'affaisse , et des espèces marines ^ lorsque le sol s'exhausse. Si ces espèces ne sont pas représentées dans d'autres régions mises à l'abri des oscillations du sol , elles disparaissent définitivement de la surface du globe.

Peut- être aussi uae espèce à force d'habiter une mcme slalion perd-elle peu à peu sa ifilalité? Peut-être lui est-il nécessaire de passer sur d'autres points pour acquérir une nouvelii énergie vitale? C'est sur ce fait qu'est fondé, en économie agricole, le principe de Talternance des cultures. On sait au>5i que les agriculteurs n'ensemencent pas leur champ avec k grain qu'ils y ont recueilli; ils se procurent de la semenci provenant de pays plus ou moins éloignés. L'expérience iein a appris que le même grain, semé plusieurs fois sur le inéiiic sol j s'y abâtardit.

La dépendance mutuelle qui existe entre les divers or^Mnismcs sous le rapport de leur alimentation donne plus d'énergie aux causes de destruction qui viennent d'être énuméréis. La disparition de certains végétaux entraîne avec elle celle de certains animaux herbivores; l'extinction de ces animaux iieibivores doit avoir pour conséquence l'anéantissement des animaux carnassiers qui s'en nourrissent. D'un autre côté, I* développement des animaux carnassiers peut quelquefois avoii pour effet de détruire celles de ces espèces herbivores qm leur organisation empêche de se dérober plus facilement a leur poursuite. L'homme , si son apparition n'était pas relativement très récente, me fournirait le meilleur exemple d cette action destructive exercée par certaines espèces sur dVu:tres espèces habitant les mêmes régions. Sa présence à la sin* face du globe entraine avec elle l'appauvrissement incessa ni de la ûore et de la faune des contrées où se développe la civilisation.

Je viens d'énumérer les causes multiples qui peuvent produire l'extinction des espèces. Toutefois, si, en présence de s chances de destruction auxquelles une espèce est soumise , on oppose les chances de conservation qu'elle possède, on est bien-

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