CHAPITRE V
l'homme fossile.
Causes qui avaient discrédité la question de Thommo fossile. — Recherches de M. Boucher de Perthes. — Indices et documents sur lesquels Inexistence do rhomme dit antédiluvien doit être établie : ossements humains , débris de l'industrie l\umaine. — Gisements des anthropoliles. — Division de l'ère jovienne en plusieurs époques. — L'homme fossile de Denise. — L'homme pendant la période interglaciaire; premier ftge de la pierre; station funéraire d'Âurignac; silex d'Amiens etHl'4bbeville; mâchoire de Moulin Quignon.— Ossements dans les brèches osseuses, les cavernes , etc.; caverne de Lourdes. — L'homme pendant la période postglaciaire; temps anléhistoriques; deuxième âge de la pierre , âge du bronze, âge du fer. — Habitations lacustres de la Suisse; kjokkenmoddings du Danemark. — Temps historiques.
■istoriqae de la «aettton de momme fOMlle. — Des découvertes
récentes et le débat qu^elles ont soulevé ont eu pour cqnséquence de mettre hors de contestation les faits suivants :
1"^ La première apparition de l'homme sur la terre est bien plus ancienne qu'on ne l'avait supposé jusqu'à présent;
^ L'homme a vécu avec les espèces de mammifères actuellement disparues, telles que Rhinocéros tichorhinus, Ursm spe^ lœus, Elephas meridionalis , E. primigenim, etc.
3» L'homme existe donc à l'état fossile au même titre que ces animaux dont les ossements se trouvent mêlés aux siens.
C'est à la persévérance de M. Boucher de Perthes, c'est au talent qu'il a déployé dans ses recherches que la science est
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redevable des nouvelles découvertes dont elle vient de s'enrichir. Depuis longtemps, on avait rencontré, à diverses profondeurs au dessous du sol, d'anciens débris de l'industrie humaine ou des ossements humains, désignés sous le nom d'anthropolites (avOpwwoç, homme; >.iOoç, pierre), dont renfouissemcn! devait remonter à une époque très reculée. Il y a plus d'un siècle, à Londres, on relirait du gravier une arme en pierre et. en même temps, les os d'un éléphant. En 1797, dans le comte de Suffolk, on trouvait, dans une formation d'eau douce, des silex taillés du môme type que ceux d'Amiens, associés à des restes d'éléphant. En 1823, M. Atnî Boue découvrait un sqnelelle presque entier dans une couche ancienne du lehrn, picde la ville de Bahr, dans le grand duché de Bade; en tcnan! compte des circonstances qui ont accompagné la découverte de cet anthropolite, sir Lyell n'hésite pas à reconnaître qu'il était bien en place ; Cuvier cl Alex. Brongniart, à qui ce squeleilo fut montré, déclarèrent qu'il provenait d'un ciuaetière. M. Tournai, en 1827 et en 1833, J. Christol, en 1829, rencontraient, dans le midi de la France, des ossements humains mêlés à des débris de mammifères d'espèces éteintes. Eo 183o. Schmerling signalait des faits semblables dans les cavernes des environs de Liège; quelques uns des ossements de mammifères d'espèces disparues se montraient à lui travaillés de main d'homme. Plus tard, M. Lund recueillait dans les cavernes du Brésil des crânes humains parfaitement en place et mêlés à dos mégatheriums et à des mégalonyx. Toutes ces découvertes attiraient à peine Tattention du monde savant; si on s'en occupait, c'était pour déclarer que le mélange des ossements humains et des débris ayant appartenu aux races anéanties de mammifères résultait d'un remaniement effectué par les eaux qui s'étaient introduites à plusieurs reprises dans les grottes ossifèrcs.
HISTORIQUE DE LL QUESTION DE l'hOMME FOSSILE. 331
Le discrédit dans lequel se trouvaient tous les travaux et toutes les recherches, ayant pour but de constater Tancienueté de rhommc reconnaissait plusieurs causes. Il était dû^ en partie, à i'ioQuence des idées religieuses qui tendaient à enlever à la question des anthropolitcs son caractère purement scientifique. Oo se prévalait aussi des paroles de Guvier déclarant, dans son Discours sur les révolutions du globe, qu'il n'y a point d'ossements humains fossiles 0). Ajoutons que Ton n'avait presque aucune idée de la nature des terrains où les débris de Thomme peuvent être rencontrés, ni de leur ordre de succession, ni des phénomènes qui leur ont donné naissance; la géologie était encore, sous plusieurs rapports, bien arriérée. Le dédain avec lequel on accueillait toute annonce d'une découverte tendant à démontrer l'ancienneté de l'homme se trouvait en partie justifié par les erreurs que l'on avait commises à ce sujet. Il existait un parti pris de ne pas séparer le bon grain de l'ivraie et de confondre les découvertes fausses avec celles qui avaient un fondement sérieux.
On rappelait les cas nombreux où les ossements d'éléphant et de mastodonte avaient été pris pour des ossements humains, et l'on citait notamment les débris de proboscidien que l'on
(i) L'afQrroation de Guvier relativement à la date récente de l'apparition de rhomme n'est pas aussi explicite qu'on le croit. « Tout porte à croire , dit-il, que Tespèce humaine n*existait point dans les pays où se découvrent les os fossiles, à l'époque des révolutions qui ont eofoui ces os ; car il n'y aurait eu aucune raison pour qu'elle échappât tout entière à des catastrophes aassi générales, et pour que les restes ne se trouvassent pas aujourd'hui comme ceux des autres animaux : mais je n'en veux point conclure que l'boromo n'existait point du tout avant cette époque. Il pouvait habiter quelques contrées peu étendues, d'où il a repeuplé la terre après ces événements terribles; peut-être aussi les lieux où il se tenait ont-ils été entièrement àhU m^i et ses os ensevelis au fond des mers actuelles, à l'exception du petit nombre d*individu8 qui ont continué son espèce» »
avait, au dix septième siècle. montrés au public comme ayant appartenu à Teutobochus^ roi dés Cimbres et des Teutons. Les portions de crânes humains signalées dans les plâtrières d'Aix n'étaient que des fragments de carapace de tortue. Cuvier dé* montrait que le fameux homme fossile d'OEningen^ le Theoscopos ou Vhomo diluvii testiSy n'était qu'une grande salamandre; il en faisait VAndrias Scheuchzeri, voisin du genre 5ie/bodia, établi sur une salamandre de grandev taille découverte au Japon par Siébold. En 1823^ on annonçait qu'on avait trouvé près de Moret^ dans la forêt de Fontainebleau, un homme pétrifié, renversé sur un cheval également pétrifié; un rapport présenté à l'Académie des sciences démontrait que ce corps bizarre n'avait jamais appartenu à un être organisé. Enfin, pour ne pas prolonger cette énumération, je rappellerai qucj en 1805, ou recueillait sur les côtes de la Guadeloupe, dans une roche en voie de formation et appelée par les nègres du pays maçonne-bon-Diev, un squelette, qu'on supposait d'abord très ancien ; on reconnaissait ensuite que ce squelette appartenait à la race nègre et que son . enfouissement n'était pas antérieur à l'époque où les hommes de cette race ont été transportés de l'Afrique aux Antilles.
Maintenant, pour rappeler comment la question de l'homme fossile a pris rang dans la science, il ne me reste plus qu'à résumer, d'une manière très sommaire, Ic^s recherches de M. Boucher de Perthes.
vravaiiz de ■. Boaebei de rermet. — C'est en 1826, en examinant une carrière de sable située dans un des faubourgs d'Abbeville, que l'idée de l'existence de silex travaillés demain d'homme dans le terrain diluvien vint à l'esprit de M. Boucher de Perthes. En adoptant cette idée, cet éminent archéologue, loin