TÉMOIGNAGES DE L'ANCIENNE EXISTENCE DE L*HOMME
peaux. Cet usage a existé de tout temps chez les hommes qui ont successivement habité la surface du globe. Les cavernes et les terrains diluviens renferment de nombreux ossements de ruminants et d'autres mammifères^ qui ont été brisés étalent la cassure ne peut être attribuée qu'à la main de rhomme; ces ossements doivent donc être comptés au nombre des témoignages de l'ancienne existence de la race humaine. La manière dont ces os ont été fendus ou cassés a varié avec les progrès de l'industrie humaine et avec les instruments plus ou moins parfaits successivement employés à chaque époque. Les premiers hommes^ munis d'instruments très grossiers, se bornaient à briser les os en frappant dessus avec une pierre ou à les casser à chacune de leurs extrémités. Les os longs de l'aurochs et du renne recueillis par M. Ed. Lartet dans la caverne d'Aurîgnac dont je vais parler, ont tous été cassés pour en extraire la moelle ; mais le mode de cassure, dil M. Lartet, n'est ni aussi méthodique, ni aussi élégant que celui •observé dans les kjokkenmoddings du Danemark et autour des pilotis des habitations lacustres de la Suisse, où les os ont été fendus avec une dextérité remarquable, de façon à mettre à nu, d'un seul coup, toute la provision de moelle renfermée dans uu os. A Aurignac, ce mode de cassure est assez rare et généralement mal exécuté.
Les os rencontrés dans les cavernes et les gisements d'anthropoliies montrent à leur surface des stries et des rayures qui ont été produites par les instruments en silex dont .l'homme se servait pour en détacher la chair des animaux. 11 est toujours possible, avec un peu d'attention, de ne pas confondre ces stries et ces rayures avec celles qui ont été formées dans d'autres circonstances, et notamment avec celles que les carnivores laissent sur les os en les rongeant. On peut encore les
distinguer des stries que les glaces flottantes ou les caiUoux charriés par les eaux ont pu produire, des fentes résultant de la dessication , et des empreintes que les racines des végétaux laissent sur les os avec lesquels elles se trouvent en contact.
Mentionnons encore les os qui ont été travaillés pour être affectés à divers usages ou qui portent à leur surface des dessins plus ou moins grossiers (0. Il en est enfin qui ont conservé Tempreinte déterminée par le choc d'une flèche ou d^uoe arme quelconque.
Les débris de Tindustrie humaine les plus répandus dans les gisements d'anthropolites sont les instruments en pierre, les seuls dont Thommese soit servi jusqu'à l'époque relativement très moderne où il a connu Tifsage du bronze et du fer. Les pierres travaillées par l'homme primitif étaient presque constamment des silex et surtout des silex de la craie blanche. Dans quelques contrées où ces substances se rencontraient, le jade, l'Qbsidienne et d'autres roches silicatécs étaient également employées. L'ouvrier, pour rendre sa tâche plus facile, avait sans doute le soin de travailler la pierre dès qu'elle était retirée du sol et qu'elle renfermait encore son eau de carrière. Il savait imprimer au bloc qu'il avait entre les mains une forme en relation avec l'usage auquel Tinstrument qu'il fabriquait était destiné. Les instruments en pierre conservés dans les diverses collections ont reçu les noms de haches, hachettes, flèches, couteaux^ lancettes, etc., suivant la forme qu'ils présentent et l'usage auquel on les suppose avoir servi. Les ouvriers, employés dans les carrières qui fournissent la plupart
(i) M. Ed. Lartet vient de découvrir, dans un gisement ossifère du Périgord, une lame d'ivoire sur laqueUe avait été dessinée à la pointe l'image , parfaitement rcconna'ssalile quoique grossière, de VEIephas primigenius.
GISEMENTS DES ANTHROPOLITES. 337
des sitex travaillés^ sont parvenus à les imiter assez bien pour tromper les personnes peu exercées ; mais ces silex imités ne doivent pas nous faire mettre. en doute Tauthentitité de ceux qui datent des temps anciens, pas plus que les médailles romaines fabriquées de nos jours doivent nous faire supposer qu'il n'y en a pas datant de Tépoque dont elles portent le millésime.
«ucmenu «et anikropoiite*. — Les antliropoliles et toutes les traces de l'ancienne existence de Thomme existent dans quatre sortes de gisements : les tourbières , les terrains de transport, les brèches osseuses, et les cavernes à ossements.
Des squelettes humains et des débris de l'industrie de Phomme se rencontrent en assez grande abondance dans les tourbières ; mais les tourbières actuellement existantes sont postérieures à Ja dernière extension des glaciers (antè, page 471 ) ; aussi leur exploration n'offre-t-elle qu'un médiocre intérêt pour le géologue, depuis qu'on a reconnu qu'il fallait faire remonter la première apparition de l'homme à une époque plus ancienne que celle des tourbières.
Les bancs qui ont été explorés dans la vallée de la Somme par M. Boucher de Perthes et d'autres observateurs soqt des exemples de gisements d'antbropolites dans les terrains de transport. Tantôt ces antbropolites ont été déposés sur place, puis recouverts par les dépôts où ils se trouvent enclavés ; tantôt ils ont été entraînés par les courants diluviens avec les débris de roches dont les terrains de transport sont formés.
Les brèches osseuses, considérées comme gisements d'antbropolites, se rattachent aux terrains de transport; les courants qui ont donné origine à ces terrains ont en même temps charrié les ossements humains qu'on rencontre dans ces brèches.
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Les anthropolites renfermés dans les cavernes s'y présentent dans des conditions diCTcrentcs démontrant que leur introduction a été la conséquence de causes diverses. Tantôt ils y ont été amenés par voie de charriage, c'est a dire à la suite des mêmes phénomènes qui ont eu pour résultat le remplissage des brèches osseuses; tantôt ils y ont été abandonnés par l'homme pendant qu'il les habitait. Quelques unes des circonstances de cette habitation des cavernes par l'homme seront mentionnées dans ce chapitre, lorsqu'il sera question dt\^ grottes d'Aurignac et de Lourdes.
Les eaux, en s'introduisant dans les cavernes, ont quelquefois opéré le remaniement de tous les débris (ju'elles renfermaient; les ossements des animaux ayant vécu à 'des époques différentes se trouvent mélangés pèle-mèle et le géologue est alore exposé à se tromper sur l'époque à laquelle il faut faire remonter l'enfouissement de chacun d'eux. Il y a, dans ce cas, des chances d'erreur contre lesquelles le géologue doit so mettre en garde; c'est en supposant des remaniements (|iio les savants n'admettant pas l'ancienne existence de l'homme ont expliqué la présence simultanée sur les mêmes points dts anthropolites et des ossements d'animaux ayant appartenu à des espèces éteintes.
Je me suis déjà occupé, tome I, page 341, de diverses questions se rattachant aux grottes et aux cavernes; j'ai sommairement indiqué leur mode de formation et de remplissage et j'ai recherché comment les ossements y avaient été introduits.
oivltloo de rèrejovlenne en ploslears époqutê. — L'ère joviennc. dont j'ai déjà indiqué les limites {antè, tomel, page364;. se partage d'abord en trois grandes époques séparées Tune de Fautre par un intervalle de temps dont la longueur est difti-