‹ Prodrome de géologieChapitre 95 sur 170 · DIVISION DE L*ÈR£ JULIENNE BN PLUSIEURS ÉPOQUES · texte numérisé non relu

DIVISION DE L*ÈR£ JULIENNE BN PLUSIEURS ÉPOQUES

cile à apprécier et pendant lequel les phénomènes glaciaires ont pris une grande extension. On peut distinguer dans Tère jovienne : 1® une époque antéglaciaire , antérieure à la première apparition des glaciers et correspondant, pour quelques auteurs, à la partie tout à fait supérieure du terrain pliocène ; 2«une époque interglaciaire^ comprise entre les deux apparitions des glaciers et correspondant au terrain quaternaire proprement dit ; 3° une époque postglaciaire , postérieure à la dernière extension des glaciers. Vers le milieu de la période ioterglaciaire, les phénomènes diluviens ont perdu de leur importance par suite de Télévation de la température. Les cours d'eau, réduits à un volume de plus en plus faible, ont fonctionné plutôt comme agents d'érosion que comme agents de transport (voir tome I, pages 373 et ^32) ; alors s'est déve* loppé un phénomène que l'on a désigné sous le nom de creusement général des vallées; ce phénomène permet de partager l'époque iuterglaciaire en deux autres époques.

D'après ce qui précède, on voit que l'ère jovienne se divise en quatre époques. Chacune d'elles est représentée par des dépôts que distinguent les uns des autres leur ordre de superposition, leurs caractères minéralogiques, les circonstances qui ont présidé à leur formation et les animaux dont ils renferment les débris. Je crois utile d'indiquer quels sont les principaux d'entre eux, et de mentionner les animaux dont les débris nous permettent de reconnaître leur âge. Pour chacune de ces époques, nous aurons à citer des témoignages de Tancienne existence de Thomme.

A l'époque antéglaciaire se rattachent le conglomérat bressan et celui de la plaine de la Crau, les alluvions anciennes du val d'Arno, les alluvions sous volcaniques de Perrier (Auvergne) et de Palerme en Sicile, les sables de Saint Prest, près de

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Chartres^ etc. Pendant cette époque vivaient les Elephas meridionalis, Rhùwceros leptorhintis, Btppopotamtis major, Mastodon arvemensis, Ursus arvemensis, etc.

Nous venons de voir que l'époque interglaciaîre était susceptible de se diviser en deux autres époques et que la ligne de démarcation correspondait au moment où s'était effectué le creusement général des vallées. Q,e phénomène n'a pu exercer une grande influence sur la faune des mammifères et amener la disparition de la plupart d'entre eux. Aussi y les dépôts appartenant aux époques interglaciaire inférieure et supérieure sont-ils ordinairement caractérisés par les mêmes espèces. Les principales de ces espèces sont: Elephas primigenius^ Elephas antiquus, Rhinocéros tichorhinus, Bos primigenius, Cervus megaceroSy Hippopotamus major y Ursus spelœus, Hyœna spelœa, etc. VElephas dntiguus, qui vivait déjà pendant la pé* riode antéglaciaire^ n'existait plus pendant la seconde période interglaciaire; en attendant que les progrès de la science mo- • difient celte manière de voir, on peut considérer la présence simultanée des Elephas primigenius et antiquus dans les for— mations du même âge comme indiquant que ces formations datent de la première époque interglaciaire. — A cette époque interglaciaire supérieure appartiennent la plupart des alluvions anciennesà ossements, le diluvium gris de la vallée de la Seine, une partie du crag de Norwich^ etc. Â la seconde se rattachent le diluvium rouge de la vallée du Rhône et d'autres contrées^ ainsi que la presque totalité des dépôts Ihemiens ; c'est aussi pendant cette seconde période que s'est surtout opéré le remplissage des cavernes à ossements et des brèches osseuses.

 l'époque postglaciaire correspondent les alluvions modernes, les deltas, la majeure partie des dunes^ les tourbières^ presque toute la terre végétale recouvrant actuellement la sur-

l'homme pendant l'époque antéglaciaire. 341

face du globe. Pendant cette époque, la faune, à part quelques espèces dont la disparition est toute récente, a été la même que ceUe qui habite maintenant notre pfanète.

L'époque postglaciaire se divise en temps atUéhistoriques A temps historiques; ceux-ci ne remontent pas au delà des siècles dont la tradition écrite ou parlée nous a conservé le souvenir. Les temps antehistoriques se partagent à leur tour en' trois âges, que Ton désigne sous les noms d'âges de la pierre, du bronze et du fer, à cause de la nature des substances que rbomme a successivement employées dans la fabrication de ses armes et de ses outils. On doit même distinguer deux âges de la pierre : Tun correspondant à la période postglaciaire et pendant lequel les hommes se servaient de pierres parfaitement polies, l'autre embrassant les époques antéglaciaire et interglaciaire et pendant lequel les instruments en pierre étaient d'un travail plus grossier.

! peaÉtani Véwwtwt «niétlaeUilre ; mMBinc fottne ée dcmIm; étant wrtu. -^ Près du Puy en Velay s'élève la montagne volcanique de Denise où ont été recueillis des an- Ihropolites dont l'enfouissement semble remonter à la période anteglaciaire. Cette montagne est recouverte en majeure partie de cendres , de scories et de déjections volcaniques. En 1845, on y a rencontré quelques fragments de crâne et d'autres ossements humains ayant appartenu à deux individus, lun jeune , l'autre adulte; ces restes, actuellement conservés au musée du Puy , étaient engagés dans un tuf volcanique , poreux et l^er. Dans un autre lit de tuf recouvrant la pente de la montagne de Denise du côté opposé à celui où se trouvait l'anthropolite, on a rencontré les débris de divers mam*milères tels que Elephas meridionalis^ Bippopotamus majorl

Rhinocéros megarhinus ? (leptorhimis) , Byœna brevirostris , Mastodon arvemensis ? etc.

L'authenticité de ces antbropolites^ qui d'abord avait été mise en doute, n'est plus contestée par aucun savant. L'indécision n'existe que sur l'époque à laquelle il faut faire remonter leur enfouissement. Ces authropolites et les débris des mammifères qui viennent d'être mentionnés se trouvent, au pied de la même montagne volcanique , engagés dans des roches de la même nature. Il nous parait naturel d'admettre que ce sont , non les mêmes éruptions , mais les éruptions d'une même époque géologique qui ont amené l'ensevelissement des uns et des autres. Aussi, n'éprouvons*nous aucune difficulté à nous rallier à l'opinion des paléontologistes qui pensent que l'homme fossile de Denise a été le contemporain de VElephas meridionaliSy du Mastodon arvemensis, et de toute la faune dont on trouve le^ débris au Puy en Yelay, à Issoire et dans les alluvions sous volcaniques de Perrier.

La haute antiquité de l'homme fossile de Denise est devenue très probable depuis les intéressantes observations faites par M. J. Desnoyers dans les sablonnières de Saint Prest. Cette locaUté est située aux environs de Chartres, dans la vallée et sur la rive gauche de l'Eure; elle possède le seul gisement connu jusqu'ici dans l'ouest de la France d'ossements A'Elephas meridionalis réunis à des débris de Rhinocéros leptorhimis, d'Bijh popotamus major, et d'un cheval semblable à celui de l'Aruo. Les sablonnières de Saint Prest font partie d*un dépôt de transport d'aspect fluviatile comme celui du val d'Arno; il est composé de sables diversement colorés, purs ou mêlés d'argile et de gravier de silex de la craie; il est recouvert par une nappe épaisse de lehm et de terrain de transport plus récent; il se.superpose et s'adosse à la craie dont il remplit les anfrac-.

l'hohme pendant l'époque antëglaciaibe. 343 tuosiiés. Ce dépôt ne peut être confondu avec le terrain de transport moderne de la vallée de TEure, placé à 25 ou 30 mètres plus bas que les sablonnières de Saint Prest; quant au diluYÎum proprement dit^ il paraît manquer sur les plaines calcaires de la Beauce^ mais on le retrouve un peu plus au .nord, dans cette même vallée de TEure, vers Dreux et Ivry, avec des débris d'Elephas primigemus.

En 1863, M. J. Desnoyers, en visitant les sablonnières de Saint Prest, y recueillit des ossements appartenant surtout au Rhinocéros lepiorhinm. Ces ossements se trouvaient à Tun des deux niveaux où depuis i5 ans on rencontrait des débris à'Elephas meridimwlis et d'autres grands mammifères. Les ossements, retirés de la carrière par M. J. Desnoyers, présentaient des stries ou traces d'incisions, très nettes, quelques unes très fines et très lisses, les autres plus larges et plus obtuses; ces stries étaient accompagnées de petites incisions ou entailles elliptiques , nettement limitées. Des dendrites ferrugineuses et le sable recouvraient une grande partie de ces stries et cavités. D'autres ossements, plus anciennement recueillis à Saint Prest et qui se trouvent dans diverses collections, ont présenté à- leur surface les mêmes accidents, et, après un examen attentif, M. J. Desnoyers a cru devoir admettre que les stries ont été produites par des lames tranchantes ou dentelées de silex , tandis que les entailles elliptiques ont été déterminées par le choc d'un instrument aigu. Ce qui rengage à voir dans ces stries et ces entailles le témoignage d'un travail humain, c'est que, sur quelques ossements provenant de Saint Prest, et particulièrement sur une portion de crftne d'éléphant conservée au muséum de Paris, on peut apercevoir les traces de flèches qui sembleraient avoir glissé sur la matière osseuse après avoir traversé la peau et les-

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chairs; on y peut même distinguer la cavité triangulaire aiguë laissée par ïa, pointe, et des entailles latérales produites par les dentelures d'une flèche de silex ou d'os. &L J, Desnoyers a aussi observé des os de ruminants brisés en long et en travers, daps le but d'en retirer la moelle. Des bds de grands cerfs lui ont également présenté diverses particularités qui trahissent^ un travail humain et quelques uns rappellent même ceux qui ont servi à emmancher des silex. Toutes les traces qui ont été reconnues sur les ossements de Saint Prest comme démontrant l'existence de l'homme, sont du même ordre que celles qu'on a constatées dans les dépôts tourbeux et autres, de date moderne. Personne ne met en doute la signification de ces dernières : il doit en être de même pour celles de Saint Prest

M/h9mmt pendUuit répotaelnierf lactaire laférlewc ; cavIrMu é*A9lcM H CJMevIlte; tUUoa tanéralrt «*A«rlffime. — Près d'AbbeviUe, la vallée delà Somme a un kilomètre et demi de largeur; les talus qui la limitent atteignent une élévation de 60 à 90 mètres. Elle est creusée dans la craie blanche; l'ftge des plus anciens terrains de transport qu'elle renferme indique que sa formation est postérieure à l'époque antéglaciaire ou de VElephas meridionalis et date de la première apparition des glaciers. Des dépôts, de 15 à 2Q mètres, d'épaisseur , sont placés en pla* cards contre les talus ; ils sont formés de sable et de gravier avec intercalation de lits de limon fluviatile; ce sont eux qui renferment les instruments en silex, ainsi que les ossements de mammifères antédiluviens rencontrés dans la vallée de la Somme. — A Menchecourt, près d'Abbeville, ces dépôts consistent en des lits alternants de gravier, de marne et de sable, avec coquilles terrestres et d'eau douce, et, parfois aussi , dans lea couches inférieures, des coquilles marines. Parmi cesco*

l'homme pendant l'époque interglacuirb inférieure. 345

quilles 86 trouTe la Cyrene fluminalis qui ne fit plus en Eu-rope^ mais habite le Nil et plusieurs parties de l'Asie. Au dessus de ces dépôts^ on observe un limon calcaire semblable au lehm et renfermant comme eux des ossements d'éléphant et des coquilles terrestres et d'eau douce. Ce limon est lui même recoufert^ en discordance de dénudation^ par une argile brune ^ a?ec silex anguleux^ qui doit son origine aux agents atmosphériques^ s'applique sur les flancs des coteaux et date d'une époque assez récente. — Une coupe prise à Saint Acheul , près d'Amiens^ montre une disposition semblable : au dessous de la terre végétale^ on trouve d'abord le limon brun, avec silex anguleux, puis, séparés par une discordance de dénudation, deux bancs Tun de sable blanc siliceux et l'autre de gravier; ces deux bancs renferment également des ossements d'éléphant et des instruments en pierre.

Les amas de sable et de gravier, qui viennent d'être indiqués comme renfermant les débris de mammifères dits antédilu* viens, sont de la même épo(]ue que les dépôts que l'on désigne ordinairement sous le nom d'allttvions anciennes à ossements ou de diluvitm gris. Ce sont les derniers lambeaux d'un terrain de transport qui remplissait jadis la vallée de la Somme dans toute sa largeur et que les phénomènes d'érosion ont presque complètement détruit pendant la période interglaciaire supé*rieure. Ces phénomènes d'érosion ont déterminé le creu« sèment d'une vallée encaissée dans la vallée primitive; dans cette seconde vallée, plus étroite que la première, se sont déposés les alluvions modernes et les dépôts tourbeux de l'époqua actuelle. Sur les plateaux qui limitent la vallée de la Somme apparaissent des lambeaux de terrains de transport plus an-^ ciens que ceux dont il vient d'êtrg question , et considérés CMQoie se rattachant à la période pliocène ; nous ne coates-*

tons pas leur sAbation relative, mais la manière dont nous apprécions les limites du terrain quaternaire nous porte à penser que ces dé[)6ts des plateaux pourraient bien correspondre aux sables de Saint Prest.

L'âge des anciens terrains de transport de la vallée de la Somme est nettement accusé par la faune dont ils contiennent les débris. Les espèces qui la composent sont : Elepha^ primi" genius , Rhinocéros tichorhimts, Equtts fossilis^ Bos primigenitis , Cervus somonensfs, Cervtts Tarandus prisais , Felis spelœus , Byoena spelœa, Vrsus spelœus ?

Les débris de l'industrie humaine rencontrés aux environs d'Amiens et d'Âbbeville consistent en de nombreux silex quelquefois taillés d'une manière plus ou moins parfaite, mais jamais polis. Quelques uns ont une forme triangulaire et ont pu servir de flèches. Ceux que l'on désigne sous le nom de haches ou de hachettes ont une forme épaisse et peuvent avoir servi de casse-téle ou d'assommoir. D'autres, qu'onappelle des couteatix, à cause soit de leur aspect, soit des usages auxquels on les suppose avoir servi, ont une forme plus mince, plus effilée, plus aiguë. Du reste, on ne constate pas entre ces diverses formes de différence bien tranchée. Enûn , il existe des instruments, également en silex, qui ont une destination douteuse et inconnue; ils n'ont pu être employés ni comme armes ni comme outils; M. Boucher de Perthes pense que c'étaient purement des symboles ou des signes traditionnels et religieux. Ces instruments présenteirt quelquefois une ressemblance grossière avec des figures humaines ou d'animaux ; d'autres accusent chez l'ouvrier la volonté de faire quelque chose, sans qu'il soit possible de reconnaître ce qu'on a voulu faire. — Dans les carrières de Saint Acheul et dans quelques autres d'Amiens > on rencontre de petits corps ronds, portant au centre une cavité

l'hommb pendant l'époque interglaciaire inférieure. 347-

Inbulaire^ tantôt naturelle^ tintôt artificielle; ce sont des Coscinopora globularis, fossiles de la craie blanche.

Pour assurer le succès de la cause soutenue pendant de longues années par M. Boucher de Perthes, une découverte restaitàfaire ; c'était celle d'ossements ayant appartenu à Thomme même qui avait façonné les silex taillés. Cet heureux résultat a*élé obtenu en 1864. — Â la sablière de Moulin Quignon, près d'Abbeville, entre la craie blanche et un banc de sable avec hachettes en silex et dents d'Elephas primigenitiSy il existe un lit de sable noir, argilo-ferrugineux , avec silex taillés de main d'homme. C'est dans ce banc, situé à 30 mètres au dessus du nbreau de la Somme , que M. Boucher de Perthes a découvert, en 1864, quatre dents et une mâchoire inférieure d'homme. Ces débris ont fait Tobjet d'une longue discussion que l'on a spirituellement appelée leprocèsde la mâchoire de Moulin Quignon. L'enquête à laquelle on s'est livré a eu pour résultat de faire admettre, à part quelques dissidences inévitables dans des questions aussi délicates et aussi controversées , que cette mâchoire était bien en place et que son enfouissement datait de l'époque où yiya\i V Elephas primigenius.

La cavité que M. Lartet a tait connaître sous le nom de « station funéraire d'Âurignac, » est située dans le département de la Haute Garonne , à 1600 mètres du bourg de ce nom. Elle est creusée dans le terrain nummulitique et se trouve située à 14 mèti*es environ au dessus d'un ruisseau ; le plancher de cette cavité n'a pas plus de 2",35 de profondeur sur une plus grande largeur de 3 mètres à l'entrée;, en dehors de la grotte et un peu en contre-bas, le sol se continue en une sorte de plate-forme de quelques mètres de superficie. Lorsque celte cavité tut découverte ^ il y a une dizaine d'années, les ^rds en étaient masqués par uu amoncellement en talus de

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