DÉPENDANCE MUTUELLE DES ORGANISMES
à sabir les conditions extérieures d'existence des organismes consistaient sans doute essentiellement dans la division de l'océan universel en plusieurs mers, en bassins méditerranéens, en lacs caspiens; dans l'émersion d'iles qui s'agrandissaient ou même se fondaient l^s unes avec les autres pour former des continents; dans le soulèvement des chaînes de montagnes , etc. Parallèlement à cette transformation de l'écorce terrestre, le monde organisé présentait des modifications analogues. La population de la mer , primitivement toute pélagique^ se combina avec une population littorale, puis avec une population terrestre , mais exclusivement côtière, puis enfin avec des populations continentales variant avec les contrées de plaines et les contrées de montagnes. C'est cette série de phénomènes que nous désignons sous.le nom d'évolution terripétale. Soit par la série successive des organismes^ soit par la transformation de ses caractères, même dans les cas où les causes de transformation nous restent inconnues, cette évolution se» montre à nos yeux comme une loi de développement tout à fait générale que nous nommons la loi terripétale. Comme^en général ^ les habitants des côtes sont caractérisés par un degré d'organisation plus élevé que les habitants des profondeurs des mers, et les habitants des terres par un degré d'organisation plus élevé que les habitants des eaux , cette loi est intimemeut liée avec un développement progressif. » (G. Bronn^ Lois tTévolution du monde organique,)
iMpakUmee ualnelle 4cf orsanlmics; lalloeiice des mUlciu. — - L'évolution terripétale est la preuve la^plus remarquable, mais non la seule > de l'infiuence exercée sur les transformations de l'organisme par les circonstances extérieures. Nous en citerons d'autres exemples dans le cours de ce chapifare.
Parmi les causes extérieures qui exercent une influence sur l'ordre de succession des faunes et des floreS; il faut placer aussi les efliets résultant de la dépendance mutuelle des organismes, a Une multitude de plantes etd'animaux qui, soit sous le rapport de leur nourriture, soit sous celui de leur habitation, sont forcément liés à certains genres ou même certaines espèces de végétaux, ne pouvait naturellement apparaître qu'à la suite de celles-ci. Les animaux et les végétaux inférieurs sont souvent moins étroitement liés à d'antres organismes que d'autres plus élevés dans la série animale ou végétale. L'apparition tardive des angiospermes est sans contredit de toutes les causes celle l^ui a eu le plus d'importance pour retarder Tapparition de la plupart des animaux terrestres, tels que les insectes, les oiseaux, les mammifères. Parmi la multitude d'animaux qui vivent aux dépens des angiospermes, il en est, en outre, un grand nombre qui sont dépendants les uns des autres; ainsi les vertébrés carnivores, les insectes oopiophages ou parasites, etc., ne pouvaient apparaître qu'à la suite de certains autres animaux, s (G. Bronn.)
entre lee femief; eipècee eonmattes. — - Les
changements dans le règne organique se sont eff^tués d'une manière insensible; on peut dire qu'il n'existe pas d'hiatus dans la série des faunes et des flores, lorsqu'on ne considère que leur ensemble. Cette absence de lacune résulte de plusieurs causes : le passage des espèce3 d'une époque à l'autre, l'hybridation exercée entre les espèces sur le point de disparaître et celles de création récente, enfin l'influence de la loi de continuité des types.
a Les modifications de l'organisme sont lentes, graduelles dans l'ensemble, et néanmoins continues, de telle sorte qu'en
PASSAGES mSBNSIBLES ENTRE LES FAUNES. 363
aucun point de la série le renouvelleinent n'a été complet à un moment donné. Quelques êtres anciens ont toujours assisté à la naissance de ceux [qui devaient leur succéder. A aucun instant, la manifestation des forces vitales n'a été suspendue. Jamais la chaîne des êtres n'a été rompue, car de nouveaux anneaux se formaient avant que tous les autres fussent brisés. Il y a loin, comme on le voit, de ces déductions des faits actuellement connus à ces hypothèses si gratuites de destruction complète, puis de renouvellement ou de créations de toutes pièces de l'organisme, hypothèses que nous devons reléguer actuellement parmi les fables de la géogénie ancienne.» (D'Archiac. )
Bien qu'il existe des passages insensibles entre les diverses faunes qui se sont succédé, il ne faut pas conclure de là que les causes essentielles qui déterminent Tapparition et la disparition des espèces soient constamment en activité. Il est des périodes plus ou moins longues pendant lesquelles la puissance créatrice reste à l'état de repos ; il est, au contraire, des moments où elle exerce son action avec une grande énergie. C'est pour cela que les espèces ayant vécu pendant une époque donnée ont pour la plupart apparu et disparu en même temps.
Chacune des anciennes faunes a toujours compris un certain nombre d'espèces existant déjà lorsque la totalité de cette faune 86 montrait à la surface du globe. Ces espèces d'avant*garde ne datent pas toutes de la même époque ; elles ont été créées, à divers intervalles , d'abord isolément, puis en groupes de plus en plus nombreux à mesure qpe se rapprochait le moment où la faune dont elles devaient faire partie allait être complète. Je comparerais volontiers la manière dont chaque faune s'est constituée au phénomène dont nous sommes les témoins lorsque, à l'approche de la nuit, le ciel se couvre d'étoiles ; les
plus brillantes et les plus rapprochées de nous apparaissent d'abord une à une^ de sorte qu'il est possible de les compter; puis elles se montrent en plus grand nombre; enfin^ vient une heure où^ l'obscurité étant complète^ le firmament s'illumine dans toute son étendue.
L'édition du bel ouvrage de Murchison^ Sïluria, publiée en 1859^ contient un tableau général de la distribution verticale des espèces siluriennes de l'Angleterre. A l'aide de ce tableau on reconnaît que sur les 494 espèces dont se compose la faune du terrain silurien supérieur en Angleterre^ 115 existaient déjà pendant le dépôt du terrain silurien inférieur ; sur ces 115 espèces, 7 seulement se rencontrent dans la formation de Llandeilo, représentant à peu près les deux premiers tiers du terrain silurien inférieur ; les 108 autres sont réparties d'une manière à peu près égale entre les deux formations de Garadoc et de LIandovefy, c'est à dire dans le troisième tiers du terrain silurien inférieur. M. Barrande a constaté des faits absolument semblables en étudiant le mode de distribution des espèces dans le terrain silurien de la Bohême. Enfin, les calculs qui ont servi de base à sir Lyell pour sa classification du terrain tertiaire mettent également en évidence les diverses phases que parcourt une tauno avant d'être définitivement constituée. Sir Lyell a calculé que le rapport entre le nombre des espèces actuellement vivantes et celui des espèces appartenant aux époques anciennes était de 0,03 pour le terrain tertiaire inférieur, 0,i7 pour le terrain tertiaire moyen, de <>^35 à 0,50 pour le terrain tertiaire supérieur.
lsl«r«iliif»ee*i^paren1cdaiiA la vie des espèce».— Certaines CSpeceS,
^MÊÈÈrnia prc^mièrc apparition, disparaissent pour se montrer de ' ou i»lusieurs époques se sont écoulées.
INTERMITTfiNCE APPARENTE DANS LA VIE DES ESPÈCES. 365
Cette disparition momentanée n'est sans doute qu'apparente ; elle consiste probablement dans un changement de station effectué sous Tinfluence de causes diverses^ telles qu'une modification dans le climat ou dans la configuration du sol. A la suite de ces changements , ces espèces ont vécu dans d'autres localités où leurs débris n'ont pas encore été rencontrés^ soit parce que ces localités n'ont pas été suffisamment explorées^ soit parce que les circonstances n'ont pas été* faTorables ft la fossilisation de ces débris. La réapparition de ces espèces a coïncidé avec le retour des mêmes conditions vitales qui existaient au moment et dans la localité où ces espèces avaient été créées.
Ce phénomène d'intermittence dans la vie des espèces a été d'abord signalé par MM. J. Morris et J. Lycett, etc.^ après la découverte de divers faits constatés par ces observateurs^ en étudiant les faunes jurassiques de l'Angleterre. En 1837, ces faits ont été exposés et commentés par G. Bronn dans le chapitre de son ouvrage sur les Rénovations organiques intitulé Colonies anachroniques. En 4856, M. D'Archiac, après avoir dressé un tableau de la faune jurassique de TAngleterre, faisait, à propos de ces phénomènes d'intermittence et d'apparition anticipée d'espèces, les remarques suivantes :
« Le nombre des espèces qui ont été rencontrées dans deux étages à la fois est de 134. 58 sont communes à la grande colite et à l'oolite inférieure, malgré le laps de temps qui a dû s'écouler entre elles pour le dépôt àw'fullefs earth qui les sépare ; par conséquent, 58 espèces de l'oolite inférieure disparaissent durant le dépôt du fidîers earth pour reparaître dans la grande oolite. Si l'on retranche ces 58 espèces, il ne reste que 76 espèces entre les dix autres divisions du terrain jurassique combinées deux à deux. — Les relations inti mes du fo-
3GG PRODROMS DB GÉOLOGIB.
rest-marble et du Bradford-clay avec la grande oolitei comme celles du Kelloway-rod& avec TOxford-clay^ sont rendues sensibles par li espèces communes aux premiers et 8 aux seconds; il en est de même des 6 espèces du cornbrash et de la grande oolite. Une particularité qui n'est certainement pas due à Tincertitude des déterminations spécifiques ni au hasard des recherches locales, parce que nous la verrons se reproduire plus loin, c'est la relation du coral-rag avec la grande oolite et l'oolite inférieure, relation établie par 6 espèces communes avec chacun de ces étages. L'autre espèce commune avec le cornbrash donne 13 espèces qui se retrouvent à la fois au dessus et au dessous de TOxford-clay. — Le nombre des espèces qui ont été rencontrées dans trois étages à la fois est de 37; celui des espèces communes à quatre étages est de 9. Les rap* ports que les espèces communes à deux étages seulement nous faisaient apercevoir entre la faune du coral-rag et celles qui avaient précédé TOxford-clay et le Kelloway-rock, se trouvent confirmés par les espèces communes à trois et quatre étages; ils démontrent la réapparition d'une partie de la faune du groupe oolitique inférieur, ou de 30 espèces, vers là fin de la période du groupe moyen, p .
A l'aide du tableau qui se trouve dans l'ouvrage de M. Horchison sur le système silurien, on a pu signaler, en 4859, le phénomène d'intermittence pour 9A espèces de la formation de Garadoc disparaissant dans la formation de Llandovery pour reparaître dans le terrain silurien supérieur.
Déjà, en 1841, M. Barrande avait observé en Bohème des laits d'intermittence se produisant dans des conditions particulières; quelques années après, cet éminent géologue était conduit à formuler sa théorie des colonies.
Si Ton tient compte des faits exposés dans le paragraphe