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GENRES DE PRODUCTION AGRICOLE AU CANADA

Dans un pays aussi vaste que le Canada, on peut s'attendre à rencontrer des types très variés de production agricole. Le type de culture dans une région est influencé principalement par le climat, le sol et la topographie, et ces facteurs sont très variés dans notre pays. Non seulement les différentes combinaisons de sols et de climats entraînent des différences dans le genre d'exploitation, mais la situation de la région, les moyens de transport et les débouchés offerts, peuvent aussi régler la production de certaines denrées. En général, les types intensifs de culture, qui comportent généralement la production de denrées d'une nature périssable, se pratiquent près des marchés, tandis que les types plus extensifs, comme le " ranching " ou l'élevage sur de grands parcours et la production du grain marchand ou vendu en nature, se trouvent à une distance plus grande du marché.

Avant de traiter de la situation approximative des différentes zones de production agricole dans le Dominion, il convient d'étudier d'une façon générale les zones climatiques du pays et de présenter un aperçu d'ensemble des sols et des caractères topographiques les plus accusés.

Climat*

Le climat d'un pays influence le genre de culture que Ton y pratique, principalement par la durée de la saison de végétation ou de la période sans gelées, et par l'intensité de la chaleur et du froid pendant l'été et l'hiver. La hauteur et la répartition des pluies et des neiges ou la "précipitation atmosphérique" sont aussi des facteurs importants en ce qui concerne l'adaptation des espèces de récoltes ou de bestiaux à une région quelconque.

Le climat de la Colombie-Britannique, sur la côte occidentale du Canada, est influencé par l'océan Pacifique à l'ouest et par les chaînes de montagnes à l'intérieur et à l'est de la province. Le climat le long du littoral et sur l'île de Vancouver est du type maritime, la saison de végétation y est relativement longue et la pluie abondante. Ce climat convient tout spécialement pour la production des petits fruits et des produits maraîchers, dans les districts à proximité des villes, et l'industrie laitière dans ceux qui sont plus éloignés. Sur les plateaux de l'intérieur de la province le climat est beaucoup plus sec que dans les régions de la côte. Dans les vallées du sud de l'intérieur, où l'irrigation a été introduite, une culture intensive d'arbres fruitiers s'est développée. Plus au nord, où les hivers sont plus rigoureux, les régions agricoles conviennent mieux pour le "ranehing", c'est-à-dire l'élevage des bovins et des moutons sur de grands parcours.

Les trois provinces des Prairies, séparées de l'Ouest par les chaînes de montagnes et éloignées des grandes masses d'eau, ont un climat du type continental. Les écarts de température, de l'hiver à l'été, sont très prononcés. Le climat de ces trois provinces présente les mêmes caractéristiques générales, mais les hivers de l'Alberta sont généralement moins rigoureux que ceux de la Saskatchewan et du Manitoba à cause de l'influence des vents Chinook. Ces vents chauds viennent généralement du sud-ouest et causent souvent une élévation très rapide de la température dans les régions qu'ils parcourent. La longueur de la saison de végétation dans ces provinces varie du nord au sud, cependant les jours plus longs dans les régions du nord font compensation dans une certaine mesure. La période sans gelée atteint un maximum de 140 jours dans le sud-ouest et ne

* Extrait de l'Annuaire du Canada, 1929, article par sir Frédéric Stupart.

dépasse pas 100 jours à la limite nord de la partie colonisée. La pluie est le grand facteur limitatif dans les régions où la saison est suffisamment Longue. La hauteur moyenne de pluie est de 11 à 20 pouces et 60 pour cent de cette quantité tombe pendant la période de végétation. Il tombe gnéralement plus de pluie dans les régions de l'est et du nord qu'ailleurs. C'est pour cela que l'on trouve un type d'exploitation plus varié au Manitoba ainsi que dans les parties septentrionales de la Saskatchewan et de l'Alberta.

Dans l'Ontario le climat est très varié en raison de la vaste étendue couverte par la province, mais l'agriculture est en grande partie limitée à la partie sud-est de la province à cause des caractères topographiques. Il y a cependant quelque développement agricole dans les parties plus au nord de la province, dans les districts où les sols et la topographie sont favorables. Le climat de ces régions est rigoureux, les hivers sont longs et froids et la saison de végétation relativement courte.

Dans la partie plus méridionale de l'Ontario le climat est adouci dans une grande mesure par la proximité des Grands Lacs. Les hivers y sont moins rigoureux que dans les provinces des Prairies et les étés généralement moins chauds. La pluie est plus abondante et ce n'est que dans les années tout à fait exceptionnelles qu'il n'en tombe pas suffisamment pour produire de bonnes récoltes de grain et de foin. Dans les régions les plus favorisées, comme la péninsule de Niagara, où l'on pratique la culture des fruits, cette culture n'a pas à redouter les extrêmes de température qui causent de grosses pertes. De même, la zone agricole du Québec est limitée en grande partie aux régions les plus au sud et à l'est qui bordent l'Outaouais et le St-Laurent. Le climat de cette zone est semblable à celui des zones voisines de l'Ontario, mais les extrêmes de température y sont un peu plus prononcés parce que l'influence des Grands Lacs s'y fait moins sentir. En général, le printemps commence en avril et les premières gelées d'automne se produisent en septembre. Le nord du Québec, et spécialement la région du lac St-Jean, présentent un développement agricole important, de même que le nord de l'Ontario, mais les hivers y sont plus rigoureux et la saison de végétation plus courte.

Le climat des provinces Maritimes n'est pas aussi doux qu'on pourrait le croire pour une région qui se trouve si près de l'eau. Le courant froid du Labrador de l'Atlantique-nord et les vents froids venant du nord du Québec qui balaient cette région font que les hivers sont rigoureux et le printemps tardif. En général, cependant, l'automne est plus doux que dans le centre et l'ouest du Canada. La précipitation atmosphérique annuelle est en moyenne de 40 à 45 pouces, et la hauteur de neige en hiver est très forte dans certains districts.

Sols*

Colombie-Britannique. — En Colombie-Britannique, les régions agricoles les plus importantes sont la vallée du bas Fraser sur la côte occidentale et la vallée de l'Okanagan dans l'intérieur. La vallée du bas Fraser est divisée en terres hautes et terres basses. Les terres hautes, plus anciennes, sont brun-rougeâtre ou jaune-brunâtre et ont des concrétions ferriques, une faible teneur en matières organiques et une réaction acide. Les sols à sous-sol ouvert sont plus exposés à souffrir des sécheresses de la mi-été. Les sols de terres hautes les plus résistants à la sécheresse sont développés graduellement pour la production des fruits, des légumes et quelques genres de culture mixte.

Les sols des terres basses se composent de deltas formés par le Fraser. Ces sols sont jeunes, de fine texture et ce sont, tout considéré, les sols les plus riches de la vallée du bas Fraser. Les terres basses sont bien exploitées pour la

* Basé sur les matériaux gracieusement soumis par les spécialistes en sols des différentes provinces.

production du lait et la culture du grain. Les sols tourbeux les plus décomposés dans cette zone sont utilisés pour la production des légumes et les pâturages.

La vallée de l'Okanagan, à partir de Salmon Arm sur le lac Shuswap jusqu'à Osoyoos sur la frontière des Etats-Unis, a une longueur de 160 milles et une largeur de deux à dix milles. La plus grande partie du fond de la vallée est occupée par des lacs. Au point de vue de la précipitation atmosphérique, le climat varie de sous-humide à aride; la nature du sol et la végétation indigène varient de façon correspondante. Une partie de l'extrémité nord se compose de sol brun gris, de forêt, à faible végétation forestière. Elle se rapproche des terres marginales de la culture à sec dans les sols sablonneux. Vers le sud, la zone forestière se change en terre noire et la culture du grain est l'activité principale sur les sols plus lourds. A son tour la terre noire se change en une zone de sol brun foncé. Ici la terre est irriguée pour la production des gros fruits. A l'extrémité sud de la vallée, les sols sont brun clair et la production des fruits à noyaux est importante dans tous les districts irrigués. Les sols sont d'origine glaciaire et l'on constate de grandes variations dans les sols de surface et les sous-sols. En texture, ils varient depuis le sable mélangé d'argile à l'argile lourde. Les sols de surface sont neutres ou faiblement acides dans la zone des sols brun gris de forêts et faiblement alcalins dans les zones plus arides.

Provinces des Prairies. — Les sols des provinces des Prairies peuvent se diviser en deux grandes régions, ceux de la région des herbages et ceux de la région des forêts. La plupart des sols exploités se trouvent dans la région des herbages, qui s'étend à partir de la frontière des Etats-Unis jusqu'à une ligne tirée diagonalement à partir de l'angle sud-est du Manitoba jusqu'au point où le cinquante-cinquième parallèle traverse la frontière Alberta-Colombie-Britannique. Au nord de cette ligne, dans la région des forêts, les conditions de température sont en général trop rigoureuses pour l'agriculture, mais l'on trouve quelques exceptions dans la partie sud de la région et dans la région de Rivière-la- Paix de PAlberta.

La région des herbages est subdivisée en quatre zones, la steppe brun clair; la steppe brune à brun foncé; la steppe brun foncé — la transition de terre noire et la zone de terre noire. Les sols de la steppe brun clair du sud-ouest sont caractérisés par un sol de surface brun clair et brun grisâtre sur un sous-sol brun gri-

sâtre, semblable à une colonne. L'accumulation de carbonates dans le profil de ces sols est plus élevée que dans la zone des sols brun foncé. Dans cette zone, la végétation indigène est du type à herbe courte. Cette région est utilisée principalement pour la paissance des bovins et des moutons, mais il se produit un peu de blé dans les années de pluie favorable.

Les sols bruns des plaines sont sans arbres, dans les régions bien égouttées; ils se caractérisent par un sol de surface mince, brun foncé à brun friable, finement granuleux ou sans structure, et un sous-sol qui se caractérise par une structure étroite, en colonne, sur une couche de carbonate de chaux accumulée. Cette région s'étend en diagonale à travers la Saskatchewan et dans le centre de l'Alberta. Elle est utilisée principalement pour la production du blé riche en protéines.

La transition entre la steppe brun foncé et la terre noire est une sous-division de la zone de terre noire qui se rencontre dans la partie sud-ouest du Manitoba. Cette zone est généralement plus sèche que la vraie zone de terre noire, et l'on en voit la preuve dans la présence des sols brun foncé dont la topographie est ondulée. Cette partie est principalement affectée à la production du grain. La zone de terre noire s'étend à partir du sud du Manitoba jusqu'à Edmonton dans l'Alberta. Dans la partie du nord et de l'ouest, des bosquets de trembles occupent les parties basses, donnent l'aspect d'un parc à une partie considérable de cette zone. La végétation sur la zone de terre noire est l'herbe élevée des prairies, spécialement dans la partie sud, tandis que dans les parties nord, il y a des bosquets de trembles. La terre de cette zone est utilisée pour la production du grain: elle donne des rendements un peu plus élevés, mais de plus faible teneur en protéines que la zone de steppe brune à brun foncé. La production animale est en augmentation dans la partie du nord.

La région des forêts, au nord de la région des herbages, est classée également en quatre zones sur la base du sol: — la transition terre noir-gris boisé; la gris boisé; la transition forêt-toundra et la zone des toundras. La transition terre noire-gris boisé forme une bande étroite au nord de la zone des sols de terre noire, et il se fait un peu de culture générale dans cette région. Les sols gris boisés couvrent une grande zone du nord du Manitoba, de la Saskatchewan et de l'Alberta. La saison de végétation est courte dans cette étendue et la fertilité du sol n'est pas élevée. Il se fait un peu de culture générale de pionniers, mais l'étendue est principalement couverte de forêts. Les zones de toundrasforêts et de toundras ne sont pas employées pour la culture.

Ontario. — Un gros pourcentage de la province de l'Ontario ne convient pas pour la culture. La grande bande de sol mince, qui recouvre la roche ignée, et qui s'étend à partir de Kingston et Brockville jusqu'à la frontière du Manitoba, est une région forestière, qui ne contient que de cinq à dix pour cent de terre arable. Une autre grande région, appelée la région des plaines de la côte, qui s'étend à partir du cinquantième parallèle jusqu'à la frontière du Manitoba, entre le bouclier précambrien et les baies de James et de Hudson, se compose principalement de fondrières (muskeg) et de glaise marine qui n'ont aucune valeur agricole.

Une étendue considérable, intéressante au point de vue agricole, est la zone argileuse qui s'étend entre la ligne de partage des eaux et le cinquantième parallèle, et qui comprend également une petite bande au nord du lac Témiskamingue. Il s'est établi quelques colons dans cette grande région, dont les sols ont été formés par les dépôts des lacs qui la couvraient autrefois et quelques détritus de moraine. Les sols n'ont été soumis à l'action atmosphérique qu'à une faible profondeur et paraissent être assez productifs. Le climat de la région est un facteur qui a plus d'importance que le sol.

Au point de vue agricole, la région du sud et du sud-ouest de l'Ontario est de beaucoup la partie la plus importante de la province. La plupart des sols de cette région ont été formés par des apports de glaciers ou, dans la partie de

Test, par des sédiments de l'eau des lacs. Ces matériaux contiennent une forte proportion de calcaire, suffisante pour que la plupart de ces sols aient une réaction neutre. Il y a plusieurs bandes relativement grandes de sols sablonneux sous forme de deltas et d'apports glaciaires, près des embouchures des grands cours d'eau qui existaient pendant la régression de la dernière grande couche de glace. La plus importante de ces bandes est celle des comtés de Norfolk, East Elgin, South Oxford et West Brant, qui est maintenant principalement affectée à la production du tabac. Dans une partie de la région de la plaine des lacs des comtés d'Essex, de Kent et de Lambton, les sols sont riches en matière organique et bien adaptés à la culture de certaines récoltes comme la betterave à sucre, le blé d'Inde et le tabac. La bande étroite de terre qui entoure la partie occidentale du lac Ontario a une longue saison de végétation; on y cultive principalement des fruits et des légumes.

Québec. — Une large bande de sols fortement lavés traverse le nord du Québec. Ces sols sont nettement acides, ils ont en général une texture légère et une faible fertilité. Une autre grande étendue de sols, lavés à peu près de la même façon, se rencontre dans les parties sud et sud-est de la province. La partie du sud-centre et du sud-ouest a un sol de forêt gris brun. Le lavage est moins prononcé dans cette région, les sols sont moins acides, la couche grise lavée est très peu développée ou absente, et l'accumulation de matière organique à la surface n'est pas aussi grande. Ces sols sont en général plus fertiles que ceux des deux premières régions générales, et sont utilisés principalement pour la production du foin et le pâturage. Il y a deux sous-divisions de ce type, l'une ayant un sous-sol profond et poreux et une distribution plus uniforme de la matière organique, est spécialement adaptée à la production des fruits ; l'autre à sous-sol plus compact, mal égoutté, ne convient pas pour les récoltes à racines profondes.

Les sols argileux et francs de la région de Montréal sont les plus productifs de la province. Dans certaines localités l'argile ou glaise est recouverte de sable de grève des lacs d'autrefois; ce sol est moins fertile, mais il est encore bon pour la culture du tabac. Une grande région de terre noire, dans le voisinage de Montréal, se prête très bien à la culture des récoltes maraîchères.

Dans l'Est du Québec, les sols organiques se composent principalement de tourbe brute non-décomposée, moins propre à l'agriculture.

Les Provinces Maritimes. — La topographie inégale, la ligne irrégulière de la côte, la nature très variée des roches et le climat humide et tempéré des Maritimes, toutes ces circonstances réunies ont formé des sols bons pour de petites fermes à culture mixte. Dans certaines régions, le sol est tout à fait impropre à la culture; dans d'autres il est extrêmement fertile; en général il y a de grandes étendues où le sol, bien cultivé, peut produire d'excellentes récoltes.

Une section verticale de cinq pieds à travers un sol de forêt vierge révèle quatre couches: une couche d'humus; une couche de terre meuble, sablonneuse, grise, pauvre en sels de base; une couche plus riche mais plus dure; puis les matériaux originaux désagrégés. Les sols très fertiles des vallées des rivières et des grands marais recouverts par les marées sont de formation récente, mais les terres hautes, plus anciennes, sont podsoliques, c'est-à-dire qu'elles ont été lavées à tel point qu'elles n'ont qu'une fertilité modérée.

Ce type podsolique de sol s'est développé au cours des siècles par l'action de la pluie abondante et du climat tempéré sur les matériaux désagrégés des roches originales. C'est un sol bien différent de celui que l'on trouve dans les pays où la pluie est naturellement plus rare. Le défrichement de la terre neuve et la culture ont mélangé les couches originales de la surface du sol et les ont exposées à tel point que l'érosion s'est produite dans certains cas. Ceci s'applique surtout à quelques-unes des pentes dans les parties les plus ondulées du pays, où la culture a dénudé la terre d'une grande partie du sol de surface et

mis à nu les matériaux originaux désagrégés. Il est évident également que l'entraînement par les eaux des sels de base dans les couches plus élevées a rendu les sols acides.

Il y a un grand manque d'uniformité dans les sols des provinces Maritimes. Par exemple dans l'étendue relativement petite de la vallée d'Annapolis, une région à fruits, il y a 45 types de sols qui varient depuis l'argile forte jusqu'au gros sable. Dans les plateaux, on trouve des terres franches riches et des terres sablonneuses légères, bonnes pour les forêts ou peut-être les pacages. Ce manque d'uniformité montre combien il est nécessaire d'examiner les sols avec soin avant de les mettre en culture.

Topographie*

La topographie du Canada est dominée par les chaînes de montagnes qui s'étendent du nord au sud, près de la côte occidentale, et le précambrien ou "bouclier canadien" qui couvre une grande partie de l'Ontario et du Québec. Entre ces deux régions rocheuses se trouve une étendue qui est l'extension septentrionale de la plaine de l'Amérique du Nord. La partie nord-est de cette plaine occupe le sud de l'Ontario, au sud d'une ligne s'étendant de la baie Géorgienne jusqu'au côté est du lac Ontario; cette partie de l'est de l'Ontario sise entre l'Outaouais et le Saint-Laurent et cette partie du Québec adjacente au Saint-Laurent entre les villes de Montréal et de Québec et s'étendant en bande étroite en aval du fleuve, y compris l'île d'Anticosti. C'est ce qu'on appelle les terres basses du Saint-Laurent. La partie de la plaine à l'ouest du bouclier canadien est très vaste, elle s'étend au nord de l'Arctique et à l'ouest du lac Winnipeg dans le Manitoba, jusqu'au pied des Montagnes Rocheuses dans l'Alberta.

La partie est de la région des terres basses du Saint-Laurent, dans l'est de l'Ontario et le Québec, est relativement plate, ne s'élevant pas à 500 pieds au-dessus du niveau de la mer. La partie adjacente aux lacs Ontario, Erié et Huron a une surface moins égale; son altitude, au point le plus élevé, dépasse 1,700 pieds au sud de la baie Géorgienne, et elle descend en pente assez douce vers les Grands Lacs. L'escarpement du Niagara présente un aspect topographique frappant. Cet escarpement fait face à l'est, s'élevant à une hauteur de 250 à 300 pieds et s'étendant à partir de la péninsule du Niagara dans une direction nord-ouest jusqu'à la péninsule de Bruce.

La région des plaines de l'intérieur, qui comprend les provinces des Prairies, est une large plaine en pente de quelques pieds par mille vers l'est et vers le nord, descendant d'une hauteur de 3,000 à 3,500 pieds près des montagnes à l'ouest jusqu'à moins de 1,000 pieds à la frontière de l'est. La hauteur du chemin de fer Canadien-Pacifique est de 3,439 à Calgary et 772 pieds à Winnipeg.

Les régions apalachiennes et acadiennes occupent presque toute cette partie du Canada sise au sud-est du Saint-Laurent, à l'exception des terres basses se trouvant à l'ouest d'une ligne reliant la ville de Québec au lac Champlain. La région apalachienne est un prolongement septentrional de la chaîne des monts Apalaches. Cette région est limitée à l'est du Québec. La région acadienne, qui comprend les provinces du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Ecosse et de l'Ile du Prince-Edouard, se compose alternativement de terres hautes et basses. La partie nord-ouest du Nouveau-Brunswick est une terre haute avec des collines et des crêtes s'élevant à 2,500 pieds ou plus; adjacent à la baie de Fundy se trouve une série de collines qui s'élèvent par endroits à une hauteur de 1,200 pieds ou plus. Entre ces deux terres hautes se trouve une plaine ou terre basse formant toute la côte est du Nouveau-Brunswick et convergeant vers le sud-ouest. Cette terre basse s'étend vers l'est pour englober l'Ile du Prince-Edouard et une partie de l'île du Cap-Breton et la terre continentale de la Nouvelle-Ecosse au

* Extrait condensé de l'Annuaire du Canada, 1929, article de Wyatt Malcolm.

nord des monts Cobequid. Au sud de ces monts se trouve une plaine longue et étroite, s'étendant de la baie de Chedabucto jusqu'au bassin de Minas et le long des vallées de Cornwallis et d'Annapolis entre les montagnes du nord et du sud.

L'étendue couverte par la Colombie-Britannique est appelée Région Cordillère. La partie est de cette région est occupée par les Montagnes Rocheuses, lesquelles consistent en une chaîne s'étendant à partir de la frontière des Etats-Unis jusqu'au nord-ouest de la rivière Liard dans le Nord, et dont les pics s'élèvent à des hauteurs de 10,000 à 12,000 pieds. La partie ouest est occupée par la chaîne de la côte et les montagnes des îles de Vancouver et de la Reine-Charlotte. Les montagnes de la côte atteignent une hauteur de 7,000 à 9,000 pieds. Entre ces deux chaînes de montagnes se trouve un vaste plateau ayant une hauteur de 3,000 à 4,000 pieds et entrecoupé par de profondes vallées de rivières.

Marchés et autres facteurs

Le sol, le climat ou la topographie ne sont pas toujours les seuls facteurs qui règlent le type d'exploitation agricole dans une région. Un autre facteur, qui peut aussi jouer un grand rôle est celui des débouchés existants. C'est là un détail très important quand il s'agit de produits périssables, que les frais de transport sont élevés et que les produits sont exposés à la détérioration. En ces dernières années, l'introduction des moyens de transport rapide comme l'autocamion a grandement élargi les régions de production de certains produits, et notamment le lait en nature et les légumes frais pour le ravitaillement des villes. Cependant, une grande partie des produits maraîchers se cultive encore à proximité des grandes villes. Une étude récente du marché aux fruits et aux légumes de Toronto et d'Ottawa indique que la majeuree partie des denrées consommées dans ces villes, en dehors de celles qui sont importées de l'étranger, se produit dans un rayon de 20 milles des agglomérations en question.

Au Canada, le plus gros pourcentage du pouvoir d'achat urbain se trouve au sud de l'Ontario et dans le Québec. En 1931, la population urbaine totale du Canada était de 5,572,058 habitants; sur ce nombre 2,095,992 résidaient dans

l'Ontario et 1,813,606 dans le Québec. Le plus grand centre de population urbaine de l'Ontario est Toronto qui compte, avec ses alentours, une population de 808,864 habitants, et une forte proportion du reste de la population de l'Ontario vit dans la région qui se trouve entre Hamilton et Windsor. Ottawa, dans Test de l'Ontario, dont la population est de 126,872 habitants, est la seule grande ville de la province à l'est de Toronto. Dans le Québec plus de la moitié de la population urbaine vit dans Montréal et ses alentours, qui comptaient en 1931 1,100,159 habitants. Dans l'Ouest du Canada, les principaux centres de population sont Winnipeg dans le Manitoba et Vancouver dans la Colombie-Britannique. Il y a également, dans l'Ouest du Canada et dans les Maritimes, d'autres villes plus petites qui influencent le genre de culture pratiqué dans leur voisinage immédiat, en proportion de leur importance comme centres de consommation.

Toutes choses égales, les types intensifs de production ont une tendance générale à se développer dans les régions voisines des marchés, tandis que les types plus extensifs, comme la culture du grain et le "ranching", se pratiquent dans les régions plus éloignées. La proximité des débouchés n'est pas toutefois la seule cause qui détermine le choix des genres de culture, il y a aussi la valeur relative de la terre, laquelle dépend en partie du genre de culture pratiqué dans la région, et aussi, et surtout, de deux éléments fondamentaux, la productivité et la situation. Si donc la valeur de la terre est relativement élevée parce que cette terre est productive et bien située, il est nécessaire de l'utiliser de façon à ce que le rapport par dollar de valeur soit relativement élevé également. Le fait que la haute valeur de la terre est le résultat d'une grande productivité oblige les producteurs à se spécialiser dans la culture des récoltes qui rapportent de gros rendements par acre, comme, par exemple, dans les régions irriguées de l'Alberta.

L'existence de fabriques de produits alimentaires peut aussi influencer le type d'exploitation. Les fromageries, beurreries, fabriques de lait concentré ou conserveries situées dans une région favorisent la production de certains produits dans leur voisinage immédiat. Naturellement ces fabriques se rencontrent principalement dans les régions spécialement adaptées à la culture du produit qui doit être fabriqué. Une autre circonstance de nature semblable est l'existence ou l'absence de coopératives dans une région. Ces sociétés encouragent souvent la production de certains articles et peuvent rendre la production et la vente de ces articles plus économiques que d'autres entreprises.

Nous avons parlé de l'influence que les transports et la proximité des débouchés exercent sur les types de culture, et insisté sur la nécessité d'un transport rapide pour les produits périssables. Il y a aussi le rôle joué par les frais de transport. Il y a certains produits d'un gros volume qui ne peuvent être transportés économiquement sur de longues distances parce que les frais de transport sont hors de proportion avec leur valeur. Ce facteur a plus d'importance dans la détermination générale de la possibilité de production d'un surplus de certains articles dans des régions très éloignées, comme l'Est ou l'Ouest du Canada, que la distribution de certains articles dans une région relativement moins étendue. Par exemple, il est probable que le foin destiné aux marchés urbains d'Ontario sera produit plutôt dans l'Ontario que dans l'Ouest du Canada.

Le mode d'exploitation dans une région peut exercer une influence sur le genre de culture que l'on y pratique. Ce n'est pas là, toutefois, un facteur d'une grande importance au Canada, où le pourcentage de propriétés affermées est relativement faible comparativement à celles que leurs propriétaires font valoir eux-mêmes. Lorsque le bail ne spécifie pas explicitement le genre de culture que le fermier doit pratiquer, il est possible que ces fermiers adopteraient un type de culture à gros rendements en argent sans se soucier autant de l'avenir que le ferait le propriétaire d'une ferme.

Sur les fermes prises séparément, le genre de culture peut être limité dans une certaine mesure par le montant de capital disponible pour conduire les opérations. Certains genres exigent un capital relativement élevé et ne peuvent être pratiqués

que par ceux qui ont les moyens de le faire. D'autres exploitants peuvent aussi organiser la conduite de leur ferme à leur goût, sans s'inquiéter si le type d'exploitation adopté est le meilleur pour la région.

Les fluctuations qui se produisent dans les prix des différents produits agricoles peuvent exercer un effet sur le type de production dans une région, spécialement dans l'organisation à court terme sur les fermes, d'où les fluctuations cycliques notées dans la production de certains articles, notamment les bestiaux, par suite de la hausse ou de la baisse des prix. Toute période prolongée de prix relativement élevés, comme les prix du blé pendant la guerre, cause une extension des emblavures dans ces régions de production marginale. De même, plusieurs années de bas prix entraîneraient une diminution des emblavures et des changements dans le mode d'emploi de la terre et le type de culture.

A côté des facteurs économiques qui affectent l'agriculture, il y a aussi l'influence des changements technologiques et biologiques. Au point de vue technologique, l'introduction de machines agricoles perfectionnées, spécialement dans l'Ouest du Canada, a eu pour effet d'abaisser les frais de production des récoltes de grain et de permettre l'adoption d'un type plus extensif de culture avec une certaine somme de main-d'œuvre. Les changements biologiques, comme l'introduction de nouvelles variétés de grain, n'exigeant pas une saison de végétation aussi longue ou résistante à certaines maladies, ont permis de changer le type de production. Ce facteur a beaucoup aidé à reculer les bornes de la colonisation dans les districts les plus au nord des provinces des Prairies.

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