‹ Production et fixation des variétés dans les végétauxChapitre 6 sur 23 · VARIÉTÉS MONSTRUEUSES SE REPRODUI- SANT PAR SEMIS · texte numérisé non relu

VARIÉTÉS MONSTRUEUSES SE REPRODUI- SANT PAR SEMIS

Papaver somniferum monstrosum ; Scolopendrium officinale monstrosum (note 16).

1er GROUPE (2e section).

SEMIS FAIT APRÈS AVOIR OPÉRÉ LA FÉ- CONDATION ARTIFICIELLE avec combi- NASON, DANS LE BUT D'OBTENIR DES VARIÉTÉS.

Précisons d’abord et indiquons ce qu’on doitentendre par fécondation; puis nous indiquerons ce qu’il faut entendre par fécondation artificielle.

Sans entrer ici dans de grands détails, nous croyons cependant devoir dire quelques mots sur ce sujet, et rappeler, ne füt-ce que très-somrmairement, quels sont les organes qui concourent à l’accomplissement de ces importants actes de la vie végétale. Ceci nous paraît d'autant plus nécessaire qu’on ne peut pratiquer cette opération avec fruit que si lon connaît bien les organes à l’aide desquels elle s'effectue, et même, jusqu’à un certain point, le rôle qu’ils jouent.

La fécondation des végétaux, de même que celle des animaux, s’accomplit à l'aide d'organes particuliers que, d’une manière générale, on nomme organes sexuels où organes de la génération.

Chez les végétaux, les seuls qui doivent nous occuper, ces organes sont contenus dans les fleurs, ou plutôt ils en font partie ; dans le plus grand nombre de cas ils en occupent le centre.

De même encore que chez les animaux, ces organes, dans les végétaux, sont de deux sortes, mâles et femelles:

ceux-ci portent le nom de pistils; on donne à ceux-là le nom d'étamines.

L’organe femelle ou pistil, lorsqu'il est complet, se compose de trois parties principales, qui sont, en allant de bas en haut, l'ovaire, lestyle, etenfinle stigmate.

L'ovaire est la partie renflée, ‘creuse à l’intérieur, dans laquelle sont placés

DANS LES VÉGÉTAUX. s 19

de petits corps nommés ovules (trèsjeunes graines non fécondées).

Le style est la petite colonne qui résulte du prolongement, du rétrécissement et de la soudure des pièces qui, réunies, constituent l'ovaire; il est creux, plus ou moins allongé, et se termine le plus souvent par une partie renflée susceptible de prendre des formes trèsdiverses. C’est à cette dernière qu'on à

donné le nom de stigmate, qui, toujours

dépourvu d’épiderme, laisse ordinairement, à une certaine époque de son développement, éranssuder une sorte de

liqueur épaisse, sirupeuse ou visqueuse.

De ces trois parties, qui le plus ordinairement composent le pistil, deux, l'ovaire et le stigmate, sont indispensables; quant à la troisième (le style), elle peut manquer sans que cela nuise à la fécondation.

L'étamine se compose également de trois parties qui sont : le petit pied ou support, qui ordinairement s’insére sur le réceptacle ou fond de la fleur : on le nomme filet ; il est surmonté d’une partie renflée ou sorte de sac : c’est l'anthère, qui, creuse à Pintérieur, renferme le pollen, qui, à cause de ses propriétés, de sa nature et de son aspect les plus ordinaires, est souvent aussi nommé poussière fécondante. :

Le filet, qui est plus où moins allongé, ténu (d’où son nom fil), n'est pas non plus indispensable; de même que le style, il peut manquer sans que pour cela la fécondation ne puisse s’opérer.

Pour qu'il y ait fécondation il faut non-seulement qu'il y ait contact du pollen et du stigmate, maïs il faut encore que ces organes se trouvent dans des conditions particulières que nous indiquerons plus loin.

Lorsque lerapprochement des sexes se fait naturellement, le phénomène, quelle que soit la manière dont il s’accomplit, est désigné par le nom de fécondation, parfois de fécondation naturelle; lorsqu’au contraire. l’homme intervient soit pour assurer purement et simplement la fécondation, soit, en opérant à l’aide de combinaisons particulières, dans le but d'obtenir des résultats en quelque sorte prévus, le phénomène, par oppoll prend le nom de fécondation arti-

cielle.

Dans l’acception la plus rigoureuse, en parlant de la fécondation naturelle, on la dit directe ou immédiatelorsqu’elle a lieu entre les organes d’une même fleur, indirecte ou médiale lorsque, s’opérant également d'elle-même, elle a lieu ,soitentre des fleurs différentes placées sur la même plante, soit entre des.

plantes différentes, avec le secours du vent ou avec l’aide des insectes.

La fécondation naturelle directe ne peut donc s’opérer que chez les plantes dont les fleurs sont pourvues des deux sortes d'organes sexuels, par conséquent chez les fleurs hermaphrodites. Quant à la fécondation naturelle indirecte, elle peut présenter une foule de particularités dont nous n’avons pas à NOUS OCCUper ici, telles que la fécondation entre espèces diverses, entre des plantes à fleurs monoïques, dioiques, etc.

Indépendamment de ce qui vient d’être dit, les fécondations, soit naturelles, directes ou indirectes, soit artificielles, peuvent parfois s’opérer entre des plantes qui occupent différents degrés dans la série végétale, d’où il résulte des 1ndividus hybrides, des métis, etc., à divers degrés.

Après avoir fait connaître les organes :

sexuels, disons quelques mots de l’ensemble des fleurs. |

Considérées d’une manière générale, les fleurs, quant à leur conformation, présentent, lorsqu'elles sont complètes, quatre séries distinctes d'organes, qui sont, en allant de la circonférence au cenire :

4o Le calice, qui est le plus généralement vert, de nature foliacée ;

90 La corolle, qui est la partie la plus

brillante de la fleur, et qui est aussi trèsdiversement colorée; elle se compose soit d’une, soit de plusieurs pièces ;

30 Les étamines ;

4 Le pistil.

Le calice, de même que la corolle, peuvent présenter des différences notables, soit de forme, de couleur, ou de nature, etc.; ils peuvent aussi être formés d'une seule pièce, comme ils peuvent l'être de plusieurs. Dans Île premier cas on les dit monosépales s’il s'agit du calice, monopétales s’il s’agit de la corolle; dans le deuxléme cas on les dit polysépales S'il s’agit du calice,

| polypétales lorsqu'on à affaire à la corolle.

Toutesles fleurs ne sont cependant pas pourvues de ces divers organes: chez un grand nombre certains n'existent pas:

il est même des plantes dontiles fleurs sont réduites à un seul organe sexuel, chez les Conifères par exemple.

Quelquefois aussi les organes floraux sont profondément modifiés, et présentent, soit dans leurs formes, soit dans leurs dimensions, les différences les plus grandes; d’autres fois encore la corolle, au lieu d’avoir l'ampleur et l'éclat qu’elle présentele plusordinairement,estréduite à des rudiments ou sortes d’appendices peu apparents, de sorte que, pour la reconnaître, il faut avoir une certaine habitude d'observation, et dans quelques cas même !l faut l'œil exercé d’un botaniste. Ce sont là toutefois des exceptions dont nous n’avons pas à nous occuper

Considérées sous le rapport des Organes sexuels, toutes les fleurs ne sont pas non plus conformées de la même manière; ainsi il en est qui ne renferment que des étamines, tandis que d’autres ne renferment que des pistils : les unes comme les autres sont dites uniseruées ; celles qui ne renferment que des étamines sont appelées fleurs mâles, ou fleurs Staminées, par opposition à celles qui ne renferment que des pistils, qu’on nomme fleurs femelles ou fleurs pistillées. Les fleurs qui renferment ces deux sortes d'organes sont dites ou hermaphrodites Ou bisexuées.

Il est aussi des espèces de plantes qui, sur un même pied, ne produisent des fleurs que d’une seule sorte, soit mâles, soit femelles : on les nomme fleurs diniques; tels sont le Chanvre, le Pistachier, le Dattier, le Dioscorea Bataias, V'Akebia quinata, ete. I est au contraire d’autres espèces qui sur le même individu portent les deux sortes de fleurs unisexuées : on les nomme monoiques ; tels sont les Noyers, les Chénes, les Châtaigniers, le Maïs, les Melons, les Potirons, les Concombres, les Typhas, les Arum.

Il est facile de comprendre que, pour toutes ces plantes dont les sexes sont séparés et placés à des distances plus ou moins grandes les unes des autres, s’il n'y avait point d’intermédiaires, il arriverait fréquemment que la fécondation ne pourrait s’opérer. C’est ce qui

explique pourquoi les Melons, de même que la plupart des autres Cucurbitacées qu'on cultive comme primeurs, ont parfois tant de difficulté à nouer leurs fruits, ou, comme on le dit dans la pratique, à.

arrêler, fait qui résulte de ce que, quand les plantes sont en fleurs, il fait souvent.

tellement froid qu’on ne leur donne que peu ou point d’air, de sorte que, les fleurs n'étant pas agitées, la dissémination du pollen n’a pas lieu, et qu’il n’en arrive pas aux fleurs femelles. Dans ce cas encore la cause d’insuccès est augmentée par cette raison que les insectes, qui dans la fécondation jouent un rôle important en allant butiner dans les fleurs, ne le peuvent pas, les coffres étant presque constamment fermés. On pourrait Jusqu'à un certain point remédier à cet inconvénient en pratiquant la fécondation artificielle (note 17).

Nous avons cru devoir entrer dans tous ces détails afin de mettre le lecteur au Courant de certains faits qui, bien que généralement connus, sont encore ignorés de plusieurs, de manière que, connaissant bien ces particularités, il puisse, guidé par ces explications, se rendre bien compte de la fécondation arüificielle, et au besoin l'appliquer avec succés.

Voyons maintenant quelles sont les conditions les plus favorables pour pratiquer avec succès la fécondation artifcielle. Deux conditions sont indispensables : la première, c’est que les organes sexuels soient en bon état, c’est-à-dire dans des conditions parfaites de développement, et que les anthères puissent s'ouvrir pour donner passage au pollen, qui doit être bien conformé. Il faut, en ouire, que le stigmate soit également dans de bonnes conditions pour recevoir ce dernier, c’est-à-dire qu’il sécrête cette sorte de viscosité dont nous avons parlé plus haut (note 18).

La deuxième condition, qui n’est ni moins nécessaire ni moins importante que la première, c’est que les plantes qu'on veut féconder soient parenltes , qu’elles appartiennent à la même espéce, ou tout au moins au même genre (note 19). |

On a beaucoup discuté aussi sur le point de savoir quel est le moment le plus favorable pour pratiquer la fécondation. Ce moment ne peut être précisé

d’une manière absolue; on ne peut que l'indiquer d’une manière générale, et dire que c’estdepuis huitheures du matin jusqu’à environ midi, lorsque la chaleur solaire a déjà réchauffé les organes et distendu leurs tissus (note 20). Toutefois ce n’est là qu’une indication relative, car il ne peut être douteux que le moment le plus avantageux d’opérer varie suivant les conditions dans lesquelles sont placés les individus, suivant la nature de ceux-ci, et probablement aussi suivant l’état d’épanouissement des fleurs; car, puisque, sur la plupart des plantes, les fleurs s’épanouissent continuellement, leur état de

développement, amoureux, pourrait-on‘

dire, doit être différent pour chacune d'elles. :

Le moment précis qui convient pour féconder les végétaux est peut-être ce qu’il y a de plus difficile à saisir, et c’est même peut-être à cause de cela qu’on échoue si souvent lorsqu'on pratique la fécondation artificielle. Disons encore qu’un certain degré de température est nécessaire, mais que ce degré, variable suivant les individus, est très-difficile à apprécier. Nous pouvons admettre qu’au dessous de 0° degré la fécondation ne peut s’opérer, mais qu’à partir de là la température pourra, suivant les plantes, s'élever jusqu’à 40 degrés et peut-être même au delà. D'une autre part encore, il est bien clair que le moment le plus convenable d'opérer la fécondation devra en outre varier suivant que l’épanouissement des fleurs aura lieu soit le jour, soit la nuit, soit à telle ou à telle heure de la Journée. Il est hors de doute, par exemple, qu’on ne pourrait féconder le Cereus grandiflorus le jour, puisqu'il ne fleurit que la nuit; que la Belle de nuit, qui épanouit ses fleurs vers le soir pour les fermer le matin, ne pourrait non plus être fécondée dans le milieu de la journée. Il en est de même encore pour les Zpomea, les Calystegia, etc., qui présentent les mêmes particularités. Jusqu'ici il n’y a rien de précis; c’est par suite de tâtonnements et par des observations attentives qu’on parviendra à découvrir, pour une plante don-

née, quel est le moment le plus favorable

pour opérer la fécondation de ses fleurs; ainsi, pour la Vanille, ce moment est vers dix heures du matin, moment qui, du

reste, paraît être le plus convenable pour la plus grande partie des végétaux. Toutefois l’état de l'atmosphère (clair ou nuageux), une température élevée ou basse pourront encore déterminer des modifications dans l'heure d'opérer.

Revenant aux conditions générales les plus avantageuses pour pratiquer la fécondation artificielle, nous ajouterons à ce qui à été dit ci-dessus qu'il faut aussi, toutes circonstances égales d’ailleurs, lorsqu'on veut opérer, qu'il fasse sec et chaud, de manière que les organes soient dépourvus d'humidité et que leur action soit plus énergique (note 21).

D'une autre part, comme la fécondation artificielle se pratique presque toujours en vue d'obtenir un résultat prévu, il faut, pour obtenir ce résultat, prendre certaines précautions pour que rien ne vienne déranger les combinaisons qu’on a faites. Pour cela, si la plante est hermaphrodite, on doit, avant que les anthères s'ouvrent, enlever avec précaution les étamines (les anthères surtout) des fleurs qu’on veut féconder; après quoi l’on attend, pour agir, que l'organe femelle soit arrivé à un état convenable de développement. |

Mais, comme il existe un certain nombre de plantes chez lesquelles la fécondation est antéflorale, c’est-à-dire chez lesquelles la fécondation se fait avant l'épanouissement des fleurs, on doit dans ce cas, pour obtenir un bon résultat, opérer la suppression des étamines avant que cet épanouissement ait lieu. Nous pouvons citer comme présentant cette particularité les Gloxinias; cet exemple est d'autant meilleur qu'il est bien constaté, et que les nombreuses variétés de ce genre que l’on possède aujourd’hui ne datent que d’un petit nombre d'années, précisément de l’époque où, ayant eu connaissance de ce fait, on a agi en conséquence.

Bien longtemps auparavant, on avait | essayé de pratiquer la fécondation arti- | ficielle de ces plantes, mais toujours | sans aucun succès; on obtenait bien des graines en quantité, mais celles-ci ne produisaient jamais que des plantes à peu près semblables à celles dont elles provenaient. Il ne pouvait du reste

en être autrement, puisque, lorsqu’on opérait la fécondation artificielle,

fécondation naturelle, directe, était opérée par les propres organes des fleurs.

Toutefois, relativement au moment où les organes sexuels semblent être disposés à exercer leur action, il peut dans certains cas se montrer des différences assez grandes, des sortes d'anomalies apparentes. (Voir plus loin comment une température et des conditions de milieu différentes peuvent, au point de vue de l'époque de développement des organes sexuels, déterminer de profondes modifications.)

Pour les plantes dont la floraison est antéflorale, voici comment il faut opérer :

Lorsque le bouton est déjà trés-gros on le fend longitudinalement sur l’un des côtés avec la lame d’un canif; puis on ouvre un peu la fente pour y introduire une petite pince à l’aide de laquelle on enlève les étamines, bien entendu avant l'ouverture des anthères. On laisse ensuite les choses en cet état jusqu’à ce que le stigmate soit bien développé ; alors on apporte sur ce dernier du pollen de la plante qu’on a choïsie pour père et dont on veut propager les caractères.

Certains auteurs ont conseillé l'emploi d'un pinceau pour recueillir le pollen ; cest là, suivant nous, un système grossier, très-bon lorsqu'il ne s’agit que d'assurer la fécondation simple, c'est-à-dire la production de graines telles quelles, mais insuffisant si l’on voulait opérer avec précision, par suite de combinaisons, afin d'obtenir un résultat prévu. En effet, il est facile de comprendre que, quelque soin que lon prenne, il restera presque toujours dans le pinceau un certain nombre de grains de pollen; or, comme ce pollen, qui provient de diverses plantes, peut occasionner une confusion, qui exclut toute cerlitude, qui vient déranger les calculs et en rendre le résultat douteux, il faudrait donc, pour éviter cet inconvénient, se servir d'autant de pinceaux que l’on voudrait pratiquer de fécondations diverses. Ce qu’il y a de mieux à faire, lorsque la chose est possible et qu'on tient à avoir un résultat certain et précis, c’est de prendre les étamines par le filet, soit avec les doigts, soit à l’aide d’une petite pince, et d'appliquer l’anthère sur le stigmate.

Si, au lieu d’être hermaphrodites, les fleurs qu’on veut féconder étaient soit monoiques, soit dioiques, on veillerait à ce que les fleurs femelles ne soient point fécondées par d’autres que par les fleurs mâles des plantes dont on veut reproduire le caractère. |

Lorsqu'on pratique la fécondation arüficielle des fleurs en vue d’en obtenir des variétés nouvelles, on se fonde sur cette idée, vraie en principe, que, dans l'acte de la génération, tout être, en raison de la tendance qu’il a à reproduire ses caractères, peut aussi, en ralson de cette même loi, en communiquer une partie plus ou moins grande à l’individu avec lequel il est mis en contact, d’où peuvent résulter et .résultent très-souvent des intermédiaires qui participent à la fois des caractères que présentent les deux individus dont ils proviennent.

Nous pourrions, à l'appui de notre dire, citer un nombre considérable de plantes qui, en effet, tiennent le milieu entre d’autres dont elles sont issues; nous citerons seulement les suivantes :

Rhododendron Princesse Royale, produit du Rh. Javanicum, Weïtch, avec le Rh. jasminiflorum ; 1 est intermédiaire entre ces deux plantes; ses feuilles rappellent le Rh. Javanicum, tandis que ses fleurs sont semblables à celles du Rh. jasminiflorum, mais un peu plus grandes.

Gatleya Dominiana, produit du €.

amethystina et du C. labiata; il tient de ce dernier par la forme et la grandeur des fleurs, et du C. amethystina par son faciès général.

Le BegoniaDregei, plante caulescente, fécondé par une variété du B. rex, a produit le B. Dregei à feuilles panachées, plante entièrement semblable à la mère par le port, au père par les panachures.

Le Begonia discolor, fécondé par le B.

rex ou par l’une de ses variétés a produit en très-grande quantité des plantes semblables entre elles, qui ne différent du B. discolor que par les feuilles, qui, au lieu d’être rouge brun, sont complétement panachées. Dans cette circonstance, de même que dans les exemples précédents, la mère a conservé tous ses caractères comme végétation, le père a donné l’habit (les panachures).

Le Begoma discolor, fécondé par le B. splendida, a produit en très-grande

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quantité des graines qui, semées, ont donné un très-grand nombre d’individus tout à fait intermédiaires entre les deux parents, mais tellement semblables entre eux qu'on n’en pouvait guère faire qu’une variété. Au lieu d’être glabres comme l’est le B. discolor, ces intermédiaires sont couverts de poils, sur toutes leurs parties; mais ces poils au lieu d’être rouges et très-serrés, comme ils le sont chez le B. splendida, sont roux et moins denses.

Le Magnolia Soulangeana, résultat d’une fécondation artificielle du Magnolia purpurea et du M. Yu-lan, est intermédiaire entre ces deux espèces.

Amaryllis formosissima hybrida.

Les plantes qui proviennent de ce semis, quoique très-âgées, n’ont pas encore fleuri; elles proviennent de l’Amaryllis formosissima (père) et de A.

longifolia (mère); par le port elles sont intermédiaires entre les deux parents. Pourtant elles sont plus vigoureuses et plus fortes dans toutes leurs parties que l'A. formosissima, elles sont moins fortes que l'A. longifolia, mais, de plus, elles tiennent du pêre par leur mode de végétation; elles donnent beaucoup de caïeux, tandis que leur mère, l'A. longifolia, n’en donne pour ainsi dire jamais.

Anemone Japonica hybrida.

Anemone elegans.

Issue de la fécondation de l’Anemone Japonica et de VA. vitifoliu, cette plante estintermédiaire entre ces deux espèces.

Toutefois elle se rapproche beaucoup plus de celle-là que de celle-ci.

Crinum Meldense.

Amaryllis Meldensis.

Cette plante, obtenue en fécondant l'Amaryllis longifolia par le Crinum Taitense, tient exactement le milieu entre ces deux espèces; mais, tout en conservant les caractères généraux des deux parents, elle a néanmoins CONservé le tempérament de la mère, c’est-à-dire sa rusticité.

Dianthus hybridus Quetierit.

Issue du D. Hedwigiüi et de lŒillet

Flon, cette plante est caulescente, très-

ramifiée; ses fouilles sont longues, raides, longuement aiguës. La tige ainsi que les ramifications sont noueuses. L'aspect

glaucescent bleuâtre de toute la plante rappelle le D. Hedwigii, dont il a conservé les fleurs.

Dianthus barbato-superbus.

Cette plante, issue du Dianthus barbatus et du D. superbus, est intermédiaire

entre ces deux espèces; ses tiges, plus

ramifiées, sont plus dressées; les fleurs sont très-largement fimbriées. Elle est subvivace.

Dianthus Hedwigi barbatus.

Obtenus en fécondant le Dianthus Hedwigi par le D. barbatus, ces hybrides sont tout à fait intermédiaires entre les deux parents; leurs fleurs, un peu plus petites que celles du D. Hedwigü, sont plus grandes que celles du D. bar-.

batus. Quelques pieds sont à fleurs .

doubles.

Spiræa Billiardir.

Provenant de la fécondation du Spiræaæ salicifolia et du S. Douglasü, le S. Billiardii est intermédiaire entre ces deux espèces ; ses feuilles, un peu plus longues et plus acuminées que celles du $S. Douglasii, ne sont pas glauques comme celles de ce dernier ; l’inflorescence est intermédiaire; les fleurs sont d’un beau rose foncé.

Papaver hybridum Meldense.

Cette plante, très-curieuse, est issue du Papaver bracteatum fécondé par une variété à fleurs doubles du P. rhœas; elle est haine, très-rameuse; ses feuilles

rappellent celles du P. rhœas, un peu

plus fortes toutefois ; ses boutons rappellent ceux des Coquelicots; ses fleurs, un peu plus grandes que celles de ce dernier, sont moins grandes que celles du P. bracteatum dont elles ont l'aspect général.

Papaver somniferum bracteatum.

Rien de plus curieux que la série de plantes que nous comprenons sous ce nom; elles proviennent du Papaver somniferum fécondé par du pollen pris sur des hybrides issues de la fécondation du P, bracteatum par le P. sommiferum.

Aussi tous les individus résultant de cette deuxième fécondation étaient-ils à peu près stériles. Le caractère de faciès dominant était celui du Papaver somniferum; néanmoins on pouvait partager

à pe Hi

toutes ces plantes en deux groupes : l’un contenait celles dont le faciés rappelait le P. somniferum, mais avec cette différence que les tiges, au lieu d’être ramifiées comme chez ce dernier, étaient simples et uniflores. Il partait du collet de ces plantes des bourgeons qui semblaient faire présager qu’elles seraient vivaces. Les plantes de l’autre groupe, beaucoup moins nombreuses, semblaient, par leur aspect général, se rapprocher davantage du Papaver bracteatum ; leur ovaire, au lieu d’être renflé etrond comme chez les précédents, était três-atténué à la base, qui se confondait avec le pédoncule; les ramifications, au lieu de partir du pied, sortaient de la tige, de sorte que, sous ce rapport, il y avait renversement des caractères.

Le fait le plus curieux dans cette circonstance, c’est d’abord que tous ces individus, bien que provenant de graines d’une plante annuelle, paraissaient être vivaces; de plus ils étaient rustiques.

Ainsi, malgré un hiver rigoureux (celui de 1863-64), ils n’ont aucunement soutfert, tandis qu'à côté des plantes provenant de diverses variétés du P. somniferum, placées dans les mêmes condi-

tions, ont élé complétement détruites.

Gesneria Donkelariana.

Cette plante, issue par fécondation artificielle du Gesneria discolor et du Gloxinia caulescens, a tous les caractres extérieurs du Gesneria discolor; seulement ses fleurs sont plus grandes. Mais cet hybride, ainsi que les deux suivants, dont l’origine est la même, présente dans sa végétation la particuarité suivante : lorsqu'on le muliplie par boutures de feuilles, ces boutures produisent des bulbilles; mais ces dernières, bien qu’elles ne produisent jamais de parties foliacées, n’en continuent pas moins à végéter ; elles acquièrent même, avec les années, d’assez grandes dimensions.

Gesneria Miellezii.

Issu, comme le précédent, du Gesneneria discolor et du Gloxinia caulescens, le G. Miellezi est beaucoup plus rapproché du Gloxinia que du Gesneria: ses Îleurs sont plus petites que celles de ce dernier ; mais, au lieu d’être penchées, elles sont droites.

Gesneria pyramidalis.

De même que les deux précédents, celui-ci est issu de la fécondation artificielle du Gesneria discolor et du Gloxinia caulescens ; son port rappelle un peu le G. Miellezii, mais ses fleurs sont semblables à celles des Gloxinias; elles sont aussi plus ou moins penchées.

Nous ferons remarquer que, lorsqu’on s’y prend à temps, on peut croiser entre elles presque toutes les plantes du groupe des Gesnériacées; aussi n'est-il pour ainsi dire plus possible d’assigner des caractères solides à aucun des genres qu'il renferme, et presque tous, aujourd’hui, ont des caractères communs.

Du pollen et de sa conservation.

Le pollen pouvant conserver ses facultés fécondatrices pendant un temps plus ou moins long, une année et même plus (note 22), on peut facilement le transporter à d'assez grandes distances.

Pour conserver le pollen ondoit le recueillir par un temps sec et lorsqu'il est dans de bonnes conditions de développement, c’est-à-dire lorsque les anthères commencent à s'ouvrir ; puis l’envelopper dans un peu de papier de soie qu’on renferme dans une petite boîte de carton. Si l’on doit s’en servir au bout de peu de temps il suffit de placer cette boîte dans un lieu sec, à l'abri du soleil, et, autant que possible, d’une trés-forte chaleur. Si, au contraire, on veut conserver le pollen pendant longtemps, le faire voyager, par exemple, il faut, avant de le renfermer, le laisser ressuyer entre deux papiers; puis, lorsqu'il est bien sec et arrangé comme ïil vient d'être dit, renfermer le tout dans une petite boîte en carton qu’on place dans une boîte en bois.

Quelle que soit la nature de l’enve-

Zloppe dont on s’est servi pour conserver PP

le pollen, on doit toujours le préserver avec le plus grand soin de l'humidité. Il faut aussi éviter de faire usage de boîtes métalliques; elles ont l'inconvénient de s’échauffer fortement, de sorte qu’elles pourraient faire subir au pollen une sorte de fermentation qui lui enlèverait, plus ou moins, ses propriétés fécondantes. La fermentation, toutes choses

égales d’ailleurs, est d'autant plus dan-

gereusequ'elle s’éxerce dans un endroit plus hermétiquement fermé; dans ce:

<as il y a bientôt non-seulement altération, mais pourriture. Les corps poreux, tels que le papier, le carton et le bois, sont donc ce qui convient le mieux pour conserver le pollen. | Lorsqu'on n’a en vue que d’obtenir des variétés, sans tenir plutôt à tel caractère qu’à tel autre, au lieu de pratiquer la fécondation, on peut se borner à rapprocher l’une de l’autre les plantes qui, avec des caractères organiques " semblables, mais différentes soit par le port ou faciès, soit par la grandeur, par la forme ou par la couleur des fleurs, fleurissentnéanmoins à la même époque. Dans ce cas ce sont les insectes qui, en allant butiner dans les fleurs, font toute la besogne ; en emportant du pollen d’une fleur, qu’ilslaissent tomber Sur le stigmate d’une autre, il résulte des mélanges, et, comme conséquence, des variétés qui ne se produiraient pas Si les plantes étaient placées à. de grandes distances les unes des autres. La plupart, Soit des hybrides, soit des variétés du commerce, n’ont pas d'autre origine.

- Tout ce qu'il y a d’essentiel en ce qui concerne la fécondation artificielle, tous les soins qu’on doit avoir et toutes les précautions qu’on doit apporter pour assurer le succès de cette opération ayantété décrits, il reste à en faire l’application, ce qui, on doit lecomprendre, n'est plus qu'une question de combinaisons, dont les principes, qui sont relatifs, doivent varier suivant les conditions dans lesquelles on se trouve placé, Suivant la nature des plantes sur lesquelles on opère, et,surtout aussi, sui-

vant le but qu’on se propose d'atteindre.

Nous allons donc, mais seulement pour mémoire, pour ainsi dire, en indiquer Quelques exemples, en les basant toutefois surune hypothèse, ce qui, danscette Girconstance, est biensuffisant, puisqu'il ne s’agit que d'indiquer la marche à suivre.

Ainsi, supposons qu’on possède deux variétés d’une plante à fleurs hermaphrodites, et qu’on désire, soit obtenir des intermédiaires entre elles, soit faire dominer tel ou tel caractère particulier à lune d’elles; voici comment on doit procéder. C’est une affaire toute praque.

Au lieu de laisser leurs fleurs se fé- Conder par elles-mêmes, on enlève,

avant l’anthère, les étamines des fleurs qu'on destine à devenir mères; puis, lorsque leur stigmate est bien développé, on apporte et l’on dépose à sa surface du pollen qu’on a pris sur les fleurs de l'autre plante.

Si par hasard les deux plantes qu’on veut féconder ne fleurissaient pas à la même époque, 1l faudrait, lorsque s’épanouiraient les. fleurs de celle qui doit servir de père, en recueillir le pollen et le conserver jusqu’à l’époque où l’on en aurait besoin.

Si, entre les plantes qu’on veut féconder, il y avait, lors de la floraison, quelque obstacle matériel qui s’opposât à leur rapprochement, on devrait tâcher de le faire disparaître. Ainsi il est un certainf nombre de végétaux dans nos cultures, soit par la disposition des organes, soit par toute autre cause, qui ne peuvent se féconder d'eux-mêmes et pour lesquels il faut opérer la fécondation artificielle; telle est, par exemple, la Vanille, ainsi qu'à peu près toutes les espèces d’Orchidées. |

Si l’on avait affaire à des plantes monoïques, et que leurs fleurs, unisexuelles, fussent trop éloignées les unes des autres pour qu’il y ait contact des organes fécondateurs, il faudrait intervenir, et, au moment propice, appliquer du pollen des fleurs mâles sur le stigmate des fleurs femelles; et, dans le cas encore où les combinaisons exigeraient l'emploi de pollen étranger à la plante, il faudrait supprimer toutes les fleurs mâles, ou du moinsleurs étamines, avant leur complet développement: S'il s’agissait de plantes dioïques, on prendrait les mêmes précautions ; on apporterait, puis on déposerait sur le stigmate des fleurs femelles du pollen qu'on aurait recueilli sur les individus mâles, en tenant compie des caractères que l’on veut propager.

Nous ne nousétendrons pas davantage sur ce sujet, les combinaisons qu’il comporte pouvant varier à l'infini, et pouvant aussi porter sur les diverses parties des plantes. |

De tout ce qui précède il résulte que, lorsqu'il s’agit d'obtenir des variétés, le succès dépend principalement du choix dessujets porte-graines, choix qui, étant lié au but qu’on se propose d'atteindre, ne peut être indiqué, ni même prévu.

dans un cas, l’on voudra faire dominer tel coloris, telle forme, etc.; dansun autre cas ce sera l'inverse, Parfois on portera son attention sur les dimensions des fleurs, d’autres fois ce sera sur celles des

plantes qu’on voudra agir; parfois en-

core on cherchera, soit des variétés hàtives, soit des variétés tardives, soit des variétés naines, grandes, élancées, PYramidales, buissonneuses, etc. Dans toutes ces circonstances on devra, pour obtenir ces différents résultats, combiner les opérations et les baser sur les principes que nous avons précédemment indiqués, en tenant compte aussi de ce que nous disons plus loin relativement à l'influence des sexes.

Les variétés obtenues à l’aide de la fécondation artificielle sont excessivement nombreuses. Nous n’en citerons qu'un petit nombre des plus remarquables, dont nous avons fait connaître cidessus les particularités. Nous allons seulement indiquer lesnoms des plantes.

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