VARIÉTÉS OBTENUES À L'AIDE DE LA FÉCONDATION ARTIFICIELLE
Amaryllis formosissima hybrida:
Amaryllis Meldensis; CCrinum Meldense ; Anemone Japonica hybrida ; { Anemone elegans ; Begonia discolor variegata ; splendida ; — Dregei variegata;
Catleya Dominiana ;
Dianthus Hedwigii barbatus ;
— hybridus Quetierti ;
— barbalo-superbus ; Gesneria Donkelariana ;
— Miellez;
— pyramidalis ;
Magnolia Soulangeana;
Papaver hybridum Meldense;
— somniferum hybridum; Rhododendron Princesse royale ; Spirœa Billiardii. ,
En pratiquant avec soin et avec discernement la fécondation artificielle, on peut non-seulement modifier les formes, les couleurs, les dimensions, soit des fleurs, soit des feuilles, soit même des plantes tout entières; on peut encore, à l'aide de combinaisons particulières, modifier leurs propriétés, changer plus ou moins le tempérament des individus. Pour atteindre ce dernier résul.
tat il faut, toujours en se fondant sur.
les principes généraux indiqués précédemment, lorsqu'on possède une variété qui présente des qualités particulières qu'on tient à propager, mais qui offre aussi quelque inconvénient qu’on veut éviter, opérer en conséquence. S'agit-il, par exemple, d’une plante qui est belle, mais qui est sensible au froid? Dans ce cas 1l faut la féconder avec une antre dont les caractères généraux organiques ne soient pas contraires à ceux qu’on recherche, et qui en même temps est plus rustique. On en verra desexemples plus loin.
Lorsqu'on a affaire à des plantes dont les fleurs sont trop rapprochées les unes des autres pour qu’on puisse opérer facilement, on doit en abattre un certain nombre et ne conserver que celles qu’on veut féconder; par la même raison, si les fleurs sont disposées en grappes, en panicules, en corymbes, ete., on peut enlever toutes celles qui viendraient gêner le travail, en ayant soin de conserver celles qui sont bien constituées, dont le pédoncule, gros et bien nourri, atteste qu’il y a de la vigueur.
S'il s’agit d’un grand arbre ou d’une plante dont le développement ne permet pas de féconder toutes les fleurs, on choisit une ou plusieursbranches, selon leur force, et même, si celles-ci portent trop de fleurs, on en supprime un certain nombre, ainsi qu’il a été dit plus haut.
Pour rendre l’opération plus sûre on peut envelopper d’une gaze fine les fleurs qui sont préparées pour la fécondation, de manière à ce qu’elles ne puissent recevoir d’autre pollen que celui qu’on a décidé d’y mettre.
OBSERVATION AU SUJET DE L'INFLUENCE DES SEXES DANS L’ACTE DE LA FÉCON- DATION.
Y a-t-il dans la fécondation des êtres un sexe qui, par son influence, tend à l'emporter sur l’autre sexe ?
Bien que cette question touche aux plus hautes considérations physiologiques, et que, par conséquent, on ne doive l’aborder qu'avec une très-grande réserve, nous croyons cependant, à cause de l'intérêt qu’elle peut présenter, devoir en parler et hasarder quelques hypothèses à ce sujet. Disons d’abord que,
considéré d’une manière générale, chacun des sexes parait avoir une même puissance relative; néanmoins, des ob-
servations attentives semblent démon-
trer que l'influence de chacun des sexes,
dans quelques cas du moins, s'exerce dif-
féremment, que l’un porte plutôt sur
certaines parties que sur certaines au-
tres; la pratique paraît même parvenue, dans une certaine mesure, à reconnaitre quelle est, en général, l'influence que chacun d’eux exerce.
D'après lesremarques auxquelles nous venons de faire allusion, on pourrait presque poser comme principe que, dans l'acte de la génération, la forme et la couleur du père, c’est-à-dire tous les caractères externes, y compris ceux des fleurs, tendent à l’emporter, tandis que la mère tend à dominer organiquement, c’est-à-dire en ce qui touche à la rusticité, à la vigueur, en un mot en tout ce qui constitue le tempérament.
Ce sont là évidemment des données générales qui pourront présenter denombreuses exceptions; néanmoins, les quelques .résultats qu'on a déjà obtenus méritent d’être pris en considération.
Mais, en admettant ce fait, quelle conséquence devrait-on en tirer, et surtout qu'en devrait-on conclure? Ceci : que, lorsqu'on voudrait obtenir des plantes rustiques on devrait prendre pour mères celles qui présentent ce caractère, et pour pères, d'autresqui, bien que parfois
“moins rustiques, présentent, par leur
caractère extérieur, des qualités que l'on recherche, par exemple une belle forme, un*beau port, de belles et grandes fleurs de telle couleur ou de telle autre, suivant le but qu’on se propose d'atteindre. Peut-être pourraiton, en se basant sur des principes analogues,lorsqu'ils’agit de fruits, obtenir des variétés quiprésenteraient des qualités pour ainsi dire prévues (note 25).
Bien que ceci ne soit qu’une hypothèse, elle ne nous paraît pas tellement dépourvue de probabilité qu'elle ne doive attirer l'attention des horticulteurs. Nous la signalons en passant.
Voici du reste quelques exemples qui viennent à l'appui de notre dire et qui semblent démontrer l'influence difié-
rente des sexes sur les diverses parties
des végétaux. | Parmi les Rhododendrons on distin-
gue, horticolement parlant, deux séries de plantes, provenant, l’une d’Angleterre, l’autre de Belgique. Les plantes qui appartiennent à la première série sont rustiques ; celles de la deuxième
gêlent parfois. Gette différence vient de ce
que, dans le premier cas, onapris-pour mère une plante extrêmement rustique, le R. Calesbæi, et que, pour père, on a pris, parmi les variétés de R. arboreum, celles qui étaient les plus belles et les plus remarquables, soit par le coloris, soit par les formes, soit parles dimensions des fleurs. On a obtenu de ces fécondations de très-belles plantes, tenant du R. Catesbæi par la rusticité et des R. arboreum par les fleurs.
Pour créer la deuxième série, celle de Belgique, on a pris pour mère le R. Ponticum (espèce qui gèle parfois, soit en tout, soit seulement en partie), et pour père on a pris, comme dans le cas précédent, des variétés de R. arboreum. On a obtenu de ce croisement des plantestrès-variéeset très-méritantes par la beauté, la forme et le coloris des fleurs; mais ces plantes sont beaucoup plus sensibles au froid que celles de la série anglaise; elles tiennent de leur mére, le R. Ponticum, dont elles ont même un peu l'aspect (note 24).
Les Glaïeuls d’une part, les Amaryllis de l’autre, nous montrent des résultats analogues à ceux qui viennent d’être rapportés. Ainsi, quant aux Glaïeuls de la série dite SoucueT, les expériences furent commencées vers 1844 (note 25).
Cette fois on prit pour mère une plante rustique, le Gladiolus Gandavensis, qui, fécondé par les hybrides de Gladiolus cardinalis, ramosus, floribundus, etc., produisit, entre autres, de ce premier semis, qaatre plantes regardées comme méritantes, ce sont Madame Blouet, Madame Gouder, Monsieur Georgeon et Mademoiselle Fanny Rouget. La premire de ces plantes fleurit en 1847; les trois autres fleurirent en 4848. Ces diverses variétés, qui tenaient de leur mére par le tempérament, c’est-à-dire par la rusticité, fécondées à leur tour par les Gr. blandus, cardinalis, floribundus, etc.,et, quelquefois entre elles, produisirent des plantes qui présentaient les coloris et les formes les plus diverses, : tout en ayant conservé la rusticité. Ce mode de procéder fut suivi avec soin
pendant cinq à six ans; après quoi les modifications étaient telles qu'il a suffi de récolter des graines sur les variétés les plus méritantes pour obtenir des plantes très-remarquables. En effet, on trouve aujourd’hui, parmiles variétés qui sortent de ces semis naturels, presque toutes les formes et les couleurs de fleurs possibles. Dans cette circonstance encore l'influence des sexes peut se constater, et l’on remarque que beaucoup de variétés ont conservé les caractères généraux des types qui, primitivement ont servi de pères, mais avec cette différence toutefois qu’au lieu d’être délicates, grêles et élancées, ce sont, en général du moins, des plantes vigoureuses, trapues et assez rustiques; sous ce dernier rapport elles tiennent de leur mère, le Gladiolus Gandavensis.
Quand aux Amaryllis, on a pris pour mère l'A. viltata, plante assez rustique, mais à fleurs petites et étroitement tubulées, plus ou moins rosées et présentant des stries ou bandelettes blanches (vittata); l'ayant fécondéeavec du pollen sec, c’est-à-dire avec du pollen conservé depuisun an de l’Amaryllis pulverulenta, espèce vigoureuse, mais sensible aux froids, à fleurs grandes, bien ouvertes et d’un beau rouge, on obtint, des graines provenant de cette première fécondation, des plantes en général rustiques et vigoureuses comme leur mère, qui donnérent, les unes des fleurs à peu près blanches, les autres des fleurs rouges, généralement grandes et bien ouvertes, comme celles du pére.
Dans une deuxième expérience, où l'on avait également pris pour mère l’'Amaryllis vittata, que l’on féconda encore avec du pollen des À. pulverulenta et Brasihensis (deux plantes à fleurs rouges qui ne sont que des formes d’un même type), mais, cette fois, avec du pollen fraïchement récolté, on obtint une très-grande quantité de plantes à fleurs rouges comme celles du père; quelques autres seulement étaient à fleurs à peu près blanches.
Une troisième expérience, ayant été faite avec des graines provenant de ces diverses variétés fécondées entre elles, produisit des plantes rustiques comme la mère primitive, l’Amaryllis vittata, bien qu’en général elles fussent plus vigoureusesque cette dernière. Les fleurs,
de formes et de couleurs variées, étaient aussi beaucoup plus grandes. Ici encore l'influence des sexes s'était fait sentir.
Un autre exemple qui semble démon-| trer encore que l'influence des sexes | dans la fécondation est sensible, et que, !
sous ce rapport, le mâle influe plus parüculiérement sur le faciès des plantes, sur les couleurs et sur les formes des fleurs, tandis que la femelle influe plus particulièrement sur le tempérament, nous est fourni par les Rosiers dits hybrides remontants. En effet ceux-ci, qui ont eu pour mère les Rosiers dits Indiens (Thés, Bengales, etc.), qui sont remontants, mais sujets à geler, et, pour père, les Rosiers Provins, qui sont rustiques, mais qui ne remontent pas, ont produit des plantes dont le facies général est celui des Provins, et dont les fleurs presentent les formes et les couleurs les plus variées, et qui, pour la plupart, remontent comme leur mère, mais qui, cependant, gèlent parfois, qualité qu'ils tiennent de cette dernière (note 96).
L'autre exemple de l'influence des diffé-.
rents sexesnous est fourni parle genre Gynerium ; mais, comme il ne présente encore aucun individu rustique, il est donc dépourvu d'influence sous ce rapport; mais il en est tout autrement au sujet de la couleur des fleurs ; le fait est d'autant plus facile ‘à constater que les plantes sont dioiques et que les individus mâles que nous avons pu observer sont à fleur rose violacé, ou mieux d’un gris roux, plus ou moins poudreux ; aussi tous ceux qui proviennent de semis ont-ils, pour la plupart, des fleurs de cette même couleur, plus ou moins foncée', la couleur blanche est très-rare; c’est une exception.
Sans rien préjuger, eten s'appuyant sur les divers faits qui précèdent, on peut en conclure que, dans certains cas, on pourrait, par le fait de la fécondation artificielle, arriver, sinon à changer les types, du moins à les modifier sensiblement dansleur descendance, de manière à les approprier à certains besoins particuliers en faisant développer telle ou telle particularité (note27). En effet, en poussant assez loin les expériences, on peut affaiblir tellement la force d’atavisme que les individus qui naissent de ces croisements ont des caractères assez forts pour rester permanents et
constituer une race particulière, qui pourrait se conserver pour ainsi dire indéfiniment (note 28).
Nous aurions pu, aux divers exemples que nous avons cités pour démontrer l'influence particulière des sexes sur les diverses parties des êtres qui résultent des hybridations, en ajouter un grand nombre d’autres, rappeler les exemples si remarquables que nous avons eïtés du Crinum Meldense, des Pavots,des Dianthus, etc.; mais ce serait accumuler les preuves sans ajouter à la valeur de la théorie que nous émettons, théorie qui, nous le répétons, pourra présenter de nombreuses exceptions, sans toutefois perdre sa valeur, sans cesser de pouvoir être prise comme guide.
Quelques mots sur l'emploi du Pollen.
En terminant sur la fécondation artificielle, nous croyons devoir rappeler, relativement au pollen, qu’il ne faut pas l'employer lorsqu'il est humide, qu'il faut non-seulement qu'il soit sec, mais encore qu’il soit bien arrivé à son
oint de développement. Il est donc bon, orsqu’on se sert d’étamines dont les anthères ne font que commencer à s’ouvrir, deles laisser pendant quelque temps exposées à une chaleur sèche, de manière à ce que le pollen, devenu bien pulvérulent, s'échappe avec plus de facilité et Que son énergie soit augmentée. On devra agir à peu près de même lorsqu'on se servira de pollen conservé; dans ce cas, en effet, un peu de chaleur sèche, un rayon de soleil surtout, en reléverait la puissance fécondante, parfois un peu engourdie par le temps. On a cru re- Marquer aussi que, lorsqu'on prend des étamines placées à l’intérieur de fleurs Presque pleines, qui, par conséquent, n'ont pu être suffisamment insolées, il y a avantage à les exposer à une chaleur Solaire douce avant de s’en servir. Dans toutes ces circonstances on doit éviter l’action desséchante de l'air et surtout du vent.