SECTION VII
SUA l'bTUDI des PtlIfCiPES DE l^ÉCOROMIK SOCIALE, ET DE« BASES TANT DE 1*ADKI1V1STRATI09 l9TiRlEDRB, QOB DEf EELATlOVS KITB- BIEUBES.
( Seplitoie lettr* d« CAMUS. )
Js ne me serais pas flatté, monsieur, lorsque j'émyais, il y a déjà longues années, à M. votre père, sur l'ordre de vos études, que quelque jour vous me consulteriez encore sur celles, de M. votre âls.Yous me marquez qu'après avoir relu avec lui mes premières lettres, vous croyez que, dans l'état actuel de notre gouvernement elles laissent un vide sur des objets de gi*ande importance. Dans l'ancien ordre de choses, la magistrature et ses dignités étaient le terme le plus élevé auquel 1 étude des lois pouvait conduii*e. Aujourd'hui cette même étude ouvre l'entrée d'une autre carrière ; elle introduit dans les assemblées nationales , dans les conseils du souverain ; alors on n'a pas à décider seulement des questions particulières, ni même à faire des lois proprement dites , mais souvent on doit ou réfléchir, ou s'expliquer sur des actes d'administration, soit intérieure, soit extérieure ; on peut être appelé à administrer soi-même. Vous vous imaginez , monsieur, qu'il m'est facile , parce que j'ai été membre* de plusieurs assemblées, de vous présenter quelques observations, fruits précieux ou de 1 ctudc, ou de l'expérience.
Je conviens avec vous que les études de nog^ja^My g^QS doivent être plus vastes qu'elles n'étaient par lé ^fjÊtii qu'il nous faut quelque chose de mieux que des légiste», <et que les hommes qui se livrent dans leur jeunesse à l'étude des lois et aux discussions publiques devant les tribunaux, doivent former, dans un âge plus avancé, le séminaire des hommes detat. Mais je ne conviens pas avec vous que je sois fort en état de vous donner des instructions sur ce sujet. Ce que l'ex^*
Z6o Principes d^ économie sociale, eie*
përience m'a principalement appris dans les assemblées natfaynales , ce sont les suites iâcbeuses da vide que laissent nos études ordinaires relativement à l'administration pobliqoe. J'ai beaucoup regretté» quant à moi» de ne m'être pas livré d'avance à ces études ; et à l'égard des autres » j'ai aoavent aperçu les funestes effets du vide dont je me plains.
Les connaissances relatives à l'administration connaissances dont la réunion forme Tbomme d état , me blent devoir être divisées en trois parties : la première est composée presque uniquement de principes et de méditations générales ; la seconde consiste dans l'application des principes au gouvernement intérieur d'un état, d'ube contrée, d*nne ville ; la troisième » dans l'application des piincipes anx relations des états les uns avec les -autres. J'appelle la première de ces trob parties économie sociale ; cette science est te résultat de l'examen de ce qui foi*me le^ liens sociaux» et de ce qui entretient les sociétés dans l'état le plus florissant. J*entends par Tétat le plus florissant de la société , celui où chacun de ses membres jouit de la plus grande somme de bonheur dont ses facultés intellectuelles le rendent susceptible. Cette première pai*tie est donc la théorie de la science » dont l'application se partage en deux branches , administration intérieure , administi'ation extérieure.
Permettez ici une courte explication sur le mot théorie, que je viens d'employer. Je serais très-fâché qu'il vous donnât l'idée de méditations abstraites , que j*appelle» moi, des rêves ; car je ne saurais supposer qu'on soit bien éveillé lorsqu'on élève des plans pour bâtir avec des matériaux qui n'existent pas, ou que Ion n'a pas la faculté de façonner à sa volonté. Ma théorîe est la considération des choses existantes , et non celle des fhntômes qui se présentent à rimagioation. Ainsi j'étudie la formation et le maintien des liens sociaux à l'égard des hommes qui existent , des hommes tels qu'ils existent ; je les prends tels , parce que je n'ai pas le pouvoir de créer une nature humaine , à laquelle je donnerais sans doute pour premier attribut la docilité de se prêter subitement et aveufçlénjcnt à toutes mes volontés.
Principes fTécùnomie sociale ,eie, 36i
Ces Uiéories arbitraires, ces romans sur la société entrairient , lors des révolutions que les états éprouyent , des maux affreux : nous en avons été témoins. Ceux mêmes qui s'y laissent aller en sentiraient Tabsurdité , s'ils n'étaient pas aveuglés par leur amour-pi*opi*e. Vous pi*ojetez une opération pour laquelle il vous iàut des coopérateurs, des agcns et des fonds, et vous imaginez que votre projet va réussir, parce que vous Tavez écrit sur du papier. Nais songez donc que les hommes^ dont vous demandez le concours ont leur volonté aussi ; qu'ils ne se réuniront avec vous qu'autant que leurs volon^^ seront conformes à la vôtre, et qu'ils ont leurs motib de clétermiuation comme vous avez les vôtres (i). J'ai bien des fois entendu l'amoui'-propre donner d autres leçons, dire quon maîtrisait les volontés, qu'un homme habile conduisait les anti'es où bon lui semblait ; j'ai vu , en effet, qu'avec de l'adresse on
(i) I Qaoi qa*on fasse, il faot vouloir ce qoe veulent son pays, son, temps , la société au milieu de laquelle on vit. On donne à un roi le beau rôle de juj^r cette volonté , de la pressentir, d*agir suivant elle ; on ne lui donne pas le pouvoir de s'y soustraire. On lui donnerait plus que n*ont les despotes dans les états despotiques. Jamais il n*est donné à un homme de vouloir pour toute une société , jamais à moins qu'il ne soit un homme de génie, ce qui dure quelques années, à peine ; et encore cet homme de génie doit agir dans le sens de la passion et de la volonté du jour. Mais dans les états despotiques, le despote est gou\fernè lui-même par tout ce qui fentoure. Dans une société militaire, il fait ce que veulent des prétoriens, des strelitz ou des janissaires, et tombe sons leurs coups s'il s'y refuse. Dans une cour galante et polie, comme celle de Louis XV, il fait ce que yeulent des femmes et des courtisans. Dans les états théocratiques , il fait ce qno yeulent des prêtres ; partout il cède à ce qui l'entoure. Dans la monarchie représentative , on l'oblige à faire ce que veut le pays , représenté par ses vrais organes. Céder aux faux organes , on aux vrais, c'est toute la différence entre an gouvernement et un autre. Mais céder à ce qui les entoure est toujours la condition des hommes appelés à gouverner les autres. Encore une fois, on ne veut jamais pour une société tout entière ; le génie est la seule mesure de l'étendue de volonté qu'on peut exercer. On agit pour elle , mais on ne veut pas pour elle. E^ C'est en quoi est admirable la monarchie représentative! * (Le National f du 19 avril i83o.)
363 Principes tt économie sociale , elc.
se formait an parti ; qu'avec des crimes oo rendait ee parti dominant ; qu'avec de la ten*eur on étouffait les plmnties ; qu'avec de l'effronterie on obtenait des acclamations ; niais j'ai vu aussi qu'à la longue tout s'usait, adresse, crimes, terreur, effronterie, et qu'alors on périssait misérablement, étouffé de remords et chargé de l'indignation publique. Les événemens m'ont convaincu qu'il n'y avait qu'un moyen d'administrer , savoir : d'employer les facultés de œax qne l'on gouverne , ou de ceux avec lesquels on est en relation , telles qu'elles existent ; qu'il n'y a qu'un moyen de bien administrer, soit au dedans, soit au dehors; au dedans, en ne voulant se i*endre heui'eux que par la masse du bonheor que l'on vei*se sur les autres; au dehors, en prenant la prudence comme un guide pour mai*cher sur les voies ti'acëea par la justice.
Le premier livre d'un administrateur est AoncV Histoire de^ hommes ; cette partie de l'histoire , qui fait connaître les hommes en général , et plus particulièrement les mœurs, les habitudes, la capacité, le degi*é de foi*ce , le degré d'instruction, les préjugés et les défauts , soit des hommes qu'on peut avoir à gouverner, soit des peuples avec lesquels on doit traiter ; la nature des lieux qu'ils habitent ; leur industrie ; en général les choses dont l'impression met leurs facultés en mouvement» Son manuel, c'est Tacite.
Faites lire à M. votre fils des écrits sur les fondemens et les attributs de la société civile ; sur les sources d'où la richesse et la puissance des nations découlent ; mais , croyez-mQÎ , donnez plus de confiance aux livres qui contiennent l'énoncé de faits positifs et authentiques. Par-dessus tout, monsieur, gardez votre fils de l'esprit de système. J'appelle système le plan que Ton forme dans sa tête d*un ensemble d'opérations que l'on fait découler de certaines idées que l'on nomme prî/tcipes , auxquelles on rapporte tout ce qui a été fait et tout ce qui est à faire, planque Ton trouve admirable , d'abord parce qu'on Ta créé , ensuite parce qu'on a la vue trop courte pour apercevoir les obstacles qui s'opposeront à son exécution j en troisième lieu , parce qu'on a la témérité de «"oii^e
Principes d'économie sociale, ele* 353
qu^on est assez fort pour renverser le pea d'obstacles que l'on découvre.
Ce serait une chose admirable qu*un système crëé par un homme dont Fâme serait toute en clairvoyance , passez-moi cette expression, sans aucun mélange de pi*évention ni de partialité ; d'un homme qui , après avoir tout vu , aurait médité sur tout, et qui, dans le silence de toute passion, planant audessus de toutes les idées secondaires, aurait ordonné d'un seul jet l'ensemble de toutes les parties de l'administration. En attendant un pareil système , nous sommes obligés de nous contenter de plans levés sur le terrain.
J'ai parlé, dans la troisième de mes anciennes lettres, de V Etude du Droit naturel et public ; j'ai fondé cette étude sur celle des principes de la morale ; nous n'avons jusque-là rien à changer dans les études du jeune homme qui veut se former à la partie adminbtrative. Les règles inaltérables du juste et de l'injuste doivent éti*e la base de toute administration. C'est après ces premières études qu'il y a deschangemens ou des additions à faire aux études dont j'ai développé l'ordre. La publication du Code civil a rendu inutile pour l'avenir l'étude d*une infinité d'ordonnances et de coutumes que ses dispositions font disparaître. Avec les textes des ordonnances et des coutumes abrc^es disparaissent la plupart de leurs commentateurs. Le temps qu'on aurait destiné à les lire sera plus avantageusement employé à l'étude des Hlkvrages qui peuvent mettre en état d'administrer.
Ce sont des faits et du positif surtout que je veux qu'on rassemble. Les premières études ont du former un sens droit , enseigner la manière de voir, et composer Thabitudc de réfléchir.
Le rassemblement des faits qui donnent une connaissance exacte des lieux, des hommes, des moyens que fournissent les hommes et les choses, est de que nous appelons statistique. Le mot est nouveau , ce qu'il signifie ne l'est pas. Nous avons âes descriptions anciennes des lieux et des peuples ; je conviens qu'elles n'étaient pas rédigées avec autant de méthode qu'elles le sont aujourd'hui , et que l'art de soumettre tout au calcul , de disposer toutes les observations en
364 Principes d économie socuUé » eic'
tableaux , est extrêmement avantageux pour fStiidier. Mais ea^ même temps que je donne beaucoup d'éloges à cette «tatisti que moderne, je me permettrai deux observations; Tune sur ut) défaut dans la manière dont on La traite, l'autre sur le travail personnel indispensable à celui qui veut tirer des livres de statistique une utilité réelle.
Bans la plupart des livres de statistique , l'homme , cet être dont les facultés et le bonheur sont le but de toute bonne administration , me paraît considéré trop matériellemeni » et » à mon avis , dans la plus petite moitié seulement de son existence. Dans plusieurs livres de statistique , on dénombre les hommes comme Pon dénombre les moutons dans un parc ; on sait combien, dans un temps donné, ils rapportent d'enfiuis mâles ou femelles ; combien ils consomment de boisseaux de blé ; et si l'on ne joignait à ces calculs la quantité d'étoffes nécessaires à leui*s vétemens, on ne s'apercevrait pas qu'il s'agît d'hommes , et non d'animaux. Tous ces détails sont bons, mais ils ne complètent pas la desciîption de l'homme. On a oublié la paitie qui est le mobile de toutes : son intelligence et les modifications nombreuses qu'elle éprouve. Toutes ces choses matérielles , le sol plus ou moins fertile, les troupeaux, les laines, les rivières, les canaux, les chemins, le corps même de l'homme , ne sont que des iostrumens auxquels l'intelligence imprime une action plus ou moins rapide, plus on moins parfaite, selon le degi'é d'action et de perfection qu'elle possède elle-même. Ce ne serait pas , au reste , remplir mes vues, de répéter ce qu'on lit dans des livres anciens de géographie : tels peuples sont vifs , adroits ; tels sont pesans ou intéressés. Je demande sur leurs caractères et leurs manières d'agir, des détails comme l'on en donne sur leur territoire et sur leurs possessions.
Quant au défaut que je remarque dans l'usage des livres de statistique , c'est qu'on croit avoir acquis quelque connais* sauce en ce genre , parce qu'on aura lu , peut-être seulement parce qu'on aura acheté des livres de statistique. Dans l'état actuel de cette science , dont les résultats n'ont pas encore été publiés, il faut presque autant de travail, de calculs et
Principes d'économie sociale , etc. Z6S
de combinaisons pour profiter d'une statistique , qu'il en â été besoin pour la rédiger. Ce n'est rien savoii* d'utile que de connaître isolément combien dans un département il y a, soit d'ares de terre , soit de têtes de bestiaux. L'utilité de la science naît des comparaisons et des combinaisons : Voici de quelle manière.
Les sciences n'arrivent à quelque exactitude qu'autant qu'elles se rapprochent des opérations mathématiques et de leur précision. Un des attributs les plus importans de la géométrie , c'est la faculté qu'elle donne de procéder du connu à l'inconnu ; de découvrir sûrement l'inconnu par le connu ^ Dans la solution de ses problèmes^ plusieurs données cer* taines conduisent à la chose que l'on cherche : on la décou* vre si elle existe déjà; on la construit si elle n'existe pas encore. Ainsi dans la statistique supposons que les objets qui la constituent sont l'étendue du sol , sa nature , sa culture • ses produits , les débouchés des produits » l'exportation et l'importation , la population i la science sera parfaite , lors« qu'une partie de ces points étant connue, on en déduira avec certitude ce qui regarde les points inconnus. L'avantage de la science , portée à ce degré , est manifeste. Soit un département dont la population est faible et a besoin d'être augmentée; On ne peut pas agir directement sur la population ; maj^ si l'on sait que la population est en raison déterminée avec la division des terres, avec la nature de leur produit, avec les débouchés pour faire sortir les denrées , on agira sur tous ces objets , qu'il est plus facile de diiîger ; et l'on sera assuré d'ob« tenir, après des soins continués pendant plusieurs années , le degré de population que l'on désirait.
L'état des contrées dont on étudie l'administration étant bien connu , il faut s'instruire des règles par lesquelles elles sont administrées. Cette connaissance est indispensable; au* trement chaque administrateur introl^Jiftant à sa fantaisie des nouveautés, le pays ne tarderait pas à être bouleversé et ruiné. Mais il ne suffit pas de connaître les règlemens qui existent ; il faut apprendre en étudiant les lieux, les hommes « quelles opération sont à faire. 11 n'en est pas d'un adminis^
366 Principes if économie sociale , eic.
tratear oomme cTira légiste : celui-ci revendtqoè la loi « ' oà bien il l'applique telle qu'elle est écrite ; il n'a pas d'autre pouvoir : au lieu que radmioistrateur a devant les yeux aoe plus grande perfection vers laquelle il doit tendre ; il est dans la nature des choses humaines qu'elles se détériorent par cela même qu on ne s'occupe plus à les améliorer.
Mes observations sur les études nécessaires à l'administration d'une contrée ou d*un état s'appliquent à l'étude des refations extérieures d*un état avec d'auti*es états : seulement il faut étendre ses vues et ouvrir un champ plus vaste à ses recherches. Bien connaître les relations politiques des états les uns avec les autres, c'est réellement se rendre capable d'administrer une grande contrée, non pas dans les détails intérieurs de chaque gouvernement, mais quant à la masse' pour laquelle ils entrent dans le corps des puissances en relation les unes avec les autres. Ainsi , au lieu d'étudier les règles de police particulières k un état, on étudiera les traités qui rapprochent les nations entre elles. On méditera sur' les forces absolues de chaque puissance considérée en ellemême; sur ses forces relatives, résultantes de ses liaisons avec d'autres puissances ; et Ton s'attachera surtout à découvrir la force de l'intérêt personnel qui les unit entre elles i car, il ce faut pas s'y tromper, si l'on voit quelquefois les pai*ticuliers sacrifier leur intérêt personnel à des considëra«> tions qui leur paraissent prépondérantes , cela n'arrive pas entre les puissances (i). Ce ne sont pas les mois tTamiité constante, de paix perpétuelle , qui font la durée des traites • c'est l'intérêt que les états ont à les entretenir.
Après avoir acquis par l'étude des piincipes , par la lecture de l'histoire , par la connaissance des règles d'administratioa intérieure , ou par celle des traités pour les relations extérieures , enfin , par la méditation de tous ces objets , l'habi-
(l) Exceptez toutefois la haine de la liberté^ qui a souvent motivé des guerres , des alliances et des interventions dans un sens directement opposé à rintérct des peuples dont on a employé le sang et les trésors contre eux-mêmes , au profit da pouvoir absolu.
^ etc. 36;
tude de penser par lui «if Éw et la capacité nécessaire pour juger ce que lêsaiatrâi'aBt dît : alors seulement je permets et engage qiAm tme les écrîts des hommes qui ont traité de la politique» cfe ceux même qui , comme Machiavel , ont dcshoaofé leor nom pai* l'immoralité de leur politique. Il y aurait en danger à les lire plus tôt , parce que , n'ayant acquis encore par soi-même , aucune idée , on serait exposé ou à s'arrêter à des futilités , ou à prendre des maximes pernicieuses pour de> principes. Mais lorsqu'on a formé son jugement par ses profU'es réflexions , il est bon de connaître ce que les autres ont écrit : ieura réflexions peuvent en suggérer de nouvelles , et confii*mer les conséquences auxquelles on s'est arrêté. Bailleurs^ il est fort utile de connaître les sources dans lesquelles beaucoup de personnes puisent trop facilement les règles de leur politique : on devinera plus aisément le but où ils veulent arriver, lorsqu'on connaîtra la carte d'après laquelle ils disposent leur campagne.
Après 1 étude de tout ce qui peut être connu , de tout ce qui est vraisemblable et conforme à la raison , il faut laisser une large part pour les événemens qui peuvent être amenés, soit par des accidens imprévus; soit par la sottise, la déraison , rétourderie des personnes que l'on doit conduire , on avec lesquelles on a à traiter ; soit par ses erreurs personnelles. On doit être bien persuadé qu'on n'en sera pas exempt. C'est à raison de ces événemens que je proscris en administration , ainsi que dans les relations avec l'étranger , les systèmes auxquels on tient comme à des principes dont on se fait honneur de ne jamais dévier, et qui ne conduisent dans la réalité qu'à un funeste entêtement. L'administration , soit intérieure, soit extérieure , doit nécessairement avoir quelque chose de la flexibilité propre à la nature des hommes et aux événemens qui varient sans qu'il dépende de nous de les fixer. 11 est beau à un homme , toutes les (bis qu'il ne s'agit que de ses intérêts personnels, de les sacrifier à son iii^épendanceat aux principes qu'il s'est faits pour sa conduite : mais MÉjw^ nistrateur qui n'agit que pour les intérêts des autres, |flirms pour les siens pix>pres , ne se permet pas d'immoler à ses
368 Etutle du droit publie.
idées pai*ticulières ce qui ne lai appartient pas. Le plo gi*and bien des personnes confiées à son administration es le terme vers lequel il dirige toutes ses voies.
L'administration et les relations extérieures ont, comm les autres sciences que l'on réduit en action , leur pratique c leurs formules. C'est une partie nécessaire à connaître, mai facile à saisir, lorsqu'on s'est déjà pénétré des principes de 1 science. Pour se former à la pratique de l'administration , oi lira les mémoires des administrateurs qui se sont acquis un juste réputation ; pour les relations extérieures , on lira le actes des négociations fameuses , avec l'attention de ne pa confondre les temps , et de ne pas prétendre adapter, au négociations à faire dans le dix-neuvièiiie siècle , les forme de négociations conclues dans le dix-septième. On lira ausi ce qui regarde l'état , les di*oits et les obligations des agen publics. Je m'arrête peu à ces objets , parce que ces lectui*« méritent à peine le nom d'études , quand on est déjÀ imbi des principes de la science et de l'administration.
Je me propose v au reste, d'étendre dans le catalogue qa< j'ai fait autrefois des livi'es de droit pour vous aider dans vo études , l'article qui concerne le droit public ; ou plutôt d refaire absolument cet article pour suppléer à la brièveté de réflexions que j'écris ici. Je vous indiquerai les meilleurs livre qui sont parvenus à ma connaissance, et qui me paraissen propres , soit à l'administration intérieure , soit aux relation: extérieures.
J'ai l'honneur de vous saluer.