‹ Profession d'avocat (volume 2)Chapitre 51 sur 102 · SECTION XV L · texte numérisé non relu

SECTION XV L

DBS CONrinEIfCBS.

(M. BONNET en 1786, a DUPIN jeune, en i8a6. )

L'utilité des conférences se trouve recommandée dans un discours de rentrée , prononcé à la Bibliothèque , en 1786, par un avocat alors fort jeune (2) , mais qui , dès cette époque , rendait ses productions remarquables par ce même goût qui n'a cessé de le distinguer dans tout le cours de sa briilante carrière.

« ..«. C'est, disait 'il , pour prévenir les inconvéniens sans nombre de ces études solitaires qu'ont été inventées les co/t/erence^. Cette heureuse méthode , pour laquelle plusieurs esprits mettent en commun leurs travaux et leur science , fait évanouir presque toutes les difficultés. Par elle chaque

(1) .... His de rehus ipsis si titei dicendum , cùm cx>9noTeritab iis , qai tenent, qaae sint in quâqae re ; multô oratorem melia» » quam ipsos ilios, qaoram e« sunt artes , esse dicturum. De Oratore, ]ib. T , n°. i5.

(1) M. Bonnet, avocat en 1786, défenseur de Moreaa , ex-membre de la* chambre des dépatés, et actuellement conseiller à la cour de cassation.

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associé i*evîent de chaque assemblée riche .des reflétions et des connaissances de tous les autres qu'il a de même enrichis des siennes. Cet heureux échange tourne au pi*ofit de tous; car il n'eu est pas des trésors de la science comme de ceux de la fortune ; on les donne sans s'appauvrir , on les partage sans les diminuer. A la faveur de ces associations studieuses» tout prend une face plus riante ; on a moins de fatigue et plus de plaisirs. Ce travail a un but ûxe , un objet déterminé. L'émulation vient animer de son puissant aiguillon des efforts qui «ans elle sont toujours tièdes et languissans. .

» Mais si ce concoui^ utile devait avoir pour témoins des hommes distingués par une science profonde et une longue expérience , qui voulussent bien se déclarer les protecteurs et les amis de la jeunesse ; si à leur tête se trouvait le chef même de Tordre , qu'auraient rendu digne de ce titre un talent distingué autant que modeste, et des con naissances étendues, relevées par la plus aimable aménité de mœurs; alors que ne devrait-on pas attendre d'une jeunesse ardente qui sentirait le prix de ses juges, et tâcherait de s'en i^endre digne ? Pardon, messieurs, si je m'oublie jusqu'à louer en leur présence des hommes bien au-dçssus de mes louanges. J'y ai été entraîné par mon sujet, et c'est moins un tribut d'éloges qu'un tribut de reconnaissance que je viens leur offrir au nom de la brillante jeunesse qui m'entend, et dont je désirerais être un plus digne organe, mais dont je suis du moins à coup sûr en cet instant un fidèle intei*prète.

» Qu'il me soit peimis encore, puisque je parle ici des conférences, de dire un mot de celles auxquelles on donne l'apparence même d'un tribunal , où sous des noms supposés et à l'aide d'une cause feinte , deux jeunes défenseurs viennent , dans les formes même de Taudience et avec le ton qui lui convient , s'exercer à la partie la plus importante de l'éloquence, l'action. C'est là qu'on perd cette timidité qui altère souvent les meilleures choses et étouffe les plus beaux mouvemens , cette gêne et cette contrainte ennemies nées du naturel et des grâces ; là des critiques familières et i*éciproques indiquent à chacun la partie faible de son talent ou les dé-

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fauts qui robscurcîssent» ft loi épargnent ces leçons donnéci» par un public mécontent; leçons terribles qui ne se. manifestent que par des revei*s et ne corrigent que par des chutes ; c'est là qu'on oublie les fictions dont on est environné , pour se livrer avec ardeur à un exercice après lequel on aspire : c'est là enfin que chacun peut traiter à son gré les plus grandes causes ou les plus petites ; des questions de droit» ou de fait, ou de procédure; s'eiercer dans tous les genres; prendre tous les tons , s'instruire à adapter à chaque sujet des mots et des discours convenables; prendi*e une expérience anticipée des mouvemens de l'audience , et souvent apprendre quel est le genre de son talent.

» Je sais qu'il est facile -de jeter du ridicule sur ces exercices ; mais je sais encore mieux qu'il faut chasser cette mauvaise honte qu'on peut avoir de s'échau£Eier ainsi pour des fictions y et de se livrer à des imitations que quelques-uns regardent comme des puérilités; je sais encore mieux que c'est après s'être livré à de pareilles imitations qu'on apporte, la première fois qu'on parait au barreau , une liberté dans Faction , un ton , une aisance qui étonnent. Lés inflexioiis de voix que demande la plaidoirie ; la chaleur qu'elle exige ; les tournures qui lui sont familières ; les gestes qui doivent l'accompagner ; le ton assuré qui seul fait impression ; la variation d'accens qui prévient la monotonie; la facilité d'une discussion d'abondance , la vigueur et la présence d'esprit nécessaires pour la réplique ; toutes ces qualités de l'oratenry indépendantes de sa science et sans lesquelles sa science ne sert à rien , comment les acquérir si ce n^est à l'aide de ces fictions pi*étendues puériles? Gardez-vous donc, ô vous qui voudrez atteindre de bonne heure à la perfection de Tart oratoire, gardez- vous de rougir de vos heui*eusrs imitations et de vos utiles essais ! C'est en élevant la voix seul sur les bords de la mer, c'est en récitant ses discours aux vagues écumantesque le prince des orateurs grecs ^'instruisit à allumer dans le cœur des Athéniens l'enthousiasme de la liberté , et à faire trembler, du haut de la tribune aux harangues , le redoutable Macédonien. »

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