‹ Profession d'avocat (volume 2)Chapitre 57 sur 102 · L'INDÉPENDANCE DE L'AVOCAT · texte numérisé non relu

L'INDÉPENDANCE DE L'AVOCAT

OlSeOCAS PftOPOKCÉ PAR M. d'aGDESSEAU, A L'oOTSaTCtB

DtS ALD1L^C£S , EN iQifi,

Tous les hommes aspirent à l'indépendance : mais cet heureux état, qui est le but et la fin de lem*s désirs, est celui dont ils jouissent le moins.

Avares de leurs trésors , ils sont prodigues de leur liberté : et , pendant qu'ils se réduisent dans un esclavage volontaire , ils accusent la nature d'avoir formé en eux un vœu qu'elle ne contente jamais.

Trompés par la fausse lueur d'une liberté apparente , ils éprouvent toute la rigueur. d'une véritable tyrannie.

Malheureux par la vue de ce qu'ils n'ont pas , sans être heureux par la jouissance de ce qu'ils possèdent ; toujours esclaves^ parce qu'ils désirent toujours , leur vie n'est qu'une longue servitude ; et ils arrivent à son dernier terme avant que d'avoir senti les premières douceurs de la liberté.

Les professions les plus élevées sont les plus dépendantes , et dans le temps même qu'elles tiennent tous les autres états soumis à leur autorité, elles éprouvent à leur tour cette sujétion nécessaire où l'ordre de la société a soumis toutes les conditions.

Le chemin qui conduit aux honneurs est soumis au pouvoir de ces divinités que les hommes ont élevées sur les ruines de leur liberté.

C'est là que les plus grands talens sont sacrifiés au fantôme de la noblesse ou à l'idole de l'avarice ; et que , sans ces secours étrangers , le mérite le plus éclatant est souvent condamné à une éternelle obscurité.

Celui que la gi*andeur de ses emplois élève au-dessus des autres hommes reconnaît bientôt que le pi'emier jour de sa dignité est le dernier de son indépendance.

Indépendance^ de façfotai, 55 1

Il ne peut plus se procurer aucun repos qui ne soit fatal au public ; il se reproche les plaisirs les plus innocenft, parce qu'il ne peut plus les goûter que dans un temps consacre à son devoir.

Si l'amour de la justice , si le désir de servir sa patrie ptfn-* vent le soutenir dans son état, ils ne peuvent l'empêcher dé sentir qu'il est esclave , et de regretter èes jours heureuï oh il ne rendait compte de son travail et de son loisir qu'à luimême.

La gloire fait porter des chaînes plus éclatantes à cent qui la cherchent dans la profession des armes ; mais elles ne sont pas moins pesantes, et ils éprouvent la nécessité de Oervir , dans l'honneur même du comiïiandement.

Il semble que la liberté , bannie du commerce deft hommes , ait quitté le monde qui la méprisait ; qu'elle ait cherché un port assuré et un asile dans la solitude . où elle n'est connue que d'un petit nombre d'adorateurs , qui ont préféré la dou" ceur d'une liberté obscure aux peines et aux dégoûta d'une éclatante servitude.

Dans cet assujettissement presque général de toutes les conditions, vv otLDKE aussi ancien que la magistrature , aussi noble que la vertu , aussi nécessaire que la justice , se dis* tingue par un caractère qui lui est propre ; et, seul entre tous les états , il se maintient toujours dans l'heureuse et paisibte possession de son indépendance.

Libre sans être inutile à sa patrie « il se consacre an publk sans en être esclave ; et, condamnant l'indifférence d'un philosophe qui cherche l'indépendance dans l'oisiveté, il plaint le malheur de ceux qui n'entrent dans les fonctions publiques que par la perte de leur liberté.

La fortune les respecte : elle perd tout son empire sur une profession qui n'adore que la sagesse; la prospérité n'ajoute rien à son bonheur, parce qu'elle n'ajoute rien à son mérite; l'adversité ne lui ôte rien, parce qu'elle lui laisse toute sa vertu.

Si elle conserve encore des passions , elle ne s'en sert plus que comme d'un secours utile à la raison ; en les rendant es*

55a Indépendance de VfWOCdL

daves de la justice , elle ne les emploie que pour eiï afTeritiiV Tautorité.

Exempte de toute sorte de servitudes , die arrive à la plus grande élévation sans perdre aucun des droits de sa première liberté; et dédaignant tous les oi'nemens inrutries à la vertu , elle peut rendre l'homme noble sans la naissance , rrche sans biens , élevé sans dignités , heureux sans le seccrurs de la fortune.

Vous qui avez l'avantage d'exercer une profession si glorieuse , jouissez d'un si rare bonheur; counaissez toute l'étendue de vos privilèges, et n'oubliez jamais que comme la vertu est le principe de votre indépendance i c'est elle qui' l'élève à sa dernière perfection.

Heureux d'être dans un état où faire sa fai*tune et faire son devoir ne sont qu'une niéaie chose ; où le mérite et la gloire .sont inséparables; où l'homme, unique auteur de son- élévation, tient tous les autres hommes dans la dépendance de fies lumières, et les force de rendre hommage à la seule supé" riorité de son génie !

Ces distinctions qui ne sont fondées que sur le hasard de la naissance , ces grands noms dont l'oi^gueil du commun des hommes se flatte, et dont les s«ic;es mêmes sont éblouis , deviennent des secours inutiles dans une profession dont la vertu fait toute la noblesse , et dans laquelle les hommes sont estimés , non par ce qu'ont fait leurs pères, mais par ce qu*îls font eux-mêmes.

Ils quittent, en entrant dans ce corps célèbre , le rang que les préjugés leur donnaient dans le monde , pour reprendre celui que la raison leur donne dans l'ordre de la nature et de la vérité.

La justice^ qui leur ouvre l'entrée du barreau, efface jusqu'au souvenir de ces différences injurrenses à la vertu, et ne distingue plus que par le degré de mérite? ceux qu'elle appelle également aux fonctions d'un même ministère.

Les richesses peuvent orner une autre profession ; mais la vôtre rougirait deleur devoir son éclat. Klevés an comble «le la gloire , vous vous souvenez encore que ^ou^ n'êtes souvci>t

Tryfêptmlunct (fe Cayfocaf. 5,13

rê'devâbles de tos plus grancls honneurs qu'aux génereui efforts d*utie vertueuse médiocrité.

Ce qui est un obstacle dans les autres états de%'ient un secours dans le vôtre. Vous mettez à profit les injures de la fortune ; le travail vous donne ce que la nature vous a refusé, et une heureuse adversité a souvent fait éclater un mérite qui aurait vieilli sans elle dans le repos obscur d'une longue prospérité.

Affranchis du joug de l'avarice, vous aspirez à des biens qui ne sont point soumis à sa domination. Elle peut à sou gré disposer des honneurs ; aveugle dans son choix , confondre tous les rangs , et donner aux richesses les dignités qui ne sont dues qu'à la vertu : quelque grand que soit son empire , ne cr.aignez pas qu'il s'étende jamais sur votre piniTession.

i^e mérite, qui en est l'unique ornement , est le seul bleu qui ne s'achète point ; et le public , toujours libre dans son suffrage, donne la gloire|^ne la vend jamais.

Vous n'éprouvez ni son inconstance, ni son ingratitude : vous acquérez autant de protecteurs que vous avez de témoins de votre éloquence ; les personnes les plus inconnues deviennent les instruraens de votre grandeur ; et pendant que l'amour de votre devoir est votre unique ambition , leur voix et leurs applaudissemens forment cette haute réputation que les places les plus éminentes ne donnent point. Heureux de ne devoir ni les dignités aux richesses , ni les richesses aux dignités !

Que cette élévation est différente de celle que les hommes achètent au prix de leur bonheur , et souvent même de leur innocence !

Ce n*est point un tribut forcé que l'oo paye à la fortune par bienséance ou par nécessité : c'est un hommage volontaire , une déférence naturelle que les hommes rendent à la \crtu , et que la vertu seule a droit d'exiger d'eux.

Vous n'avez pas à craindre que l'on confonde , dans les honneurs que l'on vous rend, les droits du mérite avec ceux «le la dignité, ni que Ton accorde aux emplois le respect que l'on refuse à la personne; votre grandeur est toujours votre vuviagc , et le public n'ddmire en vous que vous-même^.

554 Indépendance de Vavocat,

Udc gloire si éclatante ne sera pas le fruit d'une longue servitude : la vertu dont vous faites profession n'impose à ceux qui la suivent d*autres lois que celle de Taimer, et sa possession , quelque piécieuse qu'elle soit, n'a jamais coûté que le désir de l'obtenir.

Vous n'aurez point à regretter des jours vainement perdus dans les voies pénibles de l'ambition , des services rendus aux dépens de !a justice , et justement payés par le mépris de ceux qui les ont reçus.

Tous vos jours sont marqués par les services que vous rendez à la société. Toutes vos occupations sont des exercices de droiture et de probité, de justice et de religion. La patrie ne perd aucun des roomens de votre vie ; elle profite méoie dé votre loisir , et elle jouit des fruits de votre repos.

Le public qui connaît quel est le prix de votre temps vous dispense des devoirs qu'il exige des autres hommes ; et ceux dout la fortune entraîne toujours après elle une foule d'adorateurs viennent déposer chez vous l'éclat de leur dignité , pour se soumettre à vos décisions , et attendre de vos conseils la paix et la tranquillité de leurs familles.

Quoique rien ne semble plus essentiel aux fonctions de votre ministère que la sublimité des pensées, la noblesse des expressions, les grâces extérieures , et toutes les grandes qualités dont le concours forme la parfaite éloquence j ne croyez pourtant pas que la parfaite éloquence soit absolument dépendante de tous ces avantages; et quand même la nature vous aurait envié quelqu'un de ces talens, ne privez pas le public des secours qu'il a droit d'attendre de vous.

Ces talens extraordinaires , cette grande et sublime éloquence, sont des présens du ciel, qu'il n'accorde que rarement. On trouve à peine un orateur parfait dans une longue suite d'années; tous les siècles n'en ont pas produit; et la nature s'est reposée long-temps, après avoir formé les Cicéron et les Démosthène.

Que ceux qui ont reçu ce glorieux avantage jouissent d'une si rare félicité ; qu'ils cultivent ces semences de grandeur qu'ils prouvent dans leur génie ; qu'ils joignent les vertus acquises

Indépendance de l'avocat. 555

aux taleris naturels ; qu*ils dominent dans le barreau , et qu'ils fassent revivre dans nos jours la noble simplicitë des orateurs d'Athènes, et l'heureuse fécondité de Téloquence de Rome.

Mais si les premiers rangs sont dus à leurs grandes qualités , on peut vieillir avec honneur dans les seconds : et, dans cette illustre carrière, il eçt glorieux de suivre ceux même qu'on n'espère pas d'égaler.

Enfin , ajoutons à la gloire de votre ordre, que l'éloquence même, qui parait son plus riche ornement , ne vous est pas toujours nécessaire pour arriver à la plus grande élévation . et le public a fait voir par d'illustres exemples qu'il savait accorder la réputation des plus grands avocats à ceux qui n'avaient jamais aspiré à la gloire des orateurs.

La science a ses couronnes aussi bien que l'éloquence. Si elles sont moins brillantes, elles n'en sont pas moins solides ; le temps, qui diminue l'éclat des unes, augmente le prix des autres. Ces talcns , stériles pendant les premières années, rendent avec usure, dans un âge plus avancé, les avantages qu'ils refusent dans la jeunesse , et votre ordre ne se vante pas moins des grands hommes qui l'ont enrichi par leur érudition , que de ceux qpi l'ont orné par leur éloquence.

C'est ainsi que , par des routes différentes , mais toujours également assurées, vous arrivez à la même grandeur , et ceux que les moyens ont séparés se réunissent dans la fin.

Parvenus à cette élévation qui , dans l'ordre du mérite , ne voit rien au-dessus d'elle , il ne vous reste plus, pour ajouter un dernier caractère à votre indépendance, que d'en rendre hommage à la vertu de qui vous l'avez reçue.

L'homme n'est jamais plus libre que lorsqu'il assujettit ses passions à la raison , et sa raison à la justice. Le pouvoir de faire du mal est une imperfection , et non pas un caractère essentiel de notre liberté ; et elle ne recouvre sa véritable grandeur que Ioru|u'elIe perd cette triste capacité , qui est la source de toutes ses disgrâces.

Le plus libre et le plus indépendant de tous les êtres n'est tout-puissant que pour faire le bien \ son pouvoir infini n'a

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poiut d'autres bornes que le mal ; il suit inviolablement les lois que sa providence s'est imposées; il se soumet luUniéme à Tordre immuable de ses décrets éternels.

Les plus nobles images de la divinité « les rois , que l'Ecriture appelle les dieux de la terre , ne sont jamais plus grands que lorsqu'ils soumettent toute leur grandeur à la justice . et qu'ils joignent au titre de maîtres du monde êelui d'esclaves de la loi.

Dompter par la force des armes ceux qui n'ont pu souffrir le bonheur d'une paix que la seule modération du vainqueur leur avait accordée ; résister aux efforts d'une ligue puissante de cent peuples conjurés contre sa grandeur ; Forcer des princes jaloux de sa gloire à admirer la main qui les frappe, et k louer les vertus qu'ils haïssent ; agir également partout et ne devoir ses victoires qu'à soi-même, (Test le portrait d'un héix>S9 et ce n'est encore qu'une idée imparfaite de la vertu d'un roi. Etre aussi supérieur à sa victoire qu'à ses ennemis , ne combattre que pour faire triompher la religion , ne régner que pour couronner la justice ; donner à ses désirs des bornes moins étendues qu'à sa puissance ; ne faire sentir son pouvoir à ses sujets que par le nombi% de ses bienfaits ; être plus jaloux du nom de père de la patrie que du titre de conquérant , et moins sensible aux acclamations qui suivent ses triomphes qu'aux bénédictions du peuple soulagé dans sa misère ; c'est la parfaite image de la grandeur d'un roi. C'est ce que la France admire ; c'est ce qui fait son indépendance dans la guerre , et qui fera un jour son bonheur dans la paix. Tel est le pouvoir de la vertu ; c'est elle qui fait régner les rois , qui élève les empires, et qui , dans tous les états, ne rend l'homme parfaitement libre que lorsqu'elle l'a rendu parfaitement soumis aux lois de son devoir.

Vous donc, qui par une heureuse prérogative, avez reçu du ciel le riche présent d'une entière indépendance , consiervei ce précieux trésor, et, si vous êtes véritablement jaloux de votre gloire , joignez la liberté de votre cœur à celle de votre profession.

Moins dominés par la tyrannie des passions que le 'com-

Indépendante de f avocat, S5^

iDun t)«s liommes , vous êtes plus esclaves de la raison « et U vertu acquiert autant d'empire sur vous que la (brtune en a perdu.

Vous marchez dans une route élevée , mais environnée de précipices > et la carrière où vous courez est marquée par les chutes tiiusti*es de ceux qu'un sordide intérêt , un amour déréglé de leur indépendance a précipités du comble de la gloire à laquelle ils étaient parvenus.

Les uns, indignes du nom d'orateur, ont fait de 1 éloquence un art mercenaire ; et, se induisant les premiers en servitude» ils ont rendu le plus célèbre de tous les états esclave de la plus servile de toutes les passions.

Le public a méprisé ces âmes vénales, et la perte de leur fortune a été la juste punition de ceux qui avaient sacrifié toute leur gloii*e à Tavarice.

D'autres, insensibles à l'amour des richesses, n'ont pu être maîtres d'eux-mêmes. Leur esprit , incapable de discipline , n'a jamais pu plier sous le joug de la règle et de l'autorité. Non contens de mériter l'estime , ils ont voulu l'enlever.

Flattés par la grandeur de leurs premiers succès, ils se sont aisément persuadés que la force de leur éloquence pouvait être supérieure à l'autorité de la loi.

Singuliers dans leurs décisions , pleins de jalousie contre leurs confrères , de dureté pour leurs cliens , de mépris pour tous les hommes , ils ont fait acheter leur voix et leurs conseils au prix de toute la bizarrerie d'un esprit qui ne connaît point d'autres règles que les mouvemens inégaux de son humeur , et les saillies déréglées de son imagination.

Quelque grande réputation qu'ils aient acquise par leurs talens extraordinaires, la gloire la plus solide a inanqué à leurs travaux ; s'ils ont pu dominer sur les esprits, ils n'ont jamais pu se rendre maîtres des cœurs. Le public admirait leur éloquence , mais il craignait leur capnce; et tout ee que l'on peut dire de plus favorable pour eux , c'est qu'ils ont eu de grandes qualités , mais qu'ils n'ont pas été de grands hommes.

Craignez ces exemples fameux, et ne vous flattai pa^ de

558 Indépendance de l'açoeat,

pouvoir jouir, de cette yéritable indépendance à laquelle vous aspirez, si vous ne méritez ce bonheur par le parfait accomplissement de vos devoirs.

Vous êtes placés, pour le bien du public, entre le tumulte des passions humaines et le trône de la justice ; vous portez à ses pieds les vœux et les prières des peuples; c'est par vous qu^ils reçoivent ses décisions et ses oracles ; vous êtes également redevables et aux juges et à vos parties, et ce double eng;igement est le double principe de toutes vos obligations.

Respectez Tempire de la loi, ne la faites jamais servir par des couleurs plus ingénieuses que solides aux intérêts de vos cliens; soyez prêts de lui sacrifier, non-seulement vos biens et votre fortune, mais ce que vous avez de plus précieux, votre gloire et votre réputation.

Apportez aux fonctions du barreau un amour de la justice digne des plus grands magistrats ; consacrez à son service toute la grandeur de votre ministère ; n'approchez jamais de ce tribunal auguste , le plus noble séjour ((u'elle ait sur la terre, qu'avec un saint respect, qui vous inspire des pensées et des sentimens aussi proportionnés à la dignité des juges qui vous écoutent qu'à l'importance des sujets quj vous y traitez.

M'ayez pas moins de vénération pour les ministres de la justice que pour lajustice même ; travaillez à mériter leur estime, considérez-les comme les véritables distributeurs de cette gloii*e parfaite qai est l'objet de vos désirs, et regardez leur appro^ batton comme la plus solide récompense de vos travaux.

Également élevés au-dessus des passions et des préjugés, ils sont accoutumés à ne donner leur suffrage qu'à la raison , et ils ne forment leurs jugemens que sur la lumière toujours» pure de la simple véiité.

S'ils sont encore susceptibles de quelque prévention , c'est de ce préjugé avantageux que la probité reconnue de l'avocat fait naître en faveur de sa partie : servez-vous de cet innc-^ cent artifice pour concilier leur attention et attti*er leur confiance.

Indépendance de Vavoeat, SSg

Ne vous flattez jamais du malheureux honneur d'avoir obscurci la vérité; et, plus sensibles aux intérêts de la justice qu'au désir d'une vaine réputation , cherchez plutôt à faire paraître la bonté de votre cause que la grandeur de votre esprit.

Que le zèle que vous apporterez à la défense de vos cliens ne soit pas capable de vous rendre esclaves de leurs passions ; ne devenez jamais les ministres de leur ressentiment et les organes de leur malignité secrète, qui aime mieux nuire aux autres que d'être utile à soi-même, et qui est plus occupée du désir de se venger que du soin de se défendre.

Quel caractère peut être plus indigne de la gloire d'un ordre qui met tout son bonheur dans son indépendance que celui d'un homme qui est toujours agité par les mouvemens empruntés d'une passion étrangère , qui s'apaise et s'irrite au gré de sa partie, et dont l'éloquence est esclave d'une expression satirique , qui le rend toujours odieux et souvent méprisable à ceux-mêmes qui lui applaudissent?

Refusez à vos parties , refusez-vous à vous-mêmes l'inhumain plaisir d'une déclamation injurieuse; bien loin de vous servir des armes du mensonge et de la calomnie, que votre délicatesse aille jusqu'à supprimer même les reproches véritables , lorsqu'ils ne font que blesser vos adversaires , sans être utiles à vos parties; et si leur intérêt vous force à les expliquer, que la retenue avec laquelle vous les proposerez soit une preuve de leur vérité , et qu'il paraisse au public que la nécessité de votre devoir vous arrache avec peine ce que la modération de votre esprit souhaiterait de dissimuler.

Ne soyez pas moins éloignés de la basse timidité d'un silence pernicieux à vos parties que de la licence aveugle d'une satire criminelle ; que votre caractère soit celui d'une généreuse et sage liberté.

Que les faibles et les malheureux trouvent dans votre voix un asile asuré contre l'oppression et la violence; et dans ces occasions dangereuses , où la fortune veut éprouver ses forces contre votre vertu , montrez-lui que vous êtes affranchis de son pouvoir et supérieurs à sa domination.

56o ùitiépefulanee de tavocatf

Quand, api'ès avoir passé par les orages et les agitations du barreau, vous arrivez eiifio à ce port heureux, où, supërieui'sà Tenvie, vous jouissez en sûreté de toute votre réputation , c'est le temps où votre liberté reçoit un nouvel accroissement , et où vous devez en faire un nouveau sacrifice au bien public.

Arbitres de toutes les familles , juives volontaires des plus célèbres difTérens, tremblez à la vue d'un si saint ministère; et craignez de ^ousen l'cndre indignes, en a)nservant eucore ce zèle trop ardent , cet esprit de parti , cette préveutioQ auti*efois si nécessaire pour la défense de vos cliens.

Laissez, en quittant le barreau , ces armes qui ont l'emporté tant de victoires dans la carrière de leloquence ; oubliez cette ardeur qui vous animait , lorsqu'il s'agissait de combattre , et non pas de décider du prix ; et quoique votre autorité ne soit fondée que sur un choix purement volontaire , ne croyez pas que votre suffrage soit dû à celui qui vous a choisi , et soyez persuadés que votre ministère n'est distin- . gué de celui des juges, que parle caractère , et non par les obligations.

Sacrifiez à de si nobles fonctions tous les momens de votre vie : >ouscte8 comptables envers la patrie de tous le» talcns qu'elle admire en vous , et que vos forces peuvent vous permettre. C'est une espèce d'impiété que ^de refuser à vos concitoyens un secours aussi utile pour eux , qu'il est glorieux pour vous.

Enfin , si dans une extrême vieillesse votre santé affaiblie par les efforts qu'elle a faits pour le public ne souffre pas que vous lui consacriez le reste de vos jours , vous goûterez alors ce repos durable , cette paix intérieure , qui est la mat^ que de l'innocence , et le prix de la sagesse.

Vous jouirez de la gloire de l'orateur et de la tranquillité • du philosophe ; et si vous êtes attentifs à observer le» progrès de votre élévation , vous trouverez que l'indépendance de la fortune vous a élevés au-dessus des autres hommes , et que la dépendance de la vertu vous a élevés au-dessus de vous* mêmes.

Interruptions à Vaudienàé, 56 1

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