‹ Profession d'avocat (volume 2)Chapitre 9 sur 102 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

irSE cilVBRALE DE LA PROFESSION d'aVOCAT*

GicEROH, le prioce de Téloqneiice romaine, et qui en a donné tout à la fois les règles et le modèle , définit Torateur, un homme de bien, habile dans Fart de bien dire, et qui emploie la parfaite éloquence pour défendre les causes publique» ou privées (i).

La profession d'avocat embrasse aujourd'hui , non -seulement la même fonction qu'exerçaient a Rome les orateurs , mais aussi celle des jurisconsultes, dont lemploi, chez les Romains, était séparé de celui des orateurs. Les avocats sont même , en plusieurs occasions , associés au ministèi*e des juges, de sorte que leur profession est beaucoup plus étendue <|ue celle des orateurs romains.

On peut donc définir l'avocat un homme de bien, versé dans la jurisprudence et dans Fart de bien dire ; qui concourt h. l'administration de la justice , soit en aidant de ses conseils ceux qui ont recours à lui , soit en défendant en jugement leurs intérêts de vive voix ou par écrit, soit en décidant lui-même leurs différends, lorsque la connaissance lui en est attribuée.

La première qiialité de l'avocat est d'être homme de bien ; il doit faire profession de la plus exacte probité ; l'honneur et'

(i)Orator, \[ir bonus dicendi peritus, qui in cauiMS publicis et pri va^s, jplenà et perfecta uCîtur eloquenttâ. Cfc. de dans oratoHbus.

20 Profession dai^ocat,

Ja délicatesse des sentimens doivent être la règle de iowicê ses démarches; autrement il ne peut espérer d*acquérîr l'estime et la confiance dès magistrats et du public.

11 doit être versé dans la jurisprudence, pour connaître ce qui est juste ou injuste, et n'employer son ministère quli soutenir ce qui est fondé sur le droit ou l'équité.

Enfin y il doit joindre à ces qualités l'art de bien dire , pour mieux persuadé!* les vérités qu'il soutient.

Pour exercer dignement cette profession , il est nécessaire de sentir la noblesse et l'importance de ses fonctions, et de bien connaître toute l'étendue de ses engagemens.

Les avocats concourent d'une manière distinguée à l'administration de la justice, qui est un des premiers devoirs da souverain envei's ses peuples , et la partie du gouvernement civil la plus nécessaire pour le bon ordre et la tranquillité publique.

On peut dire des avocats qu'ils rendent les premiers ora-^ clés de la justice, puisque les contestations leur sont ordinaî* rement déférées avant d'être portées dans les tribunaux réglés. C'est à leurs lumières que l'on soumet les di*oits les plus sacrés, pour les abandonner ou les soutenir, selon leur sentiment. Leurs concitoyens, les habitans des provinces les plus éloignées, tout ce qu'il y a de plus grand dans les difierens ordres de l'état , les étrangers même , viennent les consulter comme les sages interprètes du droit. Ils exercent chez eux une espèce de magistrature domestique, fondée sur la confiance et l'estime de leurs cliens , et l'on voit souvent les deux parties divisées d'intérêt se réunir en prenant leurs con«seils pour arbitres, et se soumettre à leur décision.

Le ministère des avocats n'est pas moins glorieux , lorsque , portant la parole dans le sanctuaire de la justice, ils détendent avec zèle et avec fermeté les intérêts qui leur sont confiés , soit qu'ils aient à soutenir les intérêts des princes et des grands de l'état, soit qu'ils aient à défendre la veuve et lorphelin , et à protéger le faible contre une puissance injuste qui l'opprime. Ils ont toujours l'avantage d'être choisis pour mettre au jour la vérité , pour instruire la religion des ma-

Histoire abrégée de V Ordre des Aifocats. i\

gistrats, défendre la vie, rhonneur et la fortune de leurs cliens, et pour Hiire triompher la justice et rinnocence.

S'agit-il de ces alfaires majeures , chargées de faits ou de titres , ou de diverses questions et moyens dont le détail serait trop long pour être fait de vive voix , les avocats , par leurs écrits, fournissent à leurs cliens les mêmes secours que par le ministère de la parole, et les défendent de loin comme s'ils étaient présens.

Les avocats sont aussi associés en plusieurs occasions aux. fonctions des juges, soit lorsqu'ils sont choisis pour arbitres par leurs cliens, ou qu'il s'agit de certaines affaires dont la connaissance leur est attribuée par les ordonnances de nos rois^ soit enfin lorsque les juges ou le prince lui-même renvoient devant eux la décision de certaines contestations.

Cette qualité honorable d'avocat ne se donne point indifféremment à tous ceux qui voudraient s'ingérer d'en faire les fonctions; elle ne se donne présentement qu'à ceux qui, ayant pris successivement les degrés^ de bachelier et dé licencié dans une faculté de droit, ont ensuite prêté serment dans une cour supérieure, telle que le parlement (et aujourd'hui là cour royale ) , ou dans quelque autre tribunal.

Quoique la fonction des avocats soit à peu près la même dans tous les tribunaux ; cependant comme les fonctions sont plus ou moins honorables à proportion dé la dignité du lieu où on lesexei*ce , ceux qui ont prêté serment au parlement , ou dans quelque -au ti*e cour supérieure , tiennent un rang distingué de ceux qui n'ont prêté serment que dans un tribunal inférieur.

L'ordre des avocats est l'état de ceux qui' ont embrassé cette profession. Dans quelques viRès , les avocats réunis se qualifient de Collège^ mais \e titre ^ Ordre est plus noble et plus convenable ; c'est celui que les avocats au parlement de Paris ont toujours pris , et que le parlement même leur a donné dans toutes les occasions. Et en effet , les avocats , même en les considérant tous ensemble , ne forment point un corps politique, tel que les communautés et compagnies ; c'est seulement un état , une classe de personnes qui ne sont liées q^ue par une qualité qui leur est commune , et qui les distia

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^uc des autres ordres , tels que I9 cléricatare et la nobloÊfer, qui sont les deux premiers orrires généraux de l'état (i).

Ce n'est pas assez d'avoir obtenu le titre d'avocat, il faut posséder les qualités du cœur et d'esprit , nécessaii*e$ pour en remplir dignement les fonctions : et comme la meilleure manière de s'instruire à fond des choses , est de remonter jusqu'à leur origine , de les suivre dans leurs différens progrès jusqu'à leur état présent ; pour bien connaître les règles qui doivent servir à former un avocat , il est à propos de remonter jusqu'à Forigine de cette profession , de remarquer les progrès qu'elle a faits jusqu'à nous, et quelle a été chex les différens peuples, et dans les différens temps , la discipline observée .entre les avocats.

Tous les hommes eu général sont curieux de connaître leur extraction , et de rechercher leurs ancêtres, jusque dans les temps les plus reculés. Ils ne sont pas moins jaloux d'établb* l'ancienneté de leur noblesse , et de rapporter les maiHiuesd'illustration qu'elle a i^çues en différentes occasions.

Il serait donc étrange que lès avocats fussent seuls indifierens sur la connaissance de leur origine : outre que leur profession est presque aussi ancienne que la société civile , elle a reçu dans tous les temps des témoignages éclatans de l'estûne et de la considération publiques.

On commencera donc par examiner comment cette profession a pris naissance chez les peuples les plus anciens, ce que Ton a pu apprendre de la discipline qui y était observée , et des récompenses et des honneurs qui y étaient attachés.

On verra que chez les Grecs cette profession acquit un nouvel éclat par le secours de Téloquence.

Le barreau de Rome offre encore un champ plus vaste « et qui mériterait de faire seul l'objet d'une histoire particulière.

(i) Le mot d'Ordre s'appliquerait donc mal à propos à ceux qui , quoiqu'ils portent le titre d'jévoccts sont cependant assujettis à uir rautionnemeut, signent des requêtes, font taier leurs frais et hono^ 1 aires, et en exigent le paiement en justice ; toutes choses incomptB. iibtes avec la profession d*avocat-

Histoire abréfçée de V Ordre des açocats. aS

Mais comme on n'enti'epretidl point ici de donner une histoire complète du barreau d'Athènes et de Rome , ni même de celui de Paris , on ne fera qoe parcourir sommairement les différentes époques de rori^bè et diés accroissemens du barreau, et l'on tle ii^àttachera prîncipalefnèbt qii'à ce qiii peut avoir quelque rapport aux règles nécessàirespour fot*mer un avocat.

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