‹ Profession d'avocat (volume 3)Chapitre 22 sur 94 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

DES CAU5EI GRASSES, ET COlflfElTT l'OSAGE Elf A "ifi ABOLI.

• C'ÉTAIT autrefois la coutume» dans la plupart des tribunaux du royaume , de faire plaider, le jour du maixli-^as , une cause dont la matière fût propre à s'égayer, telle qu'une accusation d'adultère ou d'impuissance , une question d'état « une demande en paiement de frais de gésine , et autres semblables questions, ^x\e l'on appelait causes grasses, soit à cause du jour auquel elles étaient plaidées , qui est le plus solennel de ceux qu'on appelle vulgairementjrour^^âs, soit pour faire allusion au sujet de ces sortes de causes , et à la manière dont elles étaient plaidées.

Le jour destiné à la plaidoirie de la cause qrasse semblant autoriser la licence, les avocats ne manquaient pas de s'étendre en propos folâtres , qui passaient bien souvent les boities de la modestie , ce qui attirait un concours extraordinaire de peuple , toujours plus avide de ces facéties ridicules, que d'un discours modeste et sensé.

Cet usage scandaleux s'était introduit jusque dans quelques cours supérieures.

■ En eÉet , M. Expilly, qui fut d'abord a%'ocat-général au parlement de Dauphiné , et ensuite premier président du même parlement , porta la parole en qualité d'avocat-général, dans une de ces- causes grasses qui fut pi aidée le jour du mardi-gras de l'an i6o5, et qui est rapportée dans ses plaidoyers. ( Plaid. F^in, intituké Cause grasse, )

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Il s'agissait de savoir si un enfant né six mois api*ès le ma» ri*|i;e consommé, étant viable, est tenu pour légitime.

M« ExpiUy observe que ce fut une cause grosse, où'irs dvoQftIs s'étendirent asse« avant selon le sujet et la saison , et un peu trop licencieusement.

Lorsqu'il reprit sur eux la parole, il dit qu'en quelque part , en quelque temps j, et pour quelque sujet que cette hon-r néte licence de plaider des causes grasses eût été première-» ment introduite^ on n'en pouvait blâmer l'invention et \s^ coutume ; que , pourvu que l'on ne s'échappe pas au delà <le la modestie, il est raisonnable de choisir quelquefois des sujets joyeux et agréables, d'autant que les piMMsès étant or^ dinairement ennuyeux pour les juges et pour les parties, il parait à propos de donner de temps en temps à l'es^uxt queU que délassement \ ce qu'il .appuie de l'exemple des plu&^rwMb bûmmes de Taotiquité, même des pliilosophea les plus aé-* vères , qui prenaient quelquefois plai&ii* aux chosea les piua folâtres, pour se délasser des fatigues du travail.

11 présume que ces sortes d'audiences, destinées aux causes grasses^ pouvaient avoir pris leur origine des bacchanales ; qwe^ çuoiqiie ces fêtes eussent été déifonduea pai' arrêt du «éiiat , il en ^tait resté plusieurs vesUges, tels que de donner des festins, d'aller en masques, et de iw^ plusieurs contea joyeax; que ces bacchanales avaient été changées en notre Carnaval ; que de là pouvaient être venues iei audienoea grasses, ou bien des jeux jfloraux, durant lesquels il était permis de parler avec toute licence , ou bien encore des sa-* turnales, qui étaient aussi an temps de liberté, ou enfin de l'ancienne comédie, dans laquelle, à l'oivibre de quelque sujet ridicule , on désignait ceqx dont on voulait reprendre les vices.

M. Kxpilly observe que , de tout temps , il a été permis aux pruteurs de dire quelque chose pour récréer les auditeurs, et (jue souvent ces propos ont eu plus d'effet que des. raison* nemens sérieux ; mais qu'il faut , comme dit Quintilieu , eti iiseï* à propos et avec beaucoup de ménagement et de no-» destie , surtout devant une cour de paiement « en laquelle il

Histoire abrégée du V Ordre de$ Ai*oeals. 91

gembi6 qn'il ne soit pas permis de rii-e, non plus qu'en Ta-» réopage d'Athènes.

Enfin , U «ioate qoe les arcxaitt qui entreprenaient de plaî-. der de «telles causes , devaient suivre le conseil de Quintilien , ^;arder l'honneur et ie respect qui étaient dus à cet auguste tribunal , et faii« en sorte que l on ne jugeât pas des mœurs par les paroles , et qu'à Tavenir on devrait retranclier des cames grasses toutes ces paroles trop licencieuses , plus dignes &wa théâtre ou d'un cabaret que du temple de la justice.

On trouve encore une de ces causes grasses au nombre des plaidoyers faits par le célèbre M. Henrys, en qualité d*avo^ cat du roi au bailliage de Forez. C'est le plaidoyer VI.

Il s'agissait de l'état des enfans nés d'une femme qui , sous prétexte de l'impuissance de son mari, s'était fait séparer de lui j étant même alors enceinte.

M. Henrys, dans sou plaidoyer, compare le sujet de l'af-* faine avec le jeu de tric-trac ; toute l'afFaii^e y est traitée dans ce goût d'une manière allégorique , et désignée par les termes qui sont propres au jeu de tric-trac.

M. Brelonnier, en ses Observations sur ce plaidoyer, dit que , quoiqu'il soit rempli d'esprit , il n'est pas du goût de ce temps , que c'est avec raison que l*on a aboli l'usage des causes grasses ; que cela n'était point convenable à la sainteté des lois , ni à l'honnêteté qui doit régner au barreau.

Il ne paraît pas que cet usage ait jamais été observé dags le ban*eau du parlement de Paris, mais seulement à la Basoche , qui est la juridiction des clercs de procureurs du même parlement , qui tiennent leur audience dans la chambi*e de la tonrnelle crioftHieUe, appe ée communément la chambre de saint Louis. On y plaide les causes au sujet des différens qui s'âèveut entre les clercs ; ils en plaident aussi de feintes et^ supposées, pour s'exercer à parler en public. L'on y plaidait tous les ans , le mardi-gi'as , une cause de cette espèce , qu'ik avaient soin d'égayer par des équivoques et des obscénités,

M. le premier président de Verdun , qui fut à la tête du parlement, depuis 161 1 jusqu'en 1627, ne put souifrir nu usage si contraire à la pureté de nos mœurs et au respect

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qui doit être gardé dans le temple de la justice. Il abolit Tu- S3ge dfs causes grasses, ainsi que le remarque Mornac sur la loi pénultième , au Code ex quibus causis infamia irrogatur.

M. Husson y dans son Traité de Advocato , donne à ce sujet de grands éloges à la mémoire de M. de Verdun; mais il remarque avec douleur, que l'abus des causes grasses s'était renouvelé peu à peu à la Basoche. Il exhorte les magistrats a renouveler les défenses qui avaient déjà été faites ; ce qui est arrivé quelque temps après , sous M. le premier président de Lamoignon.

On plaide néanmoins encore à la Basoche (i) » au commencement du carême une cause feinte et singulière ; mais le» choses se passent avec plus de retenue que dans les causes grasses qui s'y plaidaient autrefois.

Il est encore fait mention de cet anciea usage et de soq abolition dans les Opuscules de M". Le Mée » procureur au parlement , et dans les notes de M*'. Le Mée , son fils , avocat au parlement , sur les Opuscules de son père.

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