TROISIEME CONFERENCE
le veux m'expedier cette apres-disnée d'une antre façon que ie n ay fait ce matin , et en nostre première lournée : caj* i'y suis tout autrement empesché ; pource qu'au lieu que i'estoîs cy-devant en peine de nommer la plus part des advocats qui ftvoient fleury pendant les règnes des rois dont nous avons parlé , maintenant que ie suis venu aux règnes du roy Henry II (i) , et de ses enfans (2) et du roy Henry IV (3) , qui est le temps que i'ay esté au palais , i'en trouve un si grand nombre que la multitude m'y apporte de la confusion. Toutefois pour m'en démesler plus aisément, i'ay pensé qu'il vaudra mieux qpe ie les divise en tiH>is etasses , s'il m'est permis de parler ainsi ; sçavoir en ceux qui estoient au palais loi*» que ie prestay le serment ; en ceux qui y vinrent de mon temps; et en ceux qui ont esté receus depuis moy. £t ie me donneray plus de hardiesse sur tous ceux cy , que ie n'ay fait sur les précédons , et par adventore plus que ie ne devrors. Mais puis que vous m'en avez requis , ie vous dir^y librement ei ingenuement , m^is fort sommairement, et par foi^me d'upc
Ci) Henry II commença à régner en iS46>
(3) Frwiçois II» en 1Ô59; Charles IX, en i56o; en Henry III,
en i574*
(3) En 1089.
du parlement de Paris. tt^
brefre histoire» le higement que ie faiêoit de ceux dont te \ous parleray : vous pAÛaot de m'eicuser «i ie me trompe en quelqueS"p<uis, d'autant qae la plus part d'entr'eux n'ayant pris la peine de revoir ny de publier leurs plaidoyers , il est difficile d'fBQ bleo iu^er. Vous excuserez aussi, si en un si gi'and nombre d'advocats , t'en oublie queiques'^uns qui meriteix>ient peut-<s$tre mieux d'estre nommez , que d'autres dont ie vous parleray ; vous sommant derechef de me secourir en cet endroit au dé&ut de ma mémoire , et de me faire i^esouvenir de ceux dont vous vous ad viserez à mesure que ie parleray. Au reste ie vous demande par advance congé de pouvoir en quelques endroits changer l'ordre que ie me suis prescrit , en parlant des uns des SMtres , selon que les occasions s'en pre-^ senteront.
Quand ie vins dpnc au Palais , qui fut , comme ie vous ay dit en nostre première iournée, en l'an 1549» ^"^* ^^ commencement du règne du roy Henry II , Testât d'advoeat estoit principalement en bonneur , comme estant l'eschelle par la-^ quelle on montait aux plus grands estats et dignitez du royaume. Car messire François Olivier, qui lors estoit chancelier (i) ^ avoit esté advocat, et depuis premier président ; comme auparavant mcssîre Antoine du Prat {i) et Guillaume Poyet (3) , chancdiers de France , et messire François de Montfaelon , garde des sceaux ; messire Pierre Lizet estoit aussi loi*s premier président (4) , lequel avoit esté advocat du roy, et grand advocat du commun , au lieu duquel fut mis message lean Berti^and» quart-president (5)^ et ^n son lieu
(i) Il fat £»it chancelier en iS^S, renvoyé en samsison par Henry III, en i55 1 , et rappelé par François II , tint les cceaax iaaqnes an 36 avril i56o qu'il mourut. ( Miraumont , au JhcueU d§s chattcedert, )
(9) Fut fait chancelier le 7 ianvi^r i5i4*
(3) En i538 , Miraumont descrit en cet endroit la forme avec laqualie la cour luy fit prononcer Tarre^t qui fut rendu contre luy, etc. *
(4) En 1539. C Miraumont.)
(5) En i55o, «t ayant que d'estre raceu , la eour députa vers le president Lizet pour sçavoir sa volonté sur la réception dndit sieur l^ertrand-, son successeur. (Miraumont. )
3o4 Dialogue des athocats
messii*e Grille6-»le-MaUtTe'(i). Messîre Antoine Minard estoit pareillement président {2) , qui a voit aussi esté advocat. Ledit sieur le Maisti*e (3) , et M. Gabriel Mariliac (4) , advocats du roy, et M. Noël Brulard , procureur gênerai (5) ; tous auparavant advocats des parties. Gomme aussi M. Pierre Remon , premier président à Rouen ^ et depuis président à Paris (6). M. lacques de Ligneris , fait président lors du semestre (7) , et messieurs Yialar , aussi président , et de Longuejoue , advocat du roy à Rouen. Bref Testât d'advocat estoit alors si honorable, que toute la ieunesse la mieux instruite, voire des meilleures maisons de la ville , tendoit à faire montre de son esprit en cette charge , avant que de se mettre aux offices de conseillers ou autres ; et 11 y avoit quasi 'que ceux qui se dévoient de leur industrie et capacité qui en acheptassent : car de vérité on commençoit deslors à les vendre , ou pour le moins à prester de l'argent au roy, qui puis après le rendoit. Or, entre les advocats , celuy qui tenoit le premier lieu des consul tans estoit feu M. Matthieu Ghartier, père de feu M. Ghartier, qui mourut doyen des conseillers du parle-
(i) Fn ]55i , Miraumont- Y. ibid, son epitapke en vers latins.
(2) En i544t '<'• Blanchard rapporte au long ses emplois , et comme il fat taé en i55g , retournant du Palais. Sarquoy fut faite l'ordonnance appelée la Minarde , pour sortir du Palais à quatre heures da soir en hyver.
(3) £n i54o, idem.
(4) £n 1543 , il est appelé Marlhac par Miraumont et par Coquille qui rapporte de lui en ses Commentaires sur la coutume de Nivernois, chap. I , art. 5 , une maxime de Droict f rançois avec éloge en ces termes £i comme disait ce tres^sçavtmt et tres^hommede bien, M. Gabriel Mari' hoc,- advocat du roy en parlement , bon régent des ieuaes advocats qui assistaient aux plaidoiries dudit portement. TOUT dol mérite punition extraordinaire, et corporelle en France , ores qu'il en soit traité en matière civile. Laquelle règle nostre authenr a insérée dans ses Institotes coustumieres du Droict f rançois, liv. vt, tit. 11, art. 10.
(5) £n i54i 1 il se nomma aussi garde de la prevosté de Paris » par le éecez de messire lean de Toaterille. ( Miraumont. )
(6) En 1545, rWeiM.
(7) En 1554 t idem.
du paHement de Parts.. aoS
ment , et qui pendant la ligue ayant esti fidt pramier président par M. de Mayenne, suivant Teslection qui en a\'oit esté faite par la Cour , se bannit volontairement du Palais , sans y vouloir retourner, iusqu'a ce que Dieu nous ayant fait la grâce de reduii*e la ville en Fobëissance du roy, il reprît plus volontiers sa place de conseiller (i), que l'honneur de premier président , qui luy airoît esté ainsi déféré. Son père donc estant, en mon ieune âge, fort ancien advocat, ne venoit plus gueres au Palais , mais le Palais , s'il faut ainsi dire, alloit chez luy; car il estoit comme l'oracle de la ville, à cause tant de son sçavoir, expérience et long usage, que de- sa preud'hommie et intégrité de sa vie. On disoit de luy qu'il donnoit tous les mois cent francs à la boiste des pauvres « du gain qu'il faisoit en sa vacation (2) ; aussi n'y avoit-il lors gueres d'autres consultans que luy, et M. Goyet , advocat du roy au Ghastelet, et pareillement advocat en la Cour, son voisin , lequel il faisoit quelsquesfois^ appellei* en sa maison ; car maistres lean de Briou, François firodeau, Quichy, Boivin, Michon, Bodin, Guédon, Ravel, Spifame, Danquechin, le Faure, le Selier, Boileau, Piedefer, Ra|»ouël, Bariot , et autres anciens advocats de ce temps , n'y estoient paa
(1) Pasquier , liv. xvi , de êes Lettres , page ^43 , racontant à M. Th. Pasqmer , son iils , ce qui se passa an restablissement du parlement à Paris, après la réduction de la yiJle en Tobeissance du Roy Henry IV, où il parle du sermeot que renouvellerent messieurs de la cour devant M. le chancelier. Le premier , dit-il , /ut M, X^rtier^ non en quaUti de président , dont il avait esté honoré par M, de Mayenne , aint de plus ancien conseiller.
(3) M. Gûllanmeloly, lieutenant gênerai de la conestablie, gendre de Tautheur, a remarqué semblable chose de M. Guy Coquille, sieur de Romenay, advocat en parlement , et procureur fiscal du Nivemois, dont il a escrit la vie , imprimée au commencement de ses Commentaires sur la Goustume de Nivernois , disant , quil decimoit son gain mis en bourse^ pour les pauvres honteux , dont il s'enquestoit bien soigne»sèment , ne manquant point de leur payer cette disme , ainsi qu'une chose deuë ,par sepmaine ou par mois. Ainsi M. Mauguin , aussi advocat en la ronr, decedé depuis nostre antheur, donnoit aux pauvres tout ce qu'il Ipa^Doit aux f estes et dimimches.
ao8 Dialogue des adt^cats
cda en passant, taus reprendrez bien tost après le fil de VQStre discours. — le vdus le diray, dit-il, car le conte est assez plaisant , et recueillera quelqu'un , auquel le roole de tant d'advocats que i'ay nommez pourroit aToir esté ennuieni. Un cbanoine de Chartres avoit ordonné , par sou testament » qu'on cLantast le Te Deum en l'église , aux ioor et heure de son entendement ; ce que Tevesque Guillard trouva non seulement nouveau , miiîs aussi si scandaleux , qu'on luy refusa ce qu'il deéiroit , alléguant que c'estoit un hymne de louange et de resiouissance non convenable au service des trépassez. L'autre au contraire soustenoit qu'il n'y avoit rien que de bon et de dévot en cet hymne ; et pour le monstrer il parcourut tous les versets dont il est composé , avec de belles recherches et interprétations dont il les orna, adioustant qu'il contenoit mesme une prière foimelle pour les trespassex , en ces mots : Te ergo qucesumus^fainulis tuis subi^eni, quospretioso sanrguine redemistL JEtemâfac cum sanctis tuis glorid numerari. Bref, la cause fut si bien et si solennellement plaidée, que le testament et le Te Deum ordonné par icelui furent confirmez par arrest , qu'on baptisa du nom de Te Deum laudamus , dont ces messieurs les advocats r'emporterent beaucoup d'honneur.
Le sieur Brulart , dont ie, vous parle maintenant-, estoit père de M. Brulart de Syllery qui a aussi esté advocat en la cour , substitut au parquet , puis conseiller au parlement et président aux enquestes au lieu de feu M. son père, dont il a esté tira pour estre ambassadeur vers les Suisses et Grisons» et depuis à Rome : et à son retour a esté fait grand président en la cour (i), employé par le roy aux traitez de la paix de Yervins , et de son mariage , et en tant de grandes et importantes a£Paires du royaume , qu'il semble estre destiné à Testât de chancelier de France (a) , ayant passé par tous les degrez de la iustice et des aifaires d'estat.
(i) En 1696. Mîraumont.
(^) Il Ta esté depuis, en Tan 1607 > ^P'es avoir esté garde des sceaax , dès le moiâ de décembre 1604, comme il se voit par les lettres pa-
du^atUnJcnt de Patit, aof
Or pour revenir à nos advocats, feu M. Denys Riant estoit aussi lors un grand personnage, et plus chargé de eau* ses qM*aiicuns àt% autres , et fort rompu aux affaires du paldis , mais il ne sembloit pas estre tant versé aux bonnes lettres; néantmoins il estoit assez éloquent et tres-affectionné enver:» la ieunesse du paiais. 11 fut bien-tost après pourveu de Testai d'advocat du roy (i) au lieu de M. de MarJllac, et depuis de président de la cour , où il dcceda n'estant pas grandement âgé. Gomme moururent aussi M. Guillaume Bou« obérât , et Pierre Rebours , qui estoit si fort chargé de causes, à raison de la dextérité et facilité de son esprit et de sa larigue, quon disoit par commun proverbe du palais, que tout allait à rebours. Ministres Clément du Puy , lean Boûer, lean Gillot, et Lormier, aiin de despescher ceux-cy en cette rencontre, décédèrent aussi tous en la fleur de leurs âges, ayant la plus part d'eux laissé uue heureuse mémoire de leurs noms. Tous avez eucores à présent M. Rebours , président en lai cour des aydes, les conseiller et advocat Gillots, enfans des dits Rebours et Gillot. Feu M. le conseiller du Puy, grand homme de lettres et d'intégrité en sa charge (2) , estoit aussi fils de M. Clément du Puy, et père de ceux qui commencent maintenant à paroistre. iioucherat et Boûer ont pareillement, laissé dçux assez bonnes et honorables familles ; et tous les eussent encores laissées plus grandes, si la mort ne les eust prévenus avant le temps. le faisois lors grand estât de M. lean des Vaux , et remarquois en luy qu'il prenoit peine à bien
tentes «le Terection de sa commission d« garde des sceaux en estât et office , comme un titre , rapportée par Miiuumont , en son Recueil des ^aticetierf.
(1) En i55i, Miraumont et Pasqaier, \iv, vti de ses Lettres à M. de la Bile , iuge de Mayenne , puce 4^^*
(:j) Receu conseiller le 7 febvrier i5;6. ( Blanchard. ) Il y a de luy quantité d*èloges, dont il a esté imprimé an recueil à part. le me contenteray de mettre icy les epithetes que lui donne M. Cujas. Clau\ diui Putetums , dit-il « seiMtoret disciplina otnni iiutfuctissimus , et ingénie prudetUidque acùHetimus. Observât., lib. xvii, cap. xx.
319 Dialogue des ait^*ocare^
parler françoift, dont i'estoîs asset curieux : ie crôU qae pérsotitoe de vous ne l'a connu.
Mais ceux qui avoient plus de vogue et de bruit eb ce tettip»-là» estoient, comiûe ie vous ay tousioiirs dit, maistres PieiTe Seguier^ fet Ghristopkie de Tbeu : pardonnes- moi si îe parle encores d'euk , comme notis faisions lors» Ces deux estoient CDrrivaux, s'advançans esgaiement aux premiers degi*el de la robbe, mais pat divers chemins ou moyens. L'un estoît eott^i't et nerveux , neantmoins clair et intelligible en ses plaidoteVà , et tie se mettant point tant k tous les iours ; Fâutre avec une douceiir et facilité \Au9 dommùne et agréable, piaidoit plus souvent et plus long- temps '- de sbrte que Ton disoit de Tun, Multa paùcis , et de l'autre/ Païkca muiiis, ï/ùn né se pres^entoit tamais que bien appre^^té > apportant des att(h6ritex de droict et de docteurs plus élaborées f l'autre avoii l'esprit et la parole plus prompte^ et le plus souvent ornée de quelques lieux d'humanité, et par fois de vers de poëtçs latins , et autres passages assez vulgaires ^ mais toutesfeis plaisan'S et agréables aut auditeur» : dfe inatiière que tous deux par divers sentiers knarchoient quasi d'un pas esgaL M-. Segûréi" fut bien-tost après advocat du i*ûy (i) en la place de M. le Maistre, qui iut fait président au lieu de Bertrand! pôurveu de Testât de premier pi^sidenl, duquel M. Litet fut deSichargé et fbit abbé de Sàînct«- Victor ; de sorte que le pa« lais fut quàsi retiduVMlé par la favv'ur de la docbèsse de Ya^ lentinois» Et me {Convient que l'utie des pi^elbieiiPB causes qui y fut lors plaidce, fut pour elle touchant la terre d'Anet» M. Taçlvocat Seguier plaidant pour le procureur gênerai , et M. Gbristophle de Thou, assisté de M. Anne de Chappes> I^n de Sainct - Mesloir et lournée pour la Duchesse. Et par ce que la cause estoit giande , l'audience fut renforcée de deux ou trois presidens de la cour qui n'a\1oieht point accoustumé de s'y trouver: sur quoy M. de Tliou prit le commencement de son plaidoyé , disant que cette nouvelle
(i) En iô5o, et fat receu en Toffieé dttdvocat du roy dere, à im c|«rge de prendre diapense , pourté quii estait marié, (Minuimo^t. )
du parlemtnt de Paris. ^1%
face de tustîcc extnrordinnrè rtestocnoit qu^asi À rimitâtiofi ott leçon dte €iberon , quaâd il colnmfttyça à parlfcr pour MHofi. A ^tioy M Segnier Aduocat dti Rin res^olidattt 9cir 1« ehlim^ diti qu'à la tenté €icei*on ftvoit occasion d*ai^oir pe«r , d*aii* <Afit qu'eii ce lbenips4à i'audiedce estoit hor^e de geâs éè g«erre ; am contraire que chaKsu» devoit tiôrs «sperer pltn M iusticCy puisqu'elle avoit esté renforcée par un plus gf>attd ii9ÉnWe de gens de cet estât.
Or le patienieRt fut biei>^to&t après fait fceknestre , et «res- «leurs Segiiieretde Thou pottrvemcn metme tew^s d'<estat$ â^ presideos. Mais bien qtie AL Sieguier eust M» ad\4)cat du ¥1»}^ avant qtie Feutre soi-dst du bari-eau , «i est ce que M. de Thtdtt £ut iieceu le premier en i'estat de pi'esideat , ainsi que ie vous ay dit -ey devant. En 'somme ils ont esté toos dent tres-gilaindl» ^*80.nnages, taHit ^n Testât d'advocat qu'<e¥i oeluyde pnfn&i'dent» comme il parotst maiciteâdot'éii leo^ postérité. le voui» adjottsteray «licoras utt iiH)t qtie Ton r'acootoit iors de iBdfisieiN* S'€^uier et de maistre CbaWcs du Moulin , lequel ^sdmp^ ebabuti ^çait estoit ie plus docte de svn temps fen d/*oiot eÂ4t fT cou^iumiôTj et toutesfais mwlhabAle en ia fonction d*i!udçG^ ttU^ ptiHcipalemeat au- barreau ^ ce «qui faisoit qu'il n'estoit ^tsreS'Cmphyéi, ny tant e^tiiirè 'à beaucoup pris pemlam sU viC), qu'U a ^sté d-èpuis stm (deù€% potr se^ escriis , par he^ q«ek il a teilement m-aiië et <ap^X)cbé hâ dtid^ct roimaiti avefe m\uj die 14 France , que toUs omix qin isont t^nus deptrik i'^nt s«ivy comitie levu* maktre. Or feu M. Sejguier côi¥ïïm%^ fll^nt cela mieisx qv^hoaime de sou temps ^ îi ^'eti ^id^it fôdit 4 ptx>pos ismx piiis gmndes «iXâires truelles il -ëstoil •em^lo^^é , ^'«enant bien U peine de dh^s^r iuy*it»«fSt«r6 tifi mèih)^*6 éè ce dOtA il dem*4>it s'inst-ruii% > et de le bailh^r à du MmiKn (i) AVBt-^vMivt eu «isq è8cu9 qu'il advatiçoit de 'èa bodiisfe , ^ùt
(0 Paptrius le Massoo, «u U Vie de M^CliiMes d«i Mo«lia« fait jneution de cette remarq^ue : Pelrus Sçguierius^ dit41, tune advocatus 9t phidenlissimus vir ad Carolum {MoUnàeuin) miltere s»lebmt Konorurium ^sM*ij[à6Ï ^rUcff'ûtà , tu eSe 'facto pfoposUo , seiUeiùiam suam stripto miltè" .,%nà§itHyutfi/t%'j^itànsultinth^môlurAènih^'quàthtén^àn.
»f 9 Dialogue de$ adçœaiê
lequel M. Cbarles du Moulin donnoit son advts par escrît iiaisonné et fortîné d'authontei de di'oîct , de doctrine , de docteurs et d*arrest, lesquels M. Seguier sçavoltsi bien mesnager, qu'avec ce qu'il y apportott de sa forme et de son iuge* ment qu'il avoit eicellent, il se rendoit admirable en ses plaidoiers et escritures, ainsi que îay entendu de nos anciens.
M. Pierre de la Place qui fut depuis premier président a us fjeneraui, estoit loi*s aussi du nombre des bons advocatâ. Mais entre tous ceux de mon temps , ie iettois principalement l'œil sur M. Baptiste du Mesnil lors advocat du commun ; car c'estoit celuy que i'escoutois plus volontiers , et auquel ie desiroîs plus de pouvoir ressembler, à cause de la pureté et fluidité de son langage , de la grâce et douceur de son éloquence, de sa voix et de son action, et de l'ordre et perspicuité de ses plaidoiers , lesquels il divisoit touMoui*s en pai*celles , puis les repi*enoit , poursuivoit , et acbevoit si adroitement , les fortiiioit de raisons et d authoritez si précises^ qu'à mon iugement il surpassoit tous les autres , rien ne luy défaillant à mon advis de ce qui est requis pour faire un bon advocat. Il me souviendra toute ma vie de la plaidoirie qu'il fit pour M. Bourdin, seciélaire d'estat, adjudicataire de la terre de Yillaines , vendue, sur ce bon mesiiager M. Brinon, conseiller, que nous appellions Ruiiia bonis , par un anagramme admirable de son nom lanus BtinOf pour lequel M. François de la Porte, plaidant, se plaignoil entre autres choses de ce qu'il avoit esté despoùillé de sa terre par uu sien parent; ce que M. du Mesfiil i^abattit si doucement « si adroittement » et avec tant d'éloquence , qu'il fit croire à un chacun, que l'on avoit fait beaucoup pour M. Brinon , de lavoir deschargé de sa terre, pour essayer à le nettoier d'une partie des debtes doiit il estoit accablé, et que c'estoit la seule ressource qu'il pouvoit espérer pour se remettre à son aise ; coiuine de faict il gai^na sa cause. Et de ce iour là , ie m'adonnay tellement à l'ouïr, que ie le pris pour patron et miroir de mes actions x car il ne plaidoit iamaîB cause qu'il n'y apportast quelque point l*emarquable , dont ie faisois mon profita Aussi fut«il
du pariement de Pari 9, %ti
bîeDtost après advancë «n i'estat d'advocat du roy, an tieu de M. Seguter. Et depuis qu'il fut advocat du roy, il fit en* cores paroibtrece qu*il estoit, plus qu'il n'avoit fait anpara* vaut; et vous puis dire qu'il faisoit quasi tous les anests. Ce fat le premier qui fit des remonsirances publiques au com^ mencemeut lies parlemens \\) : et a laissé âne 'À bonne me* moire de ses actions et comportemens en cette charge , que quand on veut encores auiourd'huy parler d'un bon advocat du ix)y. Ton allègue M. l*advocat du Mesnil. — Ne nous en dites point davantage, dis-ie ; car Fayant fréquenté les six dernières années de sa vie plus que personne, pour avoir espousé sa niepoe et pupille , i*ai pris plaisir à dresser un recueil de ses principales actions de mon temps , que i'ai baillé à mes enfans qui pourront , si vous le trouvez bon , le communiquer un ioor au public : partant revenons aux au-^ très advocats,
Trouverez-%x>us pas bon, dit-il, qu'à l'occasion de M. du Mesnil , nous parlions tout d'une suitte de M. Gilles Bouidin, et de M. Aymon Boucherat, l'un procureur général, et l'autre ad\ocirt du roy au même temps (2]? Cestoient deux hommes bien disseu blables ; car quant à M. Aymon Boucheraty beaucoup de gens estimoient qu'il n'y avoit n'y éloquence ny sçavoir qui l'eust rendu i^commandable pour entrer en Testât d'advocat du roy, mais seulement quelque ix>utine du palais ; la i*éputalion qu'il y avtiit acquise , procédant plus de la suffisance et du renom de M. Guillaume Boucherat, son frère, qui estoit decedé , que de luy. ils estoient Champenois, et tous deux du conseil de la maison de Guise , laquelle
(1) Voyez en ses éloges, page 198 et iQf) des Opuscules de Loi sel; ce qni en a esté remarqué des recherches de M. F. Pasquier, lequel aossi en ses Lettres, liv. vu , escrivant à M. de la Bite , r*apporte que M. le premier président de Thou voulant bannir des plaidoyers les répliques et dupliques des advocats qui consommoient beaucoup de temps, il y fut aidé par M. du Mesnil, lequel en fit, à queisques ouvertures du parlement, des remonstrances , quoy qu'il nyi pust rien ffoigtier^ sinou pour les causes de poix , ce sont ses mots
(a) En 1557. (Miraumont.)
estant lçy« eo crédit , Youlut fMi>e itn adToeal du roy, eomm on disOit qi^ N« du Meanil , Favoit esté par la faveur da feu M, W conoestaUe^ Mai^ c^estott toote autre chose de lA. Gilles Coardio. : car il es^oît ii^è^^docte en toutes hpiute» lettres et $<;iences; il entendott parfaUem^t les langue)^ gr^qUQCl latine i il p'esiPit point igaoïraiit en rhebraïqut^ lU^ot ordipairemeul les auteur», en leurs langues ; il e«to»t içav^ni «!> théologie > en médecine > aui mathematiquee ; ii ^voi( bieq e&tudid eu druict , et de bonne façon ; car il avoit les textes fQVt en wm(i , et Ilsoit quasi tous les ans le eorps de droiçt, e.t p^*eHleineut les ordonaanees, lesquelles il te» j^git Qi'diuâiieiuenteu ses mains , les lisant tant en Taudianpe^ q4'au parquet. Aussi avoit-tl fait un Gommentaire greesar une comédie d'Aristopbane » et un latiq (f) sur l'ebrdoDnance de Tao i5^g , qn'il fit ia^prioier, estant encores jeune adve^eat, qui monstre la pureté de son esprit , et la suffisance qu'il avoit de^loi's, et laquelle augmenta depuis qu'ils fut procure M r gênerai ; pendant lequel tempa il faiscût <aussi quelqiiasr (q'^ la çbarge dadvocat du roy, Tayant desi» eue {%) et fj^Q^'cée aupsu^avant , après avoir esté advoca^ des parties , et lieuteusnt gênera) des eau^ et forest. De sorte qu'il n eatdl pçûut aprentif à plaider quand ses compagnons étoient absous, V^alades ou empesdies» ainsi qu'il fit paroîstre une aipi^adisne^ que Ton plaida la cause d'une horloge, en laquelle il monstra sur *- le -• champ ce qu'il soavoit sut* ee subjét, n'oubliant rien à alléguer d'Archimede , de Yitruve, de Castiodore et d^autres ; dont un chacun lut fort estonné y esr personne ne s'y attendœt ) et disoitron que les advocats qui plaidèrent la cause , ne luy en avoient point communique f et mesme l'on pensoit qu'il dormist. Car le plus souvent il sommeilloit tellement, que ceux qui n*y estoieiH pQÎnt aCf coustumez, estimoient qu'il dormoit à bon escient. Mai^ eomme Ton cessoit de parler, il se recueilloit soudain^ disant
(i) Depuis mis en françois avec des additions, en iSç9^. (i) En 1554. (Miraam^nt.).
de ce qi|f) Ton avoit dit. l'oMblÎQis à vou$ dire qu'il peigqqît élégamment en tqnte. sorte de lettres , fraaçQbe ^ it^lienn^ , iatiqe et gi^ecque ; ioûoît du luth et de l'e^pioette; içhantoît sa partie. Bref» il ny avoit aucun deffaiil en lu}' qqe cet assoupissement dont il deceda , sa femme qui estoit. cpi^chéç avec luy, et qui l'avoit oùy i^onfler selon selon sa cou^tupie > l'ayant trouvé le lendemain mort à ses costeï.
Cette mort , dis-ie , fut estrange , et est perilleQse. à un chrestien, qui doit souvent prier Dieit de le préserver de mort soodaiqe et non prévenu { car quant auis payens ils restimoient la plus heureuse , tesmoin celle de ces deu:ip Cleobis e% Bitpq, tant célébrés poqr leur, pieté par Herodotç et les autres. Aussi me souviept-il avQÎr leu e^ TertuUian (sOt que Platon estoit ainsi mort dormant, et pour ce deslo(*s di| decez de M, fioHrdin ^ {e fis ces deux vers fkm' liiy <
In somui* tuiimam Burdim è eorpor& raptam Qwd btget h et in hoc /ror dehnit esst PUOxm,
Et si i'adjoQSteray volontiers à ce que vous avez dit de la divei*sité de ces trois derniers qui estoient en un même temps au parquet, ce que Ton en disoit communément au palais» que ie pensois que vous nous deussiez dire, qui est, que fun disoit plus quil ne sçai^oit , c'estoit M. l'advocat àa Mesnil ; l'autre , sçavoir est M Bourdin , sçaç^oit plus qu'H ne disoit , et le Iroisiesme , qu*«7 ne sçavoit ny lie disoit ; mais repi*enez vostre propos.
le suis d*advis, continua-t'il , de vous parler tout d'un fil de feu MM. Guy du Faur S. de Pibrac, collègue de MM. du Mesnil et Bourdin , pour vous dire que le parquet ne fut iamais, et par adventure ne sera si bien fourny, qu'il estoit de ces trois. Car M. Boucherat estant decedé pendant
(i) Aujourd'hui oa se réveille en di^iuit ^c'^ff e^i§itdu, '
(a) T^itKUi^nvs ver^iis ^^m liW 4e Animk « ^«*» ¥ i^pf^ gmfH^
qw's spiritum exhalet , ut Chilon Sparlanus , flfe. ^ et i^i p/ef fpfiV^'ifl^t ¥f Piato , ft si p§r riAuw ui p, Cwss^t » fte. , ])^e 35 1 • editÛMlis |Q4<^ N. Rigaltij.
%\6 Dialogue des ad^ocaU
i[ue le roy Charles et la reyne sa mère estoîent à Toulouse, pour le voyage de Baronne, feu M. le chancelier fit envers elle , que M. de Pibrac fut tiré de sa ville en laquelle il estoit iijge njage , pour le faire advocat du roy en ce parlement ( i), auquel il fit incontinent monstre de sa plus vive éloquence et érudition par plusieurs grandes et belles actions , et sin-^ gulierement es harangues des ouvertures du parlement dont ie ne vousparleray point, d'autant qu'elles sont imprimées, ny pareillement de ce qu'il fit depuis estant pi*esident (2) et principal conseiller de Monsieur, frère du roy, lorsqu'il fut esleu roy de Pologne, où il l'accompagna avec beaucoup d'honneur, et de bonnes et de mauvaises fortunes, et depuis chancelier de feu Monsieur d'Anjou , aussi frère du roy, et l'un des premiers et plus suffisans conseillers d'estat qui ait esté en France , fort aimé et estimé de feu M. le chancelier de THospital, lequel l'ayant voulu avoir pour son gendre, et ne l'ayant point eu , ne délaissa pourtant de l'aymer et désirer son advancement £t puisque M. du Mesnil nous a menés si avant, ie veux par mesmc moyen depescher deux autres advocats, sçavoir est maistre Denys du Mesnil, sou frère , et Augustin de Thou , son successeur, en Testât d'advocat du roy (3) , lequel à la vérité n'approchoit pas du bien dire» ny de la suffisance de son devancier, et neantmoins estoit si rompu et si résolu aux causes du palais , que ie ne Tay gueres veu desdire en ses conclusions; il a depuis esté président de la cour, comme son père (4) et son frère (5) , et depuis resigna Testât à M. le président de Thou , son nep*
(i) Il le fut en i565. Mira amont et Pasqaier, en ses Recherches ^ liv. IV, cliap. XXVII.
(3) En 1677. Miranmont. Idem^ Blanchard lequel escrit sa vie as^es amplement.
(3) En i585. Miranmont. Blanchard.
(4) Portant le mesme nom, qui le fat en ]544- Miranmont et Bîun. chard, lequel escrit sa vie.
(5) Messire Christophe de Thon, premier président en i56a* Mr- KUimont et Blanchard qai ont fait son elo^fc.
du parlement de Paris. iij
teu (i) , qui est le quatrième président de ce nom , tons les-^ quels avoient esté advocats fors le dernier. Quanta M. Deny« du IVIesnil , encores qu'il n'cust pas l'éloquence ny la grâce de son aisné , si di«oit-on qu'il a\oit bien autant de lettres que luy ; aussi !uy succeda-t'il aui meilleures affaires du palais, principalement à celles des maisons de Navarre et de Yendosme, dont il estoit advocat ; qui fut cause que Ton n admit point la résignation, que son frère avoit faite en sa faveur de lestât d*advoc*at du roy, et fallut en changer la procuration au profit de M. de Tliou : ce muistre Denys Tut père de M. du Mesuil, conseiller (2), qui reste seul et unique de ce nom.
Yous m'avez fait plaisir, dit mon fils pqisné , de parler ainsi de messieurs de Pibrac et de Thou; ce me sera un aiguillon dcssayer à bien faire a leur exemple, estant tous deux mes parrains, M. de Pibrac m*ayaift donné le nom que ie porte. — Mais puis que le propos de M. l'advocat du Mesnil , dit mon aisné, vous a fait entrer aux discours de messieurs Bourdin , de Pibrac et de Thou, ses collègues, et de M. Denys du Mes* nil son frère , qui estoit aussi mon parrain , ic vous prie , par mesme moyen, de nous dire ce que vous sçavez de feu M. l^o-> nard Goulas, nostre ayeul maternel , qui avoit. espousé dambiselle Philippes du Mesnil leur sœur.
le veux, dis-ie, soulager M. Pasquier de cette peine ; aussi bien a-t'd besoin de reprendre haleine, et i*en sçay peut estre plus que luy, car encores que ie ne Taye gueres veu ny connu, si est-ce qu'ayant espousé sa fille après son decez, ie m'en suis voulu enquérir, et ay appris de M de Thou , duquel on vient <de parler, qu'il estoit si docte en droict, que quand feu M. le premier président son frère, estant advocat du commun, es*
(1) Messire lacque Auguste de Thou, qui fut président en 1695. Miiaumont et Blanchard , qui ont fait labrege de sa vie. Cest Tautheur de THistoire de France , ouvragée qui le rend digne de l'immortalité , sans parler de ses autres œuvres, ny de quantité d'actions qui ont rendu sa vie glorieuse.
(3) Il s'appeloit Denys comme son pcre,.fut recen conseiller l4| 4 may i.5g6.
sii9 Dialogue iU^ aihfOCÇ'ts
Xç\% QQ double de quelque poinet , il n'y avoit pei'sonne entPC se9 compagnons duquel il desirast plus avoir l'advis que de M. Leonaixl Goulas, auquel il a^oit oixlinairement l'ecoursi qui n*est pas ua petit tesmoignage , puisqu'il procède d'un si grand premier pi*e«ident. Et enceres qu'il ne în^t pas tani employé au palais que ses beaux frères , parce qu'il estoit d'une plus grande liberté , ne pouvant endurer , non seulement le& inepties et iiupor tu niiez des parties , ou des precu^ reuts que nous sommes souvfenê contraints de digérer, mais non pas mesme les repi'«ehensions que font quelquesfois nie$<^' sieurs les presidens , lesquels nous devons respecter et reblaen dir, si estoit-il employé aux meilleurs affaires des grands, et principalement du feu admirai d*£nnebault> qui gouvernoit ]oi*s le roy François. Et de faict il luy donna sa maison de la rue sainct Antoine, en laquelle vostre mère a eu sa part. C'est aussi lui qui a fait le premier iuger au palais^ que quand on allègue pardevant un officiai, qu'une dismeest inféodée, il en doit délaisser la connoissance au itige lay, sur cette simple allégation , sans entrer plus avant en connoissance de cause ; autrement qu'il y auroit abus. L'arrest en est remarqué par ceux qui ont esté soigneux d'en faire lies recueils , au lieli qu'auparavant on iugeoit qu'il IVilloit faire sommairement ap* paroir de l'infeodation pardevant l'otficial avant qu'il en fit le renvoy, comme il se voit par Tancien couf^tumier de France. £n somme c'étoit un sçavant et docte personnage, et non seulement en droict , mais aussi en théologie , et autres k¥)nne$ lettres, ainsi que iay pu reconnoistre par le reste qui s'est sauvé de sa bibliothèque, et sur tout ti'ç» homme de l>ien , et fort dévot en ^"ers Dieu; ce qui doit serrir d'exemple et de consolation à sa postérité , laquelle dui« à présent avec bon* neur .: revenons ie vous prie à vos autre&'adv.ocats.
Les plus renoinmei de mon premier temps, poursuivit M. Pasquier, outre les sus-nommez, estoient maistres Aiine de Terrieres , seigneur de Chappes , François de la Porte Poictevin , lean de Sainct-Mesloir Manceau , Pierre Robert Parisien j Pierre Renard, lacques Aufeery, Laurens Bechet , lacques Canaye , Claude Mangot , Antoine du Lac p
du parlement de Pans. 's 19
leàn €kip{iai*t, Fmnçois de Mariitac, et quelques autres: Pour ie regard de Ten*ieres seigneur de C happes , on le tenoît pour bien seavaut en dix>îct, et disoît-on qu'il avoit fort plaidé en son temps, mais il s'adonna sur la fin de stt/a \o\kv% à plaider en son nom assez peu heureusement, ce qui le re- ^ cula du palais. £^t ce qui le reeula encores davantage , ce ftit la religion pretenduë reformée dont il fîst profession, laquelle fu| cause de sa moi^; car ayant esté mis prisonnier au pet?t Gha&telet avec d^autres à la malheureuse iournée de la Sainct- Barthélémy, il y fut misérablement estranglé.
Quant à la Porte et à de Saiuct-Mesloir (1) qui plaidèrent en la cause de Cabrieres et Merindoi , ils se faisoient plus valoir, eeluy*ià par sa confidence et hardiesse, et par des allégations qu'il faisoit de quelqueti arrests qu'il avoit remarqués, et ccluy-cy par de certaines petites closes singulières op brorard^ de droict , qu'ils n'avoient de vray fonds en droict ou d'élor quence , au |£oins selon mon iugement. M. Ltaiirens Bechet estoit plus sçavant qu'eux , me«mement aux bonnes lettres , ainsi qu il paroissoit par son discours, lequel estoit plus paré que celuy àe% autres; neantmoins il n'estoit pas tant employé que \e% deux susnommés, ny tant appelle aux consultations. Quant à M. Pierre Henard , il n'e^toil gueres recherché que pour les matières benefîeiales, non plus qu^un petit homme ehantre et chanoine de la Saincte- Chapelle, nommé Rous^ 9cau; comme aussi maistres leau Chippai't, Pierre Mallet, et depuis Martin Menard, et lean Ramat (-x), afin de vous despescher nos bénéficiai i"*tes tout d*un fil. Il me souvient mesmè qn*un nommé Guetard se veuloit mesler de cette matière, mais ce fut en son nom et à ses despens ; car il perdit un be-
(lyPaaqvier, en sa premiereiettve éo lir. xix, à M. deSaincte Marthei page 675, parle d'un SuiKct-MelQu^vd q^il appi9Ue Arc ko^kt^nf 4k$ consultations , qui vTiiisemblableniei;it e»t Iç S^inct-Mesloir de i\f^'f anthear.
(a) Il est croyable que ce Chippart est celùy qui est nomçié Chippoit avec Ramat, dans la première lettre de Pasquier du liv. xxi , page 671^, iesK^nels il appelle personnages de poix.
:^20 Dialogue des ad^focatê ,
nefice qu'il plaidoit contre M. Segiiiei% qui fut cause de liij faire tellement quitter le palais, qu'on ne l'y a point ven de-^ ])uis. Maintenant cette science est quasi esteinte au palais, et n'y a gueres qu'au grand conseil, qu'on s'y estudie; et nVust esté que M. Pierre Rebuffe en a escrit plusieurs Traitez qui sont cncores plus estimez à Rome qu'en France , la science en serôit quasi perdue; qui est cause qu'il ne doit estra oublie entie nos ad\ocats; car il en prenoit la qualité ausM bien que de doitcur en droict canon, comme il i*stoit l'un et l'autre; mats il ne faisoi.t quasi rien de celle d'advocat , cncores cfu'il se presentast.au Palais. Tous ces derniers n'ont laissé aucun portant leur uom que ie sçaclie , si ce n'est Cliippart.
le ne \ous ay point parlé d'un autre dti n^esme nom de Renard , qui \ivoit en ce temps-là ; car il estoit plus advocat du Cliaittclet. que de la Cour. M. Pierre Robert se fai^oit plu!» valoir que les susnommez , non qu'il fust par adventure plus sca\ant que ses compagnons, car ie croy qu'il n'en sçavoit pas tant^ mais il estoit bomme d'une belle présence, voix et action, disoit assez beureusement , et se faisoit plus estimer par son sens naturel, que par son eslude et son travail. Il s'iidvança principalement par deux actions : l'une, et la première, fut la plaidoirie qu'il fit pour le président d'Oppede, en cette cause de Cabrieres et Merindol , dont l'bistoire est si bien descrite par M. de Thou^ que ie n'ay que faire de vous en parler davantage. Feu M. Clément du Puy avoit esté premièrement chargé de cette cause, mais estant devenu malade , de la maladie dont il décéda , le président d'Oppcde eut l'ecours à Robert , lequel il in«>truisoit de iour en iour de ce qu'il avoit à dire. L'autre cau^e de l'advancement de Robert vint de ce que s'esta ut fait de la religion prétendue reformée , il fut employé par feu monsieur le prince do Condé , ayenl de monsieur le Prince, au faict de la déclaration de son innocence ; depuis lequel temps il fut tousiours recherché par ceux de cette religion , ce qui Iny cousta là vie; car il fut tué le iour de la Sainct-Barthelemy. La mesme cause de Cabrieres et Merindol fut aussi Tad vancement de M. lacques Aubery Angevin, en ce qu'ayant esté créé advo-
du parlement de Paris. aat
toeat gênerai (t) en cette cause , il en fut fait lieutenant ci- ▼il (a) ; car dés auparavant il avoit acquis le bruit d'un grand et louable advocat, subtil , et bien agréable.
CVstoit au temps, dit M. Pitliou, que la vertu estolt en prix et recompensée. Feu mon frère (3) et vous, parlant à raoy, qui avez si fidèlement et si di«^nement exercé les cbarge^^ d'nd^ vocat et procureur du l'oy en la cbambre de iustice en Guyenne, vous débaucbaiis du Palais deux ans et demy entiers , n'en avez eu aucune recompense.
Passons outre , dis-ie , et oublions cela ; par adventure a-t'on beaucoup fait pour nous , de nous laisser vivre en paît privement et doucement en nos maisons : nous nous fussions pcui-esire abismez pendant les troubles de la ligue , si nous eussions esté recompensez de quelque office qui nous eusi obligez de sortir dicy* Encores le roy nous a*t'il fait beaucoup d'bonneur de sVstre souveng de cet:e commission , lors qu'il nous commanda de faire la mesme charge au restablissement de sou parlement à Paris. Achevez donc , s'il vous plaist p les advocats de vostre première classe.
11 y avait encores^ continua M. Pasquier, Danquechin et Millet , qui plaidotent aussi en la mesme cause de Cabrieies; mais les principaux de ce temps là estôient maistres Jacques Canaye , Parisien; Claude Man^^ot, Loududunois, et François de Marillac, Âuvergnac, duquel on faisoit plus d'estime que des deux autres, en ce qu'il e^^toit fort en la réplique; mai» il fut ravy au milieu de son aa^^e; de sorte que sa maison a esté réduite à néant , au moins au prix de celle de Ca- Daye et de Mangot, l'un a^ant délaissé le sieur de Fresne son fils , conseiller au grand conseil , et depuis au con.seil d'es« tat et pri%-é , et ambassadeur vers la seigneurie cTe Yeuise ;
(i) M. de Thou escrit que lacques Aubery parla pour ceux de Merindol, et M. Jienis Kiajit pour M. le procureur gênerai. M. de rUospital dit la mesine cho^e iludit Aubery, en la septième du liv. xi de ses epûitres à M- le cbancelier Olivier.
(a) Pasquier, en sa première lettre à M. de la Bite, liv. vu, pa9e4a5i.
C3) M. Pierre Pithou.
%2i Didtogïic diss aeh'ocais
r^utre t M. Jacques Mangot , «dvocat » depuis pl-ocui*eur ge« ^eral en là chambra desoMnptvs , et enfin advoeat du rûy àii parlement (i) , lequel fut le plils accom)>ly personnage en tout ee que. Ton pou\x>it desirei*, t|ui fust en son aage : il n'avolt que ti'ente six aos iot'<s qu'il deceda , et n'euf^t eu son pareil , soii eh probité et intégrité , soit en science et connoissance de touteii bonnes iKtres, s'ils eust vesiu aage d'homme, il ftit si grand usi]iosni<:r, qu'il ne s'^stoit pas contenté de doni%er tous les ans sa vie, durant la <44suje de son re\enu aux pauvres» Bi«is il commanda qu'on en fii de mesnie du bien de sa {Hie, qu'il laisM sa seule héritière. Pour |>ieuve de sa sufilsance il ne faut qi*e voir une remofitftrance qu'il fit à l'ouverture d'tm f>arlement » qui conit es mains de plusieurs, et les regis^ ti*eft des plaidoiries , esquelles il a parlé pour M. Je pix>c«4^iir f^em^f al. L'on ti*ou\era qu'en un corps qui seœbloit assÈft IttMilc I il y «voit des muscles et des nei*fs bien forts ., et un tr^^ bon sang% Je ne vtHis parlera y point de ses autres frefesv d'autant tfu'il sont vivans. Mais pour retourner aux pel^el^, ie me trouve empesché à vous dire , lequel ie dbis préfén^er à l'autre , tous deux ayans de ^i^tidies peiTf étions et !suffisal:A:es en leur^estats; car Wi Cannyeestoit docte en droict(!2)^ c^mme eeriainl^ment il r^»toit > au^si estbit Mangot (3); si Man^ estoit sça\ a«t aii^ bonnes lettres et sciences , aussi ^stoit Caaa^re; si Ganaye e&itoil etaployé aux affaii^ei des grandet «aisons de la f rauœv au»» estdit Mângot. le remaiSquoès une diltëreuce entr*e«i|[ ; c est que Mangot pai^it plus subtilement» pluK Tuoileuienlt , ci plus dourement , et estoit plus ricke et plus proAipt en inventions , ayant un espitC transcendant s mi lien que Tautœ esteit plusl^ et |ilas pesant; mais k t^embloit avoir pl«s tle ft>rcev nvarcho'Ht ^ua» vômme ù pas ée
(t) En iS85. Mi^a^motit et Pàsqufet, iiv. it de ses fiècherehes, ehup. XXVII, |Hi|ge 4«9, qui lait sbn éloge en cfet endmit.
. (a) P«<quiei ensu prémiéi-e lettre à M de Sainte-Mat the, lir. *xif page G; 3, rappelle jârc-boiiUtnl des consultations.
..(3; JUemesme^, e« Ses Mecherches , hv. i\% fhap. jtjtvrt, pagfe 4*^9. AI, Oaude Mangot, dit-il, l'un des premiers advoents ^^eôStrê tèmpihi
du putlement de Paris, ttjiS
bœuf, et tonsequenuBeût imprimant plus av^Dt ce qu'il disoit au cœur des escou tans ; ce qu'ils ont fait paroislre en une irt^ iinité d'actions , mais principalement en la cause de la prafe* rencedes roses qui se piesenloient lors par les pairs de France» Ganaye pltiidant pour M. le duc de ^ivernois, et l'autre pour M le connestable de Montmorency, en laquelle chacun d'eux desploya sur un sujet qui'^sembloit petit , le meilleur de son sçavotr et éloquence; car on n'oublia rien, de part ny d'autre, de ce qui estoit de l'origine^ difruilë, et excellence des pairries, de rantjquitë et noblesse des comtes de Nevers » et des barons de Montmorency» ni de leurs maisons et alliances, deleur vaiU lance et prouesse , tant contre les ennemis de la foy es voyagea d'oùtre-ibei* , que pour la deffence de la couronne contre ses ennemis , n^ de leur fidélité et service envers nos ixjis.
Mais il y avait une particularité en Mangot, qui n'estoit pas en Canaye ni en aucun autre advocat que i'aye connu | c'est qu'il avoit uii esprit si universel et si prompt pour toute sorte d'affaires, qu'estant chef Mu conseil de la maison dé LengueVille, il ne s'entremetioit pas seulement des procès du palais^ mais aussi de ceux d'Allemagne et de Suisse , et en^ cores des baux à ferme qu'il convenait faire, ensemble de l'au^ dition des comptes, et généralement de toutes les afiaires du conseil des fîuances et d'estat » signamment en ce qui concet*« neit la souveraiiieté du comté de Meufchastel, en quoi il Sjs rendoit admirable, estant en eflect le vray cbancelter et sur*intendant de cette maison.
Ayant dépesché ceux que ie trouvai au palais » lorsque i*y vins, ie passerai maintenant à ceux de nostre vûiée^ — les* time, dis-ie> que vous en obmettez quelques-uns qui mért^ toieot bien d'estre mis au rang des prtcedens. Cdr encoreA que ie sois venu au palais longuement api es vous, si me seui*» ble-t'il que Matthieu de Fontenay, lean Filleul , Pierre dfe Rocbefort, leaa Durand, Antoine Dulac, lean le Gresle^ Thomas Sibilet> Louis Galoppe, Louis Beruage, la Faïé, de Larche, Amelot, Tielment et plusieurs autres dont il ne me souvient pas pour le présent , estoient vos anciens.
Vous dites vTay, et suis bien aise que vous m'en ayez ii^it
Ai4 Dialogue des adt^oeati
souvenir, au moins de Fontenay, Filleul et Rocliefon. Car, quanta de Larche et Amelot, qui estoient d*Orléans, Galoppe, de Paris, et lean le Gresie , de Damraartin , ie les a\ais industrieusenient passez, les uns poui*ce quon n*en Faisoit pas beaucoup d*e>tat , estant un pi^u paresseux et négligons, ou s'adonnans à quoique autre vacation, comme de Larche, lequel s'employait plus au bureau des enfans de la Trinité, qu*à son estât d*advocat. l'attendois à parler d'Amelot, en parlant cy-après de ses rufans. Pour le rcs^ard de M. Antoiue du Lac, Auvergnac, il estoit un peu trop penlart, luy sptn^ blant quil n*y a^^oit personne au palais qui entendis t la matière îles substitutions comme luy^ dont ses compagnons se rioient; neantmôins , il y estoit emj^loyé pliis qu'en d'autres affaires. Il y avoit eiicores un autre du L^ic, qui estoit aisné de M. Pierre du Lac (i) , qui vit à présent avec plus d'honneur et de réputation que ne faisoit son aisné. Et pour le regard deiVÏ. Thomas Sibilet, il s'amusoit plus à la poésie françaiae qu'à la plaidoirie; c'est lui qui m'en a mis le premier la plume en ta main , dont ie lui suis obligé. M. Louis Beroage plaidort plus sou\eut et assez doucement, mais il avoit le bruit de se charger indifféremment de toutes les causes, bonnes ou mauvaises , ce qui lui faisoit tort ; il ne fut gueres appelé aux consultations. Quant à M. lean Filleul , i'estois présent à la plaidoiiie qu'il fit contre la légitimation d'un bastard, laquelle le rendit si recommandable , que s'il eust continué, ou si de>lorset depuis il se fust présenté aux consultations, coiuiiie faisoient ses compagnons, il y eust indubitablement eu bonne part ; mais il se tenoit perpétuellement en son banc, ainsi que faisoient nos anciens. Comme faisoit aussi M. Matthieu de Fontenay, lequel plaida en la présence du roy Charles , pour le commun trésor de Tordre de S<iint-Iean de leriisalem, contre le chevalier de Seure, duquel le testament fut fasse, ores qu'il eust eu dispense du pape de pouvoir tester contre les statuts deleurordie. On tenoit qu'il
(i) Voyez ce qai est dit de luy par M. Â. Mbrnac , en la note sabrante.
du parlement de Paris, %^^
^toit grand coustumier et bon feudiste , et fut , »iir la fin de son âge » souvent appelé aux consultations.
Gomme aussi estoit M. Pierre (i) de Rochefort» mais.ils'ar* restoit plus à son office de bailly de Saint Germai n>des-Prës, qu'à son estât d'advocat , lequel , comme vous sçavez , désire son homme tout entier. l'avois oublié M. lean du Boisle , lequel n'avoit rien de recommandable que la force et hauteur de sa voix, semblable en cela à ce Trachallus, duquel parle Quintilian , et neantmoins il estoit bien esloigné des. perfections qu'on remarquoit en cet orateur. On Toyoit de la chapelle de la salle du palais , 'quand il plaidoit aux-requestes, ce qu'il faisoit assez souvent sur la fin de ses iours , en quoy il se rendoit ridicule ; car en ses ieunes ans il avoit esté plus estimé , ayant fait un commentaire sur la Somme rurale de Boutillier. Quand le vins au Palais^ on faisoit un copte deluy et de feu M. le président de Harlay (2), père de, M. le premier président, lequel ne se pouvoit garder de dire quelque mot de gausserie en quelque lieu qu'il se trouvast. C'est que du Boisle^ plaidant un iour devant luy, et prenant son ton fort haut dés le commencement de son plaidoyer, contre ce qu'on a de coustume , il ne se peut tenir de luy dire ces mots : Couvrez-vous , du Boisle^ et parlez haut , dont toute la compagnie se prit à rire,
<r) M. A. Mornac, en son observation sur la loy 14 , au Digeste , de iure iurando , parle d'un Rocbefort qui pourroit bien estre celuy-cy , mais il l'appelle François. Il escrit de luy une cbose remarquable qui est que la cour vouloit abolir le droict que les advocat? preteudoient avoir de ne pouvoir estre contraints de déposer ny descouvir en iustice la vérité du secret de leurs parties , amolilus tst apprimè , dit-il , tenaci propos ilo iiisuetum illud Freutciscus de Rochefort antè annos plus minus quinquagiata , ut accepi ab antiquioribus , postea Lud. Buissonius , Petrus du Lac , uinuœus Robertus, et alii plures, causantes^ inveteratum morem Curiœ, quo semper patronis indultumfuerat , ne occulta clientum suorum seu hona , seu mala proderent : sed quidquid obniti potuerint , decrevit semper ordo ampliss'.ssimus ut responderent de eo cuius esset qutsque sibi eonscius , etc.
(3) En i555 ou i556, il s'appeloit Christophe. (Blanchard et Miranmont, )
9t»6 Dialogue des adkH>cat^
le D0 vooê parierây point de M. Raoul Spifame , qui e^toîf des anciens de mon temps; car encores qu'on dise qu'il a\'oif esté du commencefioent asse2 fameux , comme estant d'une des bonnes maisons de la viKe , si est-ce qu'il déclina tant sur lar fin de ses iours , qu'il n'estoit remarquable que d^une- ebose. C'est que voulant reprendre ou tenir Vancienne marque d'bonneur des advocats et conseillers généraux du parlement', it se pi^sentoit à prester le serment aux ouvertures qui s'en faisoient à la Saint^Martin, avec une robbe d'escarlate, ce que ie n'ai veii faire qu'à luy, encores que, comme ie vous ay'dit cy-nievant, aux anciennes représentations qui se voient aux éfiHses, tes avocats se ti*ouvent en pareils et semblables babitar que les conseillers.
le viens dono maintenant aux advocats de ma volée , qtil estoient M^. lean le Maistre, lean de Villecoq , lean David ^ François de Montelort, Pierre Versoris , Louis Aleaume , lae-' ques Broussel , Manchevelle , la Yergne , Taverny , Breba» etquei^ques autres, qui nepouvans ou ne voulans continuer le travail du palais, se mirent aux eslats, les un»^ du parle* ment, les autres de la chambre des comptes' ou des autres cours souveraines , d'autres aux sièges presidiaux qui furent lors erîgezr Desquels partant ie me dispenseray de parler fors^ de buict ou dix , dont le premier sera M. Guillaume Ballty ( t)». président des comptes , père de M. le president^ €{ui vit- à pre* sent ; l'autre, M. Pierre de la Place ^ premier président en la cour des aydes , dont i'ay touche quelque chose ci-devant \ M. Pierre de Sailly, lieutenant gênerai au bailliage de SenUs; Gelée, lieutenant criminel j M. Georges Faguet, lieutenant de Chaumont ; de la Rue , pi*esident au presidial d'Abbeville ; lacquesde Montiers, sieur de Bois-Roger, lieutenant à Ppn^ toise , et M^ Gontier, qui , s'est an t fait pourv( ir d'un estât de conseiller au presidial de Scnlis , fut depuis lieutenant au bailliage du palais, qui tous eussent eu quelque part au barreau, s'ils ne s'en fussent pas retirez; et sur tous M. lean de la Rue, lequel par adventure devoit estre mis entre les ad**
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(i> Recen en 1549. ( Miraumont. )
du parlement de Paris, ai^j
Tocats dcr premier rang, car il estoit mon ancien de queisques années. G estoit bien un des beaux esprits qni fust au barreau , bien disant^ docte competemment, de tr es-bon iugement, et quiavoit du suc et du sang en son discours, avec une grande lumière naturelle et sans fard ; mais il estoit si suiet au ieu et à $es au très plaisirs, que la goutte et les autres indispositions qu'ils lui causèrent luy firent quitter le travail , et finalement retourner en son païs de Picardie , se faisant pourvoir de Testât de président au presidial d'Abbe ville , où il mourut.
Celuy-cy m'a fait présentement ressouvenir de trois autres Picards qui plaidoient assez souvent aux rooles d'A.miens et de Sentis , maistres Germain Martine , Gamard et Asseline. Mais ils napprochoient pas du bien dire de la Rue, et sentoient plus le ramage de leur païs, combien qu'Asseline eusC par adventore plus de lettres, 11 y avoit encore M. N. le Feron , mais il s'adonna plus à escrire des généalogies et armoiries qu'à son estât d'advocat. Bocheron avoit aussi esté advocat et sblliciteur de feu M. le connestable , qui le fit procureur ge* serai aux généraux des aydes, où il prit pour substitut de Coi4>îe , lequel y plaidoil souvent.
Quant à M. lean le Maistre, il fut advocat du roy pendant la Ligue , et depuis président en la cour, et y fut confirmé (i) par le roy à cause de Narres t de la loy salique, auquel il avoit présidé , arrest qui fut en partie cause de faire ouvrir les porter de Paris au roy. G'estoit de vérité un fort et puissant advocat , résolu en points de droict , de coust urnes et de pratique, fort prudent et advisé en ses causes , selon qu'il a fait paroistre tant au barreau qu'en l'exercice de ces estats. Depuis ayant resigné celuy de président à M. de Sillery, il voulut vivre et mourir privé en sa maison , en laquelle il consuitoit sans aller au palais, et estoit souvent employé aux ar bttrages. Ce qui n'es toit pas tout à fait de mesme en M. Pierre Versoris ; car encores que l'on allast à luy, c'estoit principa-
(i) En i594- (Miraamont et Blanchard qui fait son éloge.) M. E. Pasqaier en sa Lettre à M. Théodore Pasquier, son fils, liv. xvi , p. 244 et 245 , recite pins amplement ce qae dit icy lautheur.
3i8 Dialogue des ad^ocaiM
lement pour r'habiller les fautes qui se font quelquefifois en l'instruction des procez , comme de vérité il estoit plain de belles et subtiles inventions, et si fort entendu aux affaires du palais; qu'encores qu'il Teût par manière de dire quitté > toutesfois le palais ne le quitta iamais, sa maison estant un autre palais ; iusques-là qu'il luy falloit demander non seulement les iours , matinées ou apresdisnées , mais aussi les heures , lesquelles il distribuoit tellement aux uns et aux autres y qu'il y avoit perpétuellement des attendans en sa grande salle> pendant qu'il consultoit en la petite. £t comme il estoit ainsi recherché sur les dernières années pour les consultations , aussi avoit-il esté employé eu ses ieunes ans plus que nul autre de son temps aux plaidoiries, comme celuy qui parloit avec une éloquence vive, prompte et natu^elle (i), et avec une grande facilité et persuasion; ce qui le faisoit charger des plus grandes et plus belles causes de son temps , comme de celle des iesuites (2) , que nous plaidasmes ensemble , luy pour eux (3) , et moy pour l'Université de Paris, dont ie ne vous diray rien, d'autant que chacun en peut faire iugement, nos deux plaidoiers estant imprimez , sinon qu'ayant leu le sien depuis queisques années en çà , ie ne l'ay pas tant estimé a beaucoup prés , que i'avois fait lors que nous plaidasmes ; ce
Ci) M^ du Vair le compare ainsi avec M. Mangot au commencement de son Traité de Teloquence françoise. Nous avons ouj^ ; dit-il , au mesme temps MM. Mangot et y^rsoris; mais Vua estoit plustost un subtil iurisconsulte qui s' expliquoit aisément avec une parole pressée et aiguë ^ que non pas un grand orateur. L'autre ne manquai, pas dune parole pleine et aisée , d'un grand et beau iugement / mais ayant donné tout son esprit aux procez , il n'es toit pas à beaucoup près parvenu j'usques oà ta nature cultivée par l'art et toUidtude l'eus t peu aisément porter.
(2) Pasquier, en sa première lettre du liv. xxi, à M. de Sainte* Marthe , descrit amplement , comment il fut chargé de cette cause , et tout ce qui s'y passa.
(3) M. Pierre Fersoris, dit-il , sur la fin;de cette lettre, p. 676, grand advocat , plaidait contre moy pour les iesuites , tùdé des mémoires que luy administrait Caignard , iesuite , né natif du pays d'Auvergne , l'un des plut braves solliciteurs que iamais le palais ait eu, et pour tel l'ay-ie veu assurer pur feu M. le cardiiMl de Lorraine.
du parlement de Paris. nig
qui vient de la grâce et de la forée et poids qui e»t donné au discours par la voix et par Faction , mesmement par la sienne qui estoit belle et agréable , au prix d'une simple lecture morte , muette et inanimée. Vray est qu'il' avoit un vice, qui est , qu'il prononçoit ordinairement un A pour un E , et un E pour un A ; et si connoissoit-on en ce qu'il alleguoit des auteurs dliumanité , qu^l n'y estoit gueres versé : néantmoins à tout prendre c'estoit un grand advocat, et qui se passionnoit pour ses parties, particulièrement pour la maison de Guise ,• dont il estoit le principal conseil- : et de faict il mourut en moins de quatre ou cinq heures%, de regret et de deuil qu'il eut après avoir entendu la mort de M. de Guise qui £vkt tue à Blois.
Le plus attrempé et modéré advocat de mon temps fut M. François de Montelon , fils de feu M; le gardé- dfes sceaux de Montelon (i) , et qui fut aussi depuis garde dés sceaux , et tous deux auparavant advocats, lequel plaidoit si doucement, et, s'il faut ainsi dire, avec tant de défiance , qu'encores que sa cacise fust très-bonne, comme il ne s'en chargeoit iamais gueres d'autres , toutesfois il la rendoit douteuse par sa lentitnde. Tout au contraire M. lean Villecoq plaidoit avec une telle asseurance , qu'encores que bien souvent sa cause ne valust rien « toutesfois il sembloit qu'on luy faisoil grand toi*t de la luy faire perdre. Et ce qui i'advança principallement fut une plaidoirie qu'il fit pour un appelant du lieutenant civil Aubry, qui avoit corrigé une sienne sentence ; en laquelle il parla si librement, ie n'ose dire aigrement, qu'Aubi*y s'en tenant offeiîcé présenta sa requeste au parlement pour en avoir réparation , et y vint luy-mesme plaider sa cause ; à quoy de Villecoq respondit sur-le-champ si pertinemment, que les parties furent mises hors de cour et de procez , et depuis ce temps il fut assez recherché. Mais quant à Montelon , auquel
(i) Ce fut pendant que Ton fit le procez au chancelier Poyet, fft estoit lors aussi président, ainsi qu^il a esté remarqué par Miraumonç ; qui est peat-estre le seul exemple que Von puisse eotter d'homme qui soit diftmeuré président et garde des sceaux tout ensemble.
uSo . Dialogue des advocjU
ie retourne , il avoît acquis une telle réputation de {vroMfé , qu'où le croyoit sur ce qu'il disoit , non comme advocat ,• niaU comme s!il eut esté rapporteur d'un procez, sans lui faire lire aucune pièce. Aussi estoit^il un tres-faomme de bien, vi* vaut honorablement^ sansavaiice, ny ambition, vénérable, et craignant Uieu : ce qui le fit appeler par le roy Henry III , pour luy donner la garde des sceaux de France (i} , loirs qu'il» lurent ostez à M. le chancelier de Chiverny, lequel fut depuis r'appellé, M. de Montelon les ayant volontairement rendus, d'autant que le roy n'estoit lors catbolique (2}, dont oa parla diversement, les uns à son advantage, les autres à soa desavantage.
M. lean David estoit tout d'un autre naturel , car estant peu soigneux de son honneur, il se charg^oit indifïierefliment de toutes causes, et le plus souvent de mauvaises ) ce qui le faisoit bien souvent condamner en l'amende : à raison de quoy nous l'appel lions l'advocat du roy, d'autant qfi'en cel^ il faisoit plus gaigner au roy que ne faisoient ses advôcats. £t me souvient que se plaignant un iour à la fenesti^e, à la* quelle les advôcats plaidans se retirent en attendant que Jeui^ causes s'appellent , il disoit que l'on ne pouvait faire estât de^ caisses ^ d'autant qu'on perçoit souvent celles qi^'on pensoil gaigner, et au contraire l'on gaignoit eellies que l'on |>ensoit perdre \ sur quoy de la Vergne^ advocat , qui ei&€oijfc de son païs (car ils estoient tous deux Gascons) luy respandit qu'il f^lloit qu'il y eust de la faute du iugemeot de la cour <)u dju sien. Et comme il estoit cousttimier de parier latin «n ses plaldoieis, et du latin assez mauvais, le mesme \k A^ei^ne qui estoit facétieux disoit ordinairement de luy, que , qudqu« meslangc qu'on pust faire du . latin de David avec celuy de Cv-
(i) Ce fut en i588, en laquelle qualité H fit l'ouverture par harangue puhiiqzte, tntx derniers estats de Btoi's , comme remarque Miraamont , ^pi rappelle virum prqhœ et ifitegtrrimœfamte.
i%) Voyez en U "p^ge S? def Ppmcides de LoUel , lIobservAtién de Tautheur du Zele de reUgiou ,'et ^ l'Office 4e qaeste«ir.oa<lifncdlicr, •ù il parle d^ cette renotAçi^tioe îstà^j^.M^àû Monteloà au^JOcasK.
du parlement de Par΀, t&x
çeroBi, il iliscet*ner0i|; tousiottrs Tuo d*avec l'autre. Ce Bavid £StoU d'ailleurs tsxvt Adâeuz et lunbuleitt $ car ce fut |u^ qui apporta de Kome les premiers mémoires de la ligue , doiH ou ^ tant parlé > ^t qui ont produit et produiront tant de inaut à la France.
A ce David ressembloît aucunement M. Berthe , au moins en ce qu'il estoit souvent condamné en l'amende , à raison de quoy on Fappeloit par raillerie le petit Ainendier^ car il estoit de petite stature { c^mme aussi estoit un autre qui se fit prestre, de peur de payer ses debtes, lequel ie fis un iour condamner en l'ameade sur son plaidoyer , l'ayatit emploie ppur toute respqnse, plaidant pour l'intimé > et me semble qu'il se no^moit Granger ; qui sont des exemples que ie vous fecite afiA que vous vous eu gardiez et que vous ne vous chargiez point de mauvaises causes, mais que vous soyez joigoeux de vo^tre honneur et réputation. /
De la Yergoe fut celuy qui commença à faire imprimer des £ictiuns au procez qu'il eut contre M. le premier président le Maistre , son beau*pere , leqjuel il gaigna quasi d'une voix , iusq«'à faii*e dii*e par le rappoi*teur à M. le premier présidents qu'il acquiesçast à son appel, autt*ement qu'il seroit ^condamné en l'amende i ce qui monstre combien on estoit lor^ severe eu.iusiice pour ce regard, et combien les plus advisez plaideurs se trompent souvent en lem* faict. Il «e fit pas grand chose depuis au palais au prix de ce qu'il avoit fait auparavant à cause qu'il devint malade, et mourut jeune ^taiit travaillé de la pierre* M. lacques Brousse!, natif de Pontoise, y profita beaucoup plus ; aussi plaidoit-il plus souvent, et si fluidement et aisément que cela ne luy coustoit rien, et escrivoit de mesme^ et, comme l'on disoit sans aucune rature (i)^ tant il avoit l'esprit facile, la parole let la
(i) Cela a e«té vérifié par le registre des miiuites de «es escritures dpi^alais, comniuiùqtté par M. Broussel, aéy^oc»t en la coût, son yetit-,^5, et. fils aisoé d^ M* Broossei , conseiller en la ^and*chiiinbre< ijar jQn e^ect il y a peu de ratures dans ce registre , mais la lettre ei» est menue e^ di^ilê à lire-
nSs Dialogue des adtfoeats
plume coulante, et à commandement. Ce qui le faîsoît fbrC employer (i) aux causes communes tant au parlement que singulièrement en la cour des aydes. Aussi a-t'il fait une si bonne maison par sa diligence et espargne, que deuï de ses enfans se sont fait conseillers , Taisné premièrement au grand conseil, et maintenant aux requestes du palais , et le second* au parlement (2).
M. Louis Alcaume eust este grand advocat , s^l se fust assuîetty au barreau, comme il fit paroistre en une cause que ie plaiday contre luy pour un appellant d'un néant , qu*on avoit respondu sur une requeste, qui fut une plaidoirie assez nouvelle et célèbre ; mais il estoit homme de livres et de liberté , se contentant de son bien , et de la place de substitut au parquet dé messieurs les gens du roy, comme faisoient maistres Auge Coignèt, Laurens Deseroisettes , PhHbert de Longueioue, lean le Breton, lean de Luynes, Buchage , Grassèteau, Mosac, Automne, Matarel, le Yest et Maurile de Lorge. Matarel. plaidoit bien quelsques-fois , et le Yest encores plus souvent , mais non pas tant qu'ils eussent fait , s'ils ne se fussent point tant amusés au parquet. — Gela est vray, dis-ie , et me souvient que la première leçon que me donna feu monsieur Tadvocat du Mesnil, quand il me mit au parquet , fut de ne m'y point arrester, disant ce mot que i'ay •^,1 ■■ .i ■■ IIP ■■ ..,
(i)Pasquier, en sa dernière lettre, liv. xxti , page 801, racontant comme il n'estoit plus quasi connu au Palais , y retournant après une maladie de deux ans qu'il eut Tannée 1.559. ^^ fw^-ditriX , lespaceêe deux mois entiers sans qu'aucun procureur me demandast mon nom : et cependant ie voyais un Brisson , Brqusscl et quelques autres de ma volée , qui avaient empiété grande vogue.
(2) C'est M. Brousse! , qui s'est si bien souvenu de la tres-sage et
'chrétienne leçon de M. Pybrac, de ne rendre iustice au gré des courCi'
sans , lesquels emploient la plus part du temps le sacré nom et VaU'
thorité du roy contre luy-mesme, en )a faisant agir contre son peuple,
pour Tentretenement de leur lustre et de leur grandeur particulière ; et
'qui par sa probité et vertu inflexible aux attaques de la faveur et dis
i'interest, s'est rendu si illustre iusques aux pays estrangers, qn*tl
:n'est'pas besoin d'en dire icy davantage, puis que l'histoire conser«
vera assez «a mémoire , et la rendra vénérable à la postérité*
du parlement de Paris. 233
tousiours retenu, que le Parquet trompait son maistre. Aussi ne m'y suis-ie gueres amusé f. dont ie ne me suis point mal ti'ouvë. Aquoy i'adjoustay : vous ne dites pas aussi que le sieur Aleaume fust bien tost pourveu de l'estat de lieutenant gênerai d*0rleans , lequel il exerça avec beaucoup d'honneur et de plaisir, s'adonnant aux bonnes lettres, et singulièrement à la poésie latine , dont il estoit très bon ouvrier, ainsi qu'il appert par un livre que son fils (i) a fait imprimer depuis son decez, et singulièrement par un énigme d'une chandelle {p), qui se pourroit esgaler aux meilleurs poëmes^ latins qui ayent esté faits de ce siècle.
Buchage , continua M. Pasquier, estoit aussi sçavant en droict, et^entendoit fort bien la langue grecque. Brebart n'estoit point mauvais advocat, et fit une belle action contre moj, lors que les Polonois vinrent au parlement, et tenoit>ou aussi qu'il estoit sçavant en grec et en latin; au demeurant, il estoit assez commun. Gomme aussi estoient maistres Phi** lippes le Lièvre , lean Doujat , Pierre Bossu , Roguenan', Maurile de Lorge , Fiacre Guedon , Desfontis , Raphaël GaillauduD, Claude Fresle, Claude Mondin, Ican de Yilliers^ Claude Foucault, lean Cointerel, Forest, Hunault, Pierre André qui avoit charge des affaires de M. de Montpensier, lean Durand qui estoit gendre du procureur le Coigneux , et estoit natif d'Orléans, Claude Maté, Grervais Giroast, et pareillement M. Çhristophle Chauvelin Yendosmois, oncle de ceux qui sont à présent advocats fameux, de la Barre, le luge, et autres, qui revivent la plus part en leurs enfans, les uns dans leurs vacations , les autres dans d'autres charges, et aucuns par leurs plumes et escrits.
Il y avoit aussi M. René Baudart , lean d'Auvergne sieur Dampon , Augustin le Prévost, seigneur de Brevant , lès deux Mesmins et queisques autres, qui ne faisoient pas grande profession de le.urs estais, et encores M. lean Bacquet, du-
(i) jEgidius Alealmusy comme porte le titre de TËspisCre liminAÎre» (3) Intitulée, Obscura claritas.
^34 Dialogue des adifocati
f\}X^\ on o'a pA6 iftnt parlé de s<hi vivant (i) , qu'après son .deceiL; car il plaîdoit fort peu souvent, se rendant néant- «ilioips assidu aux audiences où il se tenoit derrière les barjreaui, et remftitjnoit soigneusement ce que Ton disoit, et les •^rrests qui s'y donâoîent , iusques à demander aux advocats J^s noms des parties , et les principaux poincts de leurs causes, dont il a si bien fait son profit , que vous en voyez les fruicts |>ar ses livi*e8 qui sont bien recueillis , mesmement ceux du jdoolaine de la France , des droicts d'aubeine , de bastardise fit^ aiitl^es , qui estoit son vrây sujet , car il estoit advocat du roy en la chambre du trésor. Et faut que vous sçacbiez la .response qu'il fit nn iour à nostre compagnon M. René Cboppin , lequel se plaignoit que Racquet luy avoit pris une bpnoe partie de ses livres de Domanio , qui sont en un lan- |;age latin assez rude et ferré : le vous promets , dit-il , qvlU ntn est rien. De i/erité, ie les ay voulu lire y mais U faut qiie ie vous confesse, que ie n'entends pas postre latin; le voulant blatxiei^ de ce qu'il sembloit affecter d'escrire rudement et obscttcement.
J^ous avions au$â M. lean du Vair, natif d'Aurillac, qui t^ni^t bfi^jueoup jde «on Auvergnac , et ne pût iamais bien l^arl/sr fraoçois , encores qu'ayant esté fait procureur gênerai J^,U reyiiè, et du roy en la cour des aydes, et depuis :^aistre des reffuestes , et en ces charges conversé avec toute :^rtê de personnes, et mesmement avec les courtisans, il '^u^t ffa moyen de changer son ramage ; et tèutesfoîs il a fis^ pei*e de M. du Vair, premier président de Provence, qui jp^rie et esci*it si nettement en françois , que nous n'avons point de livres composez en nostre langue , qui soient estimez à l'esgal des aiehs. le vous nommerois bien encore le TSoïr, Tusan, de Villars et quelsques autres. Mais Tun qui fut 1^ Noif, se retira bien tost du palais, ayant esté pour- •vèu.de la cui*e de Sainct-Iean. Medard Tusan ne s'y emploia
iamais gueres , et estoit plus cognu par la renommée de feu
(i) La mesme chose a esté remarquée cy -devant de M. Charles da Moulin.
d4i pm^lemetU du Paris» 2^5
moistrc lacqujQs TqMjD, jsoo oncle, koteur du Roy en la langue grecque ^ ^u'îl o'^stott de son oUôf. Et pour le regard de Villai^s, il plaidoit nettement , mais bien peu souvent ; et si mourut-il jeune r délaissant un âls qui avoit si bien estudié es bonneis letti^s m^ecques et latines, et en droict, que feu M. le président Brissoo le retira chez luy pour s'en servir en ses estudes; mais il ne fit du'tont rien au palais , et si estoit-il plus solliciteur et l'ecommendeur de procez , qu'il n'estQÎt advocat.
Voilà donc tous ceur dont il me souvient qui vinrent environ de mon temps au palais.
Vous en avez , dis-je , oublié quelques-uns que i'ay veus et qui estoient à mou advis de vostre temps , et valoient bien aucuns de ceux que vous avez nommez. C'est à sçavoir maistres Pierne Rigolet, LouysDesportes, lacques Denuet, Teroude, et Taverny.
Vous avez raison , dit-il , pour le ref^ard de Rigolet ; car à la vérité il estoit de mon temps« Mais quant à Oenuet , Teroude et Desportes, ils vinrent depuis moy, et les reservois à mon dernier ordre; neantmoins puis que vous m'en faites souvenir, ia parler^y d'eux en cet endroit. Teroude avoit un langage /igi^ ré et nombreux, «t estoit un roide joosteur, ainsi qu'il mopsjtr^ plaidant la cause du sieur de là €urée contre M. Brisson. \\ plaidiMt souvent pour i a feue reyne dé Navarre D)ere'4u ro^, laqueJleûidubitablement Teust advancé, s'ils eussent ^escu iu^ques à fii^esent. li fut en danger de sa personne à la Sainct-Barthelemy, parce qu'il faisoit profession de la religioci prétendue reformée , dont se retirant il revînt à r£glise. Ç^ 4|ue ne fit point Taverny ; car il y fut' tué : et tient-ou que ntil ne se deifeudist si vaillamment que luy, eh ce qu'ayant fecnié et bajYicadé sa maison , luy et son clerc en tuèrent plusieurs à coups d'arquebuses ayant. Içur^jngrt (i) ;
(i) Pas^nier escrivant à nostre authçojr, liv. v de «es Lettres, p. Soq, parle ainsi de cette action «de Tiavemy. 17m homme de rohbe longtM seulement , nomade Ta,verny^ lieulet^t^t 4e la mareschaussèê à la table de marbre du Palais , accompagné d'un sien servitetttf a acculé la pvpuhtce
^36 Dialogue des acU^ocais-
enquoy il se monstra digne de I estât qu'il tenoit ; car il estoit aussi lieutenant gênerai de la connestablie et maréchaussée de France; et si il ne laissott de plaider, mais peu souvent. M. Pierre Rigolet plaidoît plus fréquemment et mieux » et avec un assez bel ordre . et une douceur agréable , pureté de langage, lumière et rlairté d'esprit, et sans fard. M. lacques Denuet estoit un chasseur ordinaire , et neantmoins favorisé de feu M. le président de Thou qui estoit cause qu'il plaidoit souvent, quoy qu'il fust chanoine de leglise de Paris. M. Louys Desportes, Champenois estoit employé par le procureur Brucher, duquel il avoit espousé la niepce, comme aussi Gourion estoit employé par le procureur Feydeau , du quel il avoit espousé la fille. Mais ie vous diray une particularité de Desportes, qui doit bien faii'e espérer les-advocats qui n'auroient pas tant estudié que d'autres. C'est qu'ayant esté quelque temps clerc chez un procureur , il s'y fit si bon patricien , qu'ayant un peu auparavant estudié au collège , un sien frère qui estoit aussi advocat , mais que ie n'ay gueres connu , parce qu'il mourut ieune , luy conseilla d'aller aux universitez de droict ; ce qu'il fit : puis retournant au palais en qualité d'advocat , il y fît si bien ses affaires , qu'il a laissé une bonne maison , s'estant aussi fait secrétaire dii roy. Mais son premier et plus grand advaocement vint de la pratique de firucher dont ie vous ai parlé. Comme en gênerai i'ay remarqué ( et souvenez-vous de cecy ) , que plusieurs sont dévenus fameux advocats par la connpissance et alliance des procureurs , qui ont en cela plus de pouvoir que n*auroient les faveurs des conseillers, gens du roy, ny presidens, au moins quand d'ailleurs ils en sont aucunement capables ; car les grands adifocats s'adf^ancent assez d'eux-mesmes, l'en puis avoir oublié quelques-uns pour ne m'en par res-
devant sa maison t espace de huict ou neuf heures ; ayant cette ferme résolution en soxt après que les halles lui furent faillies , d'user de poix, lusques à ce qu'estant destitué de tout aide , il fut tué combattant vaillam- 'l'ekt^ après avoir fait sentir aux uns et aux autres ^ combien son .bras estoit pesant , etc.
du parkment de Paris, 237
souvenir à présent , et oboiis industrieusement d'autres qui sont dénommez au procez verbal de la nouvelle rédaction de la Goustume de Paris ; car plusieurs s'y sont présentez eu qualité d'advocats de la cour, qui n'en firent iamais aucun ou gueres d'exercice* Et si ie ne vous ay point voulu nommer un plus ancien advocat que ces derniers^ lequel estant d'assez belle taille et apparence , s'alla loger près de la maison d'une bonne femme qui avoit une fille à marier : et il allpit au palais avec un clerc qui portoit après luy un gros sac commun (r) comme s'il eust esté fort chargé de pratique , afin de se faire regarder. Il fit donc si bonne mine durant quelques mois , qu'on luy parla de se marier avec cette fille; à quoy il entendit fort volontiers, car il ne tendoit à autre fin. Les nopces faites, il continua à faire porter ce sao après soy, mais il ne rapportoit rien du palais que les sacs qu'il y faisoit porter, dont on commença à se fascher. Pour pourvoir à cela , il s'advisa de prendre d'un de ses amis vingt cinq ou trente livres de rente , le sort principal de laquelle il fit tellement filer, qu'il en r'apportoit à sa femme tantost un escu , tantost un demy, et continua à faire ainsi , tant que son crédit dura. Mais enfin ne trouvant plus de fats qui luy en voulussent prester, sa pratique faillit tout à coup ; de sorte qu'estant decouvert par sa femme , desja chargée d'enfans et de debtes , elle fut contrainte de faire cesser la tromperie de son mary, et de le nourrir du mieux qu'elle pût à ses despens ; car elle avoit du bien competemment , et estoit d'assez bon lieu \ ce qui sera dit en passant par risée , et pour monstrer qu'en tou^ tes ifacatiens et estats ily a des happelourdes.
Il me semble , dit M. Pithou , que. vous avez oublié beaucoup d'advocats qui pourroient estre compris en ce roolle , puisque vous y avez mis non seulement ceux qui ont fait continuelle profession de cet estât , mais aussi d'autres qui s'en estant retirez, se sont advancez aux offices. — Qui, dit M. Pasquier? — Messieurs Damours , répliqua M. Pithou , advocat du roy, et Pericard procureur, gênerai au parlement de
(1) Âdyocat qui se maria faisant semblant d'avoir de U pratique.
3i38 jyiafàgue des adi^ùKàts
Rouen , messieurs les Banots {M'ésidens • au gi*aml conseil , et un autret Bftriot conseiller au parle0aenl> leaii Fdullé, Antoine de Vignollcs (r), Pierre de Pardessus (-2), lean ie Boui^guignon , et auti*es, aussi conseillers; c^* i^ay trouvé aux papiers de feu mon &ere, qu'ils a^'oient esté tous advo^ cats. : — Yottsavez raison, dit M. Pasqifier, au moins pour le regard des conseillers Foulié , de Yignolles , et Pardessus , car ie les ay ouy plaider, mais ie les avois passés , d'autant qu'ils ont plus paru en leurs offices de conseil lei's qu'en celuy d'advoeat , particulièrement Foulié qui y fut assez peu heureux^ en ce que s'estant oublié en une cause qu'il conduisoit pour Tevesque de Sainct-Flour , prieur de Grournay, il luy fut deffendu par la cour dé s'en plus entremettre , et encores me souvient-il de quelque autre chose que ie ne veu^ point dire : ce qui fut neantmoins cause de son advancemént ; car ayant quitté Testât d'advoeat , il en acbepta un de conseiller en Bretaigne , et depuis en ce parlement (3) , ou ayant esté connu par la feue reyne mdre hors de service^ elle l'employa au mesnage de sa maison et principalement au reglemeiit de ses bois et forests , où il fit fort parler de luy.
Quant à messieurs les Bariots , ils ont esté peo de temps advocats , Véstans faits pourvoir, scavoir est maistre Philbert de Testât de maistre desreqoestes et de président au grand conseil , Claude de celuy d'advoeat du roy en Bretaigne', puis de maistre des requestes , et depuis de pi*esident aussi au grand consdU Et pour le regard du conseiller Banot , te ne Tay iamais veu advocat , estant desia conseiller en la grand chambre (4) quand ie vinsaii palais. -IVIats puis que vous m'en avez fait ressouvenir, te vous veux faire part de deux contes que Ton faisoit de luy, Tun du temps qu'il estôit advocat ;
(i) Blanchard dit qu'il fut receu le 8 février i565, lequel estoit peot-estre fiU de M; lean de VigiiûUes receu en i536.
(a) Receu le 5 décembre 1567. {Idem. )
(3; Receu le 2Ô novembre 1567. (Blanchard. )
(4) M. Pasquier estant venu au Palais dès Tannée i549i il ne peut pas entendre icy Philbert Bariot , qui ne fut receu que le 26 avril i553, selon Blanchard.
dn' pariemefU de Paris, l9^'
c'est qa'estant fort employée à faire des escritures-, desqudies il se fatsoit payev à raison de cinq sols pour rooUe , comme' ron a esté long- temps que l'oa rioutrepassoit point cette' somme, il se trouva un Normand , qui ayant baillé un double^ ducat à son clei*c pour une paire d*escritures ^ voyant qu'il s en falloit cinq ou dix sols que 1^ roolles ne revinsent à ceqne valoit son double ducat ^ il en demanda le reste au derc , qui le vint dire à son maistre , lequel voyant la tacquinerie de cet homme, luy dit qu'il avoit oublié un des meilleurs moyens de sa cause , qu'il luy falloit adiouster ; et de faict, luy dicta sur le champ un feuillet ou deux de plus, afin de luy en donner pour son argent. Le coûte est vrayment ridicule, et par adventure indigne de Testât d'à dvocat ; mais $i sert-il à; monstrer la nQïfveté du temps, esloignée neantmoins de» demandes excessives, et rançonnemens qu'on dit que font à présent quelques advocats*, qui ont donné cause ài'arrestdont on s'est plaint sur le commencement de nos devis.
L'autre conte est que fiariot s'estant depuis fait conseiller ^> estoit si amoui'eux de procez , qu'il prenoit plaisir à faire atta-^' cher ses sacs par Ordre en Tuue de se& -chambres , lesquels il alloit souvent visiter et compter avec autant de cxmtentenient que fait un laboui'eur ses ti*oupeaux de moutons ; ce que feu' M. le chancelier de THospital prtst plaisir de représenter par cesvei*s,
Nam memini quemdam plénum gravitatis , et annis ,
Burgundd de génie senem , cui mille ligcUis
Jnclurœ saecis pendebtint ordine liles : Mas omnes animi causd senul omnibus horis
Ille recensehat, minimumque putabat adasstm, Quid tandem lucri numéro speraret ab illo g Ut pastor, cui mille boves in montibus errant, Quem ferai ex vilulu fructum , quem Utcle reportet Pressa vel liquida , quem denique matribus ipsis , Subducit tacitus : nummo nec fallitur uno.
l'ay voulu apprendre ces vers par cœur, car ils le meritetitT bien : et veux que voussçachiez que c'est de lity qu'ils dotvent> ettre entendus.
a4o Dialogue dès adfocats
Et quant au président Vialart , fils du président de Rouëti , duquel ie vous ay parlay, ie ne Tay iamais veu , ny oûy dire qu'il ait fait la charge d'advocat , d'autant que si-tost qu'il en eust preste le serinent , il fut pourveu de l'office de lieutenant conservateur des privilèges royaux au Chastelet , et peu après de lieutenant civil , puis se fit conseiller, maistre des requestes, pi*esideQt au grand conseil , et finalement premier président de Rouen. M. lean le Bourguignon fut pourveu de Testât d'advocat du roy au Chastelet. Pour le regard de Damours et Pericard , ie les ay veus à la vérité advocats en cette cour, et ils. y furent employés , mesmement Pericard à cause du procureur Martin, son beau-pere, lequel estant procureur de feu M. le connestable , le fit pourvoir deJ'office d'advocat du Koy^ et depuis de procureur gênerai à Rouen. Comme Bamours y fut depuis advocat du roy, s'estant retii'é du palais par iin desdain de ce qu'ayant esté condamné en deux amendes de fol appel en une audiance, et s'estant Qxcusé de plaider une troisiesme cause qui fut appellée incontinent après , et son excuse n'ayant esté trouvée raisonnable, il n'y voulut plus retourner. Et quand tout est dit , ces derniers nommez ont plus paru en leurs offices qu'en la charge d'advocat, à raison dequoy ie n'en avois rien dit , n'y ce matin parlant des advocats du temps de François I**^, ny cette apre§dinée continuant à parler de ceux qui ont plus approché de mon temps, à quoy il est besoin que ie
revienne.
Ceux donc que i'ay veu venir au Palais depuis moy sont maistres Barnabe Brisson, Guillaume Aubert, Renaud Loiseau , Pierre Airaud , Louis Chandon , TbieiTy Cochon, Raoul Parent, lean de Siruingues, les presidens du Faur, Faye, et Jacques Mangot , advocats du roy, lean Bodin , Pierre Escorchevel, Claude du Buisson , les Amelots , Pierre Pilhou , René Bautru , sieur des Matras, lacob du Val, et quelsques autres que vous me rameute verez j car ils ont quasi tous esté de vostre temps comme du mien; mais ie vous prie, dis-ie, avant que dépasser plus outre, nous- expliquer ce que vous entendez quand vous dites si souvent , un tel estoit bon , ou n'estoit
du pariement de Paris. %^%
guei'es bon ftdvoeat (i), comment on le peut devenir, et à qiioy il se doit principalement estudier; car c^est ce que i'attcndois long-temps y a de vous , et en quoy ces ieuneft hommes pourront plus profiter ; comme aussi i'ay entendu de mon fiift que vous leur en avez promis quelque chose ce matin.
Gomment, dit M. Pasquier, vous en dirois-je les vraies marques ou préceptes, veu que Ciceron n'a iamais osé entre-^ prendre de dire résolument en quoy consistoit la perfection de son orateur ? De vérité i'ay autresfois escrit quelque chose sur ce sujet , mesmement en une lettre (2) envoyée à mon fils que votlà (3) , laquelle est imprimée avec les autres , et à laquelle on pouiToit avoir recours. — le l'ai leuë , dis-iè , maifi il y a si iong-temps que vous l'avez escrite , que ie croy que vous y pouriîez adjouster quelque chose , et nous vous en prions tous ensemble trefi instamment. — le le feray donc , respondtt-il , puisque vous m'en priez en si bonne compagnie , non pas pour vous en donner les préceptes , mais seulement pour monstrer à quoy on se doit principalement estudier ; car ie ne suis point ^i difficile , que ie désire en notre advocat toutes les perfections que Ciceron, Quint ilian, et les autres requièrent en leur orateur, ou Galien en son médecin^ comme un naturel si heureux, un esprit si clair voyant, une grande institution ou exercitation es bonnes lettres et science», un choix des meilleurs maistres et précepteurs, une estudê si
(i) Préceptes oa marques d'un bon advocat. A quoy il est bon d*adjouster l'advis que donne M. Grotius au liv.. i**. de ses Ept^ammfè en ces vers :
DS OTFICIO ABYCCATI.
Qui sancta sumls arma civilis toga , Cm se reorum capita , fortunœ , deeus , Tutenda credant g nomini prvstnjidem Jw4s ÈoctràoÈ; ipsê die eattstun tibi , Liiemque durus arbiter prajifdica ; Voto elien^um jura metiri time , ,Nec quod colorem patitur, idjustum puta, Peccet necesse est sape , qui nunquam negai,
(2) Cestla sixième du liv. ix de ses Lettres.
(3) Tlieodorê Pasquier.
a 4^ Dialogue des adpocals
continuelle quHl y employé le iour et la nuict , une recherche si exacte du bien et du mal > pour scavoir aisément discerner le vray du faux ; car ie n'estime pas que cette grande et haute éloquence populaire que l'on recherche tant , soit la princi* pale partie de nostre advocat. C'en est bien une , et des plus requises , mesmement es grandes plaidoiries ; mais ce n'est pas la plus nécessaire pour un barreau. Ce que ie désire donc en mon advocat, est qu'il apprenne à bien conduire un procez intenté ou à intenter, à dresser succinctement une demande , et à libeller un exploit, à minuter des r^questes, des lettres royaux , des requestes civiles , et d'autres lettres tant de la petite que de la grande chancellerie ; qu'il puisse faire un bon advertissement , des contredits , et auti^s escritui^es ; et lors qu'il faudra plaider, qu'il examine et mesnage toutes les particularités et circonstances de sa cause ; qu'il en prenne bien le poinct et s'y arreste, et le représente en termes bien choisis et intelligibles, et neantmoins plus serrez et renforcez que redondans ny superflus , en les fortifiant de raisons pertinentes, d'authoritez formelles et précises, de textes de droict, d'ordonnances, d'articles de coustumes, ou de décisions de docteurs , sans Tobscurcir ou noyer d'allégations superflues , quelsquesfois Tenibellir d'un trait d'humanité , voire de grec ou de latin comme en passant, et qu'il soit si à propos et si significatif, qu'il ne se puisse si bien exprimer enfrançois ; car ie ne suis point de ceux qui voudroient du tout bannir le grec et le latin du barreau , comme feroient volontiers quelsques-uns de nos délicats ou ignoraos, puis que nous avons à parler devant des iuges et des advocats , la plus part doctes en l'une et l'autre langue, pourveu que ce soit sobrement, et sans en faire monstre ny parade, -^ Au surplus , il est besoin qu'il sçache dresser des contracts de mariage et d'acquisitions , des transactions , et , si besoin est , des testamens , ce qui ne se peut faire sans avoir à bon escient estudié en droict civil et canon, sans scavoir les coustumes de ce royaume , les ordonnances de nos roys , ensemble les ari'ests généraux et décisifs des questions difficiles et douteuses , et sans une longue pratique , expérience et usage des affaires ; à
du parlement de Paris, 24^
ce qu'il puisse enfin non seulement bien conseiller ses parties, mais aussi fournir aux jeunes advocats des armes offensives et deffensives pour le soustenemeut de leurs causes.
Que s'il m'estoit loisible de passer plus avant, et que nostre advocat fust un iour honoré de Testât d'advocat du roy (1), comme c'en estoit iadis le chemin , ie desirerois en luy qu'il sœust d'abondant les droicts du domaine , des appennages , et assignats de messeigneurs et mesdames les enfans de France, des regales, des admortissemens , et autres droicts de la couronne , les généalogies et alliances de nos roys et des principales maisons de la France, et nos histoires, signamment celle de la dernière race de nos roys., pieux beaucoup que des Grecs ny des Romains , et sur tout qu'il eust esté longuement employé au barreau , qu'il eust manié les affaires du commua, et qu'il fust bon praticien; et quand il seroit question de faire des remontrances publiques , qu'il ne s'estudiast pas tant à apprendre par cœur de longues harangues relevées et faites à perte de veuë , ou farcies de tant de grec et de latin , qui sont souvent aussi peu à propos çn une chaire de prescheur , ou en quelque déclamation de collège , qu'en UQ barreau et en l'audiance d'une chambre dorée, mais qu'il prist peine de remonstrer et de reprendre les fautes que les advocats et procureurs pourroient avoir faites au parlement passé ; et quand il seroit question de plaider à l'ordinaire , qu'il reprist sommairement ce qui auroit esté diversement dit par les advocats des parties , pour en oster et dissipper les nuages, et l'esclaircir tellement que la vérité et équité apparoissant, la Cour en peust estre soulagée pour y donner promptement son arrest, ainsi que faisoit fort bien feu Monsieur l'advocat du Mesnil , vostre oncle.
Eu somme , ie désire en mon advocat le contraire de ce que CiceroQ requiert en son orateur, qui est Teloquence en premier lieu , et puis quelque science de droict ; car ie dis tout au rebours , que l'advocat doit surtout estre sçavant en droiçt et en pratique , et médiocrement éloquent , plus dialecticien
(i) Qualités et parties d*an bon advocat du roy.
a44 Dialogue des aAH>càts
que rhéteur, et plus homme d'affaire» et de îugement que de grand ou long discours, l'en parle par adventare trop librement , mais puis que vous m'y avez poussé , i'en ay dit entre nous ce que i'en pense.
Et comme il vouloit repi'endre \è coui*s de ses advocats , ie luy dis : puis que vous en estes venu si avant , ie vous prie vouloir aussi dire à ces ieunes gens une chose de laquelle ils m'ont souvent requis , qui est , s'ils se doivent accoustumer à escrire leurs plaidoiei*s (i).
le vous diray, dit M. Pasquier, non pas ce que vous devez tous faire , car chacun a son talent, et divers naturel, mais ce que i'ay fait pendant que i'ay esté employé au palais, vous en retiendrez et ferez vostre profit , ainsi que vous adviserez. Quand ie vins premièrement au barreau , i'escrivois entièrement ce que ie pensois devoir dire , et l'apprenoîs par cœur, et m'en trouvois bien, et Tay pratiqué depuis aux plus grandes causes dont i'ay esté chargé , et trouve que c'est ce qui m'a fait mon style de parler et d* escrire. Es moindres causes ie me contentois de faire un bon et fidèle extraict tant de mon sac que de celuy de ma partie adverse, et d'y- remarquer le principal poinct , en y adjoustant quelque ornement dont ie m'advisois, pour ietter l'œil dessus, quand ma cause s*appelioit ; car de parler sur le champ sur ses pièces, comme j'en ay veu aucuns de mes compagnons, ie V admire plustost que ie ne i approuve, d'autant que quelque bon esprit que l'on ait , en plaidant ainsi tumultuairement et sans y avoir pense , l'on ne peut trouver si promptement ce que l'on desireroit , et esehappent souvent des choses que l'on voudroît retenir.
Yoilà de bonnes leçons, dis-ie , pour nos enfans, et aime bien autant cette digression que le récit que vous nous avez si soigneusement fait d'un si grand nombre d*advocats ; car TOUS en avez nommé plusieurs, dont il me semble que vons vous fussiez bien passé , et croy qu'il y en a auiourd'huy de vivans qui voudroient estre morts pour estre mis en ce
CO Qttcl est le meilleur d'escrire ou d'apprendre par cœur ses plaidoiers ?
du parlement de Paris. %^
Qompte ; tQutesfois vous reprendrez vosire fii quand il vou& plaira
le TOUS diray pouix]uoy ie Tay fait, respoodit iVF. Pas-^quier : le sçay que i'«n ay ncHnoié plusieurs qui et»totent non seulement médiocres, mais aussi asseï mauvais ad vocats; mais outre que ie me suis estudié à n'oublier personne de ceux qui ODt esté employez de mon temps, i'ay pensé d'en dont er par là plus de lustre aux meilleurs, en ce que dai)s un si grand* nombre , l'en ay remarqué si peu de louables pour les plaidoiers, consultations et escritures de conséquence; ioint qu'il oe va pas ainsi de Testât d'advocat comme des poëtes , desquels on dit qu'ils sont tous bons ou tous mauvais, sans qu'il yen ayt de moyens ou médiocres , au lieu qu'entre les advo^ cats il y en A dé§ pi*emiei*s et des seconds rangs, et, comme l'on dit communément, de la pi^miere , seconde et troisiesme douzaine; et encores les uns qui plaident, les autres qui es^ crivent y et d'auti'es qui consultent, et mesme aucuns qui conduisent simplement des affaii*es, qui ne laissent pourtant destre bien employez. l'en ay connu un -que ic ne veux point nommer, qui ne plaidoit ny ne consultoit, ny n'escrivoit que fort peu et assez mal , lequel n'a pas laissé de faire une bonne maison en qualité d'advocat, ayant une telle adresse, qu'es* tant chargé des affaires de plusieurs maisons , il sçavoit choisir un bon advocat plaidant, quand il en estoit besoin ; un autre pour escrii^e et consulter; et conduisoit si bien son faict, qu'il estoit plus recherché que beaucoup d'autres meilleut*s advocals que luy.
le suis donc maintenant aux advocats qui ont esté receus depuis moy, entre lesquels iene parleray point de Messieui^s du Faur et Mangot, advocats du roy, m'estant advancé d'en parler cy-devant; mais ie commenceray par M. lacques Faye, qui fut aussi advocat du roy , homme de grand sens et sça-r voir y et puissant en son parler ; mais ie ne le puis , sous cor-> rection , appelier gi'and homme de palais , d'autant qu'il se mocquoit des formalitez de iustioe ; en quoy il me semble qu'il s'abusoit i car encores qu'on ne doive point s'arrester aux formalitez , quand la iustioe de la cau8« «ppaitiist d'ail-
^^6 Dialogue des ad^ocats
leurs, toutesfois il ne le» faut non plus mespriser que les cérémonies en faîct de religion , car ce sont comme les cerceaux du muid qui retiennent le uin, et empeschent qu'il ne se répande, ou comme le ciment qui colle et retient les pierres du bastiment ; et il importe grandement de conserver les formes, bien conclure, soit par un exploit, soit en plaidoirie, et bien former une conclusion pour dresser et prononcer un arrest ou autre iugement, et parler en termes accoàstumez, sans se licentier de les changer ou altérer, selon ce qui nous vient en fantaisie; mais M. Faye avoit tant d'autres belles parties, que ce deffaut se pouvoit couvrir ou supporter en luy, car il estoit d'ailleurs un grand homme d*estat , ainsi qu^il fit paroistre au voîage de Pol(^ne , en Fexercîce de son o£Sce de président , lors que le parlement estoit à Tours, et aux affaires esquellesil fut employé sur la fin de ses iours au conseil du j^y pendant le plus fort de nos derniers troubles, où il mourut de i*egret de ce que les affaires du roy n'eurent point lors le succez que luy et tous les bons François desiroient. Quant à son éloquence, ie Hi'en remets au iugement de ceux qui ont veu ou verront les dix remonstrftnces qui ont esté imprimées, les unes de son vivant, les autres après son decez, par la lecture desquelles il se verra qu'il estoit tres-iûche et abondant en belles pensées , et principalement en similitudes et comparaisons inimitables.
le viens maintenant aux advocats de mon temps , qui sont en bien grand nombre, mais ils sont la plus part vivans, desquels partant ie ne puis parler; mais ceux qui sont décédez sont en premier lieu M. Guillaume Aubert Poictevin , lecjuel ne plaidoit pas mal , mais il ne trompoit assez souvent en ses causes , ce qui le fit aucunement reculer, au moins retirer de nostre barreau , pour se mettre à la cour des aydes, où il fut advocat du roy. M. Renaud Loiseau fut employé aux affaires de la duchesse de Yaleutinois et de M. le duc d'Aumale son gendre, mais ce fut au temps que la duchesse estoit hors de eredit , à cause dequoy il ne fut pas si advancé qu'il eust .esté , ioint qu'il entreprit un procez pour une succession qu'il esti-* pioit estre escheuë à son fils, pai* Le decez d'un sien plus proch«
du parlement de Paris. 247
parent maternel , contre de& parens paternels plus esloignez , lequel il perdît par la ]*eg1e commune » paterna paternis , que Ton iugea devoir avoir lieu en la coustume de Chartres , quoy qu'elle n'en portast rien , comme par tout Je royaume, de laquelle règle il s'estoit mocqué par ses escritures et factums, en ces mots qui ont depuis couru au palais , paterna paternis, lanterna lanternis ; aussi ne vescnt-ii pas long-temps après , délaissant son fils fort jeune, qui fait maintenant si bien parler deluy parlses escrits , que Ton peut dire d'eux sans que le père s'en ofifençasty s'il estoit vivant »
Tildes meUor pâtre ^
Sur cela i'adjoustay que la mesme'cbose se pouvoi't dire de deux que ie ne pou vois oublier, maistres lean Amariton et Nicolas Bergeron , Fun pour avoir esté mon régent , l'autre mon coexecuteur du testament de feu M. Ram us , tous deux' doctes aux bonnes lettres et en droict , mais non si bons advocats, au moins pour le regard de la plaidoirie, en laquelle les Amaritonç paroissent plus que ne faisoit leur père.
Quant au fils de Bergeron , il n'a point tant suivy la vocation de son père , mais une autre qui luy vaudra mieux par advanture.
Sur quoy i'adioustay encores que i'avois remarqué au barreau que la plus part de ceux qui avoient régenté au collège,, venans au palais , quelsques sçavans qu^iis fussent , n'y avoient pas ordinairement si bonne part, que ceux qui y venaient plustost , bien qu'ils ne fussent pas si doctes qu'eux ;. tesmoin M. lean Pougeoise qui y vint long-temps après ces deux, lequel s'estant rendu admirable en ses leçons et déclamations, ne respondoit nullement à ces premières monstres, quand il vint à plaider, mais s'y rendait aucunement ridicule; ce qui advient à mon advis pour deux raisons; l'une qu'ils veulent trop faire les sçavans, au lieu qu il faut cacher son jeu ^ l'autre, que quand un jeune homme se met de bonne heure à plaider, chacun le favorise tellement , que s'il fait quelque faute, on l'excuse facilement, et luy donne t'on courage de mieux faire. une autre fois, au lieu que l'on rebute ces mais-
248 Dialogue de$ adi*oeaU
tr€6 es Urts, s'ils font la moindre faute du bio»de{ qui e>t cause qu'ils se retirent et se débauchent quasi d'eux mesmes» Toyans que ceux qui ont esté leurs disciples , sont bien sou* vent plus favorablement escoutés qu'eux ; ie vous prie ne, voua tenés pas pour cela interrompu.
Non, dit M. Pasquier; ie suis bien aise que vous m'aye&. prévenu en ce discours : car i'avois délibéré d'en dii*e quelque chose. M.Pierre Ayrault, poursuivit M. Pasquier, fut aussi pourveu de i'estat de lieutenant criminel à Angers dont il estoit, et s'y retira sur la fin des grands iours de Poictiei^s de l'an 1567, encore qu'il plaidast assez bien et doctement, mieux beaucoup que ne faisoit M. lean Bodin Angevin, quelque grande et exqube doctrine qui fust en hiy ; car il ne luy succéda iamais en plaidoirie qu'il ait faite. L'on ne peut pas. faire iugement des plaidoiers de feu M. Pierre Pithou vosti'e frère , d'autant qu'i7 ne plaida iamais qu'une êeule cause; et neantmoins il semble qu'il n'eust pas mal fait s'il s'y fust ^ssuietti ; mais sa pudeur et ses estudes ie retenoient et possedoient du tout. Il escrivoit assez souvent pour ses amis , et tousiours si exactement et si doctement, qu'il enjuisoit peu, et il y fut plus employé depuis qu'il fut^ revenu de la chambre de Guyenne , qu'il n'avoit esté auparavant. Il commença, deslors à entrer aux consultations, et s'il ne fustsitost decedé^ il y eust eu bonne part; car outre qu'il estoit. très docte en droict, il avoit un si grand iugement en toutes cho-. ses, qu'il ne s'y tronipoit gueres, et entendoit fort bien le palais.
N'en dites pas davantage , dis-ie j i'espere faire voir à ces ieunes hommes , et à vous aussi , si vous en voulez prendre la peine , ce que i'ay escrit de sa vie ; aussi bien que de celle de M. l'advocat du Mesnil.
le viendray donc , continua M. Pasquier, à M. lean Ghandon Masconnois, lequel avoit une voix et parole fort douce et agréable , prenoit bien le poinct de sa cause , et la faisoit foit bien entendre. Il avoit premièrement esté conseiller au presidial de Lyon , dont estant venu à Paris, il se mit à plaidei*, et bientost après fut appelé aux affaires de M. le duc de Ne-
4h parUmtni de PaHs. %49
vers pour lequel il plaidoît souvent > et en cofise<(uènoe pour ses officiers, domestiques et sujets, et conduisoit leurs principales affaires du palais, dont M. de Nevers receul un tel contentement , qu'il le fit pourvoir d'un estât de mais(re des requestes, oomœe son prédécesseur avoit fait recoonpenser d'un estât de conseiller de la cour M. lean de Lamoignon son advocat , duquel i'avois oublié cy-devant de parler, et qui fut depuiis maistre des requestes. £t c'est ce qui fait, qu'en la* corrupf ion du siècle où nous sommes , ils sont aucunement excusables d'avoir continué à s'entremettre des affaires de la maison de Nevers , à laquelle ils sont tant obliges. Le sieur de Lamoignon estoit père de M. de Lamoignon , à présent oonseiller* M. Ghandon fut depuis premif r président de la cour des aydes , lorsque de Neuilly fut renvoyé en sa maison , et en a exercé Testât, iusques à ce que l'ayant quitté à M. de Seue, son gendre , qui avoit aussi esté advocat aussi bien comme son père, il s'est retiré en une sienne maison des champs pour y vivre et mourir en repos ; qui a esté une belle résolution et closture de sa vie. Restent les .... Sirvinges, Escor-* chevel , Ghauveau , Poncet , le Breton , Bautru , du Buisson et du Yal. Entre lef>quels les .«.. estoient plus recherchez par les procureurs , estant fort ardens à la pratique , comme aussi avoit esté leur père , que ie vous ay nommé cy-devant , et sur tout le second des deux fi'eres, qui estoit bien le plus hardy, ie n'ose dire davantage , que i'aie connu au palais. G'est celuy qui mourut assez jeune aux grands iours de Troyes ; car son aisné ayant espousé une riche héritière, et se voyaut plein de biens , se fit assez tost maistre des i^equestes , comme fit aussi M. lean du Yair, dont i'ai parlé en son rang ; lesquels ne pouvoient oublier le mestier d'advocat j car ce sont eux qui ont commencé les premiers à attirer la pratique au siège des requestes de Thostel. Quant à M. Thierry Cochon sieur de Gondé , il estoit assez bon advocat, et toutesfois du commun ; aussi ne faisoit il pas estât du gain du palais , ayant d'ailleurs du bien competemment, et notamment la seigneurie de Gondé près de Rlieims, dont il estoit natif; et pour ce il estoit au-* cunement employé aux affaii*es de feu M. le caitlinal de Lor->
i5o Dialogue des ad^ooats
raine , archevesque de Rheims, qui le fit aussi bailli de Sainct- Denis en France , dont il estoit abbé. Pour le regard de Poucet , il n'estoit pas si bon advocat qu'il s'estimoit ; aussi s'occupoit-il plus à son estât de lieutenant au baillage du palais, qu'eu celuy d'advocat. Et quant à M. Raoul Parent, ie le pouYois passer, d'autant qu'encore qu'il eust fait profession de Testât d'advocat , si est ce qu'il le quitta du tout, s'estant mis si avant dans la dévotion, qu'il estudioit plus en théologie, qu'il ne s'employoit aux affaires du palais. Sirvinges ne paroissoit gueres qu'au roole de Lyon où il plaidoit souvent contre M. Louis Buisson , estans tous deux du pays de Beaujolois ; ou Forest , qui sont du droict escrit : ie dis Buisson^ nostre compagnon qui vit encore en grande réputation , ce qui fait que ie ne diray rien de luy. Mais il me fait souvenir de M. Claude du Buisson natif de Molins en Bourbonnois, qui estoit un sçavant et honneste homme , et bon advocat ; mais il a peu vescu. Comme aussi M. Pierre Escorchevel^ fils de M. Escorchevel , conseiller au parlement. Que si ces deux estoient auiourd'huy vivans, ils scroient des principaux cou-, sultans entre leurs compagnons; car ils estoient doctes en droict , en pratique et usage du palais , et en toute sorte de bonnes lettres. Chàuveau , fils de M* Iulian Chauveau , procureur, n'eût pas esté mauvais advocat, encores que tout petit qu'il estoit, il eust une voix de prescheur, comme il le devint bien tost après, ayant esté pourveu de la cure de Sainct-Gervais ; et eust fait parler de luy, si la mort ne Teust prévenu , le roy lui ayant donné l'evesché de Senlis.
l'ay aussi veu venir en ce temps maistre lean de la Barre, Guillaume le JNormand, René Bautru, Denis Sachot, Charpentier et plusieurs autres. Mais Bautru voloit d^ine plus grande aisle qu'eux tous ; ie ne diray point qu'il f'ust plus docte qu'aucun d'eux ; mais il avoit la langue mieux pendue, et, s'il le faut dire , plus angevine. Quand il vint premièrement au palais, il usa d'une belle ruze , en ce qu'ayant plaidé à Angers une cause des esprits revenans en une maison louëe, il la vint plaider à Parisï avec un tel artifice, l'ayant apprise par cœur, qu'il se rendit Jncontinant admirable, si
du parlement de Paris, i5 1
qu'on disoît de luy ce qu'on escrit de l'image ou signe de Phidias, simul aspectum et probatum est, lè luy ay veu faire d'autres belles , longues et éloquentes actions , et il s'advanceoit sans doubte aux plus hauts degrés de sa profession, si la mort ne l'eust prévenu au milieu de son esté. Gomme aussi faisoit M. lacob du Yal qui vint tost après au palais , où il fut assez longuement sans se monstrer ; mais enfin il y eust si bonne part, qu'il tenoit quasi tout le barreau, et se mit tant au travail, qu'il ne dura pas longuement; qui fut une grande perte , tant pour le palais que pour sa maison.
le ne vous ai pas mis au nombre de nos aidvocats plusieurs de ma connoissance, qui s'estans faits conseillers , y ont acquis du renom et de l'honneur : comme MM. lacqaelot, Anroux,. et autres qui sont auiourd'hui des premiers conseillers du parlement. Car encores que M. lean lacquelot eust acquis quelque nom pour avoir plaidé en la cause de Gabrîeres et de Merindol , de laquelle ie vous ay c^-devant parlé , bi n'estoit il que du commun, non plus qu'An roux et les autres? de sorte qiie l'on a quasi tousiours connu estre veiitable ce que l'on dit communément , que d^un médiocre advocat on entait un boi\ conseiller.
Sur ce que ie luy dis : vous ne devriez pas pourtant avoir passé sous silence M. Charles de Mai*illac; car il avoit acquis autant d'honneur en peu de temps qu'il fut au barreau, que d'autres qui y ont esté toute leur vie.
II est vray, rëspondit M. Pasquier; c'estoit un des plus forts et abondant en ban sens et e^i sçavoir qui y fust lors; mais vous sçavez le temps où nous sommes^ et le peu de compte que Ton fait des advocats au prix des conseillers^ comme l'on s'en est plaint au commenceu^ènt et non sans cause. En effect, ses parens ne luy donnèrent pas le loisir de faire monstre de sa suffisance , ny de la force de son esprit en Testai d'advocat , ny la mort , de ce qu'il promettoit en son office de conseiller ; car il fut ravy en la fleur de son âge ; i'en dirois davantage s'il n'eust poiut esté ma nourriture. — £t sur ce il se teut, comme s'il eust eu achevé son propos , n'eust esté que ie luy dis : \qus en avez oublié uu
352 I>miogU0 des oA^cais
de vostre dernière volée, qui meritoit bien d'y estre re^ marqué. — Et qui? dit-il. — Feu M. Antoine Hotman, iuy dis'ie, fils de feu M. Hotman» conseiller^ — Vous avez raison, respondit-ii , mais vous l'avez mieux connu que moy, d'autant que i*ay quitta le palais , au moins le barreau , depuis que i'ai esté pourveu de mon estât d'advocat du roy en la cham« bre des comptes : et pour ce ie vous prierois volontiers de dire pour moy ce que vous en sçavez. Tres-\'olon tiers , àts4e ; c estoit un tres-suffisant homme , et qui cbassoit , comme Ton dit, de race, estant fils d'un bon conseiller, et frère d'uB jçrand iuri^coosuiie assez connu par ses esciits, tenant de la prud'bommte de Tun et du sçavoir de tous les deux , n't^ gnorant riçn du droict civil ou canon , ni des bonnes lettres requises en sa chaire , comme il a &it paioi&tré , tant par ses escrits qui sont doctes et iudicieux,que par les remonstrances et pLaidoiers qu'il fit en parlement, lorsqu'il fiit éleu advocat du roy durant la ligue (i). Aussi commençoit-il d'entrer aui consultations, et d'y tenir dignement sa place, ayant les
(i) Il ne fat point pourtant si fort Ugueur, qu'il ne rendist dans cette charge un fort bon service au roy Henry IV, xnesme «u pla$ fort de la faction d'Espagne , lorsqu'il fut question de la loy salique ; comme aussi son frère François Hotmunavoit fait auparavant, ayant escrit en faveur du mesme roy Henry IV, contre le cardinal de Bourbon, son oncle, pour la succession de la couronne. M. de Saincte- Marthe en cet éloge de François parle ainsi de cette action d'Antoine. Sed et ûlterum eius famiUœ decus AHtotùwm Francisci JrmlJVin , qtu's silentio preterire ferai / Hic eiUjn iUe est , qui furetUe Lutetid , càm on? ipsum advocat i regij munus ah henoticis esset evectus , in edjunctione sic se géssitt ut clusis factiosqrum inanihus consiliis ^ in supremo senatu legiiimam régis potestatem , et Salicœ legis auctoritalem y nec sine vitœ pdriculo ïuéretur ac dejènderet ; non minofi aertè mérite , quàm si regias partes ah initio seeutus esset. Pour raison de qaoy le roy lui voulant faire qiiel> que reconnaissance , il luy envoya deui. mille livres , ne pouvant le conserver dans cette charge, pour ce qu'il y avoit deux autres advocats du roy titulaires. C'est pourquoy, comme dit Pasquier, au liv. xvi de ses Lettres, escrivant à Théodore l'asquier, son fils, il s'en retourna après les troubles en son ancien rang d'advocat simple , qu'il exer- Cuit àupétrat^ant Sa femme nommée leanne Abtolu a esté réputée samcte» de laquelle le sieur Aavray aiait la vie.
du parlement de Pans, 453
les textes de droiet et les décisions communes du palais en main , et sur tout le îugement bien certain. Il estoit en effet meilleur advocat qu'il ne sembloit à le voir, i*essemblant aux Silènes d'Alcibiade; car il avoit assez peu de façon^ et, si ie Tose dire, peu de grâce, et la mine désagréable, mais très-bonne, lors qu'il parloit. Il mourut pulmonique , et avant que de mourir, il prit la peine d'aller voir et prendre congé de ses compagnons , comme pressentant sa mort : pour le moins me fîst-il l'honneur de venir* chec moy , et deceda bien tost après.
Sur ce il sembla que M. Pasquier voulut se taire tout à fait, et mettre fin à nostre iournée ; mais nous luy dismes : Vous oubliés le principal de vostre compte , et le premier de vosti^ dernier roole , n'ayant rien dit de feu M. Brisson. — Hélas , dit-il , iè ne l'avois point , et ne le sçaurois îamais oublier, ie traisnois mon propos , et le reçu lois tant que ie pouvois , dautant que ie n'en sçaurois parler qui^ le cœur ne me crevé et m'en fusse volontiers dispensé ; mais puisqu'il a esté nommé le pi'emier (comme il le meiîtoit bien), il faut finir par luy. Bourreaux coniurés , avez vous esté si cruels et si barbares que de mettre la main sur la personne sacrée d*un président de la cour (i) ^ la lumière de la science et de laliterature de la France, la perle et l'ornement de l'Europe» un^ homme de si grande et admirable mémoire , accompagnée d'un iugement si certain en toutes choses, fors en celle qui l'a conduit à la destinée de son malheur (2)? Au surplus ,
(i) Il fat fait président en i58o.
(2) Il semble que nostre autheur veuille icy entendre ce que M. le président de Thou a dit dans le liv. en de son Histoire, pages 194 et 195, sous Tannée 1691 , où il descrît comme M. le président Brison, pensant s'entretenir pendant la ligue avec les deux partis , en condescendant et s*accommodant à quelsques entreprises des factieux, et cependant tenir le premier rang avec authorité dans le parlement en Fabsence de ses confrères, dont plusieurs av oient esté emprisonnez dans la Bastille par Bus^i le Clerc et autres de sa faction , et d'autres s'estoient retirez en divers lieux, s'esrtoit trompé dans son dessein, qniayoit réussi tout au contraire de son intention, lui ayant caAsé
254 Dialoijue des ath^oeats
qui estoit d'un travail si infatigable , qu'il eust fait luy seul (i) plus que trois des plus suffîsans hommes de son temps u-eussent peu faire dans les lettres, dans les procès et dans toute sorte d'affaires. O que M. de Mayenne et les conseillers qui l'ont assisté ont acquis d'honneur et de gloire , quand ils ont fait une iustice si exemplaire de ses meurtriers et sacrilèges : et la cour de parlement encores plus, quand estant retournée de Tours , elle a receu la recherche qui s'en est faite , et puni de mort tous ceux qui s'en sont trouvés coupables (2),
la mort violente dont il est icy parlé. Car Toicy ce que M. de Thoa tesmoigne en cet endroit de M. Brisson, lui donnant d^ailleurs les éloges qull meritoit : Bamabas Brissomus , dit-il « felicissimo vir ittgenio, sive Uterarum studia , sive negotia forensia tractant ^^ ex advocato admodum famoso primiim Jisci patronus post f^idum Fabrum , dtin post Pompotiium Belleureum curiœ prœses creatus , non solàm inter Uteratos scriptisplerisque editis , sed in republicd ac prœdpuè in foro magnum, nomem merufirat. Vervan ambitio in eo erat immodica , adeo ut impotenti primas in senatu tenendi desiderio , cùm cœteri prœsides coUegœ aut fugd siBi consuluissent i aut Bastilià inclusi essent , abrogatd à rege defunclo curiœ ob rebelUonem urbis auctoritate , facile sibi persuadere passus sit , ut in ed uihilominùs maneret , ratus se eâdem facilitate , quam in explicandis causis forensibus experiebatur , plebis efferatœ animas moderaturum , et urbem , ut aiebat , régi légitima servaturum , nes^e in externorum manus dêveniret , ptudentid sud et ingenii dexteritate impediturum. Posteà tamen homo in Utium tricis , quàm in republicd administrandd magis versatus sera sensit, se involutos in errores delapsum , quibus extricare senumquàm cilrà capitis periculum posset ; auditusque est sœpiàs cum, amicis non sine gemitu et ductis ex imo pectore suspiriis dicere , se à VI decimanus ad macellum servari ; nec tristi de se augurio eventus defuit , etc. Et peu après il descrit sa mort. M. E. Pasquier, en la ji"., a*, et 3*. du liv. xvii de ses Lettres , escrivant à M de Saincte-Marthe , recite plus au long ce qui est cy-dessus, et particulièrement tout ce qui se passa à cette n^ort.
(1) M. Scevole de Saincte-Marthe en Teloge qu'il a fait de cet homme illustre , remarque cette grande facilité qu'il avoit à faire toutes choses, disant de luy, lorsqu'il parle de la commission que le roy Henry III luy donna pour rédiger en un, et faire le Code de nos loix de France, JJnum. maxime inter togatos , dit-il , idoneum iudicavit , cui gravem istum lahorem commit teret : quem tamen intràpaucos menses admirabili celeritatê perfecit.
(2) Les arrcsts qui furent rendus par la cour de parlement contrt
du parlement de Paris, ^55
nonobstant les pardons et remissions portées par les edicts (le paix ! car cet acte estoit inexpiable , sinon par Textinction de tous ceux qui y a voient participé ou preste consentement. Bon Dieu ! ne permettrez vous pas que le reste de ces tigres , qui s'estans bannis du royaume, se sont rendus vagabonds parmy les païs estrangers, soient appréhendez, afin d'en achever la vengeance? le vous prie, messieurs, me pardonner si ie ne dis autre chose d'un si grand personnage , que des malédictions et des imprécations contre ces barbares. Vous avez la plupart autant veu et connu sa suffisance et valeur que moy, et qu'outre son naturel admirable il avoit une doctrine tres-exquise , une appréhension et iugemènt incomparable , avec une industrie non pareille. Sans en dire davantage , les livres qu'il a composez et qui sont imprimez (i), ses plaidoyers, et les arrêts généraux par luy prononcez (2) , et les éloges que les plus doctes de ce temps ont
les coupables des assasinats et 'meurtres de MM. Brisson, Larcher et Tardif, sont imprimez ensemble à la fin d'un petit discours faict sur la moTt dudit sieur Brisson, imprimé à Paris en Tannée iSgS, chez Claude de Montreil et lean Riclier, qui contient aussi son origine , ses estudes, et les principales actions de sa vie.
(i) M Cujas rappelle quelque part Prœsidem formularium ^ à cause de son livre de Formulis^ duquel en outre il dit quelque part, duos in/elieissinzos partus edldit , Formularum librurà , et Jilium primogetu'tupi.
(2) M. du Puy a dans son cabinet un manuscrit iu-4 , coté 18, intitulé /'«r/'o/i/aMa , qui sont des Recueils ou Mémoires de la converti tion domestique et familière de M. le cardinal du Perron avec diverses personnes, où il y a au feuillet 4^ verso , ce qui suit : M. le président Brisson estoit un assez mauvais harangueur.- Il avait la parole fort laide , la présence et faction tout de mesme. Un iour faisant une harangue au rojTt '^ dit que pour quelque affaire qu'il proposoit , il estoit besoin
dune grande indagation .... M. de luy demanda ce que vouloit dire
indagation // dit que c estoit à dire recherche. M, de luy dit sur
cette response; si bien donc , monsieur, qu'au lieu de dire , il faut cherclier le roy et la reyne , il faut dire , il faut indaguer le roy et la reyne. Et en effet, quoy que le tesmoignage que donne M. du Vair de M. Brisson au commencement de son Traitté de l'Eloquence française, luy soit un éloge glorieux de sa haute suffisance, et tres-conforme à ce que nostre authenr a icy allégué des qualités excellentes qui estoient eu
^56 Dialogue des adv^ats
fait de loy dans leurs escrits , tesmoîgnent asseï ee qs^ es^ toit : et la douleur qui me pei*oe le cœur me oontraint de iQ'en taille y et me fait perdre la parole.
Me permettez vous doue , dis-ie , de la reprendre , et pour çlosture de cette iournée , de tous faire ouverttti*e d'une observation que iai faite sur ce grand nombre d'advocats que vous nous avez r'apportez. M'ayant fait signe qu'il le desiroit , et la compagnie pareillement , ie leur dis que i'avoîs remarqué par ces discours y que les plus excellens advocats de la GQur avaient tousiours esté Parisiens : et encores que MM. Riant, Terrieres^ Aubery, Mangot le père, Marillac, de Saincl-Mesloir, de Faur, Bechet , la Rue , Brisson , Chaodon , Bautru et autres, fussent des pramiers de leur temps ; toutes-fois ie voyois que MM. Seguier, de Thou» Boa-
lay , si est-ce qa*en ce qai est de son parler, il revient à ce qu'en disoit M. du Perron. Apres ceux-là nous es toit resté , dit-il , M. Brisson , qui depuis fui président., personnage certes ineomparahie ^ et qui a monstre à nostre siècle , combien un seul esprit peut concevoir de toutes les sciences ensemble. Ce serait le trop louer, que de le louer par mon iugemetit ; mais Je puis après celujr de tous les plus grands hommes du siede , soit de nostre France qui en a porté beaucoup , soit aussi des nations estranges , bsy donner cette louange , qu'il ne s*est trouvé homme de son temps qui ait scea plus de choses ensemble. Oestoit un estrange travail , une incroyable mémoire , une merveilleuse vivacité , un grand iugement à ce qui BStoit des lettres et du palais. Plust à Dieu qu'il eust veillé à rendre mu reste sa fortune meilleure , et éviter la calamité qui nous l'a osté. Qu'il n*eust beaucoup de parties d'hommes éloquent , // ne se peut nier : car il avort donné du temps et de testude. Cela se monstroit assez en ses actions plus elahourées ; es communes mes mes son langage estoit orné, et s'y voyait un ardue, et ime suite dun homme qui parie avec art. Mais aussi y avait-il plusieurs choses qni le recaloient bien loin à mon ad vis , de la perfection. L'une, qu'il aymoit mieux paroistre sçavant qn'eloqaent ref ^i«r jce ne se doit il pas plaindre , s'il a rencontré ce qu'il cherchait. Ses discoun estaient si remplis de passages , d'allégations et dauthorites , qu'à peine pauvait-on bien prendre le fil de son oraison. Car vous sçaves combien cela tinterrompt. Davantage il affectait de dire tout ce qui se pouvait sur un sw^t , de sorte que laÂondance Cempesehait , et la multitude estait à ce qu'il avait de beau , sa grâce et venusté. Beaucoup desireit de luy en eelk plus dé iugemeut.
du parlemefU de Patiê. 'iS']
guier, da Moulin^ du Mesnil , Bourdîn , CûùtLje, TMori», de MonteloD, Robert, k Maistre ^ Faye, Mangôt , adTocat du roy^ Escorchevel , Hotamn , dà Yal , et plasiearB autl*eft Parisiens» estans nm en contrepoids, feroieni peAcher la balance de leur costé » tant pour leur gi^and et eteinent sçâvoir, que principalement pour leur bon sens et îugemeHi naiui^el, et pureté du UÛigage françûis ^ au lieu qu'en U pluspart des autres on i-econnoîssoit du picard , de l'auver» gnacy du Jyonnoisy et de leur jai*gDn naturel et estrauger.
l'eusse peust estre eu raison de vous adioaster au nombre de ces Parisiens , d'autant qu'ayant survescu non seulement tous vos compagnons i mais ausii par manière de dire vous mesme, lorsque vous avez cesse de venir au Palais, et quitté les affaires plustost qu'dUes ne vous eusient quitté, on vous pourroit c^asi compter parmy ceux qui sont décédez. Mab puisque vous vous estes donné ce commandement de ne parler d'aucun vivant , ie suivray vostre loy, et me deporteray d'en dire davantage. Un iour pourra venir auquel quelquesuns reprenant nos devis , les commençans par vous comme par nostre doyen, et continuans iusques à leur temps, nommeront ceux qui vivent à présent , qui à mon advis ne cèdent en rien à leurs devanciers , soit en sçavoir ou doctrine profonde de droict et des bonnes lettres , connoissance et intelligence des langues et de l'antiquité, soit en mémoire , en fermeté de iugement et resolution , en inventions , pui*eté de langage , éloquence , action , ou en quelque autre partie qu'on puisse requérir en l'advocat ; ie prie Dieu aussi que ce soit en prud'bommie et fidélité.
Cependant vous devez tous prendre courage de travailler, et estimer que de quelque païs ou nation que l'on soit , il y a place pour tous au barreau, du rnoin^ pour avoir part à ce beau et fertile champ du palais ; et espérer de vous rendre capables d*estre un iour appeliez aux plus hautes charges du royaume , y acquérir des commoditez et des biens de ce monde , pour en faire part à ceux qui en ont besoin , et principalement de l'honneur et du contentement, n'y ayant prince, seigneur, ny personnage de si grande estoffe
a58 Dialogue des ad^ocats du parlement de Paris.
pu fortune , qui n!aist affaire du conseil et de l'assistance de Tadvoçat en ses plus impoi*tantes affaires , et non seulement pour la conservation de ses biens temporels , mais aussi de son honneur , et quelsquefois de sa propre personne ; vous exhortant sur tout a servir de deffense aux innocents, aux veui'ves , et aux orphelins , contre Toppression des plus puissans, selon le commandement de Dieu. Enfin vous devez
vous EFFOECSa DE CONSERVER A NOSTRE OrDRE LE RANG ET I^'hONNEUR que NOS ANCESTRES LUY ONT ACQUIS PAU LEURS ME-^ RITES ET PAR LEURS TRAVAUX POUR LE RENDRE A VOS SUCCES- SEURS.
Sur ce , liousestans tous levés , nous rémesciasmesM. Pasquier, et nous prismes congé les uns des autres , et chacun s'en retourna assez .tard dans sa maison»
Appetidiùe au Dialogue de^ actiH)cats, etc. ajlg