Des citations
lieu , j'ai vu ce préjugé défendu par un avocat général aussi recommandable par la pureté de son caractère que par le talent qui le distingue. Il a même été jusqu'à dife que Cifjas et Savary étaient à peu près les seuls auteurs qui eussent ob> tenu l'honneur d'être. cités de leur vivant.
Cette opinion , comme tant d'autres sur lesquelles on est divisé, ne partage les avis que parce que chacun ne la voit que du côté des inconvéniens qui le frappent davantage. Alors on abonde dans son sens, et Pon ne fait plus assez attention à celui d'autrui. Le moyen de solution sera donc dans un examen réfléchi des objections, poui'* y démêler ce qu'elles peuvent avoir de vrai ou d'exagéré.
Certes j'accorde beaucoup à ces deux vérités : que la mort classe irrévocablement les réputations, et qu'une jurisprudence éprouvée par une longue suite d'arrêts est la seule qu'on puisse regarder comme certaine.
Cependant il ne s'ensuit pas , à mon sens , qu'on ne puisse pas citer un bon arrêt, parce qu'il est isolé. Je n'accorde pas non plus que la mort soit indispensablement requise pour qu'il devienne certain qu*un auteur a raisonné juste. Je crois qu'on peut consulter avec fruit et citer avec avantage ses contemporains. Il y a plus ; je crois que lors même qu'on eût pu autrefois adopter l'usage contraire , le temps où nous vivons comporterait une décision toute différente.
J'af&rme d'abord que de tout temps les auteurs contemporains ont été en possession de se citer mutuellement, tantât comme ennemis , tantôt comme auxiliaires. Ouvrez le corps dé droit, vous y verrez à chaque page les jurisconsultes s'autoriser les uns des autres ou se réfuter réciproquement. On y reconnaît ceux de même secte qui soutiennent leur opinion mordicus conti^ ceux de la secte opposée , et les graves erciscundi qui se présentent plus tard pour les départager. Dans le nombre, plusieurs étaient contemporains. Cicéron, orateur, oite souvent le jurisconsulte Scévola : ils vivaient dans le même temps. Rien ne serait plus facile que d'accumuler les mêmes exemples donnés par l'antiquité.
Il faudrait ignorer bien complètement rbistbire du moyea
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Âge pour ne pas savoir avec quel acharnement les littérateurs et les érudits de cette époque peu polie s'attaquaient et se réfutaient mutuellement. Pour ne parler que des jurisconsultes , et du premier d'entre eux , quels combats le docte Gujas n'eut-il pas à soutenir contre ses envieux ? Qu'on lise , si quelqu'un en a encore le courage , les variantes de Mérillc et les animadversions de Robert , que Fabrot ne voulut pas insérer dans son édition, ne mânes iratos Cujacii haberet, et auxquelles Gujas se crut obligé de répondre sous le nom à'Antonius Mercator, Mais si Gujas eut à essuyer ces déboires dans les écoles et avec d'obscurs rivaux, il trouva une plus juste appréciation de son mérite dans les orateurs du barreau , qui , de son vivant , et au fort de sa gloire » le citèrent souvent comme une autorité.
Tel fut encore Dumoulin. A peine eut-il enfanté son commentaire sur le titre des fiefs de la coutume de Paris , qu'il devint classique au Palais et y obtint le plus grand crédit.
D'Argentré en Bretagne ^ Coquille en Nivernais, et en général tous les principaux commentateurs des coutumes, à mçsure que leurs livres ont paru , ont été cités dans les plaidoyers et dans les consultations des avocats du même temps.
Mon assertion est vraie , surtout pour les auteurs qui , au lieu de commenter le droit en général , s'appliquèrent à en éclairer plus spécialement quelques parties. Il n'existait que des traditions incertaines et quelques règles éparses sur le domaine \ Ghopin s'empare de ce sujet ; il publie son traité deDomanio Franciœ ; le roi enchanté ( sur le rapport de son chancelier ] liii confère la noblesse , paisible conquête que les ambassadeui*s du 16*". siècle ne lui ont pas disputée, et le voilà cité dans tout le royaume par les gens du roi, les avocats , et les agens du domaine.
J'en dirai autant de Loyseau , lorsque parurent son Traité des offices , et son Traité du déguerpis sèment ; de Bacquet , quand il donna au public son Traité des droits de justice ; et de Furgole , quand il publia ses quatre volumes sur les Testamens.
Aussitôt que ces doctes écrits paraissaient, tous les juris-