DISCOURS
VlOilOIlClf A L'OVrSIiTOIIB DXt CORrSBBifCBS DB LA BIBUOTBBQOB OBt AVOCATS »
LB I*'. dÉcBMBBB 1829,
PAR M. DUPIN AÎNÉ , BATONNIER DE LORDRE.
Tout droit Uoté trouvera parmi nou« de* defenaeurs.
Messieurs et cheas conf^ières ,
Mon premier besoin, comme mon premier devoir, en ou- Ti'ant cette séance, est de renouveler ici l'eipression de mil vive reconnaissance pour les anciens de f Ordre qui mont honoré de leurs suffrages en me nommant Bâtonnier. Loin de le dissimuler, j'aime à le redire, cet honneur de fiimilie défêré par mes égaux , par ceux au milieu desquels j'ai passe plus de la moitié de ma vie, m'a fait éprouver la joie la plus pure. J'y ai vu fa plus belle récompense de mes travaux , le prix de mon attachement inaltérable aux maximes de noire profession , et le couronnement d'une carrière entièrement consacrée , comme le sera la vôtre , à Vétnde du droit da tous et à la défense du droit de chacun. Puisse, Messieurs, mon élection trouver sa ratification auprès de vous , et devenir ainsi pour moi le gage le plus éclatant de l'estime et de l'amitié de tous mes confrères.
Messieurs, nous allons reprendre nos Conférences , .et je dois eu conserver le ton ; celui de l'abandon , de la confiance et de la confraternité. J'ai à vous entretenir de notre profession, des études qu'elle exige ^ des det^oirs qu^elle impose. Ce sujet a été mainles fois traité par des voix plus éloquentes que la mienne ; mais je n'ai point à craindre d'en parler encore eo présence d'un Ordre qui s'enrichit sans cesse par l'accession de nouveaux membres auxquels le devoir du bâtonnier eflt surtout d'expliquor nos usages et de trafïsmettie J. 1
nos traditions : devoir que mon honorable |>rëdé6ésséur ar su remplir avec tant d'assiduité et de dévouement.
Ce serait une erreur de croire que l'on sort des écoles de droit avec toutes les connaissances nécessaires à Tavocat. Sans doute, on y apprend tous les étemens de la science^ et trop d éloges ne sauraient être accordés aux savans professeurs» qui en déduisent les préceptes dans leurs leçons, et qui les fixent dans leurs doctes écrits. Honneur surtout à ceux d'entre eux qui, s'affranchissant d'une marche trop routinière, savent quitter les gloses pour s'attacher aux tettes, remonter aux sources, interroger l'histoire , user de critique, et emprunter à l'esprit du siècle une activité inconnue à leurs devanciei's l Mais en rendant un juste hommage aux profondeurs de 1» théone ,.on ne niera pas qu'il reste à Thomme des écoles à se ren- <drecapable d'appliquer ses abstractions aux affaires delà société. .\ S'il veut être avocat» juge^ arbitre, homme utile a se& concitoyens \ s'il veut consulter , plaider , bien juger, tracer des conventions, diriger une fA*océdure, faire valoir ua droit; de nouveaux exercices lui sont nécessaires poua* donner à ses premières études tout le développement pratique que comporte la profession d'avocat.
L'oi'ateur romain, que j'essaie ici de traduire , distinguait , avec une sorte d'ot^gueil quelque peu aiistocra tique , deuiL espèces de jurisprudence : l'une, pleine d'humilité et de sim* plesse , à l'usage des moindres citoyens , villageoise pour ainsi dire , et qu'on pourrait appeler , dans le langage moderne^ la jurisprudence de la petite propriété^ l'autre, au contraire , élevée ,. sublime , applicable aux plus grands intérêts de la cité, et di^ne d'être cultivée par les plus nobles esprits ; celle-ci, -comoke la nature elle-même, immense, uni* verselle, dont il faut aller puiser les élémens, iioo dans redit du préteiu^y mais dans les intimités delà philosophie i source féconde, qui , une fois découverte, nous laisse apercevoir sans peine l'origine de toutes les lois et le Ibndement de tous l«s droits (i).
i> I i I i' Il ■ ■■ I .1
(i) Una, humilis , sisiplex» et tit ita dîcai»> vllHcama , ad ^ioreni
Profession (fai^ocaU S
C est sans doute à cette jurisprudence qu'il faut appliquer ia définition qu'en ont tracée les jurisconsultes romains» lorsque, pour en donner la plus haute idée, ils Tout appelée avec une sorte d emphase, diifi11an4.n1 cUque huntanaruns. rerum notitia,jusU atque injusti scientia : vaste science ^ en effet, qui s'applique à tout ce que les lois ont pour objet de régler ; à tous les droits , à tous les devoirs , à toutes les obligations; à tout ce qui; sur la terre, peut s'appeler juste ou injuste.
S'il y a deux espèces de jurisprudence, il y a aussi deuc classes de légistes : les uns n'aspirent qu'à se rendre capables de la direction ou de la défense des intérêts privés j d'ailtres veulent réaliser, dans toute son étendue, l'idée qu'on se fait du véritable jurisconsulte. Pour ceux-ci, de nouvelles études, des études plus relevées et plus complètes sont in^ dispensables. Si tel est le but que vous voulez atteindre, ne vous contentez pas d'être licenciés en droit .* étudiez encore la philosophie , l'histoire et la haute littérature ; vous lo. pouvez facilement aujourd'hui que ces cours sont professés , près de vous^ par des hommes aussi honorables par relevation de leur caractère , que distingués par l'éininence de leur talent (i).
Etudiez la philosophie; non cette scholastique obscure et fntile qui, se comprenant à peine elle-même, ne peut que bien difficilement se communiquer à ses adeptes ; mais cette philosophie morale et pratique (2] qu'anime et que rehausse le sentiment religieux, qui est fondée sur la nature et l'orga- — - - ■- ■ ■ ■
nsnm plebis comparata : altéra ver6, excelsa, dîgna quac à maximis ingeniis colcretnr ; uempè, ut ipsa natura, universalts, . ingens : que non à protoris edicto, sed ex intima philosophie haurienda csset ; et
undè, semel explicatâ , fons leçam et juris inyentri facile posset
Et ailleurs : Quid enim est tantùm quantum jus civitatis? Quul
autem tam exiguum , quàm est munus hoc eoriim , qui consuiuatur, qaanquam est populo necessarium? De legibus ^ Hh. I.
Cl) MM. Villemain,Gnizot, et Cousin adjointde M. Royer-Gollar I.
(a)..... Jiistttiœ sacerdotes veram phtlosophiani, non siinulatani
affectantes. Loi V'-iff- Dcjustitid et Jure.
4 Profession tVaiH>ca(.
fiîsation de riioniine , sa cllgnité propre , la connaissance éclairée de ses droits , et la conscience intime de ses devoirs , envers Dieu» envers la patrie , «envers les autres hommes; celte philosophie que nous irions chercher encore à Técole de Platon et de Socrate , ou dans les offices de Cicéron , si elle n'avait pas trouvé son complément et sa sanction dans un livi*e plus parfait.
Lsl littérature que je désire voir cultiver à l'avocat n'est point cette littérature bizarre et forcée qui, méprisant tou» les modèles et dédaignant toutes les règles, se morfond à rechercher des effets extraordinaires, sous prétexte d'atteindre à de nouvelles beautés qu'elle es^t encore à produire* I maris j'entends parlei* de cette littérature forte et raisonnable qui a pour base le naturel et le vrai , et qui , appliquée à l'art oratoire, se fonde sur l'imitation libre des grands écrivains que le suffrage des siècles éclairés a recommandés à notre juste admiration. C'est là et dans l'étude de la nature que vous irez cheroher les grandes pensées , les belles images . les généreuses inspirations, et cette connaissance du cœnr hu-^ main indispensable pour en déduire toutes les combinaisons et tous les mouvemens qui peuvent assurer le triomphe de la justice et de la vérité.
V histoire, en tout temps et surtout h l'époque ou nous nous ti'ouvons, doit être l'objet des méditations de l'homme qui veut être orateur et publiciste. y oyez Cicéron : au Forum comme au Sénat, jamais il n'est plus fort , plus entraînant , plus beau, que lorsque s'interrompant tout à.coap au mificu d'une discussion , d'une preuve, il appelle en témoignage la vie ou les maximes de quelqu'un de ces grands hommes qui avaient fait la gloire de Kome aux plus beaux jours de sa prospérité ! £t Démosthène , fut-il jamais plus éloquent , plus sublime que dans sa harangue de la couronne, lorsqu'ayant à se justifier du reproche que lui adressait Eschine d'avoir conseillé des guerres fécondes en désastres , il adjura les niunes des guerriers morts à Marathon , à Salamine , à âMatée , et leur demanda si la Grèce n'avait eu de couronnes que pour 1rs victorieux > et si elle n'en avait pas aussi décerné à la va*
Profession ttat'ocal, 5
ïeuv malhciireuse et au patriotisme déçu dans ses plus légi* limes espérances ? — Mais cette étude aussi doit recevoir une direction particulière appliquée à notre profession. Sans né* gliger la connaissance des laits, l'avocat doit principalement s'attacher à rhistorique des institutions : il faut savoir ei| rechercher l'origine , découvrir les élémens de leur formation , les suivre dans leur perfectionnement et les observer jusque dans leur déclin. C'est au jurisconsulte qu'il convient » suivant le conseil de Montesquieu , « d'éclairer les lois par » l'histoire , et l'histoire par les lois. » Ayez donc toujours deux livres ouverts sous vos yeva., et c«nfisrez*les ao^neuse ment : le livre dei faits dans lequel vous chercherez à démêler le vrai d'avec ce que les apparences ont souvent de trom* peur ; et le livre des lois que vous n'isolerez jamais des cii*constances contemporaines qui ont influé sur les actes de I9 législation.
Approfondissez l'histoire de votre pays , de cette France sji belle el presque toujours malheureuse, peur avoir été Uvi*ée aux factions et mal gouvernée. Lisez tant que vous le pourrez les relations et les actes des étais généraux et les ordonnance^ rendues à leur soUintation. Feuilletez les registres du Parlement (i) : là , vous trouverez, en parcourant les harangues de nos grands magistrats, des discours inspirés par le patrio-» tisnie le plus pur et le plus éclairé; des moi'ceaux dignes de Taotiquité , dans ce qu elle eut de plus vertuenx et de plus grand ; et vous i*esterez convaincus de la vérité de ce qu'a dit uo illustre écrivain '. « Qu'eu France, c'est la liberté qui est » ancienne «t le despotisme qui est moderne. » C'est là que vous verrez , dans ee qni retrace le mieux leur image , puis-r qa'on j trouve l'empi^inte' de leur génie, les harangues de
(i) Outre les minutes originales , qui reposent aux Archives judiciaires et les recncUs partiels qa*on a publiés, il en existe plusieurs copies fort helles dans les bibliothèques particulières, où il est toujours possible de les consulter. (Celles de M. Delessert, de M. Boissyd'Âuçias , de monseigneur le duc d'Orléans t confiée à la garde de M. Casimir DeUvigne.) M. Dclessert m*a prpmis de donner son «lemplaire à notre bibliothèque.
6 Profession d'ai^ocat,
L'Hépitàl y de Serviii , d'Orner Talon ; là , tous renoontrerez les noms glorieux des Lavaquerie et des Mole ; des de Harlay et
de Malesherbes ; Malesherbes, organe imposant des sages
et vëridiques remontrances de la magistrature, quand son
pnnce était sur le trône ; et le consolateur assidu de ce roi
* malheureux (i) dans une pinson où le secours du bari*eau n'a
point manqué à la plus illustre des infortunes
Relisez aussi , croyez-moi , nos vieux jurisconsultes : ils sont trop négligés. Gardons-nous de les oublier, et de les laisser tomber en désuétude. Au méiite d un style qui, dans sa franchise , a souvent toute l'énergie et la précision des langues anciennes ; à la naïveté qui n'exclut pas la finesse , et qui place plusieurs d'entre eux , tels que Loysel et Pasquier, sur la ligne de Montaigne et d'Amyot , ils joignent la solidité des principes, la rectitude des raisonnemens , une érudition, j'en conviens, excessive alors, comme elle est trop faible à présent ; mais , en tout , une connaissance approfondie des sujets qu'ils traitent , et une source féconde pour quiconque y saura puiser avec discernement. Dans cette partie de vos études , ne craignez pas de vous égarer en rebix>ussant chemin. Pour arriver aux mines d'or, il faut percer les entrailles de la terre. De même , traversez, s'il ie faut , plusieui*s siècles, et pénétrez jusqu'aux temps où écrivaient Bodin, Coquille, Loyseau et Dumoulin.
Bodin, il est vrai , malhabile à la plaidoirie et même à la consultation, mais savant publiciste , député indépendant aux états de Blois, et qui sut sacrifier à son devoir la faveur dont il jouissait à la cour de Henri II. Ce jurisconsulte connaissait à fond l'ancienne constitution de la monai*chie
(2) On lit sur le monument ëlevé k Malesherbes dans la granfle salle du Palais de Justice, cette inscription , qu'on prétend avoir été composée par Louis XYIII :
STREJfUB SEMPSa FIDE1I5 , REGI SUC IfT SOLIO VERITATEM , PAJESIDICH IN CARCERE , ATTULIT.
Profession d'atfocai^ 7
française, et il a ooosigDe , dans Jed sîs livres de «a République f des faits , des maximes et des recherches que i'oa consultera toujours avec fruit.
Guy Coquille de Nivernais, sop collègue aux mêmes états, animé du même amour de la patrie , jurisconsulte exact et pixifond, que d'Aguesseau n'appelle jamais que le Judicieux Coquille; auteur également rem^irquable 1 soit qu'il explique lesorigiues de notre droit dans se^ lustitutes coutumieres , soit qu'il éclaircisse plusieurs points importans de notre histoire politique et de notre droit public, soit qu'il expose dans un traité ex professo les Libertés de l'église gallicane défendues par lui au milieu des fureuâ*s de la Ligue (i), soit •qu'il annote et commente les édits et ordonnarices rendus à la demande des états généiiiux auxquels il avait assisté (2). . Loyseau^ si profond, si net en traitant les matières les plus abstraites du droit ; historien et publiciste autant que jurisconsulte, dans son Traité des Offices et des Seigneu-
1^ 1^ I I I I»»» IL m I
(i) « Ce traité lui avait été dérobé de son vivant, et on ne le re^ -• trouva que vers le milieu du dix-septième siècle. • {Biog. mu'v.)
(3) Comme rapporteur des Cahiers du tiers-état aux seconds états de Bloîs, Coquille avait rassemblé des mati^riaux précieux que Guillaume Joly, éditeur de ses œuvres , a malheureusement retranchés de son édition : « Estant, dit cet éditeur, dans sa préface, des ma- '9 tières d'estat qui sont au-dessns de la portée de notre jugement ^ nous
» avons pensé qu*ii valait mieux supercéder » Il en est résulté
qae ces manuseiits se sont perdus. Cette perte est d'autant plus à regretter que , dans l'avertissement placé en tête de ses œuvres posthumes , imprimées in-4° » en i65a , on lit que probablement Coquille • n'avait pas omis d'observer plusieurs choses secrètes et dignes d'être » sçùes , et particulièrement les artifices que l'on apporta auxdits Es- » tats , afin ^éluder l'effet pour lequel ils avaient été assemblés. » — Et en effet , Coquifle a laissé percer dans une de ses épigramm«s latines» l£ ehagriq que tui cousait ia eorroption à prix d'argent et de places j exejr«:ée au sein même cl«s états, où plusieurs fivaieit^t fait leurs affaires au lieu de faire celles de la France .
Maxima pars terno quae régnât io Ordine , nummos
Largita , ad summos pcrtigit usquè gradus. Omnibns his Popali commissa est causa ; Teremur Nt pro n popali , rem siùi qaisque gérai.
8 Profession d'açàcai.
rlts; écrivain libéral et d un style si piqaant dans Topuscnl^ où il attaque y par le ridicule, le criant abus àcs Justices d^ inllage^ et àc& juges guêtres des seigneurs, avec une vei'i'eet une libei*té d'eipressions qu*un n'eût pas toléiées du temps de nos tribunaux de district.
jéyrault, lieutenant criminel au présidial d'Angers, contemporain des immolations de la Saint-Barthéleray, écrivait fous Cbaries IX , mais avec indépendance , avec amour de rbumanité, respeet pour le malheur et pour la défense des accusés. « Dénier cette défense , dit-il, serait un crime. La donner, mais non pas libre , c'est tyrannie. » Qu'a-t-on dit de mieni depuis cinquante ans ?
Enfin , étudiez Dumoulin , le plus grand de tous les jurisconsultes français , non-seulement par sa profonde dîalecti*- .que et son immense érudition , mais aussi par l'éiévàtioo et la force de son caractère; ayant pris pour devise ueritas vincit^ luttant corps h corps avec une constance inébranlable en fa* \eur de Tordre civil et politique contre les entreprises des ultramontains ; défendant le roi et le royaume contre l'invasion du concile de Trente ; résistant , comme à un impôt il*légale aux tarifs et aux exactions de la cour de Rome; bien supérieur en cela au timide Cujas, qui, pour éluder de répondre sur ces matières épineuses , disait prudemment à ceux qui le consultaient à ce sujet : Nil hoc ad JEdictum prcetoris^ cela ne tient pas à l'édit du préteur. Dumoulin , il est vrai, fut quelque temps calomnié et persécuté ; (calomnie et persécution sont les compagnes inséparables du génie! ) mats sa gloire, achetée même à ce prix, n'en est demeurée que plus éclatante aux yeux de la postérité; et, même de son vivant ^ il. mérita cet éloge que fit de lui le connétable de Montmorenci^ en le présentant au roi Henri II : « Sire , ce que votre » majesté n'a pu faire et exécuter avec trente mille hommes , » de forcer le pape Jules à lui demander la paix , ce petit n homme (car Dumoulin était de petite stature ) , l'a achevé » avec son petit livret. » C'est son commentaire sur ÏJSditdes petites dates, qui avait porté la conviction dans tous les esprits contre les abus et les malversations qui se pratiquaient
Prqfeêsion iCarocat. g
alors dans la chancellerie romaine. Doit-on k'tUotiner après cela que les livres de ce jurisconsulte aient été mis à Vimiea:?
Le souvenir de ce trait historique me fuit insister aupi*es de vous sur la nécessité de repi*eudre une étude jadis fort cultivée, et qui y depuis, a malheureusement cessé de faire partie de renseignement universitaire : je veux parler du droit canonique. Sans doute il ne s'agit plus des madères bénéficia*les y dont la connaissance serait aujourd'hui sans utilité. Maïs ce qu'aucun avocat ne doit ignorer, ce qu'il ne lui suffirait pas de savoir imparfaitement, ce sont les principes sur la nature, le i^^ouvcrnement , la hiérarchie de TËglise et sa discipline; riiistoire des usurpations toujours ci*oissantes de la coui* de Rornc^ et riiistoii*e con*élative des obstacles et des barrières que nos pères y ont apportés. Il faut qu'il connaisse ce que la loi civile ne saurait entreprendre sans porter atteinte à la liberté religieuse; et réciproquement qu'il sache bien ce qu'un roi , eût-il la piété de saint Louis , s'il a en même temps sa sagesse et sa fermeté , ne saurait négliger ui souiFi-ir sans manquer à sa. propre dignité, à rindépendance de sa couronne y et à la protection qu'il doit à ses sujets. Ces principes importans, souvent controversés, rarement bien connus, doivent être étudiés, médités à légal de nos autres lois ])o!itiques sur lesquelles ils exercent ^ant d'influence. Une 4 on naissance exacte du droit sera toujours le meilleur moyen de confondre V usurpation, et de lui résister avec succès.
Je sais qu'une philosof^hie , qui en cela se montre avec tixip de présomption, et dont, toutefois^ je ne prétends point médire, croit suffire seule à repousser les attaques de l'ordre ecclésiastique contre l'ordre civil, et à maintenir la paix des religions dans l'état ; mais en cela évidemment elle s'abuse. Les argutnens purement philosophiques , irrésistibles aux yeux des philosophes « n'ont pas la même puissance sur les hommes qui, par conviction , par habitude , ou même pai* respect humain, tiennent davantage aux croyances et aux pratiques de leur culte. L'ignorance ou la mauvaise foi accusent bientôt la philosophie iX athéisme, et ses seules doctrines ne /ont point autoiité. 1£.ïï effet, je n'appelle autorité que ce qui
lo Profession da%»oeat,
est capable de faire impression sur l'esprit de ceux que Ton J^réteud convaincre. Or, tel est l'avantage que procure la doctrine tonte faite des libertés de V Eglise gallicane. Ces libertés ne sont pas une invention moderne ; elles sont aussi anciennes que le christianisme parmi nous : elles ne constituent pas un prii^ilége ou une exception , elles ne sont qu'un ^'estige de ce qui, dans l'origine, formait le droit commun •de la chrétienté : elles ont pour elles la sanctiop du temps et celle des plus grands rois et des plus grands hommes que la France ait produits. Loin d'être opposées à la i*eligion, elles en font en quelque sorte partie. Sachez donc les connaître , afin de pouvoir les invoquer. Les tartufes ne pouri*ont point vous appeler athées, ni même hérétiques, quand, démasquant l'hypocrisie et résistant à des entreprises menaçantes poin* notre liberté et pour notre régime intérieur, vous pourrez dire à vos adversaires : Ce n'est pas un ennemi de la religion qui s'exprime ainsi , c'est Arnault et Pascal , c'est Nicole «tBossuet, c'est toute l'Église gallicane de 1682, qui vous •dit t «Conservez ces fortes maximes de nos pères, que l'E- » glise a trouvées dans la tradition universelle. »
Sur cette ligne imposante, vous rencontrerez les plus saintes lois du royaume, tous les actes de la magistratui*e française, les réquisitoires des a^'ocats généraux ; vous mai*chéz avec la puissance qui s'attache à cinq siècles de précédens / Dans cette carrière , tel d'entre Vious peut se montrer encore comme autrefois Pithou , Loysel et Pasquier, et réveiller parmi ses juges , avec l'ancien esprit parlementaire ^ le désir d'en continuer les nobles traditions. Entrez donc dans cette étude , je vous y convie. Elle est d'ailleurs pleine d attrait , puisqu'elle 8e lie aux faits les plus curieux de notre histoire , aux questions les plus élevées de notre droit public, à celles qui influent le plus puissamment sur la marche politique des afiaires , et sur la constitution de l'état.
Connaissez à fond la législation criminelle, afin de ne pas risquer, dans une défense mal pi*ésentée, la considération de votre Ordre , votre propre réputation et le sort de l'ac- «qséy qui a cru prendre un avocat. *..>w Cherchez dans cette
Profession (Taûocat. 1 1
étude les moyens de venger l'innocent , de soutenir le faible , d'adoucir le sort des malheureux t le ciîminel même a droit à Totre pitié. Apportes à cette partie de votre pi'ofesMon tout Je th\e que compoi*te le devoir de votra état, mais aussi toute la circonspection que peuvent ' réclamer les circonstances. C'est dans votre intérêt que je vous en avertis ; qu*un dévouement , louable dans son principe , ne dégénère point en une folle témérité! £u matière politique sai*tout, ne vous exposez point à être mal compris !.... Que sous la robe du défenseur on sente toujours battre le cœur du citoyen! Patronage difficile , mais bien* honorable. Source, hélas! trop féconde de calomnies, de'censures , et quelquefois d'inimitiés! mais qui laisse après soi des souvenirs et des consolations. Regardez en arrière, et jugez. Les accusations passionnées^...^ les condamnations de circonstance , ont bien souvent entraîné des remords! La défense, jamais!
Aux études supplémentaires que je viens de vous recommander, il faift joindre, si je puis m'exprimer ainsi, l'école d'application. Soyez assidus aux audiences, surtout aux audiences solennelles , et à toutes celles où vous saurez que de graves questions doivent être agitées. Formez-vous à l'exercice de la parole, en vous attachant , à mesure que vous vous en sentirez capables, à ces réunions particulières de jeunes avocats, où, devant un tribunal simulé, et dans des causes fictives , vous essaierez vos forces contre des rivaux de votre âge. Enfin , venez à nos conférences ; elles sont instituées pour vous 2 apprenez à discuter nettement et brièvement, comme aussi à délibérer et à rédiger ces consultations que nous sommes en possession de donner aux indigens , en y apportant tout à la fois cette sollicitude qu'attend de nous le malheni^eux qui implore notre patronage , et cette attention que nous devons mettre à ce que nos consultations ne servent point à entretenir de vaines illusions.
Enfin, Messieurs, profitez de vos années de stage pour étudier les règles dé notre profession , pour en prendre les mœurs , pour en recueillir les traditions. Yous les trouverez CD partie retracées dans le dialogue des Avocats, de Loysel,
• ft Profession iFatvàai.
Cet liîstorîen de notre ordra nous montre les avocats tels qu'ils furent dans des temps bien anciens , et tels néanmoins qu'il impoKera't qu'ils fussent encore aujourd'hui. Vous y verres ieurs habitudes et leurs occupations décrites avec une at* trayante Min pi ici té; comment ils passaient ieuvf^ après-dùiers ^ «e réunissant entre eux | our deviser sur les objets qui inté* 5'cssaient lien rs études et leur profession; comment les jeunes y donnaient leur avis , et recevaient la leçon des anciens.
Les avocats vivaient principalement entre eux, et dans Tinttiiité de quelques magistrats sans morgue, mais non pas «ans vertu et sans amour de la science, qui venaient se mêler à ces doctes entreliens dont la solidité rappelle ces graves dialogues que nous a transmis l'antiquité.
Dans cette vie commune et plus rapprochée, moins dîssî- |)ée que celle d'aujourd'hui , on voyait se resserrer incessam* ment les liens de cette cohfratvrnité si justement célébrée ati fnilieu de vous par un de mes prédécesseurs (i); doux sentiinci.t , où chacun se ti'ouve à Taise , et qui a tant de charmes pour ceux qui savent s'y abandonner avec cQnfiaocey san$ détour et sans vanité.
C'est la confraternité , Messieurs, qui nous impose le tou-» chant devoii* de jeter un dernier regard sur la tombe de ceux ^e nos confrères que la mort nous a ravis, et de payer un juste tribut d'éloges à cenx qui ont marqué leur passage au milieu de nous par une exacte observation des ^ règles de leur profession. — Tel fut notre confrère Gautier, mort si jeune «^ncore et si plein d'une dévorante activité. Je retracerais de<> vant vous en cet instant les principaux traits d'une vie digne d être racontée , si en me faisant , à la demande de sa fa« mille, ^éditeur de l'ouvrage posthume qu'il nous a laissé sous le titre modeste ^Etudes du droit commercial , je ne lui avais déjà payé ce tribut de l'amitié.
Tel apparut encore au milieu de nous notre jeune confrère Vulpian » si tôt enlevé à sa profession , qu'il honorait également par les qualités de son cœur et par son- talent ! Spij'i-*
(i) M. Thëvenin , bùtonuicr en 18:17.
Profession iVai'ocat. i3
tuel anteur. d'ouvrages et d'écrits qui faisaieiit déjà pressentir jusqu'où son mérîte aurait pu s'élever ; F^iilpian aimé ei regretté de tous /
Mous confondrons daus les mêmes regrets Mérilitou (Xavier) , dont l'émulation active marebait sur les traces d'un frère que les libertés publiques comptent au rang de leurs plus fermes défenseurs.
Je voudrais enGn vous retracer la vîe si pure , si pleine de bonnes œuvres et de belles actions de M. Billecocq, mort après avoir fourni une noble carrîère , laissant parmi nous uu paiJum de vertu qui rend l'ordre entier veuf de sa perte et père adoptif du plus jeune de ses fils. Ce parfait avocat uous adonné de beaux exemples et de bons écrits; il a été parmi nous le meilleur des conft*ères et le modèle des bâtonniers ! On peut inscrire sur sa tombe, P^ bonus! — Ah! qu'il eut raison de choisir pour sujet d'un des discours qu'il vous adressait la confiance que l'atH}cat doii avoir dans ses anciens ! Comme ses paroles sont empreintes d'un caractère de bienveillance, de justice, je dirai presque d'onction propre à inspirer le sentiment qu'il veut recommander ! Helisez ce discours , Messieurs , abandonnez- vous aux paternelles inspirations qu'il coutient; aimez vos anciens; sachez \ous confier à eux : c'est un heureux moyen d*instruction pour ceux qui manquent d expérience , et qui sentent tout le prix d'une bonne direction , d'un sage conseil et d'un généraux appui.
Je l'ai éprouvé à l'entrée de ma carrière , en m'attachant , dès que je l'ui pu, aux chefs de mon Ordre, à ceux dont la supériorité, objet de mon respect et de ma timide émulation , m'admit aux avantages d'une collaboration où j'ai trouvé in« struction solide, avis sincères, heureux encouragemens. Fcrey, Poirier, Delacvoix-Frainville , qui tour à tour fûtes mes guides, et que j'aurais voulu pi-eiidre pour modèles, recevez ici l'hommage de ma reconnaissance ! Elle vous serait acquise saus partage , si je ne devais la reporter d'abord sur un père qui fut mon premier et pendant long -temps mon seul maître (i}«
(i) Charles- André Dapin , reçu avocat au Parlement de Paris ca 1778, trois fois député de la Nièvre,
i4 Profession d^avocai.
J'en dois aussi l'expi^ssion vivement sentie à cet antre ju^ . nsconsulte qui m'honorait de sa bienveillante amitié , dont j'ose à peÎMe me vanter d'avoir été pendant huit ans le collègue (tant ce titre laissa toujours de distance en nous), dans un Conseil (i) ou son premier mouvement était toujours de plaider conti*e son illustre client, pour ne se rendre qu'après avoir épuisé toutes les objections. A ces traits vous recon» naissiez M. Henrion de Pansey, ce vieillard vénérable» dès long-temps appelé le Nestor de la magistrature française \ le seul dans ces temp» modernes qui n'ait redouté la comparaison avec aucun ancien; ami de nos institutions, et qui savait les défendre ; digne organe de nos lois , leur plus sage et leur plus fidèle intei*prète; jadis avocat en exercice; n'ayant toutefois plaidé qu'une seule cause » mais ce fut une cause de liberté (2)! Admirateur de Dumoulin, docte abréviateur de son Traité des fiefs , et son panégyriste dans un discours prononcé devant une assemblée pareille à celle que nous te* nons aujoui*d'hui (3). C'est dans l'éloge de ce grand jurisconsulte qu'on trouve ce magnifique portrait de l'avocat , tracé dans une seule phrase que l'auteur m'a souvent récitée coinme celle qui! était le plus fier d'avoir écrite s « Libre des * entraves qui captivent les autres hommes ; trop fier (:our » avoir des protecteurs, trop obscur pour avoii* des protégés ; » sans esclaves et sans maitres, ce serait l'homme dans sa di* » gnité originelle , si un tel homme existait encore sur la » terre. »
' Cette haute estime que M. Henrion de Pansey accordait aux avocats^ l'amitié qu'il avait conservée pour plusieurs d'en-
(i)Le Conseil d*apanage de S. A. R. Mgr. le duc d*Orléans , dont M. Henrion de Pansey était président.
(!)) Celle d'un pauvre nègre esclave, que son maître avait amené en France en négligeant d'accomplir les formalités commandées alors par les lois poar le maintien de Tesclavage e« terre ftxuiche.h'ixttét prononça la mise en liberté, jânnales du barreau , tome VI.
(3) A Fouyerture des Conférences^ après la rentrée de i77'i- Ces assemblées se tenaient alors les samedis. Voyez cet éloge en tcte da Traité des fiefs ^ analysé par M. Henrion, 1773, m-4.
tre eux ; oe puissant jeneouragemeat qu'il aoc3()l*dait aux plot jeunes , veçsant pour eux tous les trésors de son immeiMe érudition , a¥ec une sûreté de mémoire et une pi'ecision dans les dates qu'il a conservées jusqu'au dernier moment; tant d'avantagés que les plus habiles ti*ouvaient dans le eommei^ce aimable de cet homme supérieur, nous ramènent , > à titre de réciprocité , à vous rappeler t<Hit le respect que nous devons à nos magistrats.
. Un de nos plus vieux auteurs français ^ Jean Desmares , qui écrivait en iZ'j^ , et qui nous a laissé , sous le titi^ de Déai^ sions, une suite d'adages et d'aphorismes du Palais, a mis au nombre de ses maximes , que li adt'oeats dowent acquérir €t garder l'amour du judge. En effet , tous gagnent dans cet heureux retour d'égards, de bienveillance mutuelle et de seotimens afFectueux ; les hommes s*en trouvent bien , et les affaires aussi. Cette intimité i^cipix>que existait surtout autrefois entre les avocats et messieurs les gens du roi. Ceux-ci s'honoraient d'être pointés en tête de notre tableau , et le barreau conservera long^temps le souvenir de cet avQcat général (i), qui prétendait obligeamment ne s'appeler ainsi que parce qu'il était , disait-il , le général des auocais.
Cet accord si désirable , que nous nous efforcerons toujours de soigneusement enti*etenir entre la.magistratnre et le bari*eau ; ce respect pi*ofond dont nous faisons si hautement pi^ofession pom* elle , n'ont jamais empêché les avocats de faii*e valoir leurs pi'érogatives et de soutenir leurs droits avec vigueur quand ils les ont cru violés ou- méconnus. Témoin l'émotion qui saisit l'Ordre tout entier à l'apparition d'un article de l'ordonnance de Blois qui blessait leur délicatesse, et qui donna lieu diix Dialogue des avocats, de Loysel ; témoin encore la juste plainte que le bâtonnier, assisté d*une députation des anciens , alla porter au président de Thon , pour une insulte que ce magistrat s'était permise à l'audience contre M®. Charles Dumoulin , et dont ce grand magistrat n'hésita point à leur faire i^--
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(]) Antoine L. Séguier, père de M. le premier présidei^.
i(J Profession d'at^ecat.
peration (i). Enfin , jusque dans ces derniers temps, noué trouvons la preuve que i*6i*dre des avocats <i toujoui> su réclamer contre ce qui lui faisait grief, sans s'écarter en rien de la vénération dont il demeure iuviolableinent pénétré poui* les magistrats. G*est ainsi que le parlement savait quelquefois résister au trdne même , sans cesser de demeurer dans les bornes du respect et de la fidélité.
Mes chers confrères , aimons notre état , c'est le moyeu le pitts assui-c d'y réussir et de s'y trouver heureus. Ëifbivonbnous d'honorer notre pi'ofession , et pour cela ne craignonsr pas de nous en former une trop haute idée. Jamais nous ne dii*ons rien d'elle qui puisse égaler ce qu'en ont dit avant nous les plus illustres magistrats, d'Aguesseau surtout. Ce sentiment ne peut pas nous être imputé à vanité ; car il n'en* gendre pour nous que des obligations. Eialter cette noble profession , c*est dire que nous ne pouvons que bien difficile-* ment atteindre à tout ce qu'elle impose de devoirs et de sacri« iices, à tout ce qu'elle exige de capacité, d'application et de dévouement. Du reste, si le barreau modei*ne reste inféi*icur à lancien , ce sera notre faute ; car les grandes occasions de bien faire et de bien dii*e ne nous aui*ons pas manqué !.... I)e nos jours , en effet , l'état d'avocat a acquis plus d'importance encore par le développement de nos institutions , par l'éta** blissement du gouvernement représentatif, la publicité des débats judiciaires soutenue de la liberté de la presse , et cette tribune nationale dont le labeur, en variant seulement les formes de la discussion et du langage, n'est pour nous qu'une
(i) Dumoulin plaidait d*une manière peu agréable, au point que le premier président de Thou, fatigué de l'entendre lui dit un jour : Taiset-vous , M*, Dumoulin , vous êtes un ignorant. L'ordre des avocats ressentit vivement cette injure , et il fut arrêté que le bâtonnier, avec une députatiou des anciens, irait s'en plaindre à M* le preiaier président. Admis à son audience , le bâtonnier lui dit avec toitte la gravité du temps : Lœsisti hominem docliorem quàm unquhm eris. — « Cela » est vrai , dit avec autant de franchise que de modestie M. de Thou« m j*ai eu tort ; je ne connaissais pas tout le mérite de M*. Charles B Dumoulin. »
Profession (Tat^ocal. i^
cootiDuation de la profession d'avocat , puisqu'elle nous offre seulement une cause de plus à défendre, et la plus belle de toutes , celle du pays .*
Un gouvernement constitutionnel est éminemment le gouvernement du droit. Le mot légitimité dans toute sa puissance n'a pas d'autre sens. L'ordre légal peut être raillé par les factieux ; il sera toujours ce qu'il y a de plus saint et de plus respectable à nos yeux. Interprètes de la législation , nous saurons en garder le langage en invoquant son appui ; amis de la règle , et par-là même ennemis irraconcil tables de l'arbitraire, tout droit blessé trout^erii parmi nous des défonseurs. Fidèles à notre serment envers le prince , envers le pays; organes indéfectibles de la justice et des lois, et surtout de cette loi fondamentale , gage suprême de notre avenir, €t à laquelle nous avons, comme au roi lui-même et avec lui , juré d'obéir p le droit public comme le droit privé nous trouvera prêts à faire, en toute rencontre, le devoir de notre profession.
C'est au sein de notre Ordre que doit se trouver le type de ce courage ci^il qui , dans les grandes épreuves de la vie sociale , rend l'homme capable des plus généreux efforts et des sacrifices les plus rigoureux pour obéir à sa conscience et rester fidèle à sa conviction. Ce genre de courage n'exige point la vigueur du corps , mais uniquement celle de l'âme : ii s'appuie sur des doctrines arrêtées , et dont on s'est bien r«ndu compte ; il lui faut une vue nette du droit à exercer ou du devoir à remplir ; il exige la fermeté de la vertu . la constance du sage , qu'aucun revers ne peut ébranler.
La profession d'avocat peut ainsi couduire à la gloire »elle offre de quoi suffire à la plus noble ambition ; mais elle veut du dévouement , du travail , de la persévérance ; elle suppose dans ceux qui l'embrassent une active émulation.
Puisse, Messieurs, cette émulation se développer de plus en plus au milieu de vous , mais sans jamais altérer le sentiment de la confraternité ! C'est assez vous dire qu'il faut se garder de l'envie, elle rend plus malheureux encore ceux qui l'éprouvent que ceux qui en sont l'objet. L'envie dégrade I. à
i8 Profession d'ai^ocai.
l'envieux ; car il ne fonde son élévatlo» que 6ur Tabiiaseuiônt ou rhumiliation d'autrui; tandis que rémulation, en iaisî»aiit aux autres tout leur mérite , nous inspire seule.ment 1q loual4e désir de faire encore mieux.
Eh ! pourquoi se décourajger? Il n'y a parmi nous pi premier ni dernier. Aucun orateur ne réunit touties le^ perfections ; la qualité qui manque à l'un ^ retrouve elles .son ' confrère : tel est habile à plaider un ordj^e.de questions , qui réussit moins bien dans un genre différent. Enfin le choix des causes sert encore, sous un ai^tre point,de.vuQ^ à rétablir l'équilibre des forces entre avocats. d'ailleurs d'un mérite inégal ; car ja ne connais pas de bon Otvocat dans une mau" vaise cause] et si l'on a su choisir la meiUe.ure, il est bien difficile qu'on ne reste pas le pliis fort. . Demeures donc tous bien convaincus de !& vérité de cette exhoi^tatioQ que Pasquier adresse aux fils dé Loysel à la fin du Dialogue des avocats , et par laquelle je veux tenniner aussi cette allocution : . : . «
a Vous devez tous prendre couraf^e de travailler., et esti- » mer que, de quelque province que , vous soyez yi/j^ a » place pour tous au barreau }> — n'y ayant prince, seigiieur, » ni personnage de si grande étoffe et fortune qui n'ait «f* » faire du conseil et de l'assistance de Tavoc^t à ses plus im<» » portantes affaires : — et non-seulement poui' la conserva- » tion de ^s biens temporels, mais aussi, de son honneur et » quelquefois de sa propre personne. — Yous exhoi'tant sur- » tout à servir de défense aux innoçens, aux .veuves et aux » oi*phelins, contre l'oppression des puissant, selon le- corn- » mandement de Dieu.
» Enfin , i^ous de^^ez vous efforcer dç conserver à notre » Ordre le rang et V honneur que nos ancêtres lui ont acquis » par leur mérite et par leurs travaux,, pour le rendre à » vos successeurs, »