‹ Profession d'avocatChapitre 54 sur 95 · SECTION XVII · texte numérisé non relu

SECTION XVII

SVK, LA MANIÈBB d'eXEBCER LES DIFFERENTES PARTIES DE LA PROFCSSIO?! U AVOCAT, ET EN PARTICOLIER SOR LES ClTATÏOflS.

( Sixième lettre de CAMUS. )

La lettre dont vous m'avez honoré , monsieur et cbcr confrère , m'annonce tout ce que le public est en droit d'attendre de vous. Vous me parlez des lois, non-seulemçnt eo

l^anûn tTexercer la profesiion ^avocat. 5og ne instruit , mais en homme pas«onné : il est impossible e pas réussir dam une proression que l'on embrasse avec d'ardeur. Vn seul mot de votre lettre m'a fait tle la ' I , c'est l'endroit où vous me demaudei des avis : il vous rtleot fa vous d'en donner aux antres. Je n'ai écrit c3ae , lorsqu'il s'est agi de vous engager à embrasser la pron d'avocat. Vous voulez que je vous dise de quelle mft-

il faut traiter les difbîrentes parties qui dépendent de ! profession : en Vérité , c'est pure babitude de me dekr encore des conseils; vous n'en avei nul besoin.

travail <fun avocat pcat être distingué eh plusieurs n ! t^est ou on plaidoyer, ou un mémoire, o\i une ittation, on des écritures, ou un arbiti'age. Chacun de ;enres se' rapproche sous certains rapports, il s'éloigne

d'antres; et tolu se dlfTéi'encient à raison des objets qui à traiter, aussi bien qu'à raison de la forme : elle ne lit être la même dans un plaidoyer et dans une coution.

: plaidoyer est nn discours prononcé à l'audience pour Otien d'une cause ; quelquefois il est suiii d'une réplique, 1-dire, d'un second discours destiné à combattre les •ns de l'adversaire. Le plaidoyer de celui qui n'attaque t , nais qui se défend , et qui par cette raison ne parle iris son adversaire, doit ordinairement contenir les deux ea, le plaidoyer proprement dit et la réplique, dans un et même discours.

ïme de tout plaidoyer est l'éloquence, mais, surtout, : éloquence solide qui consiste plus dans la force du raiement, que dans les fleurs de l'élocution. Ses qualités itïelles sont la clarté et la concision. Rien ne saurait leer au défaut de clarté. Il n'est pas possible qu'un auip, qui hésite sur le sens de« mots qu'il a entendus , rele sur ses pas, et écoute une seconde fois ce qu'une onciàl ion rapide a promptemeiit enti-alué. L'impression se (aire sur l'esprit du juge, à l'instant oîi la parole sort

bouche de l'avocat : autrement , ce qu'il a dit est perdu ; cnn de servir à ta cause , il peut lui nuire.

5io Manière d'exereet la profession cCatH>cal.

La concision n'est pas moÎDS importante. Comparez , mon cher confrère, votre état lorsque vous lisez « avec ce même état lorsque vqus entendez parler. Quand vous lisez, vous ^tes en même temps le juge et le maître de votre attention. Elle commencé à se fatiguer, vous fermez le livre, que vous reprendrez dans un moment, plus favorable : pareillement si, dans le cours de votre lecture , il se rencontre un endroit qui vous semble ou diffus, ou prolixe, vous le parcourez rapidement, et vous allez plus loin à l'objet qui vous intéresse. Rien de ceci n'a lieu quand on est réduit à la fonction d'auditeur. C'est donc à celui qui parle à employer tous ses soins pour oe fatiguer l'attention du juge , ni par un discoui*s dont la durée soit ti'op longue , ni par des dissertationt trop étendues. La mesure de l'attention est nécessairement bornée; et, lorsqu'une fois elle est remplie , tout ce *que l'on ajoute , bon comme mauvais , s'écoule et se perd. Un client peu instruit dans les affaires s'imagine que sa défense ne saurait éti*e trop ample. Dans le récit du fait, les moindres particularités lui paraissent importantes , parce qu'elles l'intéressent : dans le détail des moyens »le^ plus faibles raisonnemens lui semblent décisifs, parce qu'ils sont à son avantage. Mettez-vous à la place du juge ; considérez ce qu'il sait, ce qui lui est familier, ce qu'il sera porté à croire par les impressions dont il peut être affecté ; ne vous appesantissez pas sur des faits dont il est instruit , ne l'ennuyez point en l'instruisant de ce qu il connaît ; mais faites usage de ces notions sur lesquelles il ne s'élève point de doutes dans son esprit , efforcez-vous de lui présenter vos moyens comme n'étant que Inapplication des principes sur lesquels il n'hésite pas.

Distinguez ensuite , mon cher confrère, les audiences ou vous avez à plaider. Il en est de solennelles , dans lesqiielles vous avez à parler au public en même temps qu'aux juges. Votre di$coi4i^ , préparé avec soin , doit être alors plus orné; mais n'oubliez jamais que le style diffus , la superfluité des raisomiemens , le luxe des paroles, pour uSer de ce terme, ne sont point des orncroens , mais des vices. Dans d'autres audiences, Tunique préparation doit consister à s'être instruit

Âfaniàn d^ exercer la pn/ession d^ avocat. 5 1 1 parfaitement de l'affaire qu'on va plaider , à l'avoir envisagé*; ton* toute* [es faces dont elle est susceptible : les moyens , les raisonnemens , l'art , en un mot , que l'on emploiera , doivent ,étre l'efiet de la réflexion du moment, Présentei rapidement le Fait; voyei les cii-constaDres qui font impression; tâcliei de les rappeler adroitement dans la suite de votre discourt ; oublie* les antres. De même par rapport aux moyens i tltei, si je peux parler ainsi . l'esprit du juge. Vous aves annoncé un moyen : il n'a pas fait impression ; passes promptement à an second ; et si le pivmiei- ne doit pas jtre négligé, quil ne reparaisse que sous une forme absolument différeote de celle qu'il avait. Au contraire , voyci-vous que l'on soit frappé du moyen que vous développez? insistei-y, portes votre raisonnement jusqu'à l'évidence i et, au moment oïl la conviction est opérée , cesses de parler : qne le jqge prononce , tandis qu'il est plein des idées qui l'ont émo.

Le genre d'éloquence que vous employez ne doit pas moins varier, selon les sujets que vous avei à traiter. Vous débndet un citoyen que l'on caloftinie : parlct pour lui avec la fierté et la grandeur d'âme qui appartient à un bomme doot la conduite est irréprochable ; terrassez la calomnie en vous élevant au-dessus d'elle; rendez voire adversaii-e vil corame le mensonge qu'il" a eu la bassesse d'employer. Demandez-vobg une grâce? intéressez la compassion, la pitié, mai* évitez de vous rendre méprisable. Un adversaire que vous avez eu le malheur de blesser, par légèi-etë plutôt que par envie dé nuire, aggreve-t-il vos torts pour obtenir une vengeance plus sévère? vous avez deux armes à employer contre lui : le ridicule , dont il s'approche lui-même , en exagérant def fautes légères; le sang-froid, par lequel vous glacera bien tdt les espiits qu'il a édiauffée contre vous. C'est dans des causes de ce genre que les ressuui'ces de l'art oratoire peuvent être employées avec plus de succès : usez-en, nrais rejetez ces ressoui-ces communes , ces figures triviales , dont l'effet est nul sur l'espi-it des pei-sonnes éclairées.

JNe s'agit-il plus d'une question de fait, mais d'un point

5 12 Manière tVexcrccr la profession (T avocate

de droit digne de fixer Tattcnlion des juges? que les faits el leurs cii*constanccs s expliquent en un mot ; n'en parlez qu'autant qu'il est nécessaire pour poser exactement les termes du problème à résoudre, puis attirez toute Tattention du juge sur la démonstration de la solution que vous proposez. C'est alors qu'il faut de la gravité sans pesanteur, de. la science sans érudition ; discutez et ne dissertez point ; montrez le vrai, sans qu'il paraisse qu'on ait été obl^é de le chercher; cnfib , que par la manière tnéme dont vous vous exprimez, il semble qu'il n'y a pas une de vos preuves qui ne puisse , au besoin , être soutenue de nouveaux raisonnemens plus pressans que ceux que vous avez développés.

Je passe à la composition des Mémoires, Loiscl nous a conservé le nom de celui qui introduisit au palais Tusage des mémoires oufactums : ce fut un avocat nommé de la Vergne, gendre de M. le premier pi-ésidcnt Lemaîlre, qui vivait du temps de Pasquier. Aujourd'hui l'usage des mémoires est devenu très-commun : il est peu d'affaires importantes où l'on n'en imprime; mais leur objet varie selon les circonstances , et la forme qu'on doit leur donner varie aussi, soit selon cet memes^circonstauces , soit selon la nature de Taffaii^ que l'on doit traiter.

Quelquefois un mémoire a pour objet de faire connaître au public une affaire importante , dont Tinstruction est secrète; de justifier, par exemple, un accusé. Il faut alors plus de détails; le mémoire doit contenir le récit entier des faib; il doit développer tous les moyens. Les mémoires que l'on distribuera dans une affaire qui a été plaidéc publiquement seront plus courts : ce seront des précis et des sommaires ; leur objet unique est de rappeler k l'esprit des juges les principaux points de la défense qu*ils ont entendue, et Ton ue doit pas leur faire l'injure de ciboire qu'il soit nécessaire de leur répéter par écrit tout ce que l'on a dit de vive-xoix. Il est d'abord à propos de considérer pour quelles personnes on écrit. C'est pour des hommes instruits , dont tous les momens sont partagés entre les difForentcs fonctions de la magistrature : quoi de plus raisonnable que de respecter leurs

Manikre d'exercer la profession d'avocat. 5i3 iaïUat, prMcuE au public? Ne leur meltei donc mus les yeui qae oe qui est absolument décisif, et metlei-lc en peu je mota. Si tous faîtes un mémoire pour le public moins ' inMruit , tie donaet au magistrat qu'un sommaire abrège.

Ud mémoire est-il destiné à approfondir une question de. droit? c'est le moment nû il faut montrer que vous avei à votre disposition , principes , teitcd , autorités , ea un mot , tout ce dont la connaissance forme le f^rand jiiriconsulte. La facilité de jeter dans les notes une partie de l'érudition , qaî pourrait fatiguer si elle se trouvait dans le corps même du mémoire, vous permet d'en employer davantage que d«DS «ne plaidoirie. Que dans votre discussion savante la question «»t épuisée : démonti-ei rigoureusement votre proposition ; et si la matière ne vous permet pas de persuader, convainquez -. forcex à ne pas conserver d'autre sentiment que celui que vous avez embrassé.

(^elui qui traite une question de fait d'une certaine étendue , développera les talens d'un genre différent. Ce n'est pas assci 4]u'une plume sage raye des détails fastiilieux , des longueurs qui renflent le récit traînant. Il faut semer l'intéi'ét dans tout ce que l'on ditj taire à propos certaines particularités, en présenter d'autres dans te jour et dans le lieu qui leur conviennent. Qu'un début noble, mais sans emphase, excite la curiosité du lecteur ' que l'intérêt que vous lui inspirez aille toujours croissant , qu'on ne suspende sa lecture qu'au moment où vous termine! votre récit , et que bientôt on la reprenne avec use ardeur nouvelle, poursuivre l'ordre de \oi preuves. St vous avet atteint, dans le récit des faits , lo but auquel vous deviez tendi'e , ce n'est plus , s'il est permis de le dire , pour se convaincre qu'on lit vos moyens ; c'est pour M donner la satisfaction de voir avec quel avantage vous établissez ce dont on est déjà persuadé par l'intérêt que vous avex fait naître.

Mais, quelque question que vons traitiez , n'oubliei jamais " que vous êtes l'organe de la justice , non le ministre des is de votre client ; vous devci défendre sa uause, vous t pas servir sa vengeance. Songet aus«i , lorsque voua 1. 33

:>i4 Manière d'exercer la profession tT avocat.

écrivez, que c'est pour ses intérêts que vous tenez la plame, non ]>our les vôtres : écartez ce qui ne pourrait être utile qu'à \ous |>ersonneHeinent. Votre succès sera toujours assez grand pour vous faire uu nom , dès que la défense de votre client sera complète.

S'il m'eût été donné, dit un jeune hommçà peine entré au palais , et qui lit un mémoire où il ne trouve que de la raison et de la vérité ; s'il m'eût été donné de traiter la même affaire , combien j'aurais su la rendre piquante ! ma réputation était acquise , l'occasion seule m'a manqué. Plein de ces ambitieuses idées , à peine a-t-il lu le récit de lafifaire que voilà un plan tracé. Ici ce sera une ironie amère , là une peinture voluptueuse, plus loin un tableau capable de faire impression ; son adversaire sera impitoyablement déchiré ; sur le moindre prétexte, sa vie entière va être racontée au public, et malbeur à lui , si dans quelque momeut il a prêté au lidicule ou à la censure ! Mais cet écrit si chéii de son anteur, que sera-t-il ? un mémoire , uu roman , ou un libelle ? Ce ne saurait être un mémoire ; il n'y a pas cette décence qui ne doit jamais abandonner le jurisconsulte ; le peintre s'est oc* cupé à orner de couleurs vives ce qu'il devait voiler , nulle trace de cette probité , de cet amour de la justice , qui fait craindre de blesser même avec les armes qu'elle met entre les mains. Si l'écrit est agréable , ce ne sera qu'un roman; s'il est méchant , ce sera uu libelle. Roman ou libelle , qu'il ait le sort dont ces écrits sont dignes , qu'il acquière à son auteur le nom d'écrivain frivole ou dangereux : il me semble que ce nom, quelque prix qu'on y veuille mettre, est bien difîërent de celui d'avocat. Les all'aires où l'on a principalement des faits à raconter ne sont pas rares; mais voulez-vous des modèles de la manière de les traiter ? Lisez les Mémoires de M* de Gennes . pour M. de Labourdonnaye.

Ce n'est pas que je prétende bannir du mémoire d*un avocat, ou une raillerie fine qui punisse la sottise d'un fat , ou une anecdote piquante qui démasque à propos un hy|K>crite , ou un mot qui rappelle quelque trait connu, par lequel l'adversaire que l'on combat se soit peint autrefois lui-même,-

l^an&re d'exercer la profettion ^avocat. 5i5 tout ce que j'exige , c'est que l'intérêt de la cause soit le Mul motif qui fasse ëcrire, et que l'on respecte toujours égolsmeot ta ddceace et la véi-ité.

Cette éloqueDce qui touche et qui émeut n'est point le 'ton de ta consultation ; la rédeiion et la prudence doivent s'y montrer seules ( ce n'est pas uniquement dans la sagesse de la deciéion qu'elles doivent paraître , c'est dans la manière même d'eiposer les motifs qui appuient le parti auquel on se détermine.

Let consultations quelquefois ne consistent qu'en ud mot.~ Telles étaient celles de plusieurs juriconsultes romains, et entre antres du juiiconsulte Scévola. L'exposé du fait est exprimé d'abordaussi brièvement que clairement ; la réponse suit en deux mots : Respondi lecundànt ea qute proponerentur. poue , ou non poste. On peut quelquefois encore donner des consultations aussi courtes, lors , par exemple ,

o ne demande à un juriconsulte célèbre , que l'affirmative

i^tivesur une question. Il me «emble plus conforme à la modestie de ne pas présenter son sentiment avec cette préctsion d'oracle ; de ne le hasarder qu'en l'appu^^ant de quelques motils. Cette forme est plus avantageuse pour les parties elles-mêmes i la consultation qu'on leur donne sert, lonqoe les motits en sont expliqués , à l'instruction de la cause i quelquefois même les parties la demandent pour la distribuer aux juges, comme mémoire; les consultations doi> vent, en ce dernier cas , ne pas seulement annoncer et indiquer let moyens , mais les développer, ^^ous avons des consultations de Cujas et de Dumoulin qui peuvent servir d'exemple.

Dans tous les cas , le style de U consultation doit éti-e le même : ce doit être une dissertation claire , tranquille , impartiale, savante ; un peu plus ou un peu moins de dilveloppement dans l'exposé des moyens que l'on piopose , rt dans la lépODse aux objections principales qui se présentent , doit fairela seule différence. Vous demande-t-on quelle route on suivra pour nue opération quelconque? n'indiquez que la voie la plus sûre , celle qui est Uttétalement confonne à la loi ; avev

5i6 Manikrt éi exercer la profession dla»oeai,

tisseï de toutes les précautions qui sont à prendcie : leur maf-^ tiplicité ne doit pas effrayer lorsqu*i[ est question d*agir ; cm ne saurait acheter à trop grand prix ravantage de ne pou* voir*étre inquiété sur ce que 1 on aura fait. Si l'on vous consulte , non plus pour agir, mais pour défendre la validité d'une opération , dans laquelle , sans apercevoir aucun vice essentiel , vous craindrez néanmoins'qu*on ne relève quelques légers défauts de forme , quelques omissions peu considérables, ce sera alors que vous userez de votre génie et de vos lumières , pour défendre ce que Ton a fait avec justice et avec raison , mais avec trop peu de précautions.

Il en est de même lorsqu'on vous demande si Ton entreprendra un procès. Instruit mieux que personne , par les procès mêmes dans lesquels vous sei-ez chargé de travailler, à combien de maux ils entraînent ; convaincu d'ailleurs de l'incertitude des jugemens humains, hésitez toutes les fois qu'il s'agira de conseiller d'enlreprendre un procès, n'hésitez jamais à répondre pour Taffirmative, lorsqu'on vous demandera s'il faut le terminer par une transaction. Vient-on vous consulter sur un pi*ocès déjà entrepris, et vous parait-il juste? réunissez tous les efforts de votre esprit pour suggérer des moyens de réussir honnêtes et confoi^mes aux lois.

Les écritures sont , sans contredit , la portion la moins agréable du travail de Tavocat. Il n'y paraîtra point, mon cher confrère , tant que vous aurez présentes à l'esprit les vues de probité et d'honneur qui vous conduisent. Sans éti*e autant polies et limées que des mémoires que l'impi^essioir produit au grand jour, elles doivent avoir, au fond, les mêmes qualités , et surtout la même précision. Comme d'ailleurs je ne pourrais que vous répéter ici ce que je vous ai dit sur les mémoires , je crois inutile de rien ajouter.

Je n'aurai pas besoin d être plus long sur ce qui concerne les arbitrages ; vous concevez de vous-même que s'il est une occasion où la probité ne puis e être trop délicate , trop scrupuleuse, et en même temps trop éclaii-ée, cest celle où joignant à la fonction d'avocat celle déjuge, votre décision va faire la loi des parties qui vous ont donné leur confiance.

Jtfaniin €f exercer la profvstioa d avocat. Si; Une foii oommé arbiti-e , vons ne devn plus connaître que l'affaire seule , sans distinguer ni client ni adversaire. Qaoique TOUS ayex été choisi par une des deux parties , rejfardei- VOU4 comme nommé également pour l'une et pour l'autre; eondamoet sans hésiter celui qui vous a choisi , si , dans l'examen que vous feres avec votre confrère , vons découvres qne le bon droit n'est pas en faveur de la personne qui vous a nommé.

Je ne vous ai point parl^ , mon cher confrère, dans tout ce que je vous ai dit jusqu'à cette heure, des eitationt, genre d'autorité dont on peut faire un grand usage et un grand abus. Permettes-moi de vous .faire part de quelques réfleiions sur cet objet, en vous avonant qu'elles m'ont éxé suggérées , en partie , par l'extrait d'un mémoire que j'ai lu dans l'Histoire de l'Académie (i). M. FoKnnoot, auteur <|e ce Mémoire , commence par remarquer que l'usage des citations est fort anrie» : des auteurs d'un siècle fort reculé citent des auteurs qui les avaient précédés. Personne n'ignore l'abus qu'on en a fait dans les siècles qui ont suivi l'époque de la renaissance des lettres. Les anciens étaient tellement admirés, il était si rare de les connaître, que d'un cdté on osait à peine se dooner la liberté de penser autrement que l'on avait fait en Grèce ou à Rome ; et que , d'un autre c6té , ceux mêmes qui avaient le courage de créer leurs pensées, Citaient d'employer d'autres expressions que celles d'un auteur grec ou latin : c'était , au moins dans leur idée , unir le mérite de l'érudition à celui du gënîe. De là, ces discours qui ne sont qu'un tissu biiai-re de grec, de latin , et quelquefois d'hébreu , lorsque l'auteur a été assei heoieux pour savoir le lire {i). Ce moutais goAt a subsisté jusques dans le siècle dernier. Il n'est auteur sacré ou profane, grec ou latin , que M. Lemattre ne cite dans ses plaidoyers ; mais au moins il ne met leur texte qu'en note , il le traduit ordinairement ,

(0 IliUoirt dt VAcadimit dei iuieripiionê , tonie v, pifC 74 < édition in-4°. ; tome m , pJge 107, cdition in-ij.

(a) VojM la utjrrc de Rabener , întitulce Pfeia irtni tixitt.

&\S Aianure d'exercer la profession Jtai^ùcat.

pour rincorporer dans son discours. Nous ne voyons plus aujourd'hui de ces sortes de bigarrures ; c'est nn bien sans doute. On ne doit point citer sans objet, et c*est le faire, que de transcrire un texte seulement pour montrer qu'on l'a lu. L'usage que l'on peut faire de ses lectures pour orner son style , ne doit consister que dans quelques allusions à ce que les anciens ont dit ; encore , pour que l'allusion ait de la grâce , faut-il qu'on y aperçoive quelque chose de plus que l^érudition de celui qui en use s si elle n'a pas quelque finesse , si elle n'indique pas un rapport agréable , elle déplaît, parce qu'elle ne montre que de la vanité. Elle est 1 utile d'ailleurs , et elle ne produit aucun effet , si elle est le fruit d*une érudition trop recherchée, si elle est telle que le commun des auditeurs ne soit pas en état de la sentir.

M. Fourraont, dans le mémoire que j'ai indiqué, appelle les allusions des citations indirectes ; il en est d'autres directes. On conçoit que ce sont celles qui consistent à répéter une chose qui a déjà été dite ou écrîte , en indiquant le lieu où elle se ti'ouve. A l'égard de ces citations, je crois qu'on doit en distinguer de trois espèces , celles qui forment autorité, celles que l'on peut appeler des témoignages , et des troisièmes que je nommerai des suffrages.

Une question de droit s'agite ; on cite le texte d'une loi à l'empire de laquelle les parties qui contestent se reconnaissent soumises : voilà une citation qui forme une autorité plus ou moins pressante, selon que le sens du texte est plus ou moins clair, mais toujours décisive par sa nature. Loin qu'il soit possible de condamner de pareilleà citations, ce serait Une faute grave de les omettre, puisque le texte de la loi est la règle d'après laquelle le juge doit prononcer.

Les citations qui ont l'effet du témoignage , peuvent être aussi indispensables que les pi*emières{ lirais elles n'ont pas, par elles-mêmes, autant de force que celles-ci. Il faut, pour juger du deginî de considération qu'elles méritent, savoir quelle confiance on doit avoir dans l'écrivain dont on cite le nom.

Ces sortes de citations sont indispensables, lorsqu'il est

Âtanicrj d'exercer la prq/essioit d^avecat. Sig qoettion d'établir un fait conte té. Il faut citer dus témoignages de ce fait , rapporter le tcile de» historiens qui nous en ont tranimis la mémoire ; mais il faut en méoie temps avoir présentes à l'esprit les règles de critique , suivant lesqnelle* tel historien doit être jugé plus ou moins digne de foi. Si le fait que l'on rapporte est constaté par un acte dont l'authenticité ne puisse être méconnue, il n'jr a point d'argument k proposer contre la certitude d'un pareil témoiguage. Si ce n'est qu'un simple historien que l'on indique, sa dépOHtion peut être combattue par d'autres dépositions cODti-aires, ou par des circonstances qui lui sont partictilièret, et qui diminuent la force de son témoif;nagc, La prudence demande que l'on ne cite point aloi's tans bien connaître son auteur : uu adversaire plus instruit tirerait des inductions avantageuses de particularités qu'on aurait ignorées.

Enfin, j'ai dit que l'on ciiait des auteurs pour s'appuyer de leur suiTrage : c'est ici où I'nIjus est plus à appréhender , et où l'on doit être fort réservé à citer. Deux motifs peuvent justifier l'usage de ces citations. Il y a des auteurs dont la réputation est telle , qu'il semble qu'on ne puisse , sans une sorte de témérité ou d'imprudence, combattre leur sentiinent. Le nombre de ces auteurs est infiniment petit ; ce sera, par exemple, Du'i oulin sur les questions de droit coutumier. Il est constant que c'est un avantage réel d'avoir pour soi le sentiment de pareils jurisconsultes, et qu'on ne doit pas négliger d'user de cet avantage en les citant.

Les autres auteurs , et c'est le plus grand nombre , n'ont point acquis ce haut degré de considération : ils ne le mcritent pas. On peut cependant quelquefois tirer avantage de leur teste , et voici quels en sont les fondemeos. Le défenseur d'une partie est natui'ellement regardé comme suspect daos ce qu'il dit pour l'intérêt de son client. Posc-t-il un principe? on se demande s'il n'est pas fait pour la catise. Hasarde-t'il une décision , on appréhende qu'il n'eût prononcé le contraire, si les rôles eussent été chanj^és. Un juge parfaitement éclairé trouve dans ses connaissances personnelles le

"rio Mamiêrt t€ejcrrcer in profession tTavccai.

princifie et le motif de déci&ion ; il adopte ou il rejette le moyen qu'on lui pro|>ose, par l'eiamen qu'il en (ait ; jamais Oii n obtiendra sa voix qu'en lui démontrant rigoarensemeot la mérité de ce qn on lut propose. Mais tous les juges n'ont ni cette même pénétration , ni cette même aptitnoe à prendre deui-mêmes un parti ; ils hésitent entre les raisonneniens opposés de deux défcniteui-s , et c'est lorsqu'ils sont dans cet état d*in<«rtitudc* que , pour les fixer , on transcrit les textes 'de> auteurs qui se sont expliqués sur la matière que Ton traite. Si aucune circonstance particulière »'a conduit la plume de ces auteurs, s'ils ne pen\ent être accuses de partialité , il est naturel qu'on rapporte leur décision comme le suffrage d'un honme instruit et de sang-froid. Ces deux titres réunis méritent 1 attention du juge; et, toutes choses égales d'ailleur», il est naturel qu'ils le déterminent. Voyons maintenant les abus à é\iter : il y en a deux , l'un relatif au point dont on veut confirmer la \érité par une citation, l'autre i-elatif aux auteurs dont on se permet d'invoquer le suffrage.

La citation n'e.^t utile, ainsi que je l'ai observé, qu'autant qu'il y a un doute réel à lever, ou une incertitude à fixer. Si la proposition que Ton met en thèse est un de ces axiomes dont la vérité est tellement constante, que l'adversaire même n'entreprendra pas de la contester, il est inutile de l'appuyer de citations; rc serait une érudition superflue. Il faut également du choix dans les auteurs que l'on invoque; autrement, et si l'on croit qu'il suffise qu'une opinion soit avancée dans un livre pour se permettre de la soutenir, il y uara peu de questions sur lesquelles il ne soit facile de s'opposer réciproquement des autorités contradictoires. On ne doit pas appeler sans distinction quiconque porte le nom de jurisconsulte î il en est un certain -nombre, dans chaque genre, qui se sont acquis, par des ouvrages mûrement réfléchis, une réputation inéiitéc ; ce sont ceux-Jà seuls dont on doit s'appuyer. Evitei surtout d'allonger vos citations d'une liste d'auteurs qui n'ont fait que stî copier les uns les autres. Il est quelques ouvrages principaux, dont la foule des autres ouvrages n'est que des

JUanièrt i^exerctr la profesiion ttavocat. 5a i abrégés ou des compilations. Ainii je suppose que vous ayiei pour vous un texte pi-écis de Dumoulin , vous joindrei facilement huit ou dii noms eu sîea, mais sans aucun mérite comme saut aucun fruit. De même , dans le di-oit ecclésiastique, pouvei-vous citer d'Héricourt? il sera rare que vous ne puissiei pas citer tous les auteurs qui, depuis lui, ont traité les mêmes matières.

Par une suite du choii que je vous conseille , ne manques pas, û ta question que vouh avet à traiter s'élève dans une province qui ait ses usages ou sa jurisprudence particulière, de consulter les auteui's pivpres à cette province ; leur avis est alors souvent plus qu'une simple opinion : ils attestent, comme témoins, le fait de L'usage que vous avet intérêt d'établir.

Je dimiuue, comme vous voyez, mon cher confrère, le nombre des citations : je rejette toutes celles qui sont vagues et superflues. Il me semble observer deui causes de cette inultitode de citations dont on surcharge quelquefois un écrit. On se propose d'appiofoiidir une question; on fait des recbercbes : il n'est pas un auteur que l'on soupçonne d'avoir traité la question , que l'on n'ait ouvert et feuilleté; et peutêtre , après ce travail si pénible , ne trouve-t-on qu'un ou deux auteurs qui aient parlé de la manière qu'on le désirait. Le fruit de tant de peines va donc s'évanouir ; on n'aura pas même la satisfaction de montrer qu'on a fait beaucoup de rechci-ches. On cite donc, et on cite des textes fort peu cuncluans, seulement pour (aire voir qu'on les a connus.

D'autres fois on se forme un système^ on veut établir sur nn point de droit une sorte de tradition universelle, tant6t, pour la dui-ée des temps, tantôt pour la généralité des lieux dans lesquels on la suppose i-épandue. On ramasse des auteurs de tout siècle, de tout pays; on les Ibrce de déposer en faveur du sen'imcnt que l'on a embrassé : souvent ils ne le fout que mulgi-é eui ; et , lorsqu'on les examine , on s'en apci'çoJt assez à l'air de contrainte que porte leur témoignage. L'auteur est satisfait ' il voulait citer, et il y est par-

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