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CHAPITRE XVII

Ainsi la civilisation romaine engloutissait la vie du inonde entier. Cette vie accumulée en elle faisait explosion dans l'espace et dans la durée. Rome» exaltée de sa grandeur» finit par croire elle-même à son immensité et à son éternité ; elle se proclama immortelle et universelle par la voix de ses poëtes ; elle se crut la figure céleste de l'humanité ; elle se décerna l'apothéose ; elle prit dans le ciel le nom de la déesse Rama, et la terre adora une nouvelle divinité couronnée de créneaux.

Mais au milieu de sa gloire» le peuple romain pressentit, comme Alexandre qui s'était fait aussi le dieu de son rêve, que sa journée était finie et qu'il allait mourir. Il avait accompli son travail. Il avait conquis les peuples, les avait enveloppés dans une ceinture de victoires, et successivement élevés les uns après les autres à l'unité : unité de langue » unité d'administration » unité de communication, unité de législation, de sculpture» d'architecture. Il avait rangé les races insociables sous sa discipline» avait tenu école ouverte dans ses camps à la barbarie» avait préparé

les csprils encore sauvages jusqu'au fond des forêts à l'annonciation d'une idée.

Mais il avait réalisé l'unité purement extérieure, géographique, administrative, militaire, de l'humanité. Cette idée d'unité, cette ascension la plus haute où l'esprit puisse monter lui donna le vertige. Il ne se contenta pas de diviniser cette idée, sous la figure de Rome, dans une incarnation de marbre et d'airain. Il offrit à la divinité nouvelle un culte sanglant et fit couler le sang de tous les continents à la fois dans de monstrueux holocaustes.

Il jeta péle-méle dans les gouffres des cirques resplendissants d'or et de pourpre, vrais temples romains à ciel ouvert, les lions, les tigres, les hippopotames, les rhinocéros, les crocodiles, les éléphants, les Huns, les Éthiopiens, les Scythes, les Parthes, les Celtes, les Germains, comme dans des cuves sans fond, des cuves bouillonnantes oh la chair de toutes les races vivantes, arrachée par lambeaux, foulée, pétrie et dévorée, passait par les perpétuelles évolutions d'une perpétuelle transsubstantiation. Il renouvelait dans le sang versé à torrents son pacte mystérieux avec l'humanité, entassait dans ses combats de gladiateurs des hécatombes de victimes et laissait ruisseler la veine ouverte de l'humanité comme l'eau de la fontaine. Et^ cependant, de cette infatigable alchimie de peuples et d'animaux fondus et broyés ensemble, il ne pouvait extraire la véritable unité. Malgré la vertu mystérieuse du sacrifice, malgré la fumée de la graisse qui montait par tourbillons vers la déesse Roma, le peuple*roi sentait sourdement palpiter au fond de son cœur une funèbre angoissa.

11 avait beau écrire sur la pierre son ubiquité, son uiûversalité, expédier, ramener ses armées par des routes semées d'arcs de tri<nDphe, il entendait retentir çà et là les

sourdes explosions d'un prochain cataclysme; il sentait continuellement le monde remuer pour échapper à son étreinte; il roula mélancoliquement dans son esprit ce paradoxe d'histoire qui préparait la dissolution par Tunité; il entrevit pour la première fois la faiblesse de sa victoire, et il demeura épouvanté de cette révélation.

Il n'avait pu encore entrer assez avant par Tétude du passé» dans la volonté de la Providence, pour savoir que toute civilisation n'est que la prophétie d'une autre civilisation, toute période la préparation d'une autre période, et que, cette période une fois épuisée, la civilisation doit mourir, à Rome comme à Babylone, sur une litière fanée ou sanglante de débauche et d'orgie.

Aussi, de temps à autre, Rome soulevait au milieu de ses ivresses et de ses luxures de sang, sa tête chargée de la couronne à moitié effeuillée du festin, pour jeter un regard de tristesse à l'horizon. La tristesse est la sibylle des nations. Lorsqu'une élégie involontaire tressaille au fond de Ja conscience, lorsque l'humanité porte la main à son flanc avec un cri de douleur, le nouveau-né d'un monde va paraître. La biche s'attriste et s'écarte à pas lents sur la bruyère, elle a senti bondir une dernière fois ses entrailles, elle va enfanter dans la solitude.

Un instinct précurseur d'un renouvellement du monde courut sur tous les vents» d'un flot à l'autre de la Méditerranée. Athènes éleva un temple aux dieux inconnus. Les peuples dans l'attente se retournèrent vers l'Orient, comme s'ils espéraient voir descendre une nouvelle révélation sur un rayon de l'aurore. Un jour une voix sortit de la mer, qui criait : Le dieu Pan est mort. Le paganisme entendit cette voix et frémit d'un vague pressentiment.

Le monde romain, en effet, n'avait connu que l'unité de

territoire ; il n'avait pas atteint Vunité de l'esprit. Il ayait battu Taire de la civilisation ; il n'y avait pas apporté la moisson de l'idée. Or, l'idée seule relie solidement entre eux les peuples épars. Le monde romain était donc désormais frappé d'impuissance. Il sentait en lui-même un vide immense qu'une croyance nouvelle devait remplir. Les flots le disaient, les oracles le disaient, et les multitudes muettes, le front levé au ciel, interrogeaient attentivement l'espace, dans l'attente et le tressaillement, pour voir les premières le nouvel h6te qui allait venir dans un coup de tonnerre et marcher sur la terre accompagné de prodiges.

Au milieu des continuelles tournées en armes que Rome faisait pour maintenir sa police parmi les nations , elle s'était arrêtée un jour à faire le siège d'une ville, dans un défilés de montagnes, au confluent de trois continents. Au moment où l'armée romaine traçait, au pied des murailles, la première ligne de circonvallation, une main inconnue ouvrit une porte de la ville à la tombée de la nuit, furtivement, dans l'ombre, et de cette ombre cachée aux regards des sentinelles, un groupe d'hommes désarmés sortit en secouant ses pieds au seuil de la cité qui allait crouler sur ses talons, et marcha d'un pas ferme vers l'Occident, pour conquérir dans Rome même les vainqueurs. Ces hommes étaient les apôtres ; cette ville était Jérusalem.

Assise, comme nous le disions, au carrefour des trois mondes, Jérusalem, depuis la chute de Rabylone, tenait l'entrepôt des marchandises de l'Orient. Elle formait l'opulente station de la caravane toujours en marche vers trois horizons, qui portait, rapportait, distribuait à l'est et à l'ouest de l'empire romain, l'or, l'argent, l'onyx, le lin, la pourpre, la soie, l'écarlate, le sandal, l'ébène, l'ivoire.

TeDcens, la fleur de farine, la brebis, le chevaU le chariot et l'esclave. Expansive dans son commerce, elle tenait continuellement dans sa main, pour vendre ou pour acheter, les deux mains réunies de TAsie et de TEgypte. Elle expédiait chei toutes les tribus lointaines ou voisines des colonies de marchands. La loi de Moïse proscrivait de Juif à Juif l'intérêt tiré du prêt d'argent et forçait la population commerçante de la Judée à émigrer, pour lever sur les autres nations la dtme de ses trésors. Israël devenait ainsi, par la volonté du texte de Moïse, le banquier cosmopolite de l'Orient.

Mais s'il émigrait volontiers chez les peuples étrangers pour leur donner le crédit à usure et faire le courtage de leur commerce, cette expansion toute passagère, cette sympathie toute mercantile recouvrait un profond sentiment de personnalité et d'antipalhie pour les autres civilisations. La race juive était, elle voulait être du moins une civilisation impénétrable, inviolable aux idées comme aux influences du dehors. Lorsqu'elle avait levé tribut sur les cités par l'usure, elle rentrait, chargée de butin, dans son inextricable réseau de rochers. Là, derrière une triple barricade d'acropoles, échelonnées les unes derrière les autres, elle bravait toute tentative de conquête. La Judée était tout entière une forteresse perpétuelle, qui abattue ici se relevait, à une marche plus loin, devant le pas des armées. Il fallut toute la puissance romaine pour emporter d'assaut ce massif crénelé de montagnes.

Le peuple juif avait eu aussi sa destinée dans la mystérieuse intrigue de l'histoire. Après avoir franchi successivement toutes les étapes de Inhumanité, comme s'il était le représentant du progrès sur un espace abrégé; après avoir traversé l'état frugivore de l'Eden, l'état chasseur, l'état

patriarcal, l'état agricole, après avoir adoré Moloch le dieu terrible, pratiqué les sacrifices humains^ il était arrivé, sous la direction de Moïse, à Tétat civil, et au culte du Dieu unique, absolu, universel, célibataire du monde, penché du haut du firmament sur la terre, et l'embrassant tout entière de son embrassement.

Sans doute, Jéhovah vainqueur portait encore sur sa face le stigmate du dieu vaincu, de Moloch. Il était le dieu terrible, le dieu jaloux, le dieu des armées et des catastrophes. Mais il était le Dieu un, et ce Dieu un était dans Tâme de Thomme un immense avènement. La Perse, dans un mouvement de progrès sur Tlnde, avait pu subordonner Àbriman, le dieu mauvais, au dieu bon Ormutz, et rÉgypte Typhon à Osiris. Elles avaient pu faire l'une et l'autre du dieu mauvais un dieu de passage seulement, un principe de négation destiné à disparaître au jugement dernier. Les deux théologies, cependant, avaient laissé subsister le dualisme, l'antagonisme de l'idée de divinité avec toutes ses conséquences et ses applications dans la société.

La Judée, placée entre la Perse et l'Egypte, dans l'en* trecolonnement en quelque sorte de ces deux religions, dégagea de leurs dogmes la vérité que les deux aïeules orientales de la civilisation avaient confusément entrevue, qu'elles n'avaient pas formulée. Elle créa Tunité de Dieu, et lorsqu'elle eut écrit sur le bronze cette précieuse idée qui devait engendrer l'unité du genre humain, elle déposa cette idée au fond d'une arche, dans le sanctuaire, comme la promesse, comme la rédemption des siècles futurs, sur la montagne de Sion, dans le vent du ciel, hors des atteintes, hors des insultes de la conquête. Moïse fit à sa race une âme énergique, par la savante éducation de ses lois,

et la condmât dans sod rocher, p<mr cacher là, comitie dans une aire» la plus haute notion de la Divinité. Le peuple juif resta fidèle à son mandat. Au milieu du polythéisme^ diât>orâant partout à ses côtés, il garda sa conception du Dieu un, entièrement un, omnipotent et répanda dans rimmensité de Tunivers.

Cette conception dormit paisiblement sous la triple lame d'ai^ent du tabernacle, jusqu'à ce que Rome, en faisaat du monde un seul peuple, eût préparé Thospitalité à un seul Dieu dans l'univers. Mais la notion d'un Dieu abstrait, d'un Dieu esprit, qui remplit de sa prés^ce invisible Tablme de l'espace, entre le ciel et le désert, pouvait convenir aux émigrants des plaines nues et vides de l'Arabie. Elle ne pouvait suffire aux imaginations riches et peuplées d'images des populations de la Grèce et de l'Italie, habituées à saisir la Divinité sous des formes définies, i^ensibles au regard.

Si la formule, purement métaphysique du Jéhovah hébreu, n'avait pas revêtu l'apparence extérieure d'une légende, d'une personnification, elle serait restée éternellement scellée dans le sanctuaire de Jérusalem* Pour rayonner sur le monde, elle dut prendre un corps, traverser l'inévitable épreuve de l'anthropomorphisme.

Or, le jour où cette incarnation divine s'accomplit dans la nuit du mystère, voici ce qui se passa :

Une étoile miraculeuse, dit la légende, se leva à l'extrême Orient, qui réveilla les mages du sommeil pesant de leurs vieux dogmes, et les conduisit, à la lueur de son fanal, par delà les plaines et par delà les montagnes, à la porte d'une étable de Bethléem. A la même heure une voix criait dans l'air à des pâtres couchés autour de la cendre éteinte de leur bivouac, et les envoyait saluer une mystérieuse nativité

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au pied de la mAme maraiUe, de sorte que» par une meryeilleuse concordance, les rois et les pfltres» les premières révélations et les premières civilisations se donnaient ren* dez-voos, des deux extrémités du monde» autour d'un berceau, comme pour abdiquer devant les langes du nouveauné le régime de la caste et de la barbarie.

Ce nouveau-né était le Messie» annoncé par les prédictions» fils de la Vierge bénie dans ses entraiUes. Il venait à la vie dans une crèche» entre le bœuf et TAne» pour résumer une dernière fois le monde agriculteur et le monde pasteur. Il échappait» par la fuite en Egypte» au massacre des enfants» prémédité et ordonné pour étouffer dans son sang la nouvelle révolution. Il devait ainsi confondre dans sa légende les deux noms sacrés de la Perse et de rÉgypte.

Envoyé de Dieu, fils de Dieu» disait-il lui-même» comme il avait peu de temps à passer sur la terre» il anticipait sur les années pour accomplir sa mission. Dès son adolescence, il allait provoquer dans le Temple la science des docteurs. Il scandalisa les puissants de l'esprit par Tétrangeté de sa parole. Jusqu'alors la théologie avait figuré Dieu sous les images de la richesse et de la splendeur ; elle avait prodigué l'or et la pourpre pour le vêtir; elle avait appelé les maîtres de la parole pour célébrer ses louanges; elle avait semé les hymnes sur ses pas et brûlé dans son temple les parfums.

Mais voici un dieu humble et doux sous ses cheveux blonds» vêtu du manteau et chaussé de la sandale du voyageur» qui appelait à lui les derniers entre les derniers» les pauvres et les proscrits. Le premier mot qu'il laisse tomber de jsa lèvre est ce mot qui devait briser un monde : Heureux ceux qui souffrent» car ils seront consolés. Il est en effet le dieu de la souffrance» le dieu de la misère» et partout où il

y a ane Ame (primée, une Am6 foulée, il y a une voix intérieure qui répond à son appel : affligé volontaire pour consoler l'affliction, il compte une conversion écrite d'avance dans chaque infortune.

Il relève la pécheresse, il pardonne à Tadultère^ il choisit ses témoins, ses apôtres, parmi les ouvriers de la main, parmi les pécheurs ; il amnistie la Ghananéenne ; il glorifie le Samaritain ; il guérit les aveugles ; il redresse les boiteux ; il ressuscite des morts; il multiplie le pain et le vin, pour communier dans une plus grande abondance de vie avec la multitude; il convoque dans son sublime testament, tous les déshérités de la terre à son héritage ; il vit avec les petits et les abandonnés, de leur vie, j'allais dire de leur assistance. Car venu sur la terre sans autre patrimoine que sa parole, il tend la main pour demander la nourriture du corps à ceux qu'il a nourris d'immortaUté.

Il impose son indigence volontaire et héroïque à ses dis- "l^iples. Il leur interdit jusqu'à la tentation de la propriété. Vous ne posséderez, leur dit-il, ni bftton, ni manteau, ni viatique, ni sandale. Lorsque vous aurez faim et soif, vous frapperez à la première porte et vous direz en entrant : Que la bénédiction du Seigneur soit sur l'hôte de la maison. Si l'hôte vous accueille, sa maison sera bénie, s'il vous repousse, au contraire, je vous le dis au nom du Dieu vivant, son toit sera maudit, et il ne sera pas tombé sur Gomorrbe plus de flots de bitume.

Il déracinait ainsi les porteurs de sa parole dans le monde, de tous les liens de la chair pour les jeter sur l'empire romain, libres et afiamés de propagande. Il leur donnait un monde à dévorer, comme à des lions à jeun, des lions paciGques de l'amour. Il ne laissait sur les débris du vieil homme, tué en eux, que l'immense passion de la

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charité. Et lorsqu'un jeune enthousiaste, riche des lûens de la terre, en même temps qu'épris de sa doctrine, venait demander place au banquet de ses disciples : Tends tes biens, lui disait Jésus. Le jeune homme s'éloignait attristé et Jésus ne le rappelait pas à son intimité. Mais, se tournant vers les apdtres, il leur disait : En vérité, le riche n'entrera pas dans mon royaume.

Car le Christ promettait son nouveau royaume aux compagnons de sa pensée. Au-dessus de la patrie d^ douleurs, il montrait du doigt une autre patrie.

Et pour signaler le premier le passage de cette vallée de larmes à une vie meilleure, il devait repousser la terre du pied, il devait mourir. Il accepta jusqu'à l'immolation de sa vie la consommation de sa parole. Et cependant, il eut sa veillée d'angoisse au pied de l'olivier, II écarta de la main l'ange de l'agonie. Une larme tomba de ses yeux divins. Cette larme a divinisé la souffrance, en faisant que Dieu dans la personne de sou envoyé a pu souffrir. E110> tomba comme une rosée céleste sur le (XBur desséché de l'humanité. Un souffle rafraîchissant passa dans l'atmosphère, et l'esclave, couri)é sur son travail, sentit tomber le poids de sa chaîne.

Le Christ monta sur la croix, et pencha dans la mort sa tête couronnée d'épines. II sommeilla ainsi à la terre une minute du haut du Calvaire, il descendit ensuite dans le sépulcre pour traverser k mort, lui aussi, vivant de rentrer dans la paix de l'éternité.

Mais le jour de cette tragédie divine, pendant qu'une sueur de sang coulait du front de Jésus, un soupir sortitdes profondeurs de l'espace, qui secoua la montagne de Sion et déchira le voile du sanctuaire.

Quelques années après, le bélier romain était aux portes

de la Judée, et il ne restait plus pierre sur pierre de la villr de préférence, entre toutes, qui s'était nommée Jérusalem. L'antique prophétie était accomplie ; Taigle avait brisé Tceuf de la doctrine.

Les chrétiens, au sortir de Jérusalem, se donnèrent le baiser de paix et prirent la route du couchant. Dirigés par ce secret instinct qui conduit les migrations d*idées, comme les migrations de colombes, par des routes certaines à travers l'étendue, ils allèrent, en suivant les flots rêveurs de la Méditerranée , d'abord vers la Grèce, ensuite vers ritalie. Us achevèrent à Rome l'éducation de l'apostolat par la persécution, et quand ils furent prêts et trempés pour tous les combats, ils franchirent la chaîne des Alpes et entrèrent dans la Gaule. Ils s'arrêtèrent là, au bord de cet océan, prophète murmurant qui devait conduire plus tard le christianisme plus loin, au delà des horizons, derrière le vide immense, dans le sillon de feu que traçait le soleil couchant. Ils déblayèrent sur cette terre prédestinée à son tour la place d'une autre civilisation.

Or, au moment où l'idée de Textrême Orient apportée par les Mages dans la crèche de Bethléem, et transfigurée par le Christ sur le Thabor, abordait dans la Gaule, encore sauvage et nue, par la route du Midi, la race de l'extrême Orient qui avait pris, pendant ses longues pérégrinations, le nom de Germanie, venait par la route du Nord, à travers d'inextricables forêts, revendiquer sa part sacrée du sol gaulois.

De sorte que l'idée et la race, parties du même berceau, sœurs du même lait dans la nuit des temps, acheminées chacune par son chemin, finissaient par se rencontrer de nouveau au delà des siècles et des siècles, et à se reconnaître dans leur mystérieuse parenté. Elles faisaient jonction à

travers les temps» à travers les espaces, après avoir recruté toutes les tribus, tous les dogmes sur leur passage» pour réaliser» à frais communs» une plus puissante civilisation dans une plus puissante unité.

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