CHAPITRE VI
L'homme, désormais libéré de l'implacable nécessité de dépenser jusqu'à la dernière minute de sa journée à la recherche de sa nourriture, transforma en somme d'idées la somme de loisirs que le troupeau lui apportait pour sa subsistance. Du sang et du lait qui ruisselaient gratuitement à ses repas, il tira, par la mystérieuse loi de transformation une industrie, un art, une science, une poésie, une religion, une plastique, une législation. Il réfléchit, combina ses réflexions, et passa des actes de l'instinct aux œuvres de l'intelligence.
En interrogeant le nuit du regard, pendant ses longues haltes sur les plateaux de l'Asie, et en contemplant Tabtme de splendeur déployé sur son front, il sentit un idéal plus resplendissant du beau couler comme un reflet du ciel dans son esprit. Il retira l'art de l'étroite captivité où il l'avait renfermé sur sa personne, pour le reporter sur son vêtement, et de son vêtement sur l'idole. Il transféra le tatouage à son manteau, rayé, comme Tétait son corps, par larges bandes, et il réserva pour le fétiche, ce représentant de
Dieu sous la tente, ses plus riches inventions de couleur.
L'art brisa sa première chrysalide pour participer davantage à l'espace. Il unit pour la première fois sur le bois ou sur Targile l'idée de religion à l'idée de beauté, et fit en quelque sorte du fétiche le dieu voyageur deux fois sacré de la tribu. Ainsi associé au culte, il en partagea les respects, et lorsque Rachel, en changeant de tribu, emporta dans sa fuite les idoles de son enfance, Laban poursuivit sa fille jusqu'à ce qu'il eût repris le pieux musée de son foyer.
Le jour où l'homme, par son continuel déplacement dans l'espace, et un accroissement correspondant de sensation, eut plus de choses et des choses plus variées à nommer, la parole monta du monosyllabe ou du radical aux associations de syllabes et aux ramifications de racines, et parvint à traduire, en mots complexes et diversifiés, des sensations diverses et multiples aussi. Â mesure que par le spectacle du troupeau toujours consommé et toujours reproduit, de la tribu sans cesse émigrante et sans cesse attirée vers un autre horizon, l'idée de succession, de progression, qui est l'idée même du temps, se formait et se précisait dans son esprit, l'homme inventa le mot qui nomme l'être dans le temps, le verbe, le mot des mots, le plus progressif, le plus vivant, parce qu'il nomme la plus haute fonction de la vie, la durée; et pour fixer la parole dans la mémoire, qui retient d'autant plus facilement les souvenirs qu'ils sont dépendants et solidaires les uns des autres, la civilisation patriarcale associa le nombre à la parole et la prosodie à la grammaire.
L'homme créa ainsi la poésie, ou autrement, la parole comptée, rhythmée, pour coïntéresser les deux facultés du nombre et du son à garder plus longuement et plus fidèlement une impression écrite en double partie. Le poëte pri-
mitif, l'aède, écnvil en chantant les premières cbroeiques de rbomanilé dans la xaémoire de ses auditeurs* U allait de bivouae ea bivouac^ aemaut par cooitea sbrophea, jde rapides néôts autour du brasier eu pisiu air où fumait la chair des agneaux. Le veut du soir arrachait à sa lèvre les ^[>opées d'une heure pour en disperser au loiu les lambeaux. Elles ilottènent aîusi daos l'espace» vagabondes comme leur auditoire» jusqu'au jour où une nouvelle civilisation^ réunissant les tribus dans la cilé, un Homère réunit ces poésies dans une Uiade.
Ifous voyons déjà quelimmeuse parcours le progrès avait accompli à la fin de la seconde journée. La société n'est plus seulement cette conscription soudaine et accidentelle duchasseur^ accourue pour ia chasse et dispersée après ia curée, elle est dès à présent une confédération permanente^ héréditaire, d'hommes nés du méoïe sang, étroitement alliés entre eux dans l'unité de l'ancêtre, et ralliés dans l'unité de campement
Ce n'est plus la vertu purement physique de la force^ c'est la eupériorité intellectuelle de l'expérience qui eonière au chef l'autorité. L'aïeul, chef du droit d'anciepneté absorbe en lui la tribu. Seul il a un nonu ce premier «igné de la personnalité, et ce nom est coUectif au clan tout entier. Chacun vit en lui, car la vie est encore si incertaine^ il précaire^ qu'elle ne peut produire qu'une tête libre par tribu. Sous l^ main de ce pouvoir couronné d'années, unique et universel , tous les citoyens de la cité nomade sont égaux. Gomme dans cette civilisation de première main les fonctions sont restreintes et les existences uniformes^ wi inflexible niveau pèse sur toutes les personnes et sur toutes les^aptitudes. La société, ou, pour mieux dire, la famille patriarcale, est une communauté absolue, cimentée^ entre-
teime par lamand» commune et parle repas ^somnan.
En preuftiit la leçon partout où le £bU ne U donne, je remanfue ici, en passant» que dans le douar, ou le vilèag» mobile, le pasteur — au prêtre at au poëte près, eioe^tiom de la tribu *-* est exactement semblabk au pasteur, de même q«e dans la pierre la moléf^e est id^atique à la molécule. 11 s'y a pas plus de différence de i'bomme h Thomme, dans la société prinûtive, qu'il n'y a de difEérence, dans la société aetatllBy de l'enfant à l'enfant. Lorsque la vie est faible, elle languit dans la monotonie ; lorsqu'elle monte en puissance, au contraire^ elle rayonne en diversité, ^uniformité, ou k reproduction à l'infini d'un seul élément, est le sigae in^ {fliUible d'une infériorité d'(Mrganisme.
Il y a sur les bords de la mer Casiûenne une terre inexo* rsètement fiue, ^ partout conforme à elle-même, recouverte piar la neige une partie de l'année, et violemment ludayée chaque hiver par je Metel ou vent de >^bérie. La tribu Sejttie, continuellement ballottée d'un horizon à l'autre sur cette plaine invariable, dépouillée d'arbres, n'a jaioab'pu trouva tkuUe part, pour échapper au vagabondage du troupeau, le concours de la nature ; et, après quatre fflitle ams <ie pèlerinage à ia recherche de Timpossible, elle a porté le communisme jusqu'au seuil de notre siècle , comme Tanathème du sol et le reflet du steppe dans l'ba*
Pourn'avoir pu planter, ni semer, ni entrer en associa* tien, an .collaboratioiiconstante avec une terre glacée et ravagée par un sovS&e de mort, le Scythe vit encore k VéUA de communauté. Chacun est l'écho vivant de chacun. Par respeiBt piaiir l'égalité ahsolue d'exietenee, cette société, toQJowa en route, iire au sort le pouvoir. Ce n'est plus l'homme, c'est le hasard qui règne sur la trifc^. Ce gou-
veroement de loterie est le symbole involontaire d'une vérité. La fatalité, en effet, est la souveraine puissance du communisme. Après une année de dictature, le chef retombe dans le chaos de la peuplade.
Cependant la brebis éparse dans la plaine était continuellement, pour la tribu voisine, une séduction de pillage. Le fort attaquait le faible ou le refoulait dans le désert. Chaque jour de rencontre était un engagement la lance à la main peuplade contre peuplade ; choc terrible , où le vainqueur massacrait impitoyablement le vaincu. L'homme n'avait pu trouver encore une œuvre , par conséquent une utilité au prisonnier; et il le tuait afin de ne pas réduire ta part déjà trop précaire de la famille. Ainsi le sang de l'homme coulait intarissablement sur l'herbe avec le sang du troupeau. Abel tombait à chaque minute sous la massue deCaïn. La veine, toujours ouverte laissait fuir la vie à torrents. Le (ori seul avait le droit de vivre, et la société, réduite en nombre, resserrée dans un cercle de fer, semblait avoir trouvé dans cette incessante tuerie en rase campagne une impossibilité absolue à rayonner et à prendre son majestueux développement dans l'espace.
Mais la Providence était là qui veillait avec ses procédés secrets de perfectionnement. Lorsque l'homme a consommé un progrès, elle ne lui permet pas de feitner le temps sur lui et de dormir sur ce progrès. Elle lui envoie la souffrance, sa messagère irritée, pour le réveiller et le chasser de son inertie. Elle secoue sur sa tête cette épée flamboyante pour le chasser indéfiniment d'un Éden dans un autre Éden.
L'état pasteur était donc un progrès d'attente qui supposait, qui appelait un autre progrès. Le troupeau avait apporté l'approvisionnement nécessaire à la pensée pour lui
donner le temps de méditer une troisième civilisation. Cette civilisation était venue. La seconde journée de Thumanité était accomplie.
Mais, pour émigrer vers une nouvelle destinée, Thomme devait inventer une nouvelle nourriture, car la nature met des années à reproduire au chantier de la vie la quantité de chair dévorée en une semaine. Le troupeau suffisait à peine au repas , pesé avec la plus stricte économie , d'un petit nombre de convives.
Si l'homme n'avait pu parvenir à élargir la table du banquet, il promènerait encore par faibles groupes les victimes prédestinées de sa faim à travers les herbes des prairies. Condamné à suivre pas à pas les traces d'une proie disciplinée, il constituerait dans l'échelle de l'être un carnassier mitigé par l'intelligence.
Il chercha donc autour de lui une substance nutritive qu'il pût conserver et régénérer plus facilement que la chair du troupeau, et il trouva cette substance dans la graine incorruptible et indéfiniment reproductible de l'épi. Il émigra du p&turage à l'agriculture et il ouvrit le sol pour le semer.
Mais le sol était rude, il brisait à son tour le bras qui voulait le briser. L'homme appela alors à son aide un nouveau serviteur doux et robuste , paisible et grave dans sa marche, qui portait une force inépuisable de traction accumulée dans les muscles nerveux de son cou et les formes massives de son épaule. Il cessa dès lors de tuer le taureau comme un gibier d'une plus grande espèce, pour l'atteler au soc et retourner la glèbe au soleil. Il lui fit une place dans son cercle d'existence : il en utilisait seulement la fibre, il en utilisa la force, et, en accroissant la vie en lui-même, il la conserva plus longtemps dansl'animaL Le bœuf racheta sa sentence de mort par la servitude. Il vécut pour mourir à
rhevre otsà force épui«ée raceombe au poîde dn tmvml. SoD corps œâme fut sacré. La loi primitive {>uM9MÂt wb meurtrier du dernier supplice.
Comptez, é vinis le pottve^, de ambiw d'0xi^t6oces le touf enrichît l'homme par son long dévoueo>a»t. Pesez les<gloires de ce courageux martyr, muet à la douleur* de^ puis la première jiisqu'à cette dernière heure <>iiâ tombe sons le couteau. Car, dans sa destinée tragique* il doit tr^ vailler, souffrir, marcher du sillon à Tabattoir* liftait écrit qu'après avoir s^vî l'homme jusqu'au dernier souffle* il devait passer tout entier dans la cbajr de \'hpm»^f jusqu'à la dernière molécule; et dites de quelle recoismaîesafice nous devofis payer, si nous savons ftire justes , eet innnolé sublime qui a porté, qui porte wcore sur son Joug Té*mancipation de l'humanité.
Le bmuf a labouré. La semenoe* envolée de le main de rhoQune, a fructifié sur le sillon. L'^i e mûri. U femille du laboureur va reGueîUir le préseo^ de l'été. £Ue entre jusqu'à la ceinture dafiS4^ette plaine blonde, frémissante au vent, qui murmure la joie d'une année. £lle coupe la moissoyQ, et quand la dernière gerbe est liée, elle repmoid le chemin du foyer.
Les moissonneurs repartent la faucille sur l'iépeule. Le soleil briUe encore à Tborizon, l'atmosphère vitiMrante flem'^ boie^au-dessus de la vallée. Le bo^ tridne lourdement la récolte à travers les sentiers. Les jeums filles» eouroA^ées d'épk»,raiDC(Oinpagnenten cbiantant. EUeseuspendestà^s Goroes des guirlandes. Mais lui le front bas mm» is joug, et maurtri souts les fleuri, il marche à trapers Jes^M^ehers^ le flanc haletant et ruisselant de sueur. Son pied grince ;$ur le roc du ravin, la courroie crie sous l'effort du front qui tire le fardeau : U plie eoue k letigue.
ha jM)mle de Taiguilioû ia&ioue dâos sa libre vaincue la force nouvelle de la douleur. Son pied broie de nouveau le caillou* Spn CBil roula de grosuses larmes, son naseau blanchi d'écuxue balaie, en ^aufflan^ la poussière. 11 porte ainsi âon œuvre, dévoué et résigné, jusqu'à Tétable; et Je lendemain, l^râque lagerjbe «era éitendue sur Taire, il loulerai'épi. Médiiez ce mjslère» el ne vous étonnez plus, après cela, si l'antiquité a consacré le bœuf et lui a ouvert l'entrée du sanctuaire. £Ue sentait vaguement qu'il cacbail dans sa force une partie de notre divinité.
Le jour où le bœuf entra dans l'huoianité, le paire vélu^ couvert de peaux debétes, vendiJ: son droit d 'aînesse pour un plat de lentilles, et le patriarche aveugle» qui ne pouvait lire l'avenir, se trompant de bénédiction, bénit à son insu l'agriculteur, c'est-à-dire Jacob. La femme, complice du progrès^ se réjouit dans son cœur àdh substitution du dernier au premier né de ses entrailles. £lle prophétisait que ce second fils qui tenait de la main le talon de l'atné, symbole du temps, lui donnerait un jour une nouvelle dignité dans la famille, et une nouvelle liberté.
La tribu laboura» sema« planta, récoita, et par une nécessité de nature transforma en propriété et marqua de son nom la terre qui devait porter tous ses travaux ; car sans cette appropriation l'ouvrier d'une autre tribu serait venu semer où elle avait labouré^ et récolter où elle avait semé.
Le pasteur ne faisait, dans sa longue pérégrination, qu'effleurer le sol de la plante de ses pieds, laissant toujours après lui la place libre à un.autre proprifiéiaire de passage. Mais en enfonpanl la charrue en terre» la tribu agricole proclamait un droit collectif de propriété sur œt ateUer au soleil, qui émettait infatigableoMint à l'air de nouvelles récoltes, et préparait dans l'ombre mystérieuse
de sa glèbe, des siècles de nourriture à des siècles de générations.
La fixité du champ fixa Thomme à une seule résidence. De même qu'il avait emprunté le premier jour sa cabane au Tégétal dont il vivait, que le second jour il avait tiré sa tente du troupeau; de même, le troisième jour, il ramassa sur le sol, chargé de le nourrir, les fragments épars de sa nouvelle demeure. Il replia la muraille étroite, mobile, de la tente déchirée au vent, pénétrée par la pluie; il étagea la pierre assise sur assise» et il bfltit la muraille permanente de la maison. Il recula autour de lui et il élargit ce second vêtement, en quelque sorte, à la mesure de sa nouvelle destinée.
Il l'orienta au soleil sur le penchant de la colline, à la lisière du sillon, près du murmure de l'eau courante ou la margelle de la fontaine. Il la distribua en diverses servitudes à l'imitation de la vie, qui varie toujours ses organes à chacun de ses progrès. Enfin, pour conserver la moisson, il creusa devant sa porte le grenier souterrain du silo.
Mais la civilisation, toujours de plus en plus complexe, consiste à multiplier les conquêtes de l'homme sur la nature et à les associer dans une plus puissante unité ; à passer de l'Eden à la chasse, non pour abandonner le fruit de l'arbre, mais pour cumuler la proie et la cueillette; à passer du gibier au troupeau, non pour renoncer à la chasse, mais pour combiner la boucherie et la curée ; à passer de la dépaissance au labour, non pour congédier le troupeau, mais pour concentrer toutes ces formes partielles et successives de propriété dans une nouvelle et dernière propriété.
L'homme une fois inféodé au sol par la charrue, rangea
méthodiquement, symétriquement ses civilisations anténeures autour de sa maisoja. Il mit ici, près de lui, selon Tordre du progrès, Tétable, plus loin le verger. Il étendit rhospitalité de son toit à Tâne, au boeuf, au chien et au mouton. 11 planta TÉden à sa porte, et TÉden lui versa encore, de la corbeille flottante de ses rameaux, la grappe, la datte, la figue et Tolive. 11 rangea autour de lui toutes ses œuvres, toutes ses richesses , comme si elles étaient partie intégrante de sa personne, sa personne même prolongée au dehcM^s. Il sema, à la lisière du verger, le chanvre et le lin, plantes sociales, comme le \^é et Torge, qui portaient d'avance à l'homme, par cette mystérieuse analogie , une prophétie d'utilité. Il enrichit son vestiaire, et il passa pour son logement, d'un règne à l'autre de la nature, ou« pour mieux dire, il cumula les deux règnes dans son vêtement.
Il appela du fond de l'espace une nouvelle provision vivante autour de son centre d'attraction. Il invita la colombe à venir partager la moisson, et avec ua grain de blé il retint à sa porte le coq, horloge matinale, la tête couverte du disque ardent du soleil et le corps inondé de la teinte cui« vrée de l'aurore, qui sonne cha<iue jour son réveil avant la retraite de la dernière étoile.
Il transporta au pied de son mur et i) exposa au midi la ruche laborieuse et sonore, qui distillait pour la fête de sa table le parfum de la fleur, trempé dans les larmes de la rosée. Il enveloppa sa maison plus vivante de bruits de vie, de battements d'ailes, de chants et de bourdonnements. L'atmosphère, auparavant stagnante, palpita autour de lui, embaumée d'une nouvelle poésie ; et l'abeille étincelante, errante de fleur en fleur dans un rayon , chargée d'une poussière d'étamine, donna en quelque $orte à son esprit la première leçoa et la première inspiration de la cité.
Après ftfoir amsi animé jusqu^aa sdaffle de l'air, il creosa )e sol, il en prit l'argile, la pétrit, la monta entre ses doigts, et il en fit le ?a9e de l'agriculteur, tiré êa sem de la terre, pour remplacer l'outre, cette urne difibrme du pasteur, taillée des flancs du troupeau. H posa auprès de son foyer cette fontainerTÎde encore, mais prophétique, qui attendait une source noutelle pour la terser à la tèvre da eontive. Et ensuite il foula la grappe, et en recueilKt le flot de povrpre dans Targrle. Une noutnelle séfe de rm omda dans lateine de l'homme, et l'homme connut le sourire.
Et un jour, de jeunes danseurs, faunes de la reilTe, en* core vMus de la peau de bouc, et les ménades inspn^, pleines d'an dieu nouteau, la tête renversée et les chereui épars , accompagnaient en chantant, en secouant le thyrse , Tâne vendangeur qui portait, au milieu du bruit et du délire, la joie de l'humanité, son expansion, sa poésie, sa flamme d'enthousiasme. Laissez passer sous sa couronne de pampre le messie souriant de l'humanité. Il est vraiment le dieu vainqueur. Il va conquérir le monde à son bienfait.
L'hiver, maintenant, peut venir et répandre sur la terre son ombre de tristesse, l'homme a gardé dans sa coupe une goutte de chaleur du soleil absent. Un philtre invisible passera de lèvre en lèvre dans le festin, unissant tous les cœnrs dans une chatne d'électricité. La vigne aimante, qui vit toujottrs attachée à la branche, qui donne son fruit en commun par grappe, comme le blé par épi, et qui, pour eihaler son âme dans le vent, a besoin de réunir sur le cep la gerbe entière de ses parfums, accrut et nraltiplia dans l'homme la puissance de sympathie. Elle provoqua Tamitié ; elle éveiHa l'amour ; elle épancha dans la chair engourdie de Fhomme une perp^étuelle irradiation de prin-
temps» et Thomme, exalté dans sa fibre, connut un idéal de plus à sa compagne.
Le vin le prépara à ia poésie. La lyre est fille de la vigne, autant pour le moins que du laurier. Et chaque soir le convive laissa tomber au bruit de Tbymne sa tète pleine de rôves de sang sur une épaule aimée, et il comprit la tendresse inconnue du désir.
Je sais maintenant pourquoi la barbarie du Nord mar^ chait infatigpblement vers la contrée où la vigne expansive étend d'un arbre à l'autre sa guirlande. Elle allait chercher au Midiy poussée par un instinct sublime, la goutte sacrée qui trempe le cœur à la civilisation. Va donc de peuple en peuple, ô coupe sacrée qui portes une âme de plus à ThumâoHé t iadifM^ partout sur ton passage la pensée des races à l'affeetion. Et qui sdtt? Peut-étref un jour, après trente siècles, les fils de tes pt^oners convives, saintement penchés sur le sanctuaire et recueillfs devant Dieu« te lèveront dans leurs mains pour boire à la AtifemHé.