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CHAPITRE VIII

lorsque le temps eut fait ces choses, la religion monta plus haut vers Dieu, chargée d'un parfum de moisson. Le civilisé de la troisième civilisation avait labouré la terre et semé le froment. Il avait fait sa journée. Il se retirait du travail, et, sur la trace encore fraîche de ses pas, un autre travailleur invisible venait continuer l’œuvré et tirer lentement la semence de la nuit du sillon, pour la ressusciter au soleil sous une couronne d'aigrettes. L’homme connut alors une puissance amie dans la nature. Il communia avec elle par la solidarité d’une mystérieuse collaboration.

Il n’eut plus seulement la religion de l’épouvante, il eut la religion de la confiance. I) abandonna à la terre ses économies , dans l’espérance de les recevoir multipliées des mains d’un céleste ouvrier, et pour lui payer sa part de travail, il lui présenta cette fois-ci non plus seulement les membres de l’holocauste, mais encore les prémices de la moisson. A l’heure du saeritiee, la canéphore, le front haut et la ceinture flottante, portait dans « sa corbeille la fleur de farine, pendant que derrière ses

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pas, balayés par les longs plis de sa draperie, le sacrilicateur traînait, comme une tradition, la victime couronnée de bandelettes.

L’idée jusqu’alors passagère et inconstante de Dieu, dans l’âme du chasseur ou du patriarche, apportée, emportée avec un vent d’orage ou un rayon d’étoile, acquit une certaine périodicité, une certaine régularité. Du jour des semailles au jour de la récolte, l’homme apprit à compter sur l’économe divin, qui épanchait au germe ou à l’épi sa pluie et son soleil. Il avait trop besoin de la présence de Dieu sur son champ pour n’avoir pas ce Dieu présent devant lui, une partie de l’année. Il tit de l’automne et de l’été les deux grandes fêtes de la nature. Il déclara le blé sacré. Il le mit sous la protection du Dieu de bonté. Le blé fut le premier dogme qu’Oxiris révéla à l’Egypte.

Le sublime initié du progrès croyait pour la première lois au concours de lu Providence depuis sa sortie de l’Eden. Et pour solliciter ce concours, il créa la prière. Il parla du fond de son intinnité au père compatissant qu’il entrevoyait vaguement de la pensée. 11 monta en rève l’échelle de Jacob, fl contempla la ligure de l’Eternel. L’image ne tombera plus de son regard. Il la réalisera sans doute longtemps encore en symboles grossiei-s. Mais à dater de l’ascension de son âme au ciel, il est vraiment religieux ; il a établi de la terre à Dieu la correspondance sacrée de la prière.

Il a désormais un témoin de sa vie, un assistant de son travail, qui possède les jours et les forces, et «pii , jxtsant son doigt sur les germes de la terre, leur communique à volonté la sève ou la sécheresse. Et , faisant un retour sur lui-même , il commence à pressentir que Dieu a sur

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l’homme la même puissance (] ne sur l’épi ; qu’il reprend et qu’il restitue l’être, et que s’il retire du sillon le blé multiplié en vie, il pourra aussi retirer du tombeau l’homme multiplié en durée. Il entrevoit déjà un rayon confus d’immortalité.

La vie sanctifiée par cette [tensce répandit autour d’elle sa sanctification. L’homme connut le prix du sang de l’homme. Auparavant, dans les fréquentes rencontres delà période chasseresse oU de la période pastorale, le vainqueur exterminait toujours le vaincu. Mais du moment que l’éternel Adam , éternellement acheminé par Dieu à une terre promise , eut trouvé un champ illimité d’oeeupation dans l’agriculture, il respecta la vie du prisonnier, pour transformer cette force musculaire en production. I/O vaincu racheta sa mort avec la somme de vie qu’il apporta au vainqueur. (1 é-chappa au massacre par la servitude.

Il fut esclave. Kl resjiectons le jour où ce condamné à mort, amnistié par la charrue, passa , le pied ferré et le front courbé, Je seuil de la maison. Il reprit ce jour-là, des é]>aules de la femme, la plus lourde part du fardeau. I>a femme, délivrée de toute cette jwrt, li ent plus sous le toit que la poésie du travail. Kl le entra en possession de son âme et de sa beauté. Elle eut le temps de l’art et de la parure. Elle monta en grâce et en dignité. Elle inspira, par plus de charme, plusd’amour. Le mari l’achète encore; mais le lendemain des noces il croit dex’oir lui payer la dette du bonheur. Il dépose au chevet de son lit la morgengabe, la dot du matin. Cette redevance du cœur aura sur la destinée de la femme la même influence que le pécule sur l’émancipation de l’esclave.

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La dot du malin est une initiation de la femme à la propriété, et par la propriété , ce moi à distance au moi intérieur de la personnalité. Elle est la première mise de fonds de sa rédemption. La mère de famille est encore, sans doute, moralement frappée de déchéance. Elle n’a ni volonté ni parole dans la maison. Elle est la servante, souvent rebutée, de son mari et de l’enfant même sorti de ses entrailles, La femme doit toujours être tenue à obéissance , disait l'antiquité. Elle est sous la main de son père pendant l’enfance, sous la main de son mari pendant sa jeunesse, et, pendant sa vieillesse, de son enfant. Elle ne doit jamais marcher seule dans son chemin.

Son mari la chasse de son affection , la rappelle , la délaisse ou la répudie à son heure, selon son caprice. Elle doit porter en silence et avec résignation toutes les vicissitudes et toutes les injustices de sa destinée. Elle est encore à moitié en dehors de l’humanité. Elle est une brute gracieuse à un degré seulement au-dessus du troupeau. Elle est une chair aussi, destinée, il est vrai, à satisfaire la faim plus idéale de la volupté.

La femme chaste entre toutes les femmes, l’héroïne de l’Odyssée, n’échappe pas à l’injure de cette dégradation. Lorsqu’elle tente modestement un conseil dans le palais d’Ulysse qu’elle remplit de sa vertu : Retourne à ton fuseau, lui répond durement son fils. L’homme seul a la parole ; la femme appartient au silence.

Et au moment même où Pénélope, penchée nuit et jour sur sa trame, pratiquait daas les larmes ce génie de la fidélité, qui a fait de son nom l’idéal de la constance, le roi des rois donne à Ulysse ce conseil : Rentre mystérieusement dans ta patrie ; ne confie pas à ta femme

-liston secret, car la lèvre de la femme est plus trompeuse que la vague d’Ervthrée.

La femme est, en effet, depuis le premier jour de la légende, la tentation de l’homme, sa mauvaise pensée, l’iniquité vivante de la création, destituée à tout jamais de toute vertu. Manou lui a donné on partage, disait l'Orient, l’amour de son lit, de son siège et de sa parure, la perversité, la fourberie et la mobilité.

Mais dès que l’homme eut posé la pierre sur la pierre et déployé autour de son corps une armure extérieure, pour repousser le choc du vent et la pluie du ciel ; qu’il eut accumulé entre quatre murs, comme une nouvelle extension de son être, la masse acquise de ses richesses, de ses découvertes, de ses industries, il éleva, en même temps que sa propre vie, la vie de sa compagne. Debout ou couché, auparavant, avec le jour, il faisait, en quelque sorte, de son existence lu pantomime involontaire du soleil. 11 en suivait le mouvement, comme l’aiguille suit le mouvement de l’horloge. La première ombre de la nuit lui fermait impérieusement la paupière, mais en pressant l’olive sous son doigt, il découvrit le secret de la lumière. Le soleil j>eut maintenant descendre sous l’horizon, emportant avec lui dans le nuage l’activité de toutes les races animées; l’homme a retenu sur une goutte d’huile un rayon fugitif du couchant, pour le suspendre dans l’argile à sa muraille.

Autrefois encore, lorsque le vent glacé venait à souiller, il cherchait en vain sur la cendre du bivouac un reste de tiédeur, et roulé dans son manteau, il luttait en silence contre l’atmosphère. Mais un jour, il a trouvé le moyen de tixer l’étincelle errante à son foyer, et défi

sonnais assis après l’heure du crépuscule et du repas, à la clarté de la lampe et au frémissement de la flamme, il prolonge la journée éteinte en veillée. Il commence à comprendre la volupté morale et la douceur cachée de l’intimité.

La chaleur et la lumière pénètrent, resplendissent, au fond de son cœur, en tendresse et en sympathie. Il vit plus longtemps, plus complaisamment à côté de cette âme de grâce qui lui parle du sourire. Il sent à son amour que sa flancée est quelque chose de plus qu’une esclave de volupté. 11 aime à entendre cette voix musicale qui éveille d’autres voix inconnues dans sa pensée. Et par moment, à la lueur inquiète de l’humble étoile qui vacille à son foyer, au moindre souffle du dehors, il croit voir briller sur ce front encore marqué par la servitude l’auréole d’une nouvelle beauté.

Il la conduit voilée dans sa maison pour enseigner * aux passants, sur son chemin , que, chose perpétuellement possédée, la femme ne possède pas même la séduction divine de son regard, et que sous le pli du lin il cache une félicité discrète réservée à un seul maître, entre tous les vivants. Mais le voile est déjà le signe d’un progrès.

Il prouve dans la femme un attrait. Or, l’attrait était le premier prix de son rachat. La femme prend donc, avec une espérance de plus, possession de sa nouvelle destinée. Elle foule l’àtre d’un pied plus léger. Elle verse le lait fumant du troupeau dans la mouture de la moisson. Elle pétrit sous son doigt la pâte religieuse qui contient en essence deux civilisations. Elle étend sur la hriqiie et cuit sur la cendre la pâque sans levain.

Le mari la prend ensuite par la main et la présente

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aux dieux de son foyer. Il l’associe aux rites intimes, personnels de sa religion. Il rompt avec elle le pain sacré de la charistie. Il communie à deux par le ble sauveur qui nourrit l’humanité. Il lui passe la coupe de vin encore humide du baiser de sa lèvre, et la femme, les yeux baissés, le cœur ému, bénit intérieurement le pain rédempteur qui l’a relevée, en partie, de la servitude.

Ainsi Unit la troisième journée de la civilisation.

L’agriculture avait affranchi l’intelligence de l'homme en lui permettant de traduire eu idees ses économies de temps sur sa subsistance. Mais le ble battu sur l’aire était encore un repas incertain , soumis à de nombreuses vicissitudes. La culture n’avait à son service que des instruments frustes et grossiers, qui demandaient pour chaque production plus de journées et plus de sueurs. Ouvrier diffus, l’homme était forcément un communisme vivant de tous les travaux. Il devait à la fois semer le champ, bâtir la maison, forger le fer, façonner le bois, tourner l’argile, tisser l'étoile. Le temps lui échappait sans cesse, dévoré en main-d’œuvre de toute nature. Sa vie répandue de tant de côtes ne pouvait donner qu’uue heure sévèrement mesurée au sillon. Avec plus d’efforts il recueillait moins d’épis.

La récolte venait souvent à manquer. Uu souffle d’orage emportait en une heure le pain de l’anuée. Chaque tribu campait désordonnée dans son campement, là où l’agriculture l’avait surprise. Elle cultivait, repliee sur elle-même, son modique horizon. Elle ignorait la route qui porte le pas de l’homme de contrée en contrée. Elle n’avait avec la tribu voisine aucune relation. Elle ne pouvait lier aucun échange au dehors, combler la disette

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d’uu produit avec la surabondance d’un autre produit. La famine visitait donc encore régulièremeut l’agriculteur au milieu de sa nouvelle richesse. Le dernier mois n’avait pas toujours son morceau de pain pour la table de la famille. Cette abstinence absolue de plusieurs semaines consécutives aurait tué l’homme, si la prévoyance antique ne l’avait répartie partiellement de distance en distance, sur toute l’année. De là l’institution du jeûne, qui n’était autre chose, dans ce perpétuel déficit de nourriture, que l'épargne mise, pour plus de garantie, sous la protection de la Divinité.

Dieu comprit la misère de l’homme, et il leva de nouveau sur lui l’épée flamboyante de l’Eden.

Et aussitôt du septentrion et du midi, du levant et du couchant, un nuage épais de poussière monta dans l’air, comme poussé par un vent de fureur. Une ombre de mort enveloppa la tribu de tous les côtés. La moisson souriante étalait ses flots d’or au soleil. Le moissonneur, réjoui de la promesse de la terre, aiguisait déjà sa faucille. L’ombre sinistre du nuage marchait toujours vers la tribu. Tout à coup un cri sauvage partit du fond du tourbillon qui portait Un mystère. L’écho de la montagne frémit. L’homme du champ, inquiet et couché, l’oreille appliquée sur sou sillon, crut entendre vibrer sourdement dans la racine de l’herbe un bruit de pas.

Un instant après, le fer étincelait et la flamme jaillissait en spirale ardente du toit des maisons. La tribu envahie apprenait sa défaite en même temps que l’invasion, par la lueur de l’incendie. L’aïeul était égorgé sur la pierre même du seuil qu’il avait posée, au jour de sa force, sous le pied de trois générations; l’enfant arraché du berceau

était écrasé sur la muraille ; la mère |Htssoil sur le cada\ re, traînée par les cheveux, tandis qu’à son côté, le mari |)artait, les mains enchaînées derrière le dos, pour la captivité.

Lorsque la tribu victorieuse avait balayé la civilisation agricole éparse dans la plaine, elle coupait la moisson qu’elle n’avait pas semée, vidait le silo qu’elle n'avait pa s rempli, et poussant devant elle un double troupeau d’hommes et de bœufs, elle reprenait, chargée de butin le chemin du pillage.

Et lorsqu’elle avait disparu derrière la colline, il ne restait plus, sur ses traces, de cette terre défrichée, bâtie, humanisée, ou, si vous aimez mieux, incorporée par le travail à l’humanité, que la pille incendiée de la moisson envolée au vent, et, çà et là, un pan do mur encore debout , noirci par la fumée. Le champ abandonné retournait an désert. 1* ronce reprenait la place de l’homme sur le sillon. La colombe éperdue regagnait la solitude. Et la nuit le chien, hurlant sur les décombres, appelait son maître à travers les ténèbres. Que servait à l’homme d’avoir vaincu la nature, s’il trouvait à côté de lui. dans l’homme Jui-mème, un ennemi plus implacable que cette nature? Cette question douloureuse troubla dès b* premier jour l’intelligence de l’humanité. Job poussa vers le ciel son cri de douleur.

Comme vous le voyez, la culture ou la jouissance de son propre travail suscita la guerre oula jouissance du travail d’autrui. La terre ensemencée par une tribu appela la convoitise des autres tribus. Une armée de pillards erra continuellement autour de la moisson. Mais la guerre appelle la guerre. ta civilisation agricole devint à son

tour guerrière pour repousser la déprédation perpétuelle qui rôdait autour de sa charrue. Elle enrôla à son service un nouveau compagnon de combat, cœur généreux oublié dans les rangs de l’animalité. Le cheval vint prendre sa part de gloire à côté de l’homme dans le même danger. Sa forme élégante et harmonieusement équilibrée porte en elle la force unie à la vitesse. Sa tète lière, ambitieuse, regarde de haut l'espace. Sa peau irritable et souple, luisante comme une armure, frémit à la moindre vibration. Sa crinière Hotte sur son front, aigrette vivante, soulevée au souflle de la mêlée. Sa narine respire la lutte par un hennissement aigu qui semble répéter le cri du clairon. Son pied, plus rapide que le simoun, dévoie la distance avec le bruit précipité du javelot qui tombe à coups pressés sur la cuirasse. Né pour la vie d’expédition, il prend au contact du camp l’àme du guerrier, il en a tout à la fois la fougue et la prudence. Son oreille mobile, toujours dressée au vent, flaire dans l’air l’approche cachée de l’ennemi.

Il épouse la querelle de l’homme avec la même passion que s’il avait un intérêt secret engagé dans l’humanité. Il aime son maître de cette affection profonde contractée dans la communauté de péril. Il est docile et dévoué, noblement, par sympathie, Il elève jusqu’à lui sa pensée indécise, enfouie dans la nuit de l’instinct. Il cherche à le comprendre. Il le comprend.^ dépasse, instruit par lui, l’humilité intellectuelle de sa nature. Il meurt enfin pour lui avec un sublime enthousiasme. Lancé à travers le champ de bataille, de toute l’exaltation de son intrépidité passée dans ses muscles, il refoule de son poitrail le choc des épées. Et lorsqu’il tombe blessé, à côté du cava-

lier blessé le premier, il oublie le sang qui coule à torrent de ses entrailles, il lève la tète pour regarder une dernière fois à côté de lui ee corps ami trahi par la destinée, et s’il a compris que la mort, cette idée compréhensible h tous les animaux, a déjà frappé son chef de gloire d'immobilité, il laisse retomber sa tète sur l’herbe humide de la rosée du combat, roule une larme dans son œil éteint, et meurt à son tour en silence.

l'ar l’acquisition du cheval l’homme était complet. Le centaure parut. I /étincelle de guerre jaillit partout de son sabot. I/époque héroïque commença. ta terre ne fgt plus d’une colline à l’autre qu’une melée.

Pour résister à cette menace incessante de destruction qui planait sur le sol, les races agricoles font alliance par raison de parenté. Elles groupent leurs demeures à côté les unes des autres et les entourent de remparts. Elles choisissent le lieu le plus inaccessible pour elererle camp retranché de la cité. Elles asseoient sur le rocher la citadelle primitive de l’acropole.

De même que la famille associée avait forme la tribu, la tribu associée forma la cité.

La cité est la fédération de diverses tribus d’abord volontairement unies pour leur defense, et ensuite, avec le temps, violemment assimilées par la conquête, qui ont gardé chacune , dans le campement commun derrière la muraille de fortification, son droit, son dieu, son nom, son idiome. Ainsi transplantées et juxtaposées sur le même espace, elles agissent, elles réagissent les unes sur les autres, et de la fermentation, de la combinaison de leurs différentes mœurs et de leurs differentes aptitudes, elles produisent la civilisation plus vitale et plus coropli-

quée de la cité. Les unes étaient braves, actives, les autres réfléchies , industrieuses. Elles croisaient leurs forces et le uis qualités. L’être supérieur en fonctions est toujours composé de divers éléments. Il embrasse dans sa constitution plus de richesses.

La guerre est donc, à cette heure encore sauvage, une provocation par la violence au progrès. Elle est la force d’agrégation des tribus; elle les jette effarées les unes dans les bras des autres sur la colline. Elle rapproche leurs idées et leurs besoins. Elle multiplie par leur rapprochement les échanges et les industries. Elle introduit chez l’homme la division du travail. Celui-ci pouvait exclusivement pétrir le métal, parce qu’il avait à sa porte un autre ouvrier qui modelait pour lui l'argile, et que l’un et l’autre pouvaient facilement échanger de la main à la main leurs produits; celui-là porta avec confiance à la ville les fruits de son champ et de sa vigne, parce qu’il était certain de trouver un peuple d’acheteurs rassemblé d’avance pour ses denrées.

Chaque famille n’est plus une encyclopédie barbare, en action, de toutes les industries; obligée de bâtir, d’équarrir le bois, de battre l’enclume, de tisser, de tresser, de semer, de moissonner, d’exécuter, en un mot, à quelques mains seulement , tous les travaux ; chacun peut choisir son métier , le perfectionner à la pratique par l’expérience, et. transmettre sa découverte à son voisin, qui la perfectionne à son tour, et repasse à un nouveau venu le progrès. La cité devient l’école mutuelle de toutes les inventions. L’intelligence rayonne, multipliée au contact de la communauté, comme la chaleur au contact, du troupeau.

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La terre porte désormais le signe île l’homme et reconnaît en lui l’interprète divin chargé tle compléter la création. Cybèle. jusqu’alors errante nu milieu des lions, sous les ombres confuses de la vallée, congédie son attelage féroce , secoue de ses pieds la poussière de la Iwrbarie, remonte la colline, et là. assise dans sa nouvelle majesté, la main posée sur son liane, le front couronné de créneaux, elle regarde lièrement l’avenir.

La quatrième journée de la civilisation allait commencer.

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